V4 mm W^fW "F* w# n WH \ H* TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE Imprimeries réunies, B, rue Mignon, 2. TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE SUIVI Du Tableau du Droguier de la Faculté de médecine de Paris l'Ali H. BAILLON \\\ professeur d'Histoire naturelle médicale à la Faculté de médecine de Paris AVEC 370 FIGURES DANS LE TEXTE DESSINS DE A. F A GUET LIBRARY NEW YORK BOTANICAL GARDEN PARIS OCTAVE DOIN, ÉDITEUR 8, PLACE DE L'ODÉON, 8 1889 3 UBRarv NE W YORK b °tanical Qarden TRAITE DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE Les Cryptogames, dites encore Agames et Acotylédones, ont long- temps passé pour avoir une organisation 1 des plus simples et pour se reproduire sans organes sexuels distincts. Mais cette manière de voir ne serait pas acceptable aujourd'hui pour un très grand nombre d'entre elles. Il était plus exact de dire que, contrairement aux Phanérogames, elles ne possèdent pas de tleurs proprement dites; mais elles ont souvent des organes analogues à ceux que l'on appelle chez les Phanérogames des appareils reproducteurs, et elles peuvent aussi présenter des organes de protection pour les agents réels de leur reproduction. On s'accorde assez bien aujourd'hui à distinguer les Cryptogames en Vasculaires et en Cellulaires, suivant qu'elles possèdent ou non des faisceaux de vaisseaux. On les divise aussi en Thallophytes ou Am- phigè?i'-s et en Acrogènes : les unes pourvues de Spores qui reproduisent, en général, une plante semblable à celle qui portait les spores; les autres donnant naissance, au sortir de la spore, à un Proembryon ou Prothalle qui porte les organes sexuels et qui, après la fécondation des uns par les autres, produira des Oospores ou œufs renfermés dans un Oosporange el donnant naissance à une plante asexuée; de sorte que la génération esl dans les Acrogènes de celles qu'on nomme alternantes. Nous commencerons ce livre par l'étude des Cryptogames dites vascu- laires et nous le terminerons par celle des Cryptogames cellulaires. 1. Nous avons donné, dans notre Traité de Botanique phanérogamiquz, dont le pré- ^_ sent ouvrage est la suite, et auquel peut se reporter le lecteur (p. 297), des notions 5jT;»ussi sommaires que possible sur l'organographic des Cryptogames. y> BOTAMQIIK MÉDICALE. 1 o CM . CRYPTOGAMES VASCULAIRES Cette grande division de la Cryptogamie comprend les Fougères, les Lycopodiacées, les Equisétacées et les Rhizocarpées; ces dernières n'inté- ressent pas la médecine. FOUGERES Les Fougères (Filices) sont des Cryptogames acrogènes, pourvues d'or- ganes analogues à des feuilles distinctes et qui ont reçu le nom de Frondes. Simples ou, plus ordinairement, divisées, ces frondes portent les organes de la reproduction asexuée, qui sont des Sporanges presque toujours groupés sur leur face inférieure ou leurs bords. Ces sporanges, abrités ou non par un Indusium, ne sont pas renfermés dans un Sporocarpe (comme il arrive dans les Rhizocarpées); et les spores donnent ordinaire- ment naissance à un prothalle bien développé, portant ou les Anthé- ridies, ou les Oosporanges, ou à la fois les unes et les autres. Polypodes Le Polypodium vulgare L. (fig. 1-3) est une de nos Fougères les plus répandues et les plus employées en médecine. C'est \ePolypode de chêne, P. commun, Fougerolle, Arglisse sauvage, Réglisse des bois, Fougère- Réglisse. Vivace et haute de 2 à 5 décimètres, cette plante a un rhizome mince, traçant, charnu et chargé d'écaillés brunes et scarieuses. Il porte inférieurement des racines adventives, et supérieurement des frondes aériennes, alternes, pétiolées, dont le limbe, enroulé primitivement en crosse, a, dans son ensemble, la forme ovale-lancéolée et est pinnatipartite ; les segments alternes, un peu confluents à leur base, le long de la nervure FOUGÈRES. médiane, oblongs-laneéolés, obtus ou aigus, entiers ou dentés. Les infé- Fig. 1. — Polypodium vulgare. Port, rieurs sont profondément pinnatilobés dans le P. caiabricum L., qui i TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. n'est qu'une variété de cette espèce. De la nervure principale naissent, dans les segments, des nervures secondaires, bi- ou trifurquées, dont les divisions sont épaissies et translucides au sommet et n'atteignent pas les bords de la fronde. C'est sur la plus courte de ces divisions que s'insèrent, à la face inférieure de la fronde, les amas de corps reproducteurs ou Sores (fig. 2, 3), arrondis, disposés par suite sur deux rangées parallèles à la nervure moyenne du segment, et formés de sporanges tous semblables entre eux. Chaque sporange (fig. 2. 3) est un sac pyriforme, supporté par un pied rétréci, et dont la paroi membraneuse et fragile, formée de phytocystes inégaux et irréguliers, s'épaissit sur un de ses bords, dans les deux tiers environ de son étendue, en une sorte de rachis arqué, désigné sous le nom A' Anneau, et formé de phytocystes superposés en une longue série, dont les parois ont subi une modification particulière. Sur un bord, cette paroi est demeurée mince et Fig. 2. — Poli/podium vulgare. Sore. fragile; mais au côté interne de l'anneau, la paroi opposée s'est épaissie, s'incrustant d'une matière brune et dure dans toute sa hauteur. La même incrustation s'est produite dans les cloisons qui séparent l'un de l'autre deux phytocystes successifs de l'anneau; et la couche incrustée y est d'autant plus épaisse qu'elle se rapproche davantage de la face profonde. Il en résulte une sorte d'U, à branches atténuées à leur sommet, qui demeurent à peu près parallèles tant que les phytocystes de l'anneau sont gorgés de liquide. Mais celui-ci diminuant lors delà complète maturité du sporange, les portions membraneuses des phytocystes s'affaissent et permettent aux branches de l'U de se rapprocher. La conséquence est le redressement du rachis que représente l'anneau; ce qui amène la déchirure des parois membraneuses latérales du sporange, surtout vers un point plus faible que tous les autres et qu'on a nommé Stomium. La déliiscence du sporange une fois produite de la sorte, les Spores (fig. 7) qu'il contenait s'échappent (fig. 3, 11, 25, 33), projetées parfois assez loin, élastiquement et comme par saccades. Elles sont ovoïdes, de couleur brune, au nombre d'une soixantaine dans chaque sporange. Leur paroi est double : un Exospore ferme, coloré, cassant, et un Endospore membraneux, incolore, doué d'une certaine extensibilité. FOUGÈRES. Une fois mises en liberté, les spores du Polypode, comme celles des Fougères en général, si elles sont placées dans des conditions favorables de température et d'humidité, absorbent de l'eau, et leur endospore aug- Fig. 3. — Polypodium vulgare. Sore, coupe longitudinale. mente de volume. 11 presse contre l'exospore qui se brise, et par la solution de continuité, l'exospore fait hernie et s'allonge graduellement en un tube qui bientôt se cloisonne, et en travers et en long. Peu à peu, Fie. i. — Prothalle de Fougère, en voie de développement (Luerssen). ^ÉHHk é?r Frc. 5. — Prothalle de Fougère, adulte et vu par la face inférieure. et par des multiplications successives de phytocysles, il se constitue un Prothalle ((îg. 4, 5), en forme de lame verte, à peu près cordiforme, échancrée en avant et parfois aussi en arrière, épaissie au centre et membraneuse vers les bords. Cette lame présente une échancrure anté- G TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. Heure qui répond à son point végétatif: c'est là qu'on voit ses phytocystes constituants plus nombreux, plus petits et en voie de division. Appliqué sur le sol par une de ses faces que nous nommerons l'inférieure, le prolhalle produit là des poils, ou phytocystes-tubules, qui jouent le rôle de racines (Rhizines, Rhizoïdes), et puisent dans le substratum des liquides et des aliments. Bientôt, sur cette même face, pourvu qu'elle soit soustraite à l'action de la lumière, se forment des organes repro- ducteurs, les uns mâles et les autres femelles. On a pu, en exposant la face supérieure du prothalle à l'obscurité et en éclairant sa face infé- rieure, faire développer au-dessus et non en dessous ces mêmes organes reproducteurs. Les organes femelles sont situés vers l'échancrure antérieure du pro- thalle, et en petit nombre. Ce sont, à leur état adulte, comme de petits puits renversés (fig. G), dont le fond est enchâssé dans le prothalle et dont la portion libre proémine en dessous de lui. Cette dernière portion est Fig. 6. — Oosporanges de Fougère, contenant, au fond de leur canal, l'oosphère à deux états différents. Fig. 7. — Série des développements des spores d'une Fougère. États successifs, a, b, c, d (Sachs). formée par quatre séries superposées de quatre phytocystes arqués, limi- tant un canal dont le sommet finit par s'ouvrir en bas, par écartement des phytocystes de la série apicale. Sa cavité est occupée par trois autres phytocystes inégaux et superposés. Les deux plus voisins de l'orifice sont destinés à se résoudre en un mucilage dont le gonflement détermine l'ou- verture du puits; ce mucilage servira d'ailleurs ultérieurement de supporl aux agents fécondateurs, lorsqu'ils se dirigeront vers l'organe à féconder. Celui-ci occupe le fond du puits; c'est un gros phytoblaste auquel on donne le nom d'Oosphère. L'oosphère doit devenir YOospore; de sorte que le réservoir dans lequel elle est enfermée est, pour nous, VOospo- range, comme le sporange est la cavité qui contient les spores. On le nomme aussi généralement Archégone. Les organes mâles se trouvent en arrière des oosporanges, vers le point du prothalle où naissent les rhizines. Ce sont des sacs ovoïdes ou FOUGÈRES. 7 arrondis, à paroi formée d'une seule couche de phytocysles et à contenu constitué par d'autres phytocystes, plus nombreux et plus délicats; chacun d'entre eux renfermant un corps fécondateur mobile, nommé Anthérozoïde. De là le nom d'Anthéridies donné à ces sacs. A leur état parfait, ils se déchirent à leur sommet en étoile; les petits phytocystes contenus sortent en tournoyant dans un liquide; puis ils s'ouvrent et laissent échapper leur anthérozoïde, qui nage sous forme d'un ruban spirale, à extrémité postérieure atténuée en pointe, à portion antérieure munie de longs et nombreux cils vibratiles (fig. 21). Chaque anthérozoïde traîne avec lui un globule hyalin dont l'origine et les fonctions ne sont pas encore bien connus. Un certain nombre de ces anthérozoïdes progressant entre la face inférieure du prothalle et la sur- face humide du sol, parviennent jusqu'à l'orifice béant de l'oosporange. A ce moment, le canal de ce dernier est tout rempli du mucilage dont nous connaissons l'origine et dont une portion fait même saillie, sous forme d'une grosse goutte, au dehors de l'orifice qui s'est porté plus ou moins de côté. Les anthérozoïdes pénètrent dans le canal, arrivent à l'oosphère et se mêlent à sa substance; ce qui assure sa fécondation. L'oosphère se recouvre alors d'un phytocyste cellulosique et devient l'oospore qui esl apte à germer. Par son développement, l'oospore devient une petite plante, un petit pied de Fougère, qui n'a plus qu'à grandir pour constituer un Polypode tel que celui que nous avons examiné au début. Avant même que le pro- thalle qui la renfermait se soit entièrement détruit, cette Plantule possé- dait une courte tige, une ou plusieurs racines adventives et une ou quelques frondes. Celles-ci prennent peu à peu les caractères de l'état adulte, jusqu'au jour où leur face inférieure sera en mesure de produire des sores. Le prothalle possédant à la fois des organes mâles et femelles, appar- tient donc à un mode de reproduction sexuée du Polypode ou des autres Fougères. Les frondes ne produisant que des spores, sans agent féconda- teur mâle immédiat, représentent un mode de génération asexué. Il y a donc dans le Polypode, comme dans les Fougères en général, alternance des générations. Le Polypodiam vulgare est très commun dans la plus grande partie de l'Europe, principalement dans les bois, sur les roches, les murs, les toits de chaume. On emploie, sous le nom de racine, son rhizome qui, entier et récent, est couvert d'écaillés jaunâtres; mais elles sont tombées pour la plupart du rhizome sec, qui est de la grosseurd'un tuyau de plume, com- primé, cassant, tuberculeux sur celui des bords qui répond à l'insertion des frondes, uni sur l'autre bord qui porte cependant quelquefois des restes de racines. Sa surface extérieure est brune ou jaunâtre, et il esl verdàtre d'abord à l'intérieur, avec une odeur légèrement désagréable et une saveur d'abord douce et sucrée, puis acre et nauséeuse. Il contient 8 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. une matière sucrée, et abandonne, par l'action prolongée de l'eau bouil- lante, un extrait mucilagineux, gélatineux et amer. Son infusion alcoo- lique est beaucoup plus sucrée que l'infusion aqueuse; elle renferme de I'ig. 8-11. — Ceterach ofjicinarum. Port. Segment de fronde, vu en dessous. Sore. Sporange déhiscent. la glycyrrhizine, des sels alcalins, de l'oxyde de fer. On peut extraire de cette plante de la mannite, une huile grasse, une substance résineuse et une sorte de glu. Le rhizome entre dans la composition de l'Electuaire lénitif (E. de séné composé) et de l'E. catholicum (E. de rhubarbe composé). Il est astringent à faible dose, évacuant à dose plus élevée. FOUGÈRES. 9 C'est un purgatif doux, utile surtout pour les enfants. Ou l'a recommandé comme ascarieide, anticatarrheux, antiasthmatique; on l'emploie com- munément dans les campagnes contre les bronchites invétérées. Le Polypodium Calaguala R. et Pav., du Pérou, produit la véritable Souche de Calaguala, jadis usitée en médecine, vantée comme sudori- lique, antisyphilitique, anthelmintique, et à laquelle on substituait les rhi- zomes du P. crassifolium L. et de VAcrosliclium Huacsaro R. et Pav., puis le P. adianti forme Forst. et VAspidium coriaceum Sw., ou même une phanérogame de la famille des Balanophoracées, le Cynomorium coccineum ou Fungus melitensis (Champignon de Malle). Le P. perçus sum Cav.. du Brésil, passe pour tœnicide ; le P. inorbil- hsum Presl, de Java, pour tonique; le P. lycopodioides L., du Mexique, pour astringent et diaphorétique. Les P. quercifolium L., Rhedii Kost., suspensum L. sont indiqués dans les traités classiques comme vermifuges ; le P. taxifolium L., comme emménagogue, etc. Ceterach Les Ceterach sont des fougères à frondes garnies de poils et d'écaillés scarieuses, protégeant en partie les sores. Ceux-ci sont oblongs ou li- néaires, disséminés sur la face inférieure de la fronde, avec ou sans ordre. On n'emploie chez nous en médecine que le C. officinarum W. (Asplenium Ceterach L. — Grammitis Ceterach Sw. — Gijmnogramma Ceterach Spreng.), vulgairement nommé Daurade, Doradille d'Espagne, Herbe dorée (fig. 8- H). C'est une herbe peu élevée (5-20 cent.), à rhizome peu développé, à frondes disposées en cuvette, puis étalées, pinnatipar- lites, avec des segments alternes, obtus, épais, confluents, verts en des- sous, chargés sur cette face d'écaillés grisâtres, finalement roussàtres, plus ou moins dorées, scarieuses et brillantes. Ces écailles sont ovales- aiguës et insérées par un point étroit, situé à une certaine distance de leur base arrondie, de façon à être comme feutrées. Les sores sont étroits, atténués aux deux extrémités, et les sporanges sont lisses et d'un brun noirâtre. Cette plante est assez commune dans presque toute la France, sur les vieilles murailles et les rochers ombragés. Elle est béchique, astringente, diurétique, et on l'a vantée contre la gravelle et un grand nombre de maladies des voies urinaires. On la préconise, en décoction dans l'eau de forgeron, contre les engorgements de la rate et l'œdème qui accompagne ou suit les fièvres intermittentes (Cazin). Pteris Les Pteris sont des fougères â frondes plus on moins divisées et «tout 10 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. les sporanges naissent disposés en bandelettes longitudinales continues, tout près des bords brusquement amincis des divisions de la fronde. En dehors de leur ligne d'insertion, le bord atténué de la fronde se réfléchit sur les bandelettes de sporanges et leur constitue une indusie continue, libre par son bord interne. Le P. aquilina L. (Fougère à l'aigle, F. impériale, Feuchière) (fig. 12, 13) est la plus commune, chez nous, des espèces de ce genre et c'est le type d'une section à laquelle on a donné le nom de Pœsia, caractérisée par un indusium plus ou moins dédoublé. C'est une grande plante vivace (haute de 5-18 décimètres), à rhizome traçant, à peu près horizontal; à frondes annuelles très grandes, pétiolées. Certaines coupes obliques du pétiole Fig. 12. — Pteris aquilina. Schéma du développement de la généra- tion asexuée sur le prothalle p; f, pied; b, sommet de la tige, w, ra- cine; v, feuille (Hofmeister). Fig. 13. — Pteris aquilina. Coupe lon- gitudinale du prothallc, en voie de dé- veloppement, montrant ses divers points végétatifs. Mêmes lettres que dans la figure 12 (Hofmeister). laissent voir la figure des faisceaux ligneux bruns, rappelant par leur disposition l'image d'un aigle à double tète. Le limbe, dont l'en- semble est ovale-triangulaire, coriace, d'un beau vert, est bi-tripin- natiséqué, avec les segments opposés, pétiolulés, ovales-lancéolés ou triangulaires; les lobules entiers, très rapprochés, pubescents, surtout en dessous et sur leur ligne médiane, à bord réfléchi constituant l'indusie mince et grisâtre, à cordons épais de spores brunes très nom- breuses et plurisériées. Cette belle espèce est très abondante dans toute la France, dans les bois, les champs sablonneux, surtout dans les terrains siliceux des landes, dunes, etc. Elle doit son nom spé- cifique à cette figure d'aigle héraldique qu'on obtient en coupant son rhizome et même ses pétioles. Ces coupes nous montrent un épi- derme, un sous-épiderme, un parenchyme fondamental à phytocystes FOUGÈRES. II gorgés de fécule et dans lequel se développent les faisceaux fibro- vasculaires et ce qu'on a nommé les Cordons sombres. Ceux-ci sont au nombre de deux, en forme de croissants qui se regardent par leur concavité. Ils sont formés de phytocystes devenus scléreux et chargés de ponctuations croisées, qui donnent au rhizome une grande soli- dité. Les faisceaux fibro-vasculaires se joignent à eux pour compléter la figure d'oiseau à laquelle nous faisions allusion : les plus petils se grou- pant en une sorte de couronne autour des faisceaux sombres, et les deux plus gros, en dedans et presque accolés l'un à l'autre. Ce rhizome n'a pas, quoiqu'on l'ait dit, les propriétés tamicides de la Fougère mâle; il n'est qu'astringent et sert, comme tant d'autres, au tannage des cuirs. La poudre du rhizome, sans doute à cause delà fécule qu'il contient, a pu servir à faire un mauvais pain dans les temps de disette. C'est une plante riche en sels de potasse et dont la cendre a été utilisée en verrerie. Les feuilles s'emploient à fumer et à écobuer les terres, à faire des litières, à emballer les fruits et le poisson. Il y a en Amérique un P. caudata L., et en Polynésie un P. escu- lenta Forst., dont les indigènes mangent les souches grillées et en pré- parent un pain grossier, d'ailleurs fort peu nutritif. Le P. indica S\\\, le Bali d'Amboine, a des jeunes pousses comestibles. Au Brésil, les P. pedata Sw. et leptophyllaRM)B.', aux Antilles, le P. arachnoïdes Kaulf. sont employés, dit-on, comme pectoraux. Adiantum Les Adiantum sont des fougères dont les frondes sont complètement partagées en segments irrégulièrement quadrilatéraux ou presque trian- gulaires, à bords libres prolongés cà et là en lobes membraneux, arron- dis ou oblongs, qui portent les sores sur une de leurs faces, laquelle se replie suivant sa base, de façon à venir s'appliquer par sa face sorifèro sur la face inférieure de la foliole. L'A. Capillus Veneris L. est le Capillaire de Montpellier (de;. 14-16). C'est une fougère à rhizome mince et à frondes délicates, molles, bipin- natiséquées, hautes de 1 à 3 décimètres, à pétioles et péliolules grêles, capillaires, noirâtres, avec les folioles à peu près aussi larges que longues, insymétriquement quadrilatérales, cunéiformes et entières à la base, arrondies vers le sommet, lobulées dans les frondes sorifères, tandis que dans les frondes stériles, elles sont en haut dentées en scie, avec des vei- nules ténues, bifurquées et dont les divisions atteignent les bords. Le pétiole est grêle, très long, lisse, luisant, noirâtre et nu dans sa moitié inférieure ou davantage. Les sporanges sont petits, nombreux, courtemenl stipités, arrondis au sommet. Celle plante a une odeur douce et faible, Î2 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. agréable. Elle croît dans les portions chaudes de la France, sur les rochers ou les murs humides et ombragés, dans les grottes, les puits, an bord des fontaines. On la trouve dans une grande partie de l'Europe. Le Capillaire du Canada est généralement préféré au précédent pour _ X Sè\. Les frondes sont dressées, pétiolées, naissant du rhizome dans l'ordre alterne. Quand elles sont jeunes, elles sont fortement enroulées en crosse cl chargées aussi de rameuta. Epanouies, elles ont un limbe ovale- d&iïm m Fie 22. — Coupe verticale d'un lobe de fronde de Dnjopteris Filix- nas, passant par le centre d'un sore (Sachs). oblong et atténué au sommet (long d'un demi-mètre ou plus), donl le rachis est d'un brun pâle, tout chargé de poils. Il est pinnatipartite. Ses lobes sont nombreux, alternes, à peu près sessiles sur le rachis, linéaires- FiG. 23. — Sporange jeune de Dnjopteris Filix-mas, avec cavi- té sporigène (Sachs). Fig.24.. — Sporange de Dnjop- teris Filix-mas, à peu près mùr et portant une glande latérale (Sachs). Fig. 25. — Sporange de Dnjopteris Filix- mas, au moment de la déhiscence. oblongs, à base tronquée, à sommet atténué. Il sont d'autant plus courts qu'ils sont plus élevés sur le rachis; et ceux de l'extrême sommet sonl confluents. Chacun d'eux est découpé jusque vers le milieu de la moitié de sa largeur en grandes dents qui sont presque entières ou dentées- crénelées. Ses deux faces sont glabres, lisses, et leurs veines sonl 16 TRAITÉ DE DOTAMQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. simples ou fourchues. Leur face inférieure porte deux séries parallèles de sores(fig. 20), peu nombreux (4-6 sur chaque série), orbiculaires, qui consistent en sporanges pyrilbrmes, légèrement comprimés, stipités, très petits, bruns, avec un anneau longitudinal qui occupe la moitié ou les trois quarts de leur bord, et qui, se redressant avec élasticité, produit le déchirement transversal de la paroi du sporange. Du centre des spo- ranges se détache une colonne dont l'extrémité supérieure se dilate en un indusium qui doit recouvrir et protéger le sore (fig. 22). Cet indusium n'est pas circulaire, comme celui des Aspidium, parce que du côté infé- rieur, il présente un pli radial déprimé qui aboutit à une échancrure du bord de l'indusium, adhère à son pied, et rend l'indusium réniforme (fig. 20). Sa consistance est membraneuse; sa coloration grisâtre ou un peu violacée. Les spores, très petites, très nombreuses, ovoïdes, brunes, sont lisses, réticulées. Quand elles germent, elles donnent naissance à un prothalle obcordé-réniforme, plat, vert, qui porte en avant, vers l'échan- crure, quelques oosporanges, et plus en arrière d'assez nombreuses anthé- ridies et des rhizines. Le Dryopteris Filix-mas esl une de nos plus communes fougères. On le trouve en abondance dans les bois, sur le bord des fossés, dans les landes ombragées. Il croît dans toute l'Europe, dans les portions tem- pérées de l'Asie, dans l'Afrique septentrionale et australe, dans l'Amé- rique du Nord et les Andes de l'Amérique du Sud. 11 présente dm variétés et des formes Ires nombreuses, reliées au type par de nombreuses transi- tions et qui ont reçu les noms de abbrevialum, eloncjatum, affine, pit- milum, Borreri. La- partie usitée est le rhizome (fig.26-28). Sa structure est relativement peu compliquée. Entièrement parenchymateux au début, il présente un épidémie et un sous-épiderme qui devient plus ou moins épais et brun. Intérieurement, le parenchyme, formé de phytocystes légèrement polyé- driques et contenant beaucoup de grains de fécule, est parcouru par une dizaine de faisceaux fibro-vasculaires, sans compter un grand nombre de beaucoup plus petits faisceaux qui sont extérieurs aux précédents. Les bases des frondes ont une organisation analogue; mais leurs faisceaux sont ordinairement au nombre de huit. Il y a dans les phytocystes du parenchyme, outre la fécule, des granulations jaunâtres ou brunes de substance tannique et des gouttes d'huile. On ne doit employer en méde- cine que la portion du rhizome où le parenchyme est suffisamment jeune pour présenter une teinte jaune verdâtre. En ces points, Schacht a montré qu'il y a de petits et de grands espaces intercellulaires dans lesquels proéminent quelques glandes stipitées, globuleuses et verdâtres. nées des parois des phytocystes qui limitent les méats. Elles laissent exsuder, alors que leur développement est complet, un fluide vert qui, dans les coupes plongées dans la glycérine, se solidifie en cristaux acicu- laires, formés, dit-on, d'acide filicique. coloré par de la chlorophylle et de CRYPTOGAMES VASCULAIRES. 17 l'essence. On ne trouve pas ces glandes dans la plupart des Fougères qui ont été substituées à la F. mâle, quoique M. Fluckiger les ait rencontrées aussi dans VAspidium spinulosum S\v. Il y a des glandes analogues entre Fie. 2(5. — Dnjopteris Filix-mas. Rhizome. les écailles qui recouvrent la portion végétante du rhizome, et on en observe même parfois sur le pied des sporanges (fig. 24) ; mais elles ne sécrètent pas de liquide vert. Quand, avec l'âge, c'est-à-dire après l'effort de la vé- gétation, les glandes du parenchyme se flétrissent, deviennent de couleur jaune- brun et ne produisent plus de substance verte, la Fougère mâle perd ses propriétés actives; de sorte qu'il faut récolter son rhizome, du commencement de l'été à Ja fin de l'automne, avant qu'il n'ait perdu, dans sa portion parenchym ateuse, Fig. 27. — Dnjopteris Filix-mas. sa coloration verdàtre et ses principales Sommet du rhizome, coupe Ion- r r gituuiiialc (Sachsj. qualités. C'est jusqu'ici l'éther seul qui enlève au rhizome toutes ses matières actives : une huile grasse et verte, une essence volatile, de la résine, du tannin et du sucre. De l'extrait éthéré, dont un rhizome peut donner environ 8 p. 100, il se dépose une substance cristalline cl granuleuse, qu'on a nommée Acide filicique 18 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. (Luck). La portion verte de l'extrait a reçu le nom de Filixoline et pro- duit par la saponification deux acides. Les rhizomes perdent peu à peu, en se desséchant, toutes leurs propriétés; il faut donc en renfermer her- métiquement la poudre ou en préparer l'extrait éthéré aussi peu de temps que possible après leur récolte. Dans ces conditions, l'extrait éthéré de Fougère mâle est peut-être le meilleur remède qu'on connaisse contre les helminthes cestoïdes en général, contre les Tœnias en particulier. sA^ 0\v-< )rO\ s^%\i Fig. 28. — Dryopteris Filix-mas. — Faisceau fibro-vasculaire du rhizome. On a substitué à la Fougère mâle, la Fougère femelle et les Aspidium spinulosum S\v. et Oreopteris Sw., mais ils n'en ont pas les propriétés. Les Aspidium se distinguent des Dryopteris en ce que leurs indusies sont orbiculaires, sans repli ni encoche qui les rende réniformes, et aussi en ce que les bases des frondes portées par leurs rhizomes sont pourvues de deux faisceaux fibro-vasculaires, tandis qu'il y en a huit dans le Dryopteris. Ces faisceaux ont ici la même structure que dans les Fougères en général : ce sont, comme ceux des Monocotylédones, des faisceaux fermés. Ils ont une coupe transversale (fig. 28) à peu près CRYPTOGAMES VASCULAIRES. 19 elliptique. Au voisinage des deux foyers de l'ellipse se trouvent quelques trachées, puis, suivant le grand axe, de dedans en dehors, des vaisseaux dits scalariformes. des phytocystes grillagés et des phytocystes libériens mous et séveux. Une gaine protectrice générale enveloppe tout le fais- ceau. La découverte des vaisseaux spirales des Fougères, revendiquée par plusieurs auteurs modernes, date en réalité de Malpighi (1687). Asplenium. Le genre Asplenium est caractérisé par des sporanges allongés, ovales ou linéaires, solitaires ou épars sur les nervures secondaires des frondes, ou plus rarement presque régulièrement bisé- riés. Les sores sont protégés par une indusie qui devient libre par son bord interne, tandis que son bord externe demeure adhérent et sert comme de charnière à l'indusie qui se relève et se renverse en dehors. Les segments de la fronde sont d'ailleurs plus courts vers sa base et son extrémité que vers son milieu. Le plus simple de nos Asplenium utiles a des frondes une seule fois pinnatiséquées. C'est VA. Trichomanes L. (fig. 29). De son court rhizome s'élèvent des pétioles grêles, lisses, d'un noir plus ou moins pourpré, convexes en dessous,aplatisen dessus oùilsontbordésd'une aile très courte, finement crénelée. La lame de la fronde est découpée de nombreux seg- ments ovales, arrondis, finement dentelés ou rarement incisés, qui commencent près de la base du pétiole. Suivant les nervures, dont les secondaires ne sont pas épaissies à leur sommet qui n'atteint pas les bords du limbe, se voient, sur la face inférieure, les sores linéaires, bisériés, obliques, distincts d'abord, puis confluents vers le centre. VA. Petrar- chœ est une variété à rachis pubescent, ob- servée d'abord à la fontaine de Vaucluse. L'A. Trichomanes est le Capillaire rouge des officines et s'est substitué, dans les hôpi- taux, à VA. pedatum; mais il a peu de parfum et doit être fort peu actif. La Rue des murailles (Asi lenium Ruta muraria L.) porte encore le nom de Sauve-vie, Capillaire blanche (fig. 30). C'est une espèce qui appar- tient à une section du genre dans laquelle les frondes, par suite du racccur- Fig. 29. — Asplenium Trichomanes. Port. 20 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. cissement successif de leurs segments, sont triangulaires et se rétrécissent graduellement de la base au sommet. C'est le plus petit de nos Asplenium, ses frondes n'ayant que de 2 à 12 centimètres de long; elles sont uni- bipinnatiséquées, épaisses, coriaces, à segments peu nombreux (3-7), avec des lobes obovales ou ovales-oblongs, entiers ou lobules. Les sporanges, disposés en quelques groupes linéaires, deviennent confluents au point de recouvrir presque toute la face inférieure des lobes. L'indu- sium se détacbe par son bord interne qui est finement frangé. Cette espèce est très commune, sur les rochers et les vieilles murailles, dans presque toute l'Europe. Elle a été vantée contre cent maladies : la gravelle, la diarrhée, les catarrhes des bronches, de la vessie, les hémoptysies, etc., mais elle ne paraît pas très digne de son antique réputation. Le nom d' As- plenium vient, selon Ray, de ce que : (jitod adcersussplenis morbos efficaxsit. <^\\^ S3ir ^ c ^ a P'^ a i re umr C^« Adiantum ni- ^iSÉM C !/^rlii^ r ' f J rum L-)(fig- 31-33) appartient à la même ïX)fép*^l t^"v 0^ section. Son rhizome cespiteux, logé dans MtesSaflBS-vIl^^jâ le sol ou dans les fentes des roches, sup- porte des frondes triangulaires-lancéolées, acuminées (longues de 1 à 3 décimètres), glabres, brillantes et d'un vert foncé en dessus, bi-tripinnatiséquées, à segments lancéolés-aigus et généralement înultilo- l"iG. 30. — Asplenium Ilula mur aria. Port. bulés, décroissant graduellement de la base au sommet de la fronde. Les lobules simt atténués et entiers à leur base, den- tés au sommet. Les sores sont linéaires, puis confluents et couvrent presque toute la face inférieure des lobes. L'indusium allongé a son bord interne entier et d'assez bonne heure libre. Le pétiole est aussi long que le limbe, lisse, luisant et inférieurement d'un brun noirâtre. LA. VirgiliiBoKï est une variété de cette plante, à lobes plus distants, plus étroits, plus finement découpés. C'est une herbe assez com- mune dans le centre, l'ouest et le midi de la France. Elle a joui d'une grande réputation en médecine, surtout contre les affections chroniques des reins, du foie et de la rate. La véritable Fougère femelle, dont Linné avait fait un Polypodium, doit se rapporter aussi au genre Asplenium, après avoir été attribuée à un grand nombre d'autres (Aspidium Filix-fœmina Sw. — Cystopteris Filix-fœmina Coss. et Germ. — Athyrium Filix-fœmina Roth). C'est donc Y Asplenium Filix-fœmina Bernh. Par ses caractères extérieurs et son port, cette herbe (haute de 1/2 mètre à 1 mètre) rappelle beaucoup la Fougère mâle. Mais les segments de sa fronde, finement bi-pinnatiséquée, sont eux-mêmes pinnatiséqués, lancéolés, plus courts vers le haut et le CRYPTOGAMES VASCULAIRES. 21 bas de la fronde que vers son milieu. Les sores sont linéaires, nombreux, Fig. 31-33. — Asplenium Adiantum nigrum. Port. Pimutlc. Sporange. plus ou moins confluents à la fin; el leur indusium, détaché par son bord 22 ;'s?J TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. interne est, de ce côté, finement frangé. Les sporanges sont jaunâtres, puis bruns, plurisériés et très nombreux. Cette fou- gère est très commune dans presque toute l'Europe, parmi les bois bumides. Son rhizome n'est guère utile en mé- decine,quoiqu'on l'ait aussi vanté comme vermicide. Ses frondes servent à tous les mêmes usages que celles de la Fougère mâle. Ses cendres sont riches en sels de potasse et sont employées dans les blan- chisseries et les verreries. On dit que leur lessive sert aussi en Chine à pré- parer le vernis de certaines porcelaines. i^- t ':<^ Scolopendre. i *> K w, ~\ Le Scolopendrium officinale Sm. (S. officinarum Sw.), ou Langue de bœuf, L. de veau, L. de chien, L. de cerf, Herbe à la rate, est une herbe vivace, à rhizome épais et cespiteux, qui porte des frondes (fig. 34) alternes (longues de 1-4 décim.), pétiolées, oblongues ou oblon- gues-lancéolées, entières ou un peu érodées dans le type, diversement dé- coupées en haut dans certaines formes qu'on cultive, à base cordée au-dessus de laquelle elles sont souvent un peu rétrécies, le plus souvent pourvues à cette même base de deux oreillettes ob- tuses, contournées en dedans; glabres, fermes, rigides, d'un vert clair. Le pé- tiole est plus court que le limbe et écail- leux. La nervure médiane du limbe porte un grand nombre de nervures se- condaires, parallèles, un peu obliques. Les sores sont parallèles aux nervures secondaires et occupent tout ou portion de la largeur de la demi-fronde. Ils sont formés de nombreux petits spo- ranges noirâtres, stipités, disposés sur deux saillies linéaires, parallèles, f/fj Fie. 34. nale. — Scolopendrium offici- Frondc, l'ace inférieure. CRYPTOGAMES VASCULAIRES. séparées l'une de l'autre par un sillon. L'in- dusium est double, répondant au prolonge- ment du bord libre de deux nervures se- condaires; il se rabat sur une ligne de sporanges, sous forme d'une lame linéaire, membraneuse, translucide, et recouvre l'autre laine indusiale semblable, qui naît de l'autre côté de la sore. A un moment donné, ces deux lames cessent de s'im- briquer, se relèvent plus ou moins perpen- diculairement au plan de la fronde; et les sporanges, mis à nu, s'ouvrent et projettent élastiquemenl leurs spores. C'est une plante assez commune en Europe, très abondante dans le sud et l'ouest de la France, assez rare aux environs de Paris, sauf dans les puits obscurs. On la trouve sur les rochers, au bord des chemins ombragés. Elle fait partie des Espèces vulnéraires suisses ou Thé suisse et du Sirop de Rhubarbe ou de Chicorée composé. Elle s'emploie verte ou sèche. Les a iciens la préconisaient contre les obstructions de la rate et du foie, la diarrhée, la dysenterie, les catarrhes pul- monaires, les hémoptysies, les affections calculeuses. Elle faisait partie de presque toutes les tisanes diurétiques. Elle est aussi légèrement astringente et vermifuge. Topi- quement, elle s'emploie encore, dans les campagnes, au traitement des brûlures. Ophioglosses. 23 Les Ophioglosses représentent un type anormal parmi les Fougères et en ont même été totalement séparés dans une famille des Ophioglossées, principalement parce que leur fronde n'est pas enroulée au début, parce qu'elle se dédouble de bonne heure en une lame externe stérile et une lame interne fertile, et parce que leur prothalle, de forme particulière, est dépourvu de chlorophylle. Fie. 35. — Ophioglossum vulgatum. Port. "24 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. L'Ophioglossum vulgatum L. (fig. 35), vulgairement Langue de ser- pent, L. de Christ, Lance de Christ, Herbe sans couture, H. à daucune, Petite Serpentaire, Luciole, est une petite herbe vivace (3-30 cent.), qui a un rhizome court, à sommet écailleux, à face inférieure chargée de ra- cines fibreuses. La lame stérile de sa fronde est ovale-lancéolée ou ovale, entière, glabre, peu rigide, d'un beau vert, avec de très fines nervures anastomosées. La lame fertile a la forme d'un épi linéaire, pédoncule, plus court, puis plus long que la lame stérile, aigu, comprimé suivant les deux faces, tandis que ses bords présentent chacun une série de sporanges superposés, distiques, et qui finissent par s'ouvrir transversalement en deux valves. Des spores en germination sort un prothalle en forme de niasse allongée, épaisse, parenchymateuse, incolore et analogue à un rhi- zome. VO. vulgatum est assez commun dans toute l'Europe, principa- lement dans les prairies et dans les bois humides et sombres. Il passe pour vulnéraire, tonique, astringent, résolutif, utile contre les hémorrhagies, la leucorrhée; on l'applique encore, dans les campagnes, sur les plaies et les contusions. Les alchimistes prétendaient qu'il peut devenir lumineux la nuit (d'où son nom de Luciola). L'O. lusitanicum L., plus petit et à feuilles linéaires, a les mêmes pro- priétés. Dans l'Océanie tropicale, les 0. pendulum L. et ovatum Sw. sont recherchés, à ce qu'on rapporte, pour leurs frondes comestibles. Botrychium. Le BotnjchiumLunaria Sw. (fig. 36-39), vulgairement nommé Lunaire ou quelquefois Langue de cerf, était pour Linné VOsmunda Lunaria. C'est une herbe vivace, haute de 5-^0 cent., qui a un rhizome court, écail- leux au sommet, pourvu inférieurement déracines adventives. Ses frondes sont, comme celles des Ophioglosses, divisées en deux lames : l'extérieure stérile, pennatiséquée, non enroulée en crosse au début, avec des seg- ments semi-lunaires, réniformes ou subrhomboïdaux, à peu près en- tiers ou plus ou moins incisés, veinés. L'intérieure, fertile, est aussi pin- natiséquée; mais ses segments sont réduits à leur rachis. Ascendants ou dressés, ils constituent une sorte d'inflorescence terminale composée et supportent de nombreux sporanges sans anneau, subglobuleux, déhiscents à leur sommet par une courte fente dont les bords se renversent un peu en dehors lors de la sortie des spores. Le prothalle qui provient de celles-ci a la forme d'un petit tubercule ovoïde, dépourvu de chlorophylle et creusé de cavités qui renferment des anthéridies ovoïdes et des oosporanges peu nombreux. Cette plante, assez rare aux environs de Paris, se trouve dans les clairières des forêts et les pâturages secs, depuis la côte française occi- dentale jusqu'aux plus hauts sommets alpins. Elle a joué un grand rôle CRYPTOGAMES VASCTLAIRES. 25 dans les rêveries des Hermétiques, passant pour briser le fer, solidifier Le mercure, mettre le bétail en rut. On la croit astringente, antileucor- rhéique, antidysentérique ; on l'a même dite réductrice des hernies. C'csl l'Herbu Lunariœ Botrijlidos de la pharmacopée germanique. C'était Fie. 36-39. — Botnjchium Lunaria. Port. Fronde fructifère. Sporanges déhiscents. la Petite Lunaire des anciens, qui passait pour avoir « grande vertu contre les playes, car elle les peut conglutiner et fermer », et qui était considérée comme a merveilleusement bonne pour arrester le flux men- strual et fleurs blanches des femmes» (Fuclis). Elle passe pour guérir les 26 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. contusions et les plaies. On lui substitue les B. Matricariœ Spreng. et rutaceum W. Aux Antilles, le B. cicutarium Sw. est préconisé comme dépuratif, sudorifique, et se prescrit contre les morsures des serpents venimeux. Les Fougères d'un intérêt secondaire au point de vue médical, sont : L'Agneau de Scythie (Dicksonia Barometz Link. — Cibotium Baro- metz Link. — C. glaucescens Hook. — C. assamicum Hook.), encore appelé au moyen âge Frutex tartareus. C'était une panacée, un être semblable quant au corps à un animal, broutant les végétaux autour de lui, mais fixé comme une plante par sa racine. Les marchands qui colportaient cette drogue laissaient à sa surface quelques bases de frondes, représentant grossièrement les quatre membres et la queue du prétendu animal. Les poils qui couvrent le rhizome de cette fou- gère, étaient employés comme hémo- statiques. On vend encore ce singulier remède dans les bazars d'Orient. A Java, les Balantium chnjsotrichum Hook. et magnificum Hook. jouent le même rôle en médecine, sous le nom de Paku-Ki- dang. Les Cibotium Chamissoi Kaulf., Menziezii Hook., glaucum Hook. et Arn., qui sont aussi des Dicksonia, sont exporlés des îles Sandwich en Australie el en Californie, et, sous le nom de Pulu, s'emploient aux mêmes usages. LeBlechnum Spicant Roth (B. boréale Sw. — Osmunda Spicant L. — Lo- maria Spicant Desvx), assez commun dans toute l'Europe, est remarquable par ses frondes dimorphes : les unes stériles et plus courtes, à divisions plus larges; les autres fertiles, plus longues, à divisions étroites, portant deux groupes linéaires de sporanges finalement confluents, primitivement recouverts d'un indusium qui s'ouvre en dedans et en dehors. Cette plante passe pour vulnéraire; il va des campagnes où elle entre dans la fabrication de la bière. C'est VHerba Lonchitidis minoris de la pharmacopée alle- mande. Dans la Fougère royale (Osmunda regalis L.), c'est une seule et même fronde qui porte intérieurement des lobes stériles, foliacés, et supérieure- ment des lobes dont le parenchyme disparaît presque totalement et dont les nervures supportent de nombreux sporanges, gibbeux et subglobu- Fig. -10. — Osmunda regalis. Portion fertile de la fronde. CRYPTOGAMES VASCULAIRES. 27 leux, sans anneau, disposés en une sorte de grappe composée. Originaire de toutes les localités marécageuses de l'Europe, l'Osmonde (fig. 40), plante très ornementale, est vantée comme dépurative, antiscrofuleuse et anlirachitique. Elle a été surtout recommandée contre le carreau des enfants. On la dit aussi vermicide. Elle sert de litière et a été employée à l'extraction de la potasse. L'Aspidium marginale W. est employé en médecine aux Etats-Unis. On trouve dans le commerce deux oléo-résines extraites de son rhizome : l'une molle et brune; l'autre liquide et verdâtre. Ou en a séparé des cristaux d'acide filicique par le repos (Patterson). Son extrait élhéré a une saveur amère et nauséeuse, et ne renferme ni sucre, ni tannin. Le Gymnogramme Calomelanos Kaulf., de l'Amérique du Sud, est astringent et pulmonaire. Le Notochlœna lieteropkylla (N. piloselloides Kaulf. — Acrostichum heterophyllum L.) passe dans l'Inde pour un bon antisyphilitique et sert, dit-on, à tonifier les gencives. Le Cheilanthes fragrans Webb (Polypodium fragrans L.) est con- sidéré en Asie comme antiscorbutique; il entre, dit-on, en Sibérie, dans la fabrication de certaines bières. Le Lomaria scandens De Vr., de l'Inde orientale, est usité dans ce pays pour la fabrication des cordages et des nattes. Le Diplacium malabaricum Spreng. (Asplenium ambiguum Sw.), du Malabar, sert au traitement des fièvres intermittentes. Il y a, dans l'Inde orientale, un D. esculentum Sw. Le Dav allia acuUata Sw., du même pays, y est prescrit contre les affections pulmonaires chroniques. L'Alsophila armata Mart. (Polypodium aculeatum Badd.) sert d'astringent, au Brésil, principalement dans le traitement des affections pulmonaires et des hémorrhagies. Les Lygodium juponicum Sw., scandens L., microphyllum B. Br. et circinatum Sw. s'emploient aux mêmes usages que nos Capillaires. Aux Antilles, le Cyathea arborea Sw. produit des jeunes pousses comestibles, et toutes ses parties donnent une cendre riche en potasse. A la Nouvelle-Zélande, on mange les bourgeons du C. medullaris (Poly- podium medullare Forst.); et dans le même pays, Y Angiopteris crecla a des souches en partie comestibles, et se mange assaisonné avec de l'huile de coco. Les jeunes poussesdu Ceratopteris thalictroides Ad. Br., singu- lière fougère annuelle et aquatique, sont potagères, dit-on, dans l'Inde orientale. 2X TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. LYGOPODI AGEES Parmi les Lycopodes, qui ont donné leur nom à cette famille, le plus anciennement connu de ceux qu'on emploie en médecine est le Lycopo- Fig. 41. — Lycopodium clavatum. [Port. dium clavatum L. (Pied de loup, Patte de loup, Plicaire, Herbe à la plique, H. aux massues, Mousse terrestre, Griffe de loup) (fig. 41-43). CRYPTOGAMES VASCULAIRES 29 C'est une herbe vivace, dont la tige, fixée au sol par des racines adven- lives d'un jaune pale, se divise beaucoup, sans que ses ramifications s'accroissent notablement en épaisseur, et peut s'étendre jusqu'à plus de 10 mètres. Les feuilles sont très nombreuses, très rapprochées les unes des autres, de façon à constituer parfois de faux verticilles. Elles sont pressées et imbriquées, dirigeant leur sommet vers le haut, sessiles, linéaires-oblongues; le sommet terminé par une pointe sélacée, parfois aussi longue que la feuille elle-même; uninerves, lisses, d'un vert jaunâtre et pâle; le sommet parfois rougeàtre. La ramification est dicho- tomique quand rien ne vient l'altérer, et, comme dans les Lycopodiacées en général, le point végétatif se partage au début en deux lobes égaux; mais souvent plus tard, une des divisions l'emportant sur l'autre, celle-ci 'î Fig. 42. — Lycopodium clavatum. Bractée sporangifère et spores. Fig. 43. — Lycopodium clavatum. Microspore. peut paraître latérale. Les organes de la fructification sont des épis, solitaires, géminés, quelquefois même ternes au sommet d'un axe atténué en pédoncule, portant des feuilles plus petites et plus écartées que celles des tiges. L'axe de l'épi porte aussi des feuilles ou bractées, plus semblables à celles des tiges, très rapprochées, ovales-triangulaires, courtement atténuées à leur base subpeltée, terminées par un long acumen liliforme, entières ou plus souvent finement denticulées sur les bords, d'un jaune de soufre, dressées, puis, après l'émission des spores, plus ou moins écartées de l'axe. Dans leur aisselle se trouve un sporange, légèrement entraîné au-dessus du point d'insertion de la bractée; réni- torme, s'ouvrant en deux en travers, à la façon d'une coquille bivalve, et laissant échapper de nombreuses spores d'un jaune pâle, irrégulièrement létraédriques, avec les faces finement ponctuées-réticulées et les angles finement ciliés. Ce sont ces spores qui, sous le nom de Soufre végétal, constituent la poudre de Lycopode et s'emploient à enrober les pilules, à saupoudrer les plaies et les cuisses érythémateuses des enfants, pour prévenir ou sécher les écorchures; au traitement des ulcérations palpé- 30 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. braies, des affections des reins et de la vessie, du poumon, de la diarrhée infantile; dans la préparation des moxas dits chinois. Jetée sur l'eau, cette poudre surnage en grande partie. Elle se précipite quand on chauffe l'eau qui prend alors une saveur cireuse et présente une assez forte proportion d'un mucilage qui peut se prendre en gelée, comme celui des Lichens. La poudre colore l'éther en jaune verdàtre; elle tombe au fond de l'alcool qui la pénètre facilement. En chauffant, on obtient une teinture dont on précipite par l'eau un extrait fermentescible, qui con- tient du sucre. S'enflammant très facilement, cette poudre sert au théâtre à imiter les éclairs. On dit qu'on la falsifie avec le pollen des Typha; ce qui est rare et se reconnaîtrait facilement aux grains isolés et arrondis ou quadruples de ce pollen. Bien plus souvent, c'est le pollen des Pins qui se substitue aux microspores du Lycopode. Mais ce pollen se distingue plus aisément encore à ses grains irréguliers, formés de trois lobes ou portions distinctes. On y mélange souvent aussi du talc qui se précipite dans l'eau, et de la fécule qui bleuit par l'iode ; ce que ne fait pas le Lyco- pode. Ses spores sont de celles que, dans les Sélaginelles, nous dési- gnerons tout à l'beure sous le nom de microspores. Placées dans des conditions favorables, ces microspores développent un prothalle que l'on n'a pu observer que dans un petit nombre de Lyco- podium, notamment dans le L. annotinum. On y a vu ce prothalle porter une ou plusieurs plantules à sa face supérieure; leur base était encore enchâssée dans nu reste d'oosporanuT. Sur le même protballe on voyait aussi quelques anthéridies, sous forme de poches ovoïdes, creusées dans le parenchyme. Leur cavité était remplie de petits phytocystes qui sont des cellules-mères d'anthérozoïdes et qui renferment chacun un de ces agents fécondateurs, arqué, assez épais, atténué en avant où il porte deux cils locomoteurs plus longs que lui. Le L. clavatum se trouve dans presque toute l'Europe, dans l'Asie et l'Amérique septentrionales, sur les coteaux boisés et pierreux, dans les landes. On le récolte surtout en Suisse et en Allemagne. Ses organes de végétation passent pour vomitifs et sont, dit-on, employés à cet effet dans les Alpes. On les a vantés contre les rétentions d'urine. Mais c'est surtout contre la pliqne, comme l'indiquent plusieurs de ses noms vul- gaires, et contre diverses autres affections du cuir chevelu, qu'on a pré- conisé et les feuilles et les spores. Le L. Selago L. appartient à une section différente du genre, parce que ses sporanges, au lieu d'être groupés au sommet d'axes spéciaux, occupent l'aisselle des feuilles ordinaires de la tige, et souvent d'un grand nombre d'entre elles. Ses spores font parfois partie de la poudre de Lycopode; mais ses organes végétatifs sont narcotico-âcres, vénéneux. Ils produisent, dit-on, des syncopes, des superpurgations, des vomissements violents, même l'avortement. En Suède, on en prépare une lotion qui détruit la vermine du bétail; d'où le nom d'Herbe aux porcs. CRYPTOGAMES VASCULAIRES. 31 Semblable paraît être l'action du Piligan, le L. Sanrurus Lamk (L. elongalum Sw.), qui contient une résine purgative et un alcaloïde (?) nommé Piliganiue, lequel est un poison énergique, agissant sur le bulbe, les pneumogastriques et tuant à très petites doses les animaux. Cette espèce habite les régions tropicales et sous-tropicales des deux mondes. On dit qu'elle est usitée comme évacuante dans l'Amérique du Sud. Elle appartient, par la situation de ses sporanges dans l'aisselle des feuilles caulinaires, au même groupe que le L. Selago. Le L. alpïnum L. sert en teinture, et, employé comme mordant avec le bois de Brésil, fournit un bleu solide. Le L. annotinum L. (L. junipe- rifolium Lamk) donne une teinture grise dans les mêmes conditions. En Amérique, le L. cernuum L. est usité comme diurétique et s'applique sur les tumeurs de nature goutteuse. Ses spores passent pour carmina- tives. En Russie, le L. complanatum L. (L. Chamœcyparissus A. Br.) est regardé comme lithontriptique et tinctorial. Au Brésil, le L. hygro- metricum Mart. est réputé un puissant aphrodisiaque. Il en est de même dans l'Inde du L. Phlegmaria L. (Corda de Sun Franzesco, Geissel des heil. Thomas), considéré comme stomachique et diurétique. A Caracas, on vante comme remède de l'éléphanliasis le L. rubrum Ciiam. (L. ca- tharticum Hook.). Aucun d'eux n'a été expérimenté en Europe. Sélaginelles. Les Sélaginelles (Selaginelln), au lieu d'avoir des feuilles disposées tout autour de leurs axes, n'en portent que quatre rangées longitudinales. Sur le côté inférieur ou extérieur des axes, les deux rangées de feuilles sont plus grandes que sur les autres rangées, et la base des feuilles pré- sente en dedans une lamelle saillante, de forme variable, à laquelle on a donné le nom de Ligule. Quand la plante doit fructifier, les sommets de ses axes s'atténuent en une sorte de pédoncule qui supporte un épi. Les quatre rangées de feuilles persistent sur ces parties, mais elles deviennent toutes à peu près égales et équidistantes. Les axes possèdent, en outre, des porte-racines sur lesquels naissent des racines bifurquées, comme tous les axes de la plante en général. Il y a des sporanges soli- taires dans l'aisselle des feuilles modifiées ou bractées de l'épi; mais ils sont de deux sortes, soit sur un même pied, soit sur des pieds différents; soit sur une même inflorescence, soit sur des inflorescences différentes. Ou bien ils sont petits et renferment de nombreux corps reproducteurs, comme dans les Lycopodes; et dans ce cas, ce sont des Microsporanges, contenant des Microspores; ou bien ils sont plus volumineux (Macros- poranges), inégalement quadrilobés, et à chaque lobe répond une seule Macrospore. Il y a plus rarement deux ou huit macrospores. Tous ces sporanges, d'ailleurs, ont un pied court qui s'attache sur la bractée axil- lante, un peu au-dessous de la ligule. Lorsque les macrospores germent, 32 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. elles produisent des prothalles qui supportent des oosporanges; et lorsque les microspores germent, elles donnent des prothalles moins volumineux dans lesquels il ne se forme que des anthéridies. Ces dernières se développent sur un très petit prothalle, formé d'un phytocyste inférieur, ferme, persistant, et d'un phytocyste supérieur, bien plus volumineux, successivement partagé en un certain nombre de petits phytocystes secon- daires qui sont des cellules-mères d'anthérozoïdes. A l'époque de leur germination, les macrospores ont un sommet obtus, partagé en trois facettes que séparent autant d'arêtes assez vives. Sous ce sommet trigone, le contenu de la macrospore forme une sorte de ménisque parenchyma- leux dont la substance est bientôt creusée de plusieurs oosporanges, tan- dis que sous le ménisque s'organise une autre masse parenchymateuse, bien plus volumineuse, à laquelle on a donné le nom d'albumen, parce qu'elle est destinée à nourrir le contenu des oosporanges. Ce contenu est une grosse oosphère, occupant le fond d'un puits dont le col est formé de deux anneaux superposés, chacun de quatre phytocystes. Le canal est l'empli d'un mucilage qui, comme dans les Fougères, va faire saillie en dehors de l'orifice du col, et serl de passage aux anthérozoïdes qui se dirigent vers l'oosphère pour la féconder. Ces anthérozoïdes des Lycopo- diacées ont une forme arquée et un corps plus ou moins comprimé, avec une longue extrémité antérieure, nettement atténuée et supportant à son sommet deux cils vibraliles dont la longueur dépasse celle de l'anthéro- zoïde. Quand les oosporanges ont été fécondés, ils grandissent par leur fond bien au-dessous du ménisque et puisent dans l'albumen les aliments nécessaires au développement des plantules incluses dans les oosporanges. Il y a peu de Selaginella utiles. Le plus curieux est le S. lepido- pliylla Spring, du Mexique, qui se comporte dans ce groupe à peu près comme fait la Rose de Jéricho parmi les Phanérogames et qui donne lieu aux mêmes superstitions. Desséchée et en apparence morte, telle que nous la recevons de son pays natal, où elle a la réputation d'un remède souverain contre le rhumatisme et la goutte, cette Sélaginelle a l'apparence d'une boule qu'entourent étroitement toutes ses feuilles découpées. Mais à mesure que cette herbe est exposée à l'action de l'eau dans laquelle on la plonge, ses feuilles s'écartent, mettant au jour les feuilles plus intérieures qui sont encore complètement vertes. On peut placer les pieds sur la terre humide d'une serre chaude pour leur faire développer des racines adventives et obtenir des sujets vivants de cette curieuse Lycopodiacée reviviscente, laquelle reprend sa fraîcheur et sa vie alors même qu'elle aurait été quelque temps plongée dans l'eau bouil- lante; sans doute parce que les frondes les plus extérieures protègent les plus intérieures contre trop d'humidité ou de chaleur. Le S. convolula Spring, de l'Inde orientale, passe pour aphrodisiaque. Le S. selaginoides Lk (S. spinulosa A. Br.) a des spores qui, dit-on, peuvent aussi faire partie de la poudre de Lycopode. r.KYPTOGAMES VASCULAIKES. 33 EQUISETAGEES ,11 ! «n m Au premier printemps, la plus grande des Prêles qui croissent chez nous, VEquisetum maximum Lame (E. Telmateia Eunn.), émet à la surface du sol, au milieu même des restes des branches stériles de l'année précédente, desséchées et brisées, des axes fertiles, cylindri- ques et trapus, blanchâtres ou d'un jaune rougeâtre pâle, qui portent un certain nombre de collerettes super- posées d'appendices verticillés, au nombre de vingt à trente, connés à la base, marcescents après la flo- raison, et. au-dessus d'elles, une inflorescence en forme d'épi cylin- drique, oblong, épais, à la base de laquelle se trouve une collerette mo- difîée,qu'on nommé l'anneau (fîg. 43, 44). On distingue dans l'inflores- ' cence un axe creux, cl, implantés loul autour de sa surface, un grand nombre de clous à tête aplatie et hexagonale (fig. 45). Leur tète porte en dessous, descendant parallèle- ment a la tige du clou, un nombre variable de sacs ou sporanges, remplis de spores. La paroi du spo- range est extérieurement formée de phylocystes inégaux, dont la mem- brane s'épaissit très nettement en fils spirales ou réticulés. Grâce surtout au jeu de ces épaississements parié- taux, sous l'influence d'une perte d'eau, les sporanges mûrs s'ouvrent le long de leur bord interne (fig. 40, 47), et les spores qu'ils contiennent s'échappent sous forme d'une abon- dante poussière verdàlre. Bientôt elles se livrent à des bonds saccadés qui sont dus à quatre élatères en forme de rames, élargies et aplaties au 3 Fig. 43, 44. — Equisetum maxi- mum. Branche fertile, entière et coupe longitudinale. 34 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. sommet, granuleuses, et insérées en un même pôle de la spore. Ces élatères sont formées par la plus extérieure des trois membranes enve- loppantes de la spore, épaissie en une spirale dont les tours se séparent les uns des autres par suite de la résorption de la portion de la mem- Fig. 45-47. — Equisetum maximum. Clou à sporanges encore clos et à sporanges déhiscents. L'un de ces derniers, isolé et renversé. brane qui leur est interposée. C'est la dessiccation qui détermine la dis- jonction des élatères, et l'action de l'humidité les ramène enroulées autour de la spore, à peu près dans leur mode de disposition primitif (fig. 48). Lorsque leur déroulement s'est produit (fig. 49), la masse des Fie. 48, 49. — Equisetum maximum. Spore; les élatères enroulées, et la même, les élatères déroulées. spores devient blanchâtre et comme toute tomenteuse. Ces spores appar- tiennent à la génération asexuée des Equisetum. Placées au contact de l'eau ou sur un sol suffisamment humide, les spores germent, en même temps que leurs élatères se détruisent. La sphère qu'elles représentent doit sa teinte verte à de nombreux grains de chlorophylle. Au moment de la germination, la spore produit un prothalle qui est unisexué, tantôt mâle, tantôt femelle, et qui se fixe au sol par des rhizines en forme de phytocystes-tubules. Quand le prothalle est mâle CRYPTOGAMES VASCULAIRES. 35 (fig. 50), il a la forme de certains protonéma de Mousses, lâchement Fig. 50. — Equiselum. A, prothalle portant en a, a des anthéridies. B, C, I), E, anthérozoïdes à divers états de développement (Schacht). Fig. 51. — Equiselum. Prothalle fe- melle, fixé en h par des rhizoïdes. a, a, oosporanges, encore mar- ginaux (Hofmeister). parenchymateux et irrégulièrement lobé. Vers les extrémités de ses lobes FlG. 52, 53. — Equisetum. Embryon à deux âges successifs, coupe longitudinale (Sadebeck). I, première cloison de segmentation; II, deuxième cloison; b, phytocystes foliaires; v, phytocyste terminal; w, phytocyste radical. les plus grands, se développent les anthéridies qui sont des sacs ovoïdes, à 36 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. paroi formée d'une seule assise de phytoeystes. Ceux-ci se disjoignent au sommet pour laisser sortir les petits phytoeystes, très nombreux, que l'on nomme cellules-mères des anthérozoïdes. Ces derniers (fig. 50) sont les plus gros qu'on connaisse parmi les Cryptogames. Ils ont l'apparence d'un large ruban spirale, concave-convexe dans sa portion dilatée et for- mant environ deux tours de spire dans sa portion supérieure rétrécie, au niveau de laquelle s'insèrent de très nombreux cils vibratiles. Le prothalle femelle (fig. 51) est généralement plus petit et à divisions plus allongées, fort irrégulières. Les oosporanges naissent vers la base de ces divisions, sur le bord antérieur de la portion épaissie du prothalle; mais ils sont bientôt, par suite de développements inégaux du paren- chyme, reportés vers la face supérieure. Ce sont des puits à quatre assises superposées de quatre phytoeystes chacune, avec une oosphère qui en occupe le fond et qui est fécondée par un anthérozoïde qui la pénètre. Elle devient ensuite une oospore qui germe et donne une plante adulte, à génération asexuée, qui portera a son tour les épis à sporanges que nous connaissons. Dans l'Equisetum maximum, les organes végétatifs ne se développent tons les ans qu'un peu après les épis à sporanges. Ce sont (fig. 55) des branches aériennes, à tort nommées liges stériles, qui atteignent un mètre cl plus de hauteur, colonnes cylindriques, blanchâtres, articulées et pourvues de nœuds au niveau des- quels se trouve une collerette qu'on regarde comme formée de bractées unies entre elles à la base, au nombre de vingt à trente. Chaque entre-nœud est creux et porte des cannelures longitudinales, qui alternent entre elles dans deux entre-nœuds successifs. Les côtes de l'entre-nœud sont surmontées chacune d'une des dents foliaires de la collerette, et les sil- lons de séparation renferment, ici comme dans les autres espèces du genre, des séries de sto- mates. A la base de la collerette, et dans l'in- tervalle des côtes, naissent des rameaux verti- cillés qui ont à peu près la même structure et qui, grêles et très allongés, ont huit angles rudes. Généralement la rudesse des Prêles est due à des concrétions siliceuses, formant un ahondant revêtement aux branches et aux rameaux. L'E. maximum est commun en Europe dans les localités aquatiques. Cette espèce est usitée, surtout en Autriche, comme diuré- tique et astringente. On l'a surtout vantée en décoction , mais en pro- posant de n'employer que les branches sèches, la plante fraîche étant trop active, et pouvant produire de l'hématurie. C'est surtout dans les hydro- Fig.54. — Equisetum. Dé- veloppement de l'em- bryon bb' sur le pro- tlialle pp. K, jeune axe- CRYPTOGAMES VASCULAIRES. 37 pisies par atonie qu'on a conseillé l'emploi de celte espèce et des autres. On a prescrit leur décoc- tion contre les fièvres per- nicieuses, et aussi chez les phtisiques, avec l'espoir de cicatriser leurs cavernes pulmonaires. En Italie, on mange les très jeunes pousses de ÏE. maximum, dont l'usage produit, dit- on, de la constipation. L'E. arvense L. (Queue de rat, Queue de renard, Verrine, Jaunetrole, Ap- prelle, Petite Prêle), petite espèce qui fructifie aussi chez nous au printemps, appartient à la même sec- tion que la précédente, parce qu'elle a aussi des rameaux fertiles et stériles distincts; mais les colle- rettes de ses nœuds ne pré- sentent que trois ou quatre dents. On lui accorde les mêmes qualités; on la re- commande contre les né- phrites calculeuses et con- tre l'aménorrhée. D'autres (Cazin) l'ont préconisée contre les métrorrhagies de l'âge critique. D'autres Equisetum de notre pays constituent dans le genre une autre section parce que leurs branches aériennes fertiles et stériles se développent simultané- ment. Tel est VE. sylvati- cum L. (fig. 56), qui au printemps porte en même temps des épis blanchâtres dont l'axe est pourvu de rameaux rudimentaires/et des branches stériles, vertes, munies à chaque Fig. 55'. — Equisetum maximum. Branche stérile. 38 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. verticille d'une douzaine de rameaux quadrangulaires et arqués. Après l'émission des spores, les épis se dessèchent; mais la branche qui les por- tait continue de se développer pendant tout l'été, comme les branches stériles. C'est une plante de l'est, surtout de la région des sapins, assez rare aux environs de Paris. Elle a les mêmes propriétés que les précé- dentes. On rapporte encore à une autre section les E. palustre L. et limo- sum L., communs dans nos localités aquatiques, et qui ont toutes les branches semblables, vertes, les fer- tiles comme les stériles; les pre- mières terminées par un épi obtus et persistant après l'anthèse, pendant tout l'été. h'E. limosum a généralement une vingtaine de dents aux collerettes fo- liaires ; et YE. palustre, de six à huit. Ce sont aussi des espèces astringentes et diurétiques. h'E. hyemale L. diffère surtout des précédents en ce que ses branches fer- tiles et stériles persistent et demeu- rent vertes pendant l'hiver, et en ce que ses épis sont aeuminés-mu- cronés. Ses collerettes ont de six à huit dents. C'est une plante commune dans l'hémisphère boréal des deux mondes. Outre les propriétés des es- pèces précédentes, celle-ci est encore aujourd'hui préconisée aux Etats-Unis comme hydragogue ; mais ses pré- tendues vertus sont douteuses, car on lui adjoint d'ordinaire de la digitale et de l'acétate de potasse. Elle est emménagogue; mais il ne faut l'em- ployer qu'avec réserve; elle renferme un acide que Braconnot a nommé équisétique et qui est, dit-on, l'acide pyromalique. En Amérique, on vante YE. bogotense K. comme diurétique, et YE. giganteum L. (E. ramosissimum Humb.) comme astringent. h'E. flu- viatile L. est YHerba Equiseti majoris de la pharmacopée germanique. Tous les Equisetiun de notre pays servent, à cause de leur revêtement siliceux, à polir les bois durs et les métaux, à pulvériser le talc employé Fie 56. — Equisetum sylvaticunt. Port.* CRYPTOGAMES VASCULAIRES. 39 comme cosmétique, à netloyer l'orfèvrerie, à adoucir le blanc qui sert de support aux dorures sur bois, etc. Les Marsilea, de la famille voisine des Rhizocarpées, ont des sporanges à contenu féculent qui peut devenir alimentaire dans les cas de disette. C'est ce que l'on appelle en Australie Nardoo, dont on fait un pain gros- sier et une sorte de brouet. Ce nom s'applique indifféremment, paraît-il, au M. hirsiitaR. Bu., au M. Drammondii A. Br. et à trois variétés con- sidérées à tort comme des espèces distinctes, sous les noms de M. oxa- loides, Nardoo et salvatrix A. Br. Ce dernier doit son nom aux services rendus par lui à des explorateurs dépourvus de tout autre aliment, (ÉF^i \ 11 y a des Marsilea en France, où la fécule des sporanges duM.qnadri- folia (fig. 57) pourrait, à la rigueur, être uti- lisée. Le groupe y est aussi représenté par une espèce du genre Pilu- laria, le P. globulifera L. (fig. 58), qui a des feuilles linéaires, ana- logues à celles d'un petit Jonc, et non pourvues, comme celles des Mar- silea, d'un limbe qua- drifoliolé. A la base de ces feuilles s'insèrent des conceptacles soli- taires, globuleux, portés par un court pédoncule et pourvus d'une paroi coriace, limitant quatre cavités et s'ouvrant finalement au sommet par quatre dents. Au point d'union des valves se trouvent intérieurement des lignes saillantes, et sur celles-ci naissent les sporanges. Les uns, situés plus bas, ne renferment qu'une spore, remarquable par l'étranglement qui se voit vers le milieu de sa hauteur. Les fructifications sont couvertes d'une sorte de duvet brun et feutré. Les feuilles sont dressées, linéaires-subulées, d'un beau vert. Le rhizome, qui rampe dans la vase des mares, très grèle, presque filiforme, émet, au niveau de l'insertion des feuilles, des racines adventives ténues qui s'enfoncent dans la vase. Fie. 57. — Marsilea quadrifolia. Fig. 58. — Pilularia globulifera. II CRYPTOGAMES CELLULAIRES Les Cryptogames cellulaires sont les Mousses, les Hépatiques, les Lichens, les Champignons et les Algues. MOUSSES Si l'on examine à l'âge adulte une de nos Mousses les plus communes, telles que \ePolytrichum vulgare (fig.5 ( J-Gi), le Funaria hygrometrica (fig. 65-72),etc, on voit que ce sont de petites plantes, qui n'ont que quelques centimètres de haut et qui possèdent des tiges grêles, cylindriques ou an- guleuses, non ramifiées, fixées au sol, aux roches ou aux murailles par des rhizoïdes ténus, formés d'une seule rangée de phylocystes-tubules super- posés. La tige peut être constituée par un parenchyme homogène; les phy- tocystes de la surface ayant seulement des parois plus épaisses et une teinte plus foncée. Ailleurs, comme dans les Hypnum, les Bryum, etc., il y au centre un faisceau axile d'éléments allongés, entouré d'une sorte d'étui de phytocystes à parois épaissies. Plus rarement, comme dans les Polytrics, il y a un cylindre central bien distinct (fig. Gi) et, à certains niveaux, une moelle centrale, formée du parenchyme primitif. La tige porte des feuilles, ordinairement délicates, constituées par une ou deux assises de phytocystes très variables de forme, avec ou sans nervure médiane et quel- quefois deux nervures marginales. Ces nervures sont formées de phyto- cystes allongés et étroits. Au sommet de la tige ou sur ses côtés, suivant que les Mousses sont Acrocarpées ou Pleurocarpées, on voit, à moins que la plante ne soit exclusivement mâle, des Urnes supportées par une Soie grêle et fermées par un couvercle ou Opercule qui lui-même est recou- vert d'une Coiffe qui tombera tôt ou tard, vers l'époque où l'opercule se soulèvera pour que l'urne puisse laisser échapper son contenu. Ce con- tenu est un sac sporigère, ouSporange, qui renferme des spores, mais qui ne remplit pas totalement la cavité de l'urne. En effet, celle-ci était pri- mitivement formée d'un parenchyme homogène. Mais à mesure qu'elle grandit, il y aune série verticale de ses phytocystes qui, à égale distance environ de son centre et de sa surface, se modifient de façon à prendre une CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 41 teinte plus foncée et à présenter dans leur intérieur un phytoblaste fine- ment granuleux. Ces phytocysles se multiplient en se subdivisant jusqu'à trois fois de suite, et ils finissent par former une couche d'une assez grande épaisseur (fig. 03). Alors les phytocystes de la troisième généra- tion, qu'on peut appeler cellules-mères des spores, développent chacun Fig. 59. — Polytrichum commune. Pied mâle, coupe longitudinale. dans son intérieur quatre spores (fig. 72) qui sont bientôt mises en liberté. Quant h la couche de parenchyme qui entoure les phytocystes sporigènes, elle forme un sac clos, le sporange, plus ou moins sinueux et contourné en dedans de l'urne. Mais dans l'axe de l'urne, le paren- chyme primitif, entouré par le sporange, a conservé ses caractères primi- tifs, devenant seulement un peu plus dense et rigide, pour constituer une colonne axile, dite Columelle. L'opercule peut être conique, comme dans les Polytrichum, ou bien moins proéminent cl môme presque plan. Quand il se soulève, on voit 42 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. des bords de l'orifice de l'urne se relever un certain nombre de dents, Fjg. 60-63. — Polytrichum commune. Pied femelle, l'urne recouverte de la coiffe, puis sans la coiffe, et après la séparation de l'opercule. Urne, coupe longitudinale. disposées sur une ou deux rangées concentriques, et constituant ce qu'on nomme le Péristome. Rarement nul dans les Mousses, ce péristome est CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 43 plus ordinairement simple ou double. Dans le premier cas, il est formé Fie. 64. — Polytrichum vulgare. Coupe transversale de Litige. de quatre dents ou de huit, seize, trente-deux, soixante-quatre dents, c'est- à-dire d'un multiple de quatre. Ces nombres sont constants dans un genre donné. Ainsi l'on compte trente-deux ou soixante-quatre dents dans les Polytrics, seize dans les Grimmia, huit dans les Splachnum et quatre seulement dans le genre Tetra/this. On nomme Cils les dents de la rangée interne dans les péristomes doubles. L'urne pré- sente ordinairement une sorte de pied rétréci au-dessous duquel se trouve un renflement, VApo- physe; et quelquefois, comme dans les Polytrics, la base de la soie est entourée d'une petite gaiiH 1 ou Vaginule. Nous allons maintenant voir quelle est l'origine de cette dernière, de la coiffe et des autres parties de l'appareil de la fructification. Si nous observons le pied femelle d'une Mousse dioïque. au moment de la reproduction, nous y verrons, soit au sommet d'une branche, soit sur ses côtés, suivant que la plante est acrocarpée ou pleurocarpée, un ou plusieurs Oosporunges que l'on a dit avec raison pistilliformes (fig. 68). Fie. 65, 66. — Funaria hijqiometrica.ï>'i.0-.(5.i>>.''-.o, c l>'--.tl Fie. 67. — Funaria hij- grometrica. Anthéridie laissant échapper les anthérozoïdes encore enfermés dans la cel- lule mère b; en c, un anthérozoïde libre de Polytrichum (Sachs). Fie. 68. — Fu- naria hygro- metrica. Oos- porange conte- nant en b la cel- lule centrale ; ni , orifice du col (Sachs). Fig. 69. — Funaria hij- grometrica. Sporange, coupe longitudinale, c, columelle; d, opercule; a, anneau, p, péristome; h, lacune aurifère ; s, cellules-mères des spo- res (Sachs). Fig. 70. — Funaria hygrometrica. Spore v, en voie de germination; w,poil radical. Eu haut, début de la portion aérienne de la plante. zoïdes jusqu'à l'oosphère. L'ensemble des oosporanges est entouré d'un involucre de feuilles peu modifiées que l'on a comparé au périanthe des Phanérogames et nommé Périgone. Quand il entoure ainsi des organes femelles, on le nomme plus particulièrement Périgyne. A l'intérieur d'une périgone analogue, un pied mâle (fig. 59) présente des anthéridies (fig. 67) qui sont des sacs plus ou moins allongés, à parois dé- licates, formées d'une seule rangée de phytocystes. La cavité est remplie de petits éléments arrondis, à paroi très ténue, qui renferment chacun un anthérozoïde. A l'époque de la fécondation, le sommet de l'anthéridie CRTPTOGAMES CELLULAIRES. 45 ? ^^^ Fig. 71. - Funaria hygrometrica. Protonema ramifié et portant des bourgeons (Sachs). s'ouvre, laisse échapper les phylocystes à anthérozoïdes; el ceux-ci, rom- pant leur enveloppe propre, se déroulent et se portent, grâce à un milieu humide, vers l'orifice du col des oosporanges. L'anthérozoïde (fig. 07) a la forme d'un filament mince, enroulé presque deux fois sur lui-même, por- tant en avant deux cils vihraliles très longs. On a dit que l'anthé- rozoïde est attiré dans le col de l'oosporange par la saccharose que renferme la substance mucilagineusequi sort de sa cavité. Outre ses organes de locomo- tion, cet anthérozoïde possède un appendice vésiculaire plein d'un liquide plasmique qui contient en suspension des grains d'amidon. Il y a des Mousses monoïques, dans lesquelles le périgone, plus spécia- lement appelé dans ce cas Périgame, renferme à la fois des oosporanges et des anthéridies. Il s'y Irouve souvent aussi, de même que dans les es- pèces monoïques, un cer- tain nombre d'organes reproducteurs modifiés el transformés en filaments qui aident à la féconda- lion cl sont dé signéssous le nom de Paraphyses. Quand l'oosphère a été fécondée par la pénétra- lion des anthérozoïdes, elle se recouvre d'un phy- locyste cellulosique et de- vient une Oospore.Celle-ci se développe beaucoup, si les circonstances sont favorables, el devient une masse parenchymateuse dont la base atténuée et rapidement allongée con- stitue la So/e(fïg.GGs).Presséedc dedans en dehors, la paroi de l'oosporange se rompt transversalement, ordinairement vers sa portion inférieure. Sa por- tion supérieure, soulevée par la jeune urne, constitue la coiffe qui surmonte Fig. 72. - Funaria hygrometrica. Développement des spores. A, a, phytocystes dits cellules-mères encore réunis; b, c, séparation des cellules-mères: 1>, cellules-mères séparées et expulsant en f leur con- tenu protoplasmique; C, cellules-mères sur le point de se diviser; D, cellules-mères divisées; E, spores jeunes; V, spores mures (Sachs). 46 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGA5IIQUE. l'urne pendant un temps variable, tandis que sa portion inférieure forme au- tour de la base de la soie la petite gaine que nous avons nommée vaginule. Une fois la coiffe tombée, l'opercule de l'urne se détache à son tour; le sporange s'ouvre aussi dans sa portion supérieure. Les spores, parfois en nombre défini et relativement très grosses, ailleurs très petites et très nombreuses, s'échappent et tombent sur le sol où elles entrent en germi- nation. Elles ont une double enveloppe (Exospore et Endospore). Par suite de l'absorption d'une certaine quantité d'eau, l'exospore, généralement mince et granuleux à sa surface, se rompt pour laisser sortir l'endospore sous forme d'un phytocyste-tubule qui se cloisonne et se ramifie. Il en ré- sulte un prothalle filamenteux et plexiforme auquel on a donné le nom de Prolonema (fig. 71). Sur celui-ci naissent un ou plusieurs bourgeons dont la base produit des rhizoïdes, et dont l'axe s'allonge pour devenir une tige feuillée, semblable à celle que nous avons vue dans une Mousse adulte. Les Mousses sont d'ailleurs douées d'une force de reproduction consi- dérable et possèdent souvent des bourgeons adventifs qui les multiplient. Un protonema peut se scinder en divers segments dont chacun peut, après un temps de repos, donner naissance à un protonema secondaire duquel sortiront des tiges fouillées. Un simple rhizoïde peut donner nais- vance à un protonema partiel d'où émanent des tiges fouillées (fig. 73). Celles-ci peuvent sortir d'une portion de parenchyme foliaire développée en protonema. Une tige peut, au lieu d'organes mâles ou femelles, pro- duire dans son périgone des bulbilles, des propagules (fig. 74) qui tombent sur la terre et y développent un protonema. Il y a des bourgeons qui tombent sur le sol et y forment directement une tige Fouillée sans passer par l'état de protonema; et souvent même les sommets des tiges se marcottent spontanément par des bourgeons ou Innovations, qui se fixent au sol par des racines advenlives, tandis que la base do la tige se détruit lentement. Il y a plusieurs de nos espèces indigènes dont on ne voit guère les organes sexuels et qui n'ont d'autre moyen de se propager, avec cependant une grande puissance d'expansion, que des innovations des propagules, des bouturages et des marcottages naturels. Les Mousses utiles ne sont pas très nombreuses, et l'on peut dire qu'au point de vue médical, aucune d'elles n'a une importance prépondérante. Celles qu'on emploie à un titre quelconque appartiennent aux genres suivants : Pulytriclium. — Ce genre a une urne anguleuse fermée par une mem- brane horizontale, un péristome ordinairement 61-denté, des organes reproducteurs dioïques. Le P. commune L. (Polytric commun, P. doré, Capillaire doré, Perce-mousse, Brosse de bruyère) (fig. 59-Gi) passe pour pectoral et emménagogue, astringent, diurétique et diaphorétique. On l'a vanté, probablement à cause de son nom, comme faisant croître les che- veux. On en fait des coussins, des paillassons qui se mouillent di ficile- ment et ne sont pas attaqués par les insactes, et on en prépare des brosses employées à coucher les poils des draps. Les P. Juniper inum Hedw., CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 47 formosum Hedw., gracile Menz., piliferum Schreb., longisetum Sw. ont les mêmes qualités et se trouvent souvent mêlés à lui dans YHerba Polytrichi s. Adianti aurei de la pharmacopée germanique. Fie. 73. — Hlnium hordeum. Poil radical ou rhizoïde transformé en protonema produisant çà et là (K, K) des bourgeons foliaires qui se développent ultérieure- ment en branches stériles ou fertiles (Sachs). Fig. 74. — Tetraphis pel- lucicla. Tige portant des propa^ules pédicellés bb (Sachs). Hypnum. — Très nombreux en espèces, ce genre a une urne d'ordi- naire insymétrique, gibbeuse d'un côté, inclinée ou subhorizontale, non Fig. 75-77. — Hypnum lutescens. Port. Portion du péristoine. pendante; un péristome double, à seize dents à chaque rangée, l'inté- rieure pourvue en outre de cils interposés. L'insertion de l'urne est latérale. L7/. triqnetrum L. passe pour emménagogue, et de même les H.loreum L., cupressi forme L., lutescens (fig. 75-77) et squamosumh. VU. crispum sert à calfater les navires et les maisons de bois. 4N TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAM1QUE. Funaria. — L'urne est, dans ce genre, longuement stipitée et pyri- forme, à col atténué, avec un périslome double formé de seize flepts dans les deux rangées. La coiffe se fend latéralement et est d'abord mitriforme. Le F. hygrometrica L. (fig. 65-72) est aussi un des Herba Adianti aurei de la pharmacopée germanique et passe également, bien gratuitement sans doute, pour faire croître les cheveux. Leskea. — Ce sont des Mousses à urne dressée, régulière, allongée, à péristome double; la rangée interne continue inférieurement. Les feuilles ont une épaisse nervure qui s'étend jusque vers le milieu de leur hauteur. Le/,, sericea Hedw., dont la lige est couchée et radicante, pennée, est indiquécomme astringent et styptique. Fontinalis. — Est le type d'une tribu dans laquelle l'urne est presque sessile, plongée dans l'involucre. Le périslome est double : la rangée intérieure a seize lanières grêles, unies çà et là en travers. LeF. antipyreticaL.(Pilotrichum anti- pyreticum CMuell.) (fig. 78) flotte en touffes d'un vert foncé dans les eaux courantes. Son nom spéci- fique paraît venir, non de ses qualités fébrifuges, mais de ce qu'on en calfate les boiseries voisines des cheminées pour prévenir les incendies. Cepen. dant en Suède, on l'emploie contre les fièvres, surtout en pédiluves, après l'avoir fait cuire dans de la bière. Il sert aussi au traitement des angines. FlG. 78. — Fontinalis antipyretica. Péristome. Fig. 79, 80. — Grimmia apocarpa. Port. Urne, l'opercule se soulevant. Grimmia. — A donné son nom à une tribu dans laquelle l'urne est CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 49 recouverte d'une coiffe non plisséc, avec un péristome simple ou nul. Le G.pulvinata Hook. et Tayl. (Bryum pulvinatum L.) a été recommandé comme hémostatique. Dicranum (fig. 81-81). — Ce genre a une urne symétrique ou un peu gibbeuse, avec un col épaissi. Le péristome est simple, à seize dents. La coiffe a des bords entiers, non frangés. Le D.condensatum Hedw. est, dans les régions polaires, employé à l'alimentation des rennes. Fig. 81-84. — Dicranum heteromallum. Tige fouillée. Urne, avec et sans l'opercule. Portion du péristome (de Lanessan). Meesia. — L'urne est terminale, insymétrique et pyriforme, avec un opercule légèrement convexe et un péristome double, à seize dents dans chaque rangée. Ce sont des herbes des localités aquatiques. Le M. uliginosa Hedw. est officinal en Allemagne, résolutif et fondant. Phascum. — Ce genre a donné son nom à une tribu remarquablement caractérisée par une urne sans opercule, et qui ne s'ouvre que par déchi- rure de ses parois. Les P. subulatum L., cuspidatum Hedw. (fig. 85), bryoides Dicks. passent dans certains pays de l'Europe pour astringents et sont cependant à peu près inusités. Ândrœa. — Ce sont aussi des plantes très exceptionnelles par le mode de déhiscence de leur urne qui se fend longitudinalement en quatre ou six valves demeurant adhérentes par leurs deux extrémités. L'A. pelro- phlla Eiirii. est indiqué comme dépuratif. 4 50 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. Sphagnum. — Ce genre (fig. 86) est le type d'un groupe particulier que les uns rangent parmi les Mousses, tandis que les autres l'en sépa- rent totalement. Les Sphagnacées sont représentées par le genre Spha- gnum, formé de plantes d'un vert pâle, molles, spongieuses, abondantes dans les marais. Leurs tiges et leurs feuilles sont pourvues de phytocystes à paroi largement perforée; ce qui leur permet de s'imbiber facilement' d'eau et de l'élever jusqu'à leur sommet. Ce sont des plantes mo- noïques et rarement dioïques. Leur urne ne sort pas, comme dans les Mousses proprement dites, de l'in- térieur de l'oosporange séparé de bonne heure en deux portions basi- laire et supérieure. La soie qui la supporte n'est donc pas développée dans l'oosporange : elle est formée par l'extrémité allongée de l'axe qui portait celui-ci. C'est pourquoi on lui a donné le nom de Pseudo- pode. Celte urne n'a pas de péris- FiG. 85. — Pliascum cuspi- dalum. fs, pédicule; c, co- lumelle; en dehors d'elle la couche sporogène teiutée en noir (Kienitz-Gesloff). Fig. 86. — Spagnum acutifolium. Proem- bryon lamelliforme pr, produisant une plante fouillée m et fixé lui-même à sa hase par un certain nombre de rhizoïdes grêles et piliformes w (Schiinper). tome. Sa columelle est un hémisphère parenchymateux, qui n'atteint pas le sommet de l'urne et qui est coiffé par un sporange en forme de calotte. Les Sphagnum sont considérés comme formant une grande partie de la tourbe de nos marais. Ils servent de litière et sont inusités en médecine. C'est sur eux qu'on cultive aujourd'hui un grand nombre d'Orchidées épiphytes dans nos serres. CRYPTOGAMES CELLULAIRES. hX HÉPATIQUES Le nom de ces plantes indique que certaines d'entre elles ont la répu- tation de guérir les maladies du foie. Ce sont des Cryptogames voisines des Mousses, placées souvent avec elles dans un même groupe commun et qui ont souvent aussi des analogies avec les Lichens; si bien qu'on les a considérées comme intermédiaires aux Acrogènes et aux Amphi- gènes. Il y en a qui ressemblent d'autant plus aux Mousses qu'elles ont, comme celles-ci, une tige feuillée, simple ou ramifiée. Ce sont des Hépa- tiques foliacées. Leurs feuilles sont opposées ou alternes, nombreuses, petites, à base large et sessile. Leur lame n'est formée que d'une rangée de phytocystes, sans nervures, sans stomates. Ordinairement, il y a deux séries longitudinales de ces feuilles vers le côté supérieur de la tige ou de la branche, tandis que le côté inférieur porte une rangée parallèle d'appendices plus petits, les Amphigastî'es, que l'on a parfois comparés à des stipules. Les autres Hépatiques ont un thalle vert, ou fronde herbacée, qui s'applique sur le sol et qui rappelle beaucoup les expansions de certains Lichens. Ce sont les Hépatiques frondacées. Leur face inférieure est fixée au sol, aux roches, par des rhizoïdes ténus. Leur pourtour est plus ou moins échancré ou lobé, et leur surface porte des stomates. Les organes mâles sont des Anthéridies ; et les organes femelles, des Oosporanges ou Archégones. Ces plantes sont monoïques ou dioïques. Les anthéridies (fig. 88-89) sont des sacs sphériques, ovoïdes ou oblongs, ordinairement situés, dans les Hépatiques foliacées, à l'aisselle des feuilles ou au sommet des branches, ou encore sur des axes spéciaux; tandis que chez les Hépatiques frondacées, elles occupent la face supé- rieure de la fronde dans laquelle elles sont enchâssées, à moins qu'elles ne soient supportées par un plateau stipité, émané de la fronde dont elles occupent la face supérieure. Ces anthéridies ont une paroi à une seule rangée de phytocystes. La paroi se rompant, les phytocystes inté- rieurs sont mis en liberté : ce sont des cellules-mères d'anthérozoïdes, et ceux-ci sont spirales, à deux cils vibraliles, comme ceux des Mousses. Les oosporanges (fig. 91,93) sont ordinairement, dans les Hépatiques foliacées, groupés au sommet de petits axes spéciaux et plus ou moins ramifiés. Dans les Hépatiques frondacées, ils peuvent être enchâssés dans les couches supérieures de la fronde; ou bien, quand il y a des pla- teaux pour les mâles, attachés au-dessous d'un chapeau analogue, stipité et généralement moins plan que le support des anthéridies. Il y a ici, comme chez les Mousses, un col plus ou moins étiré à l'oos- porange, et un fond renflé contenant une oosphère. Celle-ci devient, après la fécondation, une oospore à phylocyste, et ce phylocyste se partage 52 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAM1QUE. bientôt, par une cloison transversale, en deux portions dont l'inférieure constituera un pédicule, généralement peu allongé, tandis que la supé- rieure formera une sorte d'urne ou de capsule qui reste longtemps renfermée dans les parois de l'oosporange. Ces parois se comportent donc à peu près comme dans les Spliugnum, et ce n'est que tardivement qu'elles se rompent dans la portion supérieure. C'est alors ce qui reste de ces parois qui constitue une sorte de gaîne ou de vaginule autour du pédicule de la capsule. En général, celte capsule est dépourvue de columelle. En général aussi, elle renferme, outre les spores, des Élatèreb, longs phytocystes fusiformes, simples ou rameux, à paroi fortement épaissie en une, deux ou trois lignes spirales parallèles. Entre les tours de spire, la paroi se résorbe finale- ment, et il en résulte des ressorts spiraux, très bygroscopiques, qui sont interposés aux spores et qui, suivant qu'ils perdent ou prennent de l'eau, exécutent des mouvements qui contribuent à la dissémination des spores. Tel est le rôle, d'ailleurs encore incomplètement connu, des élatères. La déhiscence de la capsule se fait généralement par quatre fentes longitudinales profondes. Les spores peuvent chez les Hépatiques fron- dacées donner immédiatement naissance à une fronde sexuée. Mais sou- vent aussi, dit-on, la spore d'une Hépatique foliacée produit une sorte de proembryon à contour circulaire ou linéaire. Le Marchantia polymorpha L.(fig. 87-93) esl célèbre par les propriétés m • Fig. 87. — Marchantia pohjmorpha. Port de la plante mâle, avec les réceptacles stipités, à t'Hc dilatée, plane à sa face supérieure et légère- ment sinuée sur ses bords et, plus bas, sur la fa c supéiicure des lobes du thalle, les cor- beilles à propagules. Fig. 88. — Marchantia polymor- pha. Chapeau mâle, coupe lon- gitudinale, t, branche qui porte le chapeau hu ; b, feuilles ; h, poils radicaux; x, anthéridies (Sachs). nombreuses qu'on lui a attribuées, et par les travaux dont il a été l'objet de la part du plus grand anatomiste français de notre siècle, B.-Mirbel. C'est une plante à fronde fixée au sol par des rhizines; très commune dans les endroits humides, entre autres sur le pavé d'une cour sombre de la Sorbonne. Ses frondes ont l'aspect de plaques vertes, membra- neuses, pouvant atteindre jusque près d'un décimètre de diamètre. Ses CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 53 bords sont découpés de lobes arrondis, et sa surface est marquée d'un fin réseau de losanges dont chaque maille présente à son centre un stomate. La fronde n'a qu'une couche de phytocysles; mais sa surface supérieure seule porte deux rangées de petites lames verticales, sans nervures, et qu'on a dit représenter les feuilles de la plante. Les organes de la reproduction, situés à la surface supérieure, siègent sur des chapeaux slipités, hauts de 1-3 centimètres. Les uns (fig. 87) sont ]|C. Fie. 89. — Marehantia polymorpha. Dévelop- pement de l'anthéridie. États successifs, a, b, c. (Strasburger). Fig. 90-91. — Marehantia polymorpha. Chapaeu femelle vu par dessous. — Coupe du périanthe se- condaire; pc, feuilles du périchèze; a, deux oos- poranges proéminant au fond de la cavité que li- mite le périchèze (Sachs). mâles, c'est-à-dire portent les anthéridies; ils sont plans, puis légèrement concaves et découpés sur les bords de lobes obtus qui se relèvent. Les autres (fig. 92) sont femelles, portent les oosporanges et ont la forme d'un petit champignon à surface supérieure convexe et à bords profondément découpés en un nombre variable de lobes étroits, avec les oosporanges à la 'ace infé- rieure. Ils répondent à l'intervalle des lobes et sont enveloppés d'un repli saillant, finement découpé, nommé Périchèze ou Périanthe commun. Il y a, en outre, pour chaque oosporange, un petit périanthe propre qui se produit autour de sa base, sous forme d'un bourrelet circulaire et qui, finalement, s'élève et enveloppe complètement l'organe femelle. Les an- théridies occupent l'épaisseur du chapeau mâle et s'ouvrent en dessus par 54 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. un étroit orifice. Ce sont des sacs ellipsoïdes, à pied court, dont la cavité est remplie des cellules-mères des anthérozoïdes, cellules qui sortent du sac pour mettre en liberté l'anthérozoïde à deux cils qu'elles renferment. C'est, ainsi que nous l'avons indiqué tout à l'heure, dans l'oosporange fécondé que se développe l'urne qui renferme les spores, produites par quatre dans chacune de leurs cellules-mères auxquelles sont interposées des élatères dont nous connaissons aussi le rôle dans la dissémination. Les spores produisent, au contact du sol humide, un prolonema sur lequel Fie. 92. — Marchantia polymorphe Pied fe- melle, avec les réceptacles stipités et les cor- beilles à propagulcs. Fie 93. — Marchantia polymor- pha. Oosporange et son déve- loppement (Strasburger). doit se développer ultérieurement la fronde dont nous connaissons les caractères. Il y a aussi, à la surface de la fronde du Marchantia polymorpha, des organes de reproduction asexués. Ce sont, en assez grand nombre, de petites corbeilles ou conceptacles dans le fond desquels s'insèrent beau- coup de petits corps lenticulaires ou elliptiques, verts, parenchymateux, plus ou moins échancrés sur les bords. Ce sont des Propagides qui, se détachant et tombant sur le sol, se développent en une ou plusieurs frondes semblables à celles que nous connaissons. Le M. polymorpha (Hépatique terrestre, H. des fontaines), est la plus commune de nos Hépatiques, et c'est lui surtout qui a été vanté dans le traitement des affections du foie. Lieutaud le croyait efficace contre les -affections cutanées chroniques et même contre la phtisie. Short l'a CRYPTOCAMES CELLULAIRES. 55 recommandé comme un puissant diurétique, et Cazin s'en est plusieurs fois servi avec avantage contre l'anasarque. Le M. chenopodea L., macéré dans des liquides gras, s'emploie comme cosmétique aux Antilles et passe pour effacer les taches de rousseur. FiG. 94. — Junger- mannia albicans. Port. Fi g. 95. — Jungerman- nia undulata. Port. ■j\ Fig. 96. — Anthoce- ros lœvis. Port. Le M.conica L. appartient au genre voisin Fegatella. C'est VHepatica stellata et le Lichen stellatum de la pharmacopée allemande. Sa dé- coction concentrée a été employée avec succès (Levrat-Perrotton) contre la gravelle. C'est aussi, assure-t-on, un diurétique assez efficace; mais il est de moins en moins usité. Les Jungermannes (fig. 94-95) sont les plus connues des Hépa- tiques foliacées. On dit que les Jungermannia pinguis L. et alba L. sont dépuratifs et antisyphilitiques, et cela, ajoute-t-on, à cause de l'iode que contiennent leurs organes de végétation. Parmi les Hépatiques exceptionnelles, mais d'ailleurs dépourvues d'in- térêt au point de vue médical, on peut citer les Riccia(fi%. 97-98), plantes aquatiques, communes dans nos marais et nos rivières, dont les spores ne sont pas accompagnées d'élatères, et les Anthoceros (fig. 96), dont la cap- sule est dépourvue de columelle. Fig. 97. Riccia natans. Fig. 98. Riccia fluitans. 55' iRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. LICHENS 'es"?, 11 c*P,oo° r -"J t. o~ "." Les Lichens sont des Cryptogames cellulaires, pourvues d'un thalle de configuration très variable. Tantôt, dans les Lichens dits fruticuleux, c'est une petite arborescence dressée, simple ou ramifiée. Tantôt, c'est une lame à bords ondulés ou lobés, étendue sur un substratum auquel la fixentprimitivementdes rhizinesplusou moinsespacées.Le Lichen est alors dit foliacé. Il y a d'autres Lichens qui sont dits crustacés, et dans lesquels le thalle représente une croûte peu épaisse. qui est fixée de toutes paris au substratum ou même s'enfonce dans ses cavités où elle peut disparaître totalement ou à peu près. Il y a aussi des Lichens qui sont gélati- neux, et dont la substance, rappelant celle des ISosloc, ressemble en effet à une masse de gélatine (Collema). La coloration de ces thalles est variable ~, elle est souvent [crue et grisâtre. Ailleurs elle est plus ou moins verte, quelquefois blanchâtre, jaunâtre ou orangée, brune, noirâtre. Leur structure peut-être examinée d'a- bord dans les espèces à thalle foliacé, encore dit hétéromère. Celui-ci se compose de plusieurs couches superposées (fig. 99), qui sont, à partir de la surface du sol, d'une roche, d'un arbre, sur lesquels s'ap- plique le thalle : la couche hypothalline, la couche médullaire, la couche gonidiale, la couche corticale et la couche épithalline. 1. La couche hypothalline ou Hypothalle est la première qui se forme lors de la ger- mination des spores. Elle représente une sorte de mycélium sur lequel se développe ensuite le thalle. Elle développe souvent en dessous des rhizines 'qui servent, quelque temps au moins, à fixer le thalle sur son substratum. Mais elle est fugace, devient fréquemment brune ou noirâtre et se détruit en général de bonne heure. 2. La couche médullaire est formée iïtlyphes, c'est-à-dire d'un paren- chyme lâche, à phytocystes filamenteux, incolores et assez régulièrement cylindriques, qui sont irrégulièrement ramifiées, à paroi épaisse et à cloi- Fig. 99. — Cetraria islandica- Coupe transversale du thalle au niveau d'une apothécie (Berg). a, hypothalle; />, by- phes; c, couche gonidiale; d, apothécie, avec les asques et les paraphyscs. CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 57 sons distantes. Ces filaments se distinguent des éléments analogues qu'on observe dans le réceptacle de certains Champignons, par leur plus grande fermeté, leur élasticité plus prononcée et leur résistance à l'action de la potasse qui dissout les hyphes des Champignons. Le feutrage des hyphes est généralement lâche dans cette couche, et le diamètre de leurs branches est presque toujours relativement grand. 3. La couche gonidiale tire son nom de la présence des Gonidies qui se trouvent situées dans les mailles du réseau de ces hyphes. On nomme gonidies des phyloblastes ou des phytocystes plus ou moins globuleux et renfermant de la chlorophylle, parfois mélangée de matières colorantes bleues ou brunes qui font varier la teinte des gonidies. Il y en a aussi de jaunes ou orangées. Leur diamètre ne dépasse guère 35 p (millièmes de millimètres) et elles sont ordinairement beaucoup plus petites. Quand elles sont dépourvues d'enveloppe cellulosique, elles reçoivent plutôt le nom de Gonimies. Dans cette couche, les hyphes, entremêlées de goni- dies on de gonimies, se continuent avec celles de la couche médullaire. Elles peuvent renfermer des gonidies d'une façon continue, en lame ininterrompue; mais souvent aussi les gonidies manquent en certains points et forment ailleurs des amas plus ou moins irréguliers. 4. La couche corticale surmonte, dans les thalles foliacés, la couche gonidiale dont les hyphes se continuent dans son épaisseur, avec des modifications diverses de leur consistance et souvent de la forme de leurs mailles; le tout constituant un faux-parenchyme à mailles polyédriques, à parois transparentes. Ce sont en réalité les extrémités supérieures, défor- mées et rapprochées entre elles, des hyphes de la couche sous-jacente. tandis que les gonidies ont disparu. 5. La couche épilhalline ou épidermique, la plus superficielle de toutes, en contact avec l'atmosphère, est une sorte de cuticule amorphe et diversement colorée. Quand les Lichens ont un thalle fructiculeux, celui-ci est aussi entouré de cette sorte de cuticule. Au dessous d'elle se trouvent une zone gonidiale, puis, plus intérieurement, la couche médullaire qui est lâche ou plus souvent formée d'hyphes à filaments longitudinaux, pressés les uns contre les autres; c'est la portion la plus solide des ramifications de ces plantes. Un Lichen crustacé présente les mêmes couches, avec des hyphes serrées en tissu compact. Leurs intervalles sont occupés par des grains ou des cristaux d'oxalale de chaux, lesquels s'observent aussi dans certains Champignons. La couche gonidiale est reportée plus au dehors, vers la zone corticale, souvent assez solide, qui est tout à fait en haut sous la couche épithalline. Quand aux hyphes de la couche médullaire, elles pénètrent plus ou moins profondément dans les anfractuosités des roches et des écorces qui supportent la plante. Dans les Lichens gélatineux, les couches précédentes ne sont plus dis- 58 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. tinctcnicnl stratifiées, et le thalle est plus homogène. Les hyphes et les gonidies y sont entremêlées sans ordre apparent, comme il arrive dans les Collema. Il y a souvent cependant une sorte de couche corticale, enveloppant la masse gélatineuse intérieure. Fréquemment aussi les gonidies sont rapprochées en groupes de deux, quatre ou davantage. Ailleurs elles sont rangées en chapelets; ce qui rappelle assez bien de loin l'organisation intime des Nostoc. A la surface des thalles ainsi constitués se trouvent des organes repro- ducteurs de différentes sortes. Les plus ordinaires sont des Apothécies, .superficielles ou profondes et enfoncées dans le thalle, suivant que les Lichens sont gymnocarpés ou angiocarpés. Généralement les apothécies tranchent par leur coloration sur celle du lhalle, et elles peuvent être brunes, noires, rosées, rouges ou orangées, ou bien d'une teinte pâle sur un fond de couleur foncée. Elles ont la forme de disques, de cupules, ou de plaques lobées ou rameuses, ses- siles ou plus ou moins longuement stipilées. Si elles sont plongées dans la substance du thalle, elles ne communiquent avec l'extérieur que par un orifice relativement étroit. Elles ont souvent un rebord, d'origine variable, et représentant d'ordinaire une cupule plus ou moins pro- fonde, dont la surface est recouverte de sacs, les Thèques ou Asques, entremêlés de Paraphyses (qui ne sont que des asques stériles), et ren- fermant des spores. Les cupules sont des conceptacles, formés d'un tissu qui représente la continuation des hyphes modifiées. 11 y a fréquemment aussi des gonidies qui entrent dans la constitution des apothécies; d'où souvent la difficulté de séparer nettement tous les asques de ces apothécies des gonidies qui en sont si voisines et que l'on a appelées hyméniales. Dans une apothécie donnée, les asques et les paraphyses interposées sont souvent pénétrés d'une Gélatine hyméniale, substance amyloïde incolore, qui peut bleuir par l'action de la teinture d'iode ou qui demeure indifférente à ce réactif. On croit qu'imprégnée d'eau, la géla- tine hyméniale se gonfle, exerce une pression sur les asques et vient en aide à l'expulsion des spores. Le nombre des spores varie peu dans les thèques d'une espèce donnée. Il y en a le plus souvent 8, parfois 1,2, plus rarement de 3 à 6, ou môme une centaine et plus. Leur forme est des plus variables : ovoïde, elli- psoïde, oblongle, cylindrique ou fusiforme. Elles sont simples ou plus ou moins septées. Leur paroi est double, formée d'une épispore et d'une endospore beaucoup plus mince. Les Spcrmogonies (fig. 100) sont d'autres organes reproducteurs des Lichens. Ils ressemblent à des apothécies angiocarpées, souvent situés vers les bords du thalle. Ce sont des poches ovoïdes ou lagéniformes, qui renferment des Stérigmates portant des Spermaties. Les stérigmates sont constitués par des phylocystes simples ou plus ou moins composés, CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 59 ramifiés et comme articulés, qui portent les spcrmaties. Ces organes sont identiques de taille et de forme dans une espèce donnée et varient d'une espèce à l'autre ; si bien qu'il y en a d'aciculaires et de fusiformes, droites ou courbes, cylindriques ou ellipsoïdes. Les stérigmates produisent les spcrmaties de la façon suivante. Leurs phytocystes s'alténuant au som- met, il s'y produit une légère protubérance qui finit par se détacher du stérigmate et, devenue libre, peut sortir par l'orifice terminal des sper- mogonies. Les frères Tulasne, qui ont découvert les spcrmaties, les con- sidéraient comme des organes mâles. Plus tard, on en a fait des spores particulières, susceptibles de germer; mais le plus expérimenté de nos Fig. 100. — Cetraria islandica. Spermogonies (Rerg) lichénographes, le D 1 ' W. Nylander, admet « que ces observations n'ont pas été vérifiées et les regarde comme absolument erronées ». Les Pycnides sont aussi des organes reproducteurs des Lichens, exté- rieurement analogues aux spermogonies. Elles renferment des Stylos- pores, plus gros et moins nombreux que les spermaties, variables détaille et de forme, à contenu plus ou moins huileux, et susceptibles de germer. Les Sorédies sont des amas pulvérulents qui sont formés de petits corps gonidiens, souvent entourés de filaments incolores, provenant du thalle. Ces corps sont, comme ceux que contiennent les corbeilles des Marchan- tia, aptes à germer, en multipliant leurs éléments, et à reproduire au- tant de jeunes thalles. Dans la plupart des Lichens, ces grains sont dis- posés à la surface du thalle en bourrelets épais, en masses arrondies ou irrégulières. Dans les Collémacées, ils naissent dans l'épaisseur de la couche gonidiale et doivent ensuite déchirer la portion superficielle de la plante pour être mis en liberté. Maintenant que nous avons indiqué les principaux organes reproducteurs des Lichens et énumérô les diverses couches dont est formé leur thalle, nous pouvons dire quelques mots de la nature de ces plantes. Tout le monde avait remarqué leurs analogies avec les Champignons-Thécasporés dont on les distinguait surtout par la présence des gonidies dans l'épais- seur de leur thalle. Mais beaucoup d'auteurs ont adopté depuis quelques années une théorie dite algo-lichénique, et qui porte aussi le nom de 60 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. M. Schwendener, son principal promoteur, théorie qui considère les Lichens comme formés d'un Champignon, représenté par les hyphes, et d'Algues qui sont les gonidies, nourrices des hyphes et appartenant aux groupes des Protococcées, Nostochinées, Palmellacées, Rivulariées, etc. « D'après le résultat de mes recherches, dit M. Schwendener, toutes ces productions (les Lichens) ne sont pas des plantes simples; ce ne sont pas des individus dans le sens ordinaire du mot; ce sont plutôt des colonies, consistant en centaines et milliers d'individus, dont cependant un seul agit en maître, tandis que les autres, livrés à une perpétuelle captivité, pourvoient et à leur alimentation et à celle de leur maître. Celui-ci est un Champignon du groupe des Ascomycèles, un parasite quia coutume de vivre du labeur des autres. Les esclaves sont des Algues vertes, par lui cherchées à sa portée, on que plutôt il a saisies, les forçant à le servir. 11 les enveloppe, comme une araignée entoure sa proie, d'un réseau délié de mailles étroites qui constituent bientôt une toile infranchissable. Tan- dis que l'araignée suce sa proie et ne l'abandonne que quand elle esl morte, le Champignon imprime une activité plus grande aux Algues qu'il a prises dans ses rets et leur communique une plus grande vigueur d'ac- croissemenl. » Ardemment soutenue par les uns et combattue pai les autres, la théo- rie algo-lichénique a élé, il esl vrai, couronnée, il y a quelques années, par une commission officielle. C'est d'abord ce qui nous l'a rendue suspecte; car les juges qui l'ont approuvée étaient Ad. Brongniart, qui avouait lui-même n'avoir jamais étudié la question; Decaisne, à qui l'on pouvait, en le flattant suffisamment, faire avaler les bourdes les plus indigestes (c'est lui qui a adopté avec enthousiasme et exalté, dans son enseignement et ailleurs, la théorie des sexes distincts et de la fécon- dation des Champignons supérieurs, dont il sera question plus loin,) et M. Duchartre qui, n'ayant jamais observé par lui-même, accepte volon- tiers au hasard ce qu'il trouve imprimé dans quelques auteurs le plus sou- vent étrangers qu'il ne paraît pas toujours bien comprendre. M. Nylander, l'homme d'Europe qui connaît et observe le mieux les Lichens, n'admet point la théorie et s'est exprimé à son sujet en ces termes : Decaisne gonidia Lichenum sicut Algas admittens, ex sensu Schwen- deneriano, declaravit : « Le parasitisme des Lichens paraît un fait par- faitement démontré... » D r Nylander hypotftesin illam Schivendeneri esse absonissimam indicavii demonstravitque gonidia manifeste in cellulis thalli Lichenum or ni uullumque adesse parasitismum . Decaisne igilur etiam hic ht summo errore rersatur et de rébus loquitttr sibi minime familial ibus; ignorantia parum jurât. Prœparationes microscopicœ optimœ, indubie confirmantes originem intralhallinam gonidiarum et gonimioruni haberi possunt... Taies prœparationes prœstant figuris quas plus minus ve schematicas facile faciunt auctores, arte sœpius ma gis occupait quam simpLici verilate. » M. Nylander nous a fait voir CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 61 sur ces préparations les gonidies naissant sur place dans l'intérieur même du parenchyme thallin desCollémées; si bien que nous ne saurions, sans nier l'évidence, contester l'exactitude de ce qui précède. On a pu voir des Algues analogues aux gonidies se rapprocher des hyphcs et se coller plus ou moins intimement avec eux ; on a pu voir des Cryptogames de familles très diverses, vivant à coté les unes des autres et comme en société sur un substralum commun et se mélanger entre elles, avec des contacts passa- gersplusou moins absolus((ig. 101-102); on a pu voir des gonidies véritables sorties des thalles de Lichens, vivre un temps variable en dehors de leur milieu normal; on a pu constater, sur des fragments isolés et artistiquement I-'ig. 101. — a, spores de Phijucia parie- tïna, gcrmces sur des cellules de Pro- tococcus viridis ; b, hyphas de Synalisma sur des cellules de Glo&ocapsa; c, fila- ments de Protococcus; d, hvphes de Slereocolon annu aium sur des chape- lets de cellules de Scytonema (Bornet). Eig. 102. — Spores sp de Lecandra sulfurea , germant dans une colonie de Cijstopus humi- colu, g. Il s'établit entre les unes et les autres des adhérences plus ou moins intimes qui font admettre le parasitisme. Les filaments du Li- chen s'appliquent sur des corps qui leur four- nissent une certaine quantité d'humidité (Treub). groupés, des unions plus ou moins intimes de filaments lhallins et de gonidies issues d'hyphes résorbés. Mais nous avons vu aussi, sur des échantillons communiqués par M. J. Richard, des Lichens germant sui- des cailbux polis, sans aucune trace de Protocnccus ou d'autres Algues; et l'on sait que M. Nylander a fait germer des spores de Lichen sur des lames de verre et a pu suivre leur évolution jusqu'au thalle parfait et même jusqu'au développement des apothécies, sans qu'on put découvrir sur ces plaques aucun vestige de Pleurocaccus, ou Protocnccus, ni d'aucun autre thalle étranger; de sorte que la preuve de la réalité de la 62 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. théorie algo-lichéniquenous semble encore à faire pour que nous puissions l'admettre. « L'absurdité d'une telle hypothèse, dit encore M. Nylander, est évidente par la considération qu'un organe (gonidie) devrait être en même temps un parasite du corps dont il accomplit des fonctions vitales; car on pourrait aussi bien prétendre que le foie ou la rate constitue un parasite des Mammifères. Un être parasite est autonome et vit sur un corps étranger, dont les lois de la nature ne lui permettent pas d'être en même temps un organe. C'est là un axiome élémentaire de physiologie gé- nérale. Mais l'observation directe enseigne que la matière verte se déve- loppe originairement dans la cellule primitive qui porte la chlorophylle ou le phycochrome, et par conséquent ne s'introduit pas d'une partie exté- rieure, ne vient pas d'un parasitisme, quel qu'il soit. On observe que la cellule est d'abord vide; puis, par sécrétion, la matière verte se produit dans la cavité et prend une forme définie. On peut donc démontrer avec facilité et avec évidence que l'origine de la matière verte dans les Lichens est absolument la même que dans les autres plantes. » Une autre question a été l'objet de nombreuses controverses : celle de substralum des Lichens. Quoiqu'on ait distingué des espèces calcicoles, calcivores, silicicoles, etc., les Lichens sont en général assez indiffé- rents, au point de vue chimique, à la nature de leur substratum; et celui- ci exerce surtout une influence physique, leur fournissant un point d'ap- pui d'étendue et de consistance variables. Cependant une plante donnée revêt souvent un aspect différent ou une teinte différente quand elle végète sur un sol de nature chimique spéciale. Les roches ferrugineuses peuvent donner aux Lichens des colorations plus ou moins jaunâtres. Dans un même terrain mélangé de calcaire et de silice, certaines espèces se voient plus particulièrement sur les cailloux siliceux, d'autres sur les pierres cal- caires du sol hétérogène, etc. Les Lichens fuient le séjour des villes et disparaissent dans les jardins et les parcs couverts d'habitations; on a dit qu'ils constituent, par suite, une sorte d'hygromètre qui donne, dans un en- droit donné, la mesure de la pureté relative de l'air. On a remarqué aussi que sur les arbres et les roches, il y a plus de Lichens du côté du couchant que selon les autres orientations. On sait encore que, se détrui- sant graduellement à la surface des roches qu'ils habitent, les Lichens y déterminent la formation d'une première couche de terre végétale sur laquelle vont bientôt pouvoir s'établir des plantes plus élevées en organisation. Parmi les substances qui entrent dans la composition du tissu des Li- chens, il faut citer en première ligne la Lichénine, sorte de colloïde dont les propriétés sont analogues à celles de l'amidon, et qui se retrouve dans la gelée qu'on peut obtenir en faisant bouillir dans l'eau un assez grand nombre d'espèces. La teinture d'iode jaunit la lichénine; mais elle bleuit une autre matière isomérique, difficilement séparable de la lichénine et qui se trouve également dans la décoction aqueuse. D'après Payen, la li- CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 63 chénine pourrait se transformer en dextrinc, puis en sucre, par l'action de la diastase; mais le fait est contesté par Berg. Insoluble dans l'eau froide qui la gonfle, la lichénine se dissout dans l'eau chaude. L'alcool et l'éther ne la dissolvent pas. La solution aqueuse se prend en gelée par le refroi- dissement et devient par la dcssication dure, cassante, blanche. Sa sa- veur est nulle, et son odeur est celle des Lichens en général. On l'a comparée à l'amylène de la fécule. Il y en a de 20 à 45 p. 100 dans les principaux Lichens usités. Ils renferment souvent aussi de l'inuline et probablement de la cellulose proprement dite. La plupart des espèces contiennent en outre un principe amer, le Cétrarin ou acide cétrarique, très sapide, cristallisant en belles aiguilles blanches, soluble dans l'alcool absolu, presque insoluble dans l'eau. En faisant macérer les Lichens dans des solutions légèrement alcalines, on neutralise l'acide cétrarique, et toute amertume disparait, Il y a encore dans certaines espèces, telles que le L. d'Islande, de l'acide Hellénique, un acide gras, nommé lichénistéarique, et des acides lécanorique, orcel- lique, érythrique, etc. L'acide orcellique peut se dédoubler en acide car- bonique et en orcine que l'ammoniaque transforme en orcéine, substance d'un beau rouge, qui colore l'eau en rouge vineux, les acides en rouge pelure d'oignon, les alcalis en violet. M. Nylander a tiré grand parti pour l'étude et la distinction des Lichens des réactions colorées qu'ils produisent au contact du chlorure de chaux, de la potasse caustique, de la teinture d'iode iodurée, etc. Ces substances colorent diversement les acides incolores qui existent dans ces plantes et qui, sous l'influence des alcalis et de l'oxygène, sont susceptibles de don- ner naissance à diverses matières colorées. De deux espèces très voisines et souvent difficiles à distinguer, l'une rougit, par exemple, dans sa por- tion centrale, avec le chlorure de chaux, et l'autre demeure incolore; c'esl ce qui s'observe, par exemple, respectivement chez le Parmelia fuligi- nosa et le P.prolixa. On sait, pour chaque espèce vulgaire, quelle colo- ration elle prendra sous l'influence de l'iode ioduré, de la potasse, etc. Sans nous occuper en détail de la classification des Lichens, nous pou- vons dire que M. Nylander les divise en trois familles : des Collémacées, des Ëphcbacées et des Lichénacées. Tous les genres à espèces utiles, que nous allons maintenant passer rapidement en revue, appartiennent à cette dernière diviston. Ce sont des Parmelia, Evernia, Lobaria, Umbilicaria, Gyrophora, Pertusaria, Cladonia, Cladina, Cetraria, Usuea, Roc- cella, Ramalina, Peltigera, Phijscia et Lecanora. Parmelia. Ce genre a donné son nom a un groupe de Lichens fruticuleux ou fron- 64 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. dacés. Le thalle est lobé ou partagé en expansions découpées, de couleur jaune ou brune. Les apolhécies sont généralement épaisses, à disque lisse ou luisant. Les asques contiennent huit spores ou rarement davantage, sphériques ou ellipsoïdes, petites. Les thèques et la gélatine hyméniale bleuissent par l'iode. Les spermogonies, de couleur brune ou noire, sont épaisses, superficielles, à stérigmates articulés, avec des spermaties fusi- formes et aciculaires. Le genre est surtout abondant dans les régions tempérées de l'Europe et de l'Amérique, sur les rochers, les murs, les troncs d'arbres, commun en général au voisinage des habitations. Le P. saxatilis Achats. (Lichen saxatilis L. — Lobaria saxatilis Hoffm. — Imbricaria saxatilis Kôrb.) a un thalle membraneux, à lobes arrondis et lacunes, d'un gris cendré en dessus et d'un roux foncé en dessous. Ses apolhécies sont d'un brun roux , avec des spores ovales, simples. On a jadis vanté cette espèce comme antidiarrhéique, antiépi- leptique, fébrifuge. A l'état de Muscus cranii humani, c'est-à-dire lorsqu'elle s'était développée sur de vieilles boîtes crâniennes exposées à l'humidité, elle se vendait des prix fous et guérissait, soit-disant, les affections cérébrales, même la folie, l'apoplexie. C'est une plante tinc- toriale, qui, en Suéde, sert à colorer les toiles en brun. On la récolte aussi pour cet usage en Ecosse. Elle renferme de l'acide chrysophanique. On teint aussi les tissus en brun avec les P. omjthalodes Achak., Aceta- bulum Dukb., centrifuga Achak., conspersa Achar., oliracea Achar., physodes \cn\\\. ,sttjgiu Achar. Mérat dit que chez les Kirghiz, le P. phy- sodes s'emploie topiquement au traitement des plaie-. Evernia Voisins des Parmelia, ces Lichens ont un thalle lïuticuleux, étalé, pendantou dresse, plan, d'un blanc cendré ou verdàtre, cortiqué de toutes parts et profondément divisé. Les divisions foliacées, groupées de façons diverses, ne forment pas une couche continue. Les apothécies sont laté- rales, discoïdes, à bord entier, avec des spores simples, hyalines, petites. Les spermogonies sont noires en dehors et hyalines en dedans, à sperma- ties droites et aciculaires. Ce sont des plantes de toutes les latitudes; mais surtout des régions boréales, vivant sur les arbres, plus rarement sur les roches. VE. Prunastri Achar. (Lichen Prunastri L. — Physcia Prunastri DC. — Lobaria Prunastri Hoffm.) (ûg. 103) lire son nom de ce qu'il croîl souvent sur le Prunus spinosa. Son thalle, d'un brun cendré ou verdàtre, est dichotome, bosselé et ridé, avec des apothécies d'un roux foncé. On l'a récollé en Grèce, d'où jadis on le transportait en Egypte, sous le nom de Chamir (Forskhœl). Là on en aromatisait la bière, le pain, et surtout, CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 65 quand il était aigri, le pain azyme auquel il communiquait une saveur acerbe, fort appréciée des Turcs (Delile). Pour la même raison, il a été prescrit comme médicament astringent. Dans les localités où il abonde et où Ton n'en tire aucun parti, il pourrait constituer un bon fourrage, de même que VE. furfuracea. La plupart de nos Evernia (E. fastigiata, farinosa, etc.), riches en lichénine, pourraient également servir à l'ali- mentation de l'homme et des animaux. UE. jubata Fr. est devenu le type du genre Alectoria Nyl. Dans les Fig. 103. — Evernia Prunastri (de Lanessan). régions boréales, les rennes s'en nourrissent, à défaut du Cladina rangi- ferina, quand la neige est très abondante. UE. vulpina Achar. est devenu le type du genre Chlorœa Nyl. Il faisait partie d'une composition des- tinée en Nonvège à empoisonner les loups. Lobaria. Ce genre, du groupe des Stictés, est caractérisé par un thalle foliacé, membraneux, frondiforme, de couleur verte, grisâtre, glauque ou brune, souvent chargé de sorédies, fixé cà el là au substratum, sans adhérence continue. Ce thalle porte beaucoup de petites fossettes glabres, nommées Cyphelles. Les apothécies sont éparses, souvent marginales, à bord thallin entier. Les asques contiennent huit spores oblongues-fusiformes, hyalines, cloisonnées, et sont accompagnés , et reven- diqua l'honneur d'avoir pleinement démontré «. la fécondation » des Hyménomycètes. Il ne l'eut, dans tous les cas, fait qu'après M. Reess, qui avait non seulement décrit, mais figuré (fig. 1 15) le phénomène. Quelques mois plus tard, cependant, M. Van Tieghem vint lui-même ren- verser ses premières affirmations en disant qu'il avait vu germer les spermaties et leur avait vu produire directement un mycélium : il niait donc que les spermaties fussent des organes mâles. Que devenait « la fécondation croisée » qu'il prétendait avoir pu obtenir? Personne ne l'a jamais su; M. Van Tieghem l'avait sans doute oublié. » Les prétendues spermaties seraient donc les analogues des Conidies. On donne ici ce nom à des corps reproducteurs, moins rares dans beaucoup de Champignons que chez les Agarics. Au début, on considérait ces corps comme nés par voieagame sur le mycélium d'un Champignon pourvu ul- térieurement de spores portées par le réceptacle. Sinon, il n'y a point de caractère absolument dislinclif d'une spore et d'une conidie. On admet qu'il y a dans les Champignons des conidies libres, portées au bout d'un filament, et d'autres qui naissent â l'intérieur de phytocystes mycéliens, d'où elles peuvent ensuite sortir à la façon des zoospores. Nous avons vu qu'on peut tirer parti pour la classification des varia- lions que présenlont les lames de l'hyménium dans les divers Agarics. La façon dont les phytocystes se comportent et s'agencent dans le tissu du réceptacle entraîne aussi dans la cassure de celui-ci des caractères qui peuvent servir â distinguer les espèces. D'autres se reconnaissent à la pré- sence dans leur tissu de réservoirs â latex. Ces réservoirs sont des phyto- cystes allongés, rarement cloisonnés, abondants surtout dans les points où la trame du réceptacle présente le plus d'activité vitale. Le latex est blanc ou plus rarement coloré en jaune, orangé ou rougeâlre, parfois aussi 84 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. aqueux et translucide. C'eçt par erreur que dans certaines localités, on rejette comme vénéneux tous les Agarics qui sont ainsi pourvus d'un latex : quelques-uns des meilleurs, comme le Lactaire délicieux, en renferment une très grande quantité. Les principales substances chimiques qu'on a observées dans le tissu des Agarics, sont, outre la Fungine ou Cellulose fungique, la Viscosine qui est un mucilage de cellulose, la Mycélide et la Bassorine qui sont des matières gommeuses; des sucres, des corps gras, des albuminoïdes qui en font des êtres richement dotés en azote, et, dans bien des cas, des prin- cipes toxiques, tels que l'Amanitine et la Bulbosine. La coloration du ré- ceptacle est très variable. Le contact de l'air lui donne souvent une teinte jaune, rouge, bleue, brune ou noirâtre. Son odeur, dite fungique, peu facile à définir, est connue de tout le monde. Sa saveur est à peu près nulle ou assez agréable, ou piquante, acre, nauséeuse. Il y a des récep- tacles à surface humide ou gluante : les brins d'herbe et de mousse s'y fixent avec une grande facilité. Quelques espèces, comme les A. olearius etGardneri, ont les lamelles phospborescentes. Le phénomène est cor- rélatif d'une fixation d'oxygène sur les matériaux carbonés du Champignon et d'un dégagement d'acide carbonique; et l'on croit que c'est à l'inten- sité de ces combustions, qui d'ailleurs ne développent pas beaucoup de chaleur, que sont dues et l'activité vitale de ces plantes et leur croissance en général extrêmement rapide. Pour que cet accroissement présente toute son énergie, il faut que l'Agaric vive sur des matières en décompo- sition : le bois et les feuilles mortes, les détritus végétaux, le fumier; cl cela sans parasitisme proprement dit. Il y a, nous le verrons, des Agarics qui se cultivent, mais en très petit nombre; avant tous le Champignon de couche, puis les Agaricus attenuatus, Palometz, etc. Il y a bien des façons de classer les Agarics. Ou peut n'admettre, pour tout l'ensemble, qu'un seul genre; ou bien l'on peut considérer comme autant de genres distincts une cinquantaine de groupes dont rémunération va suivre, et qui, dans la première alternative, seraient des sous-genres du grand genre Agaric; dans la dernière, des genres de la famille des Aga- ricinés. Suivant que les spores sont blanches ou colorées, on distingue des Aga- rics leucosporés et des A. chromosporés (De Seynes). A. Leucosporés. On les partage en : 1° Lenzités, à réceptacle dur, ligneux, et pérenne (genres Lenzités, SchizophyUum, Hymenogramme) ; 2° Xérotés, coriaces, charnus et reviviscents (genres Xerotus, Lenli- nus, Trogia, Panus, Pterophyllus, Marasmius): 3° Armillariés, à stipe et chapeau charnus (genres Armillaria, Plen- rotus, Tricltoloma, Clytocibe); A" Collybiés, à chapeau et stipe charnus, ce dernier coriace (genres Collybia, Mycena, Omphalià)] CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 85 5° Russulées, à lamelles connues avec le corps du chapeau et ne s'en séparant pas (genres Iiussula, Lactarius, Hygrophorus, Nyctalis, Can- tharellus)] 6° Amanitées, à lamelles et slipe non connés avec le corps du chapeau (genres Amanita, Lepiola). B. Chromosporés. Ils sont divisés en : 7° Hyporhodiés (Volvariés), à spores roses ou saumonées (genres Volvaria, Entoloma, Eccilia, Nolanea, Pluteus, Lestonia); 8° Derminés (Pholiotés), à spores ochracées, ferrugineuses ou olivâtres (genres Pholiota, Naucoria, Galera, Ilebeloma, Fiammula, Bolbitius, Crepidotus, Gomphidius, Paxillus, Cortinarius)', 9° Pratellés, à spores d'un pourpre devenant noirâtre (genres Psaljiota, Pratella, Psathyra, Hyphotoma, Slropharia, Psilocybé); 10° Mélanosporés (Coprinés), à spores noires (genres Coprinus, Psa- thyrella, Panœolus, Montagnites). Ce groupement une fois établi, ne nous attachant, dans un ouvrage de cette nature, qu'au côté pratique, nous diviserons artificiellement les Agarics de notre pays en trois catégories qui sont : A. Celle des espèces vénéneuses; B. Celle des espèces douteuses, constituant un aliment suspect, peu agréable ou malsain, et dont il convient, faute de mieux, de s'abstenir; C. Celle des espèces comestibles. Le nombre des espèces de la troisième catégorie est assez considérable ; plus encore celui de la deuxième. Mais, d'après un mycologue extrême- ment expert, M. Boudier, auquel nous devons les excellents dessins d'Aga- rics qui figurent dans cet ouvrage, le nombre des espèces de la première catégorie étant en réalité très restreint, il nous parait préférable de décrire d'une façon quelque peu détaillée chacune de ces espèces, à la connaissance desquelles on arrivera facilement avec un peu de pratique, et qu'on écartera avec soin, de même que, autant que possible et pour plus de sécurité, celles de la deuxième catégorie. Agarics vénéneux. Il n'est pas, en effet, possible, et l'expérience de chaque jour le dé- montre, de donner des caractères généraux et absolus pour reconnaître qu'une espèce est vénéneuse ou ne l'est pas. Nous ne sommes plus au temps où l'on considérait les Bolets comme comestibles, tandis qu'on re- poussait les Agarics en général, en ne faisant guère d'exception que pour le Champignon de couche et quelques autres espèces; non plus qu'à l'époque où l'on s'abstenait avec soin de tout Champignon dont s'échappait un suc lactescent. Nous avons vu que VAgaricus deliciosus est précisé- 86 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. ment dans ce cas. Il est bon, sans doute, de s'abstenir des espèces qui ont une odeur nauséeuse, une saveur acre et qui, au contact de l'air, perdent leur teinte blanche pour se colorer rapidement, par oxydation, en jaune, en brun, en rouge, ou en bleu. Mais le même A. deliciosus, dont il vient d'être question, verdit au moindre froissement. D'ailleurs la cuisson fait disparaître l'odeur désagréable de la plupart des espèces, qui n'en sont pas toujours moins vénéneuses alors qu'elles l'étaient crues; et une espèce telle que l'Agaric poivré qui, sous le nom de Prévat, est, sans être délicieux, recherché comme aliment dans plusieurs de nos provinces de l'est et du midi, a, quand il est cru, une saveur tellement terrible el une action si caustique sur la muqueuse buccale, qu'on se croit aisé- ment empoisonné quand on en a mâché quelques fragments crus. On a conseillé de s'abstenir des espèces qui tachent les lames de fer et sur- tout l'argent; d'où la recommandation de faire cuire avec une cuiller ou une monnaie d'argent les Champignons suspects. Cependant nous voyons que, dans un assez grand nombre de cas d'empoisonnements, les pièces d'argent n'avaient point noirci. Gérard avait préconisé l'usage de l'eau vinaigrée pour rendre tous les Champignons, quels qu'ils fussent, innocents. Peut-être connaissait-il ce qui se fait depuis très longtemps en Russie. Les espèces deslinées à la consommation sont macérées dans le vinaigre ou dans la saumure. On les conserve ainsi pendant long- temps. Au moment de s'en servir, on rejette tout le liquide dans lequel les Champignons avaient été conservés et on les fait ensuite bouillir pen- dant quelque temps. Gérard laissait macérer les champignons pendant plusieurs heures dans l'eau vinaigrée; puis il les faisait bouillir un quart- d'heure dans l'eau, les essuyait et se flattait de consommer de la sorte sans danger les espèces les plus vénéneuses. Une commission o'ficielle constata les bons effets du procédé ; et cependant nous ne conseillerions à personne de manger des Champignons dangereux traités de cette façon; car il suffi- rait peut-être du moindre écart dans l'observance du procédé pour pro- duire, avec certaines espèces du moins, les accidents qu'on se proposai! d'éviter. Il ne faut pas non plus se figurer qu'un Champignon est bon parce qu'il est rongé par les limaces ou les insectes; ces animaux attaquent souvent les espèces les plus dangereuses. Le mieux est donc d'apprendre à connaître individuellement, pour les proscrire, les Agarics vénéneux dont les descriptions sommaires vont suivre. La plupart des accidents seront conjurés, et des populations entières ces- seront de perdre une quantité énorme de substances alimentaires, le jour où, dans les grandes villes, les conseils et commissions d'hygiène auront des notions suffisantes sur les caractères des Champignons comestibles ou vénéneux; le jour où, dans les campagnes, des figures exactes, coloriées, des espèces à rechercher ou à rejeter, seront exposées dans les écoles, les mairies ou dans tout autre lieu public. La Fausse-Oronge (fig. 116) appartient aux Amanita, caractérisés par CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 87 un stipe central, avec un volva complet et, sous le chapeau, un voile qui devient à la maturité une collerette. C'est l'A. mus caria Pers. (Agaricus y' Fie. 116. — Amanita muscaria. muscarius L. — A. aurantiacus Bull.), encore nommé Tue-mouches, Faux Jascran, Royal Picotât, Crapaudin roux. C'est une très belle es- pèce, qui atteint environ deux décimètres de hauteur et plus d'un déci- 88 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. mètre de diamètre, et dont le stipe épais est cylindrique, plein, puis creux, blanc, renflé à sa base où l'entourent les" restes peu développés de la volve, formant plusieurs cercles concentriques, peu nets, blanchâtres. Le cha- peau, d'abord à peu près sphérique, puis ouvert et étalé, a la chair blanche et est recouvert en-dessus d'une pellicule d'un rouge vermillon, ou un peu orangé, parsemée çà et là de particules blanches généralement nombreuses, inégales, qui sont aussi des restes de la volve. Les lamelles sont nombreuses, serrées, libres, blanches. Les spores sont sphériques, api- culées, blanches. L'odeur de cette espèce est nulle quand elle est fraîche; sa saveur esl légèrement douceâtre, sans âcrelé ni amertume. Elle est commune dans les bois découverts pendant tout l'automne, plus rare dans le midi que dans le nord. C'est elle qui a vraisemblablement pro- duit le plus d'accidents d'empoisonnements, et il faut s'en abstenir. Elle se trouve cependant quelquefois sur les marchés; et dans plusieurs loca- lités du midi, du sud-est, en Allemagne, etc., on la mange parfois en pre- nant certaines précautions pour la préparer, en la faisant longtemps bouil- lir, en jetant l'eau d'ébullition et en laissant ensuite macérer le Champi- gnon dans une eau qu'on renouvelle au moins tous les jouis. Il renferme (Boudier) de la Bulbosine, de la Yiscosine, de la Mycétine, du glucose, •lu tannin, des acides, des sels et une matière d'un rouge safrané, acre, acide, peu amère, voisine de l'Aniaiiiline, ayant l'odeur du tabac et formant avec les acides des sels qui cristallisent. C'est à cette substance et à la Bulbosine (pie paraissent dues les propriétés toxiques de la plante. Ce qui rend celle-ci dangereuse est la facilité avec laquelle on la prend pour VOronge vraie (Aman itn cœsarea Pers. — Agaricus cœsareus Scop. — A. aureus Batsch), l'une des plus recherchées des espèces co- mestibles. Cette confusion n'est pas à craindre dans le nord de la France, car l'O. vraie esl une espèce méridionale qui ne dépasse guère l'Orléanais et qui est bien raie autour de Paris. Dans le midi même, elle habite les zones plus basses et plus chaudes que celles où croit la Fausse Oronge. D'ailleurs, à très peu d'exceptions près, les parties qui sont blanches dans la Fausse Oronge, pied, collerette et lames, sont d'un beau jaune d'or dans la vraie. Elle n'a de blanc que la volve, et celle-ci enveloppe assez longtemps tout le réceptacle, de façon que le Champignon apparaît en ce moment comme un œuf planté sur sa petite extrémité. Plus tard, la volve forme un sac épais, tubuleux, très développé, autour de la base du stipe, et la surface convexe du chapeau n'en porte aucune trace, ou seulement deux ou trois larges lambeaux irréguliers. Cette espèce a une saveur agréable, et son odeur est peu prononcée. Elle croît surtout dans les bois de pins, de châtaigniers, après les pluies de la fin de l'été. L'Oronge citrine ou Oronge Ciguë jaunâtre (fig. 117) est YAmanita Mappa (A. citrina Pers. ? — Agaricus Mappa Batsch. — A. bulbosus CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 89 Bull. — ? A. citrinus Scii.-eff.) et est, suivant plusieurs auteurs, plus redoutable encore que l'espèce précédente. Elle a un stipe cylindrique, MCSISfifc Fjg. 117. — Amanita Mappa. <;levé, plein d'abord, puis creux, blanc, à base renflée, bulbiforme, .molle, entourée d'une base de volve persistante, à bord coupé droit, à 90 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. portion inférieure située sous le sol et de couleur brunâtre. Le chapeau, d'abord convexe, devient finalement presque plan, à bord circulaire lisse, d'une couleur citrine ou jaune pale, parsemée de débris de la volve, représentés par des particules tomenteuses, blanchâtres, puis légèrement ochracées, parfois entraînées par les pluies. Au dessous de la portion supérieure du stipe se voit un reste de voile blanc, retombant en forme de manchette persistante. Les lames du chapeau sont libres, blanches. Les spores sont presque orbiculaires et brièvement apiculées. Cette espèce, haute d'environ deux décimètres, est d'abord inodore; puis elle acquiert une odeur vireuse après la maturité. Sa saveur est faible au début, plus tard d'une certaine âcreté. Elle se trouve dans les bois en été et en automne. Elle est, nous le répétons, très vénéneuse. L'Oronge bulbeuse a été souvent confondue comme simple variété avec la précédente dont elle a tous les caractères essentiels, avec une teinte blanche uniforme. C'est YAmanita bulbosa Pers. (Agaricus bulbosus SciiiEFF.). Elle se distingue surtout par sa coloration. Son cha- peau, d'abord convexe, est d'une belle couleur blanche, roussissant légèrement après la maturité; mamelonné et non visqueux, plus ou moins recouvert de particules tomenteuses provenant de la volve, sou- vent nulles. Le pied est cylindrique, plein ou ne devenant creux qu'à un âge avancé, dilaté â sa base en un renflement bulbiforme, recouvert d'un reste de volve persistant, souvent d'un brun pâle et enfoncé en terre. Le voile est blanc, persiste et se redresse fréquemment. L'odeur est nulle; la saveur douceâtre, puis acre. C'est une plante très dange- reuse, à effets vénéneux tardifs et persistants. Sa couleur blanche est la cause de nombreuses erreurs, et l'espèce est souvent confondue avec la Boule de neige et d'autres Agarics blancs et comestibles. L'Oronge verte (fig. 118) est YAmanita phalloïdes Quel. (A. viridis Pers. — Agaricus phalloïdes Bill.). C'est une espèce de la taille à peu près des précédentes, à stipe blanc, plein, puis creux, persistant. Le cha- peau est globuleux, puis hémisphérique ou obtusément campanule ; le bord lisse ; la surface d'un jaune verdâtre qui va parfois en s'accentuant davan- tage vers le sommet où s'observent souvent des striés linéaires, ténues. Le bord est lisse, et l'ensemble est fréquemment visqueux par les temps humides. Il n'est pas rare de trouver à la surface un ou deux fragments irréguliers, blancs, de la volve. Les lames sont nombreuses, serrées, libres, blanches. Les spores sont presque sphériques, avec un court apicule. Le voile persiste autour du pied sous forme d'une manchette descendante, blanche. Ce Champignon a une odeur et une saveur très faiblement vireuses. On le trouve dans les bois, en été et en automne. C'est une espèce des plus vénéneuses, produisant des accidents choléri- formes, d'ordinaire tardifs, souvent mortels. Il n'y a d'ailleurs guère de Champignon comestible avec lequel on puisse confondre celui-ci. L'Oronge panthère (fig. 119) est YAmanita pantherina Quel. (Agaricus CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 91 pantherinus Fries). C'est encore la Fausse Coulmelle ou Faux Missié et le Crapaudin gris du Midi. De la taille à peu près des précédentes, cette espèce a un pied plein, puis creux, à peu près glabre, blanc, renflé Fig. 118. — Amanita phalloïdes. à sa base où il porte un reste de volva , à bord ordinairement double ou triple, sinueux et peu nettement découpé. Le voile est oblique, retom- bant, un peu inégalement découpé, blanchâtre, assez rarement persis- tant. Le chapeau, ferme, ouvert, à bords finement striés, à chair 92 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. blanche, est recouvert (rime pellicule visqueuse, d'un brun un peu rou- geâtre, parsemée de fragments verruqueux et blanchâtres, provenant de la volve. Les lames sont blanches et libres ou à peu près. Les spores sont blanches, presque sphériques, et apiculées. Cette espèce aune odeur faible, une saveur douceâtre d'abord, puis vireuse. Elle croît dans les clairières des forêts, les bois découverts et montueux. Elle est très vé- néneuse et se rapproche beaucoup par ses propriétés de la Fausse-Oronge. Ce qui la rend surtout dangereuse, c'est sa ressemblance avec l'Oronge vineuse (Amanita rubescens Pers.— Agaricu* rubens Scop. — A. pustula- tus Scileff. — Hypophyllum maculatum Paul.). Celle-ci, souvent nom niée Missié, (iol- rnclle franche et Golmotte franche, est bonne â man- ger, quoique souvent un peu anière. Elle est néanmoins re- cherchée en Lorraine et dans quelques autres provinces. Elle se distingue par un pied qui, jusqu'au voile et â la face inférieure du voile lui-même, est de même teinte ou à peu près que la sur face supérieure du chapeau, tandis qu'il est blanc au- dessus du voile, c'est-à-dire de même couleur que les lames. Le chapeau, arrondi, puis ouvert, â bord non strié, est recouvert d'une pellicule rous- sàtre, saupoudrée des particules verruqueuses, farineuses, rapprochées, rougeàtres ou vineuses de la volve. La chair rougit plus ou moins à l'air. La plante se trouve, en été et en automne, dans les taillis et les clairières des bois. L'Oronge printanière (Amanita verna Pers. — ? Hypophyllum viro- sum Paul.) (fig. 120) est aussi une espèce vénéneuse, aussi dan- gereuse que l'O. verte dont on l'a considérée comme une variété. Sa taille est la même. Elle a un pied blanc, plein, puis creux, qui s'amincit de la base au sommet. Le renflement bulbaire de sa base est entouré de la base du volva, dont la partie supérieure est déchirée et soulevée parle chapeau. Le voile est blanc, retombant, persistant. Le chapeau est con- Fic. 119. — Amanita panlherina (\). CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 93 vexe, plus ou moins mamelonné, blanc, lisse sur les bords. Les lames sont assez larges, lisses, blanches; les spores sphénques, apiculées, blanches. L'odeur de celte espèce est nulle; sa saveur, faible d'abord el plus lard acre. Celle plante est plus commune dans le midi que dans le FlG. 120. — Amanita verna. nord; elle s'observe en été et en automne. Ses elTels sont lents à se pro- duire, mais souvent terribles. C'est une espèce qu'il faut absolument rejeter, aussi dangereuse que l'A. bulbeuse. L'Oronge élevée (fig. 121) est Y Amanita txcelsa (Agaricus excel- 94 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOCAMIQUE. susFr.). Cette espèce atteint au moins 2 décimètres de haut, sur 15 cen- timètres de diamètre. Son pied est cylindrique, légèrement bulbeux à sa base et écailleux au-dessus de son collet blanc, rabattu, finement strié. La volve, généralement fugace, est presque toujours cachée sous le sol, d'un blanc terreux. Le chapeau est d'abord sphérique, puis légère- ment convexe ou même plan, charnu, fragile, de couleur gris souris Fig. 121. — Amanita excelsa (£). ou gris fauve, un peu plus foncé au centre; il est parsemé de squames verruqueuses, larges, enflées, disparaissant bientôt, qui sont des restes de la volve. Les bords sont lisses ou parfois un peu striés dans un âge avancé. Les lames sont libres, inégales, ventrues, arrondies en arrière étroites, épaisses, à bords très finement crénelés, et ne laissant pas de stries sur le stipe. Cette espèce est assez rare dans les bois; elle a une chair ferme, blanche et appétissante, et son odeur n'a rien de désa- CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 95 gréable. Sa saveur rappelle d'abord celle du Champignon de couche. C'est cependant une plante très vénéneuse. Les Volvaria n'ont ni voile ni collerette, mais ils ont un volva complet. Le V. specioa Gill. (Agaricus speciosus Fries) est la Volvaire blanche (fig. 122). C'est [un grand Champignon (environ 2 décim.), qui a un long pied blanc, graduellement aminci en haut, dilaté vers sa base où l'en- Fig. 122. — Volvaria speciosa. toure une volve engainante, enfoncée dans le sol. plus ou moins velue, et un chapeau d'abord largement campanule, puis étalé, plus ou moins mamelonné, blanchâtre, liés visqueux en dessus par les temps humides, à bords lisses. Les lames se rapprochent autour du pied en une sorte de collier, peu prononcé; elles sont nombreuses, pressées, de couleur rosée. Les spores, de môme teinte, sont ovoïdes, courtemenl apiculées. Cette % TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. espèce a une odeur et une saveur désagréables, vireuses. Elle se ren- contre en automne, dans les champs, au bord des labours. Elle est extrêmement vénéneuse et très redoutable, parce qu'elle a pu être con- fondue avec le Champignon de couche et les Boules de neige, à cause de sa blancheur et de la couleur rosée de ses lamelles. Il y a dans le Midi une Volvaire grise ( Volvaria gloiocephala Quel. — Agaricus gloiocephalus DC.) qui n'est pas moins vénéneuse et qui a en effet la surface supérieure du chapeau d'un gris fuligineux et visqueux parles temps humides, avec un pied grisâtre et fibrilleux-villeux. On pourrait aussi, à cause de la couleur rosée de ses lames, confondre cette plante avec certaines formes de Psalliota qui possèdent une collerette. I-'ig. \i'ô. Russula emetica. Les Rassula doivent leur nom à ce que la couleur de leur chapeau est souvent roussàtre en dessus. Ce sont des Champignons à chapeau charnu, d'abord convexe, puis plan ou même déprimé. Leur stipe est fort, non cortiqué, lisse, spongieux à l'intérieur et se confondant avec le chapeau. Les lames sont rigides, fragiles, égales entre elles, souvent bifurquées ou anastomosées, dépourvues de suc laiteux. Les spores sont sphériques, blanches ou jaunâtres, â surface verruqueuse. Il n'y a ni voile, ni volva. Ce sont des plantes généralement sylvicoles. Le R. emetica Fr. (fig. 123) est la plus célèbre des Russules comme dangereuse et toxique. Dans l'est, on le nomme Faux-Fayssé. Son cha- peau est lisse, à bord mince et strié. Sa pellicule est d'un rouge plus ou CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 97 moins foncé : elle se sépare facilement, sur les bords, du tissu même du chapeau; et ce tissu est blanc, mais ordinairement plus ou moins teinté en rougeâtre sous la pellicule de la face supérieure. Le pied est blanc ou légèrement tacheté en rougeâtre, ferme, puis cassant, spongieux à l'inté- rieur. Les lames sont égales, libres et blanches. Les spores sont sphériques-apiculées, verruqueuses, blanches. Cette espèce est très commune dans les bois ombragés, en été et en automne. Elle n'a pas d'odeur; mais sa saveur est acre. Elle passe en général pour très véné- neuse; et Krapf, de Vienne, a observé que son principe toxique n'est détruit ni par l'ébullition, ni par la dessiccation. Les Lactaires sont charnus, à trame vésiculeuse. mais ferme. Ils ont Fie. 124. — Laclarius pyrogalus. un chapeau déprimé ou ombiliqué, avec des lames simples, inégales, adhérentes au pied, lactescentes, sans volve ni voile. Les spores sont sphériques, verruqueuses, blanches ou jaunâtres. Le suc propre est laiteux, blanc, jaune ou rouge. Le Lactarius pyrogalus Fr. (fig. 124), ou Lactaire brûlant, csl Y Aga- ricus pyrogalus Pers. C'est une espèce à stipe cylindrique, aminci tout d'un coup à sa base, rectiligne ou assez souvent courbé, dilaté en haut en un chapeau d'abord plan-convexe, puis déprimé au centre, glabre, d'un cendré livide, à zones concentriques plus ou moins marquées, un peu plus foncées. Les lames sont adnées-décurrentes. minces, distantes, d'un gris souvent jaunâtre. Les spores sont sphériques, à papilles échi- 7 98 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. nulées.de couleur blanche. Un lait blanc, à saveur très acre, découle des lames en quantité variable. L'odeur de cette espèce est à peu près nulle; elle croît en été et en automne, dans les bois ombragés. On s'accorde à la regarder comme très vénéneuse, et on l'a même déclarée le plus acre de tous les Agaricinés. Le Lactaire roux (fig. 125) a la même réputation. C'est le Lactarius rufus Fit. (Agarims rufus Scop.), le Calalos ou Raffoult. Son pied est plein, puis légèrement creux, ferme et cassant, d'un brun rougeâtre, comme le chapeau qui est plan-convexe, puis déprimé autour du mamelon central, ou parfois même en entonnoir, glabre, brillant, non Fie. 125. — Lactarius rufus. visqueux. Les lames sont décurrentes-adnées, rapprochées, d'un brun plus pâle que le reste de la plante. Les spores sont blanches et verru- queuses-échinulées. L'odeur de ce Champignon est nulle; il est gorgé d'un latex blanc, insipide d'abord, puis d'une saveur acre et très brûlante. L'espèce est assez commune, l'été et l'automne, dans les bois de pins. Suivant bien des auteurs, c'est le plus dangereux des Lactaires. Le contact de son lafex avec la langue détermine après quelques instants une sensation brûlante des plus pénibles et des plus tenaces. On a mal- heureusement plusieurs fois confondu l'espèce avec le L. Volemus Fries, la Vachette ou Vio, Rougeole à lait doux, qui a la même forme, mais CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 99 qui est d'un jaune fauve et rotigeâtre, plus pâle, et dont le latex a une saveur douce; de sorte qu'on peut le manger cru et qu'il est partout très estimé. On dit même que son latex constitue une boisson agréable. Un grand nombre d'Agarics, sans être aussi incontestablement véné- neux que les espèces précédentes, sont cependant absolument suspects ou indigestes. Ce sont principalement les Agaricus villaticiis, obturatus, Corouilla, duriusculus, xanthodermns, tenuipes, peronatus, flavescens, rubcllus,sylvaticus, comatus, sqiiamosus, clypeolarius, cristatus,fas- tigiatus, rimosus, fastibilis, Badlurmi, viscidus, glutinosus, durus, elœodes, sublateritius, fascicularis, cruslu Uni form is , amaricans , ruti- lans, ustalis, platyphyllus, saponaceus, acerbus, sulfureus, bufonius, nebularis, davipes, inversus, œruginosus, nlbo-ryaneus , purus, pelian- thinus, serrulatus, enclirous, lividus, cerrinus, prunuloides, lormino- sus, theiogalus, insulsus, vellereus, contro versus, albus, eburneus, Cossus, furcatus, Qucletii, pectinatus, adustus, consobrinns, nigri- cans, fragilis, sardonius, ruber, inleger, ochraceus, geogenius, olea- rius, stypticus, atrotomentosus, urens, dryopltihis, etc., pour l'étude détaillée desquels nous ne pouvons que renvoyer aux traités spéciaux. Bolets Les Bolets (Boletus) sont des Champignons-Basidiosporés dont l'hymé- nium tapisse des tubes placés sous le réceptacle et accolés les uns aux autres. Leur mycélium, filamenteux, blanc ou jaunâtre, est apparent, ce qui les distingue surtout des Polypores. Le réceptacle se compose d'un stipe qui supporte un chapeau charnu. Il n'y a point à la base du stipe des débris de volve, comme dans les Agarics; mais il y a souvent un voile par- tiel, quoiqu'il soit très rare de voir celui-ci persister sous forme d'anneau vers la partie supérieure du pied. Les tubes hyméniaux couvrent la face inférieure du chapeau, et leurs pores sont de forme variable : arrondie, polygonale ou irrégulière. Sous l'influence d'une traction, les tubes se séparent facilement des autres et aussi du réceptacle. L'ensemble des bords inférieurs des tubes forme une surface d'abord concave, souvent en- suite plane ou convexe. Ces tubes sont souvent colorés d'une façon très intense, et tranchent par là sur la teinte blanche ou plus pâle du récep- tacle. Il y a beaucoup de Bolets qui, déchirés, ou coupés, prennent vite, au contact de l'air, des teintes grises, bleues, vertes, rouges, brunes ou noirâtres. On les considère en général comme nuisibles, et il y a proba- blement là une exagération qui fait à tort rejeter des espèces comestibles. Portées par des basides insérées sur la surface interne des tubes hymé- niaux, les spores sont en général allongées, fusiformes, blanches, jaunes, rosées, brunes ou grisâtres. Aussi Fries avait-il distingué les Bolets en 100 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. Dermini, Ochrospori, Hyporrhodii et Leucospori, suivant que leurs spores étaient brunes, ochracées, rosées ou blanches, hyalines. Comme pour les Agarics, nous décrirons d'abord a\^j quelques détails les espèces de Bolets qui sont franchement vénéneuses. Le Cèpe du diable (fig. 126) est le Boletus Satanas Lenz. Son chapeau est convexe, glabre, d'un brun jaunâtre pâle, à peine visqueux par les temps humides. Son pied est épais et bulbiforme, atténué au sommet, renflé à la base, et d'une teinte jaunâtre sur laquelle se dessine un tulle pourpré plus ou moins prononcé. L'hyménium, presque libre, est formé de tubes jaunes, à pores petits et arrondis, d'un rouge pourpre. Les spores sont oblongues, apiculées, jaunâtres. La chair est blanchâtre; au contact de l'air, elle devient rouge ou violacée; elle est inodore, et sa saveur Fi G. 126. — . Boletus Satanas (h) est douceâtre, non amère. C'est une espèce très vénéneuse, qui croit dans les bois en été et en automne. Le Cèpe luride ou perfide (fig. 127) est le Boletus luridus Schjeff (B. tuberosus Bull. — B. rubeolarius Bull. — Tubiporus Cepa Paul. — T. livido-rubricosus Paul. —Ceriomyces crassusBxTT.). On le nomme encore Faux Cèpe, Oignon de loup, Ceps fol, Pissacan rouge, Ferrier, Bruguet fol, Cul de Saoumo, Massapareu. dans le Midi. Son chapeau est plan-convexe, tomenteux, d'un brun olivâtre, puis pâle, puis plus foncé. Son stipe est allongé-claviforme, d'un brun jaunâtre, marqué, surtout en haut, d'un lin tulle purpurin. L'hyménium, presque libre, est formé de tubes jaunes, puis d'un jaune verdâtre en vieillissant, à pores petits, arrondis, d'un rouge pourpré. Les spores sont oblongues, api- CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 101 culées, rostrées, jaunâtres. Sa chair, d'abord ferme, à peu près inodore, à saveur douceâtre, bleuit fortement dès qu'elle est exposée à l'air. L'espèce, commune dans les bois, sur les gazons ombragés, en été et en automne, est très vénéneuse; elle tue les animaux, et l'homme doit s'en abstenir. Il y a néanmoins des pays où on la mange, ce dont on a cité de nombreux exemples, qui se rapportent à la Sibérie, à la Prusse (Ascherson) et même à certaines localités françaises. Mais il est possible que la façon de la préparer atténue beaucoup le poison. Le grand danger que présentent ces espèces, c'est qu'on peut les con- fondre et qu'on les confond souvent avec le véritable Cèpe, ou C. franc, C. d'automne, C. de Bordeaux, etc. (fig. 128), qui est le Boletus edulis Bull., la meilleure espèce du genre et celle qui se mange le plus. Celle- Fig. 127. — Boletus luridus (il. ci est caractérisée par un chapeau arrondi, puis presque aplati, glabre, et d'un brun fauve, assez souvent humide. Son pied est cylindrique dans le type de l'espèce, presque régulier, recouvert dans sa portion supérieure d'un tulle ou réseau à mailles fines, composé au jeune âge de fils blancs. L'hyméniumest formé de tubes étroits, allongés, presque libres, s'ouvrant inférieurement par des pores étroits, blanchâtres, puis jaunes, et finale- ment d'un jaune verdâtre. Les spores sont fusiformes, obtuses, olivacées. Cette espèce a la chair blanche, à odeur (de champignon) douce et assez agréable. L'espèce se trouve dans les bois clairs, sur les pelouses des avenues d'arbres peu ombragées, pendant l'été et l'automne, ordinaire- ment â deux reprises distinctes : juillet d'une part, septembre de l'autre, avec des variations suivant les années. C'est un des champignons que 102 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. préféraient les Romains. On le mange frais et conservé de diverses manières, principalement desséché. Il a une variété à gros pied (pachy- pus), dont le stipe a la base renflée en forme de poire, et qui est très recherchée. Il ne faut pas la confondre avec le B. pachypus Fries, espèce Fie. 128. — Boletus edulis. très vénéneuse, dont le chapeau est d'un blanc jaunâtre pâle, et dont la chair blanchâtre bleuit au contact de l'air au niveau du chapeau, tandis qu'elle devient brune dans la portion inférieure du stipe. On peut consi- dérer aussi comme de simples variétés du B. edulis, le Cèpe bronzé ou Tête de nègre (B. œneus Bull.), qui a un chapeau dur, d'un brun CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 103 presque noir, généralement bordé d'un bourrelet blanc, et un stipe bul- biforme, jaunâtre ou brun clair, réticulé, et le B. reliculatus Boud. (Cèpe d'été), qui a un chapeau d'un brun pâle, comme marbré, et un stipe de même teinte, réticulé jusqu'à sa base, et qu'on observe de mai à juil- let, dans les bois aérés, surtout ceux de Chênes et de Châtaigniers. Le Cèpe gris ou Bolet rude (Boletus scaber Pers.) et le Cèpe orangé ou Roussin (B. versipellis Fr. — ? B. aurantiacus Pers.), qui sont peut-être deux variétés d'une seule et même espèce, sont très voisins des Bolets précédents et s'en distinguent principalement par leur stipe bien plus allongé, plus ou moins chargé de papilles squameuses et brunâtres. Ce sont des plantes comestibles, moins bonnes que la précédente en ce sens que leur pied, surtout â un âge avancé, est coriace et doit être rejeté. Le chapeau, plus petit et souvent plus convexe, est visqueux dans les temps humides, d'une couleur grisâtre dans le B. scaber, d'une teinte orangée plus ou moins brune dans le B. versijiellis. C'est à tort que ces Bolets ont été indiqués comme suspects ou nuisibles. Ils sont comestibles, sans être recherchés; ils abondent dans les bois en été et en automne. Comme il ne nous est pas possible de donner une description détaillée de tous les Champignons comestibles de notre pays, nous nous bornerons à reproduire la liste donnée récemment par deux auteurs très experts, MM. Bichon et Bose, des espèces qui peuvent être mangées et que ces auteurs divisent ainsi qu'il suit, en trois catégories : l u Espèces très recommandables. — L'Oronge vraie, le Champignon de couche, la Boule de neige des champs, le Champignon sanguinolent, la Grande Coulemelle, le Grand Coprin (très jeune), le Mousseron, le Lactaire sanguin, la Vachette (surtout crue), l'Oreille du Peuplier, l'O. de Chardon, la Souchette, la Corne d'abondance du chêne, la Girole ou Chanterelle, la Chanterelle pourpre, la Trempette des morts et le Faux Mousseron, ces deux espèces comme condiments; la Nonnette voilée ou Cèpe jaune, la Nonnette ou Cèpe pleureur, le Cèpe d'été et le C. d'automne, le C. bronzé, la Croquette des Sapinières, le Hérisson, les Morilles, la Morillette blanche et la M. brune, les Truffes noires. 2° Espèces recommandables à divers titres. — L'Oronge vineuse, la Volvaire livide ou Grisette, la Boule de neige des bois, la B. des prés, la B. bâtarde, la Coulemelle bâtarde, la Petite Coulemelle, la C. chauve, la Caussetta de Nice, le Champignon du Peuplier, les Pivoulades, la Peuplière, le Précoce, la Colombette, le Gros et le Petit Pied bleu, le Mousseron d'automne, la Langue de carpe, le Mousseron des haies, le Prévat, le Palomet, le Charbonnier, le Bougillon, le Cèpe orangé, etc. 3° Espèces peu recommandables. — L'Oronge blanche, la Volvaire orangée, la Grande Souchette, l'Améthyste, le Lactaire poivré blanc, la Bussule pourpre, le Virginal, la Langue de bœuf ou Fistuline, les Coral- Ioïdes jaune et pourpre, les Lycoperdons, la Morille bâtarde, les Pezizes, etc. 104 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. Nous nous bornerons à donner quelques détails descriptifs sur quelques-unes de ces espèces, mais seulement, pour le moment, parmi celles qui appartiennent aux Basidiosporés. Les Boules de neige doivent leur nom à la couleur extérieure et à la forme primitive de leur chapeau. La B. de neige des champs est le Psalliota arvensis Quel., très voisin du Champignon de couche. Elle est comestible, de même que la B. de neige des bois (P. Vaillanliï), la B. de neige des vignes (P. cretacea), la B. de neige des forêts (P. sylvi- cola), la B. de neige des prés (P. pralensis), la B. de neige niçoise (P. bitorquis) et la B. de neige bâtarde (Lepiota holosericea Gill.) ; tandis que la Fausse B. de neige (Psalliota xanlhoderma), dont le cha- peau est blanc d'abord, puis chargé de fibrilles jaunâtres, est une espèce éminemment suspecte. Le Champignon sanguinolent (Psalliota hœmor- rhoidaria Kalchbr.), qu'on a cru parasite sur les racines des Chênes, est une très bonne espèce comestible. La Grande Columelle, Colmelle ou Coulemelle, est le Lepiota procera Quel. (Agaricus procerus Scop. — .4. colubrinus Bull. — Hypophyl- lum Columella Paul.). C'est le plus élevé de nos Champignons, car il peut atteindre plus de 40 centimètres. 11 a un chapeau ovoïde d'abord, puis campanule, à surface lacérée en squames épaisses, brunâtres ou même noirâtres, â bords frangés-tqmenteux. Le voile est replié sur le stipe, avec un épaississement inférieur cartilagineux et brunâtre. Assez commua dans les bois de Chênes et de Châtaigniers, ce Champignon est bon, fort estimé dans certaines provinces; mais il convient de rejeter son pied qui est un peu coriace et indigeste. Les Mousserons sont de bons Champignons. Le véritable Mousseron est le Tricholoma Georgii Quel. (T. albellum Quel. — Agaricus Georgii Fr. — A. albellus Fr. - - Hypophyllum aromaticum Paul.). C'est le Blanquet, Maggin et Braquet du Midi, à chapeau arrondi, puis plan-convexe, souvent crevassé, blanchâtre ou grisâtre, à contours crevassés. Il a une variété jaune (Tricholoma gambassum Gill.), abon- dante surtout dans le sud de l'Europe. Le M. des haies est \'Entolo?na sepium, espèce du nord-ouest de la France, croissant sous les haies d'Aubépine et de Prunellier, au moins aussi estimé que le précédent, surtout à Poitiers. Le M. d'automne (Clytopilus Prunulus Quel.), un peu moins bon, se trouve dans nos bois sablonneux. Le Faux Mousseron (Marasmius Oreades Quel. — Agaricus Oreades Bolt. — A. tortiiis DC), le Macaron des prés, Sécadou ou Godaille, est une bonne espèce, quoique bien petite, commune en été et en automne sur les gazons des bois, du bord des champs, etc. Son chapeau est plan-convexe, d'un fauve brunâtre; et ses lamelles, distantes les unes des autres, s'anastomosent irrégulièrement autour du stipe dont elles sont d'ailleurs éloignées. La Vachette (Lactaria Volemus Fr.) est assez semblable aux Lactaires délicieux. On la nomme encore Vian, Vélo et Rougeole à lait doux (p. 98). CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 105 Son chapeau plan-convexe, puis déprimé au centre, est d'un fauve rou- geâtre. Son pied est pruineux, de même couleur que le chapeau, avec des lames découvertes et des spores blanches. Son lait est abondant, à saveur douce; aussi peut-on manger, même crue, nous l'avons dit, celle espèce qui croit en été et en automne dans les bois frais et ombragés. La Girole ou Chanterelle (Canlharellus cibarius Fr.. — Agaricus Canlharellus L. — Merulius Canlharellus Scop. — Hyponevris Can- tharellus Paul.) est une des espèces comestibles les plus communes. Son chapeau est de bonne heure très déprimé en entonnoir, d'un beau jaune ou chamois pâle, se continuant avec un pied court, de même cou- leur, souvent arqué, avec des lamelles écartées, anastomosées, portant des spores blanches. Crue, cette espèce a une saveur douceâtre, puis presque aussitôt piquante, poivrée. Son odeur est agréable. Elle est commune en été et en automne, dans les bois, parmi les mousses et les bruyères. Il faut se garder de la confondre avec la Chanterelle orangée (Cantliarellus aurantiacus Fr. — Merulius aurantiacus Pers.), qui abonde souvent dans les bois de Pins et Sapins, et qui a la même forme, avec un stipe flexueux, un chapeau à bord recourbé, légèrement tomen- teux, une teinte orangée pâle, devenant blanchâtre; car c'est une plante des plus suspectes. La Fistuline ou Langue de bœuf (Fistulina hepatica Fr. — Boletux hepaticus Huds. — B. Buglossum Pietz. — Dendrosarcos hepalicus Paul.) (fig. 129) est un gros Champignon, à chapeau latéral, fixé d'un côté sur le tronc des arbres, principalement sur les Chênes et les Châtai- gniers, qui ressemble à un foie d'animal, de couleur rouge sanguin plus Fig. 12J. — Fistulina hepatica (\). ou moins intense, visqueux, avec ou sans pied unilatéral. L'hyménium est d'abord blanchâtre puis il présente des petits tubes cylindriques, nom- breux, libres, clos d'abord, ensuite déhiscents par un orifice en rosette. Les spores sont d'un blanc jaunâtre, apiculées. Il y a souvent aussi de nom- breuses conidies à la surface du réceptacle, arrêtant le développement du chapeau ou de l'hyménium (.1. de Seynes). La chair est rouge, à zones fibreuses, â saveur acidulée. Celte espèce est assez bonne à manger. Elle fournit aussi une glu, dite Glu de Chêne. 10G TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. Polypores Ce sont des Champignons-Basidiosporés qui sont caractérisés par un réceptacle charnu, coriace, subéreux ou ligneux, dont le tissu descend entre les tubes hyméniaux et forme avec eux une trame distincte, mais telle que les tubes ne se séparent facilement ni des réceptacles, ni les uns des autres. Ils s'ouvrent inférieurement par des pores d'abord à peine visibles, puis arrondis ou anguleux, souvent stratifiés. Les basides sont Fie. 130. — Polyporus fomentarius. Coupe longitudinale. portées par la surface interne des tubes. Il y a des Polypores dans presque toutes les régions du globe. Us sont parfois terrestres; mais la plupart sont fixés, souvent latéralement, surles troncs des arbres. Leurhyménophore est coriace, charnu, tubéreux ou ligneux. Les uns ont un pied central (Meso- pus) et un chapeau entier, avec la base du pied de même couleur que le chapeau. D'autres ont un pied latéral et noirâtre à la base (Pleuropus). D'autres encore (Merisma) ne sont pas simples, mais présentent un pied commun d'où parlent des chapeaux multiples. Les Alpus ont un ou plu- sieurs chapeaux, mais manquent de pied. C'est à ce groupe qu'appartiennent CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 10T nos espèces médicinales. Dans les Trametes, l'hyménophore forme avec les tubes une trame homogène. Ce sont des espèces lignicoles, dimidiées ou résupinées. Le Polypore amadouvier ou Agaric amadouvier (Polyporius fomenta- rius Fr. — Boletus arjulatusRuLL. — Fomes fomentarius FR.)(fig. 130) appartient à la section Apus, formée de Champignons simples ou qui ont plusieurs chapeaux partant d'une base commune, rarement droits, plus souvent horizontaux, et caractérisés, comme le nom l'indique, par l'absence de pied. Ce Champignon est donc sessile, latéralement attaché, au début un peu mou intérieurement, plus tard coriace ou ligneux, semi-orbicu- laire ou subtriangulaire, assez souvent en forme de sabot de cheval, atteignant jusqu'à un demi-mètre de largeur. Sa surface supérieure est de couleur cendrée grisâtre ou ferrugineuse, avec des sillons radiants et assez souvent des zones brunes et parallèles aux bords. Sous son épiderme se trouve une sorte de zone corticale, résistante et d'un noir luisant. En dessous se voient les tubes hyméniaux, réguliers, très étroits, d'abord glauques, plus tard bruns ou ferrugineux, de même que la chair du réceptacle. Celte espèce croît dans presque toute l'Europe, sur le tronc des vieux arbres, principalement des Quercinées, surtout les Chênes et les Hêtres. Il vit d'assez longues années, et de façon qu'à chaque belle saison s'ajoute une nouvelle couche de tubes hyméniaux aux anciennes. 11 y a donc des sillons courbes, plus ou moins accentués, qui séparent extérieurement ces diverses couches les unes des autres. On emploie surtout cette espèce à la préparation de l'Amadou et de l'Agaric des chirurgiens. Pour cela, on enlève dessus et dessous la couche superficielle, la plus résistante, et on fait tremper le reste dans l'eau, puis on bat fortement afin de rompre les parties dures. Quand le tout est bien séché, on bat de nouveau jnsqu'à ce que la masse soit souple et moelleuse au toucher. En cet état, on recherche ce Polypore comme hémostatique, principalement pour arrêter le sang qui s'écoule des piqûres de sangsues ou des plaies de peu d'étendue. Il a été aussi proposé comme dilatant des trajets fistuleux. Quand on veut l'employer pour obtenir du feu avec le briquet, on le trempe dans une solution d'azotate de potasse, afin de le rendre plus combustible. Il est probable que de grandes plaques d'Amadou, appliquées sur les parties douloureuses du corps, seraient excellentes dans les cas d'affections rhumatismales et comme moyen pré- ventif des douleurs. Le P. soloniensis Fr., qui produit, dit-on, en Sologne un très bon ama- dou, n'est vraisemblablement qu'une variété peu connue et assez rare du P. fomentarius. Le P. igniarius Fr. (Boletus obtusus ÛC. — Fomes igniarius Fr.) est VAgaric du Chêne, Boula, Esca, Sinsa des Languedociens, le Cam- parol d'amadou des Toulousains. C'est aussi une espèce molle au pre- 108 TRACTÉ m BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. mier âge, qui durcit avec l'âge, recouverte d'une mince couche floccu- lente, finalement blanchâtre. Sa surface est dure, inégale, de couleur cendrée, rouillée ou d'un fauve noirâtre. Les tubes hyménophores (fig. 131) sont courts, réguliers, blanchâtres, puis d'un jaune brun. La chair est d'abord de la consistance du liège, puis elle devient dure comme du bois. Les couches superposées qui forment la plante se voient bien sur une couche verticale et indiquent plus ou moins exactement son âge. L'espèce croît communément sur les Peupliers, Saules, Chênes, Pru- niers, etc. Son mycélium et ses spores sont toujours beaucoup plus blan- châtres que ceux du P. fomentafius. L'Amadou qu'on en prépare est gé- néralement trop rigide pour servir d'hémostatique. On ne l'emploie d'or- dinaire que pour allumer et conserver le feu. On s'en est aussi servi pour teindre en brun, de môme que du P. hispidus Fr. L'espèce est pour ainsi dire cosmopolite. On a fait aussi de l'Amadou très combustible avec le Racodium cellare Pers., trempé dans une solution d'a- zotate de potasse (Lenz). On pourrait employer de même le Buletus luridus (Palisot-de-Beauvois), le Polyporus betulinus Fr., usité de la sorte en Sibérie, le Bovista plumbea et le Lycoperdon cœlatum (Bulliard). Les gros Polypores servent à faire des sièges, des coussins, des nids artifi- ciels, des vases â fleurs et même, en Angleterre, de bons cuirs à rasoirs. Le Polyporus officinalis Fr. est Y Agaric blanc, A. des pharmaciens, A. du Mélèze, A.purgatif(ûg. 135). C'est un Polypore sessile, latéralement attaché sur le tronc des Mélèzes, vivants ou morts, â chair molle ou plus ou moins coriace, devenant assez friable quand elle est desséchée, demeurant toujours blanche. Son chapeau très épais a â peu près la forme d'un sabot de cheval, large de 30-40 centimètres de diamètre, très épais, avec la face supérieure lisse, blanche, marquée de quelques zones jaunâtres ou brunes, peu prononcées, se gerçant avec l'âge vers la base; la face infé- rieure toute couverte de tubes nombreux, rapprochés, courts, jaunâtres, à orifice peu visible. Toute la plante a une. odeur de farine, qui disparaît plus ou moins complètement par la dessiccation, et une saveur assez amère. C'est surtout dans les Alpes, le Dauphiné, qu'on récolte cette espèce. Elle a été très usitée en médecine comme évacuant, provoquant desvomis- FlG. 131. — Polyporus ujniarius. Coupe longitudinale de la région hy- méniale; b, basides avec spores; d, cystides; h, liyplia; s, hyménium. CRYPTOGAMES CELLULAIRES. îoy sements et des purgations. C'est aussi un vermifuge énergique. Dans les montagnes, on l'emploie beaucoup contre les maladies du bétail, surtout des moutons. C'est un succédané de la Noix de galle pour la fabrication de l'encre et la teinture de la soie en noir. Il n'y a pas longtemps qu'on vantait beaucoup ce Champignon contre les sueurs colliquatives des phtisiques. Braconnol et Bouillon-Lagrange attribuaient toutes ces pro- priétés à une résine acre qu'il contient en abondance. Cette espèce est préférable comme drastique, d'après Tromsdorf, au Jalap et aux Convol- vulacées analogues. D'après V. de Bomare, sa poudre guérit les furoncles et les pustules du bétail. En Piémont, d'après Haller, on avalait un mor- wmMiii p*» | Ns«fe>-." m Fig. 132. — Polyporus officinalis. ceau de ce Champignon avec du poivre, pour tuer les petites sangsues qui avaient pénétré dans l'estomac avec l'eau des mares et des ruisseaux. Les Craterelles appartiennent à l'Ordre des Auricularinés. Ce sont des Basidiosporés dont le chapeau est en général horizontal et lisse, parfois veiné, avec un hyménium intérieur, continu avec l'hyménophore. Le Cra- terella coniucopioidcs Pers. (Peziza comucojiioidcs L.) est connu sous le nom vulgaire de Trompette des morts (fig. 133, 134). Il a, en effet, la forme d'une trompette ou d'un entonnoir allongé. Son chapeau, d'un noir fuligineux, légèrement écailleux ou pelucheux, a des bords sinueux et réflé- chis; il est pourvu en dehors de veines peu saillantes, anastomosées. Son 110 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. pied est creux jusqu'à la base, de couleur noirâtre. Par les temps plu- vieux, on trouve cette espèce en groupes, sur la terre, dans les bois, en été et en automne. On la recherche peu, probablement à cause de sa cou- leur désagréable; elle est cependant assez bonne à manger. Les Basidiosporés que l'on a nommés Aculéifères sont principalement les Hydnes (Hydnum) et les Dryodon. Les premiers ont un chapeau stipité, et les derniers sont dépourvus de stipe ou ramifiés. Le Hérisson, Rigitorhe, Bnrbe de vache, Ursin ou Mouton, est YHyd- num repandum L. (Hyppolhela repanda Paul.). C'est un Champi- gnon à chapeau charnu, fragile, plan ou plus ou moins déprimé, dont le contour est irrégulier, et dont la face supérieure est blanchâtre ou jaunâtre. Sa face intérieure ou hyméniale est plus pâle, toute chargée de saillies pendantes, inégales, répondant à des plis irréguliers et sinueux Fig. 133, 134. — Craterella Cornucopia, entier et coupe longitudinale. de l'hyménium qui porte des basides à spores blanches, pyri"ormes et apiculées. On mange cette espèce qui a une saveur plus ou moins poivrée et une consistance coriace. On mange aussi les H. rufescens Pers. et imbricatum Fu., qui sont moins bons, mais non vénéneux. Les Dryodon ont été détachés du genre Hydnum par M. Quélet. Le D. coralloides Quel., ou Corne de cerf, Cherelure blanche des arbres, Coralloïde des arbres, est fixé latéralement aux écorces et formé de rami- fications flexueuses et enchevêtrées d'où pendent de nombreux aiguillons acuminés, formant une belle masse blanche, puis jaunâtre, couverte de basides à spores blanches. On le récolte en automne sur les tiges pourries des Noyers, Hêtres, Sapins, etc.. pour le manger, car il constitue un mets délicat. Le D. erinaceus Quel. (Hydnum erinaeeum Fr. — Hericium erinaceum Pers.) est la Houppe des arbres ou PenchiniUa. On l'a com- paré à une épaulette blanche, puis jaunâtre, attachée latéralement au tronc des Noyers, des Chênes et des Hêtres, là surtout où leur écorce est CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 111 entamée. Il est fade, mais constitue un aliment agréable quand il est bien assaisonné. L'H. gelatinosum Scop. est devenu le type d'un genre Tremellodon, h cause surtout de sa consistance gélatineuse. Il croît sur les troncs de Sapins dans les régions de montagne. Sa couleur est glauque, translucide ou un peu brunâtre. Son stipe est très court, latéral, et ses aiguillons sont peu nombreux. C'est une des espèces qui se mangent crues et sont alors rafraîchissantes, assaisonnées au sucre ou avec quelque sirop de fruits. On l'a indiqué aussi comme aphrodisiaque. Les Clavaires (Clavaria) sont des Hyménomycètcs dont le réceptacle, simple ou plus ordinairement ramifié, arborescent ou coralloïde, charnu, est de couleurs très diverses, blanc, jaune, gris, rose, violacé, brun ou noir. Le tissu réceptaculaire est formé de phytocystes allongés, à peu près parallèles. Certains d'entre eux s'étirent beaucoup, ne sont pas cloi- sonnés, et renferment du latex. Le réceptacle est régulièrement recouvert de l'hyménium dont les basides sont munies de deux, trois ou quatre sté- rigmates. Les spores sont sphériques ou ovoïdes, blanches, jaunes ou rougeàtres. Ce genre est abondamment représenté chez nous, dans les près et surtout dans les bois. La plupart des espèces sont comestibles quoique souvent coriaces et indigestes. Le C. Bolrytis Pers. (Fungoides coralliforme Dill.) est connu sous les noms de M (linotte et de Coral- loïde pourpre (fig. 435). Son tronc épais, fragile, supporte des bran- ches touffues, à rameaux courts, rapprochés, irrégulièrement dicho- tomes, de couleur rose pâle, avec les extrémités bifides teintées de rouge pourpre ou carminées. L'hy- ménium qui recouvre la surface des rameaux, est constitué par des ba- sides à quatre spores oblongues. Cette espèce, qui croît assez commu- nément dans les bois frais en automne, a une odeur et une saveur agréables; elle est comestible. On mange de même le C. flava Schott (Coralloides flava T.), ou Coralloïde jaune, Pied de coq, Balai, assez commun en automne dans les bois ombragés; tandis que le C. formosa Pers., la Coralloïde incarnate, d'un beau jaune orangé, teinté de rose, est tenu pour suspect, de même que le C. aurea Fr., la Coralloïde ochracée, qui se trouve d'ordinaire en automne dans les bois de Conifères. Il y a peu de Champignons-Basidiomycètes cultivés en dehors du C. de couche. Cependant on a aussi cultivé le C. du peuplier (Pholiota Agerita Fig. 135. — Clavaria Botnjtis. 112 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. Fries) dans le sud et le sud-ouest de la France. Il suffit, paraît-il (Des- vaux), de frotter avec un individu bien mûr de cette espèce une large rondelle de Peuplier, épaisse de quelques centimètres, et qu'on en- fouit dans un lieu frais et découvert, jusqu'à fleur de terre. En opérant ainsi au printemps, on est assuré, dit-on, d'avoir une abondante récolte en automne. En Italie, on désigne sous le nom de Pierre à champignons (Pietra fungaja) une masse de terre et de pierres, dans laquelle est englobé le mycélium du Polyporus tuberosus Fuies. C'est peut-être une simple forme de P. Pes Caprœ Pers. (Manne), qui est alimentaire dans les Vosges. On recherche beaucoup l'espèce aux environs de Naples ; on place dans des endroits chauds et humides, les blocs, souvent volumineux, de ce Pietra fungaja; on les arrose d'eau de temps à autre, et ils pro- duisent tous les deux ou trois mois une abondante récolte d'excellents Champignons. Transportés dans le nord, ces blocs cessent bientôt de pro- duire. On a souvent cité cette phrase de Bruyerin, médecin de François I e ': Qui ne verrait pas avec admiration des champignons sortir d'un fragment de roche, et qui, détachés de la pierre, sont tonte l'année remplacés par d'autres; car il semble qu'une partie de leur pédicule se pétrifie pour grossir la pierre qui en est ensemencée, phénomène qui nous découvre une vie d'un nouveau genre? » En Italie, on cultive encore, sur le marc de café torréfié, VAgaricus neapolitanus Pers.. qu'on recherche comme aliment. On s'est vanté d'avoir cultivé méthodiquement bien des espèces dont la reproduction n'était probablement due qu'au hasard. Exidies Les Exidia sont représentés par des expansions gélatineuses ou trem- blantes, en forme de coupe, d'oreille, de lame corruguée, margïnée. La surface supérieure est plus ou moins sinueuse et ridée, recouverte de l'hyménium, avec des interstices lisses et non papilleux. La surface infé- rieure est veloutée. Par la dessiccation, ces Champignons prennent une consistance cornée. L'espèce la plus célèbre comme médicament était Y Oreille de Judas (E. Auricula Judœ Fr. - Tremella Auricula Judœ L. — Hirneola Auricula Judœ Berk. — Auricularia Sambuci Pers.). C'est une plante ferme et élastique, formée de deux lames appliquées l'une contre l'autre, sessile, très irrégulière, avec, le plus souvent, une grande échancrure qui compléterait sa ressemblance avec le pavillon de l'oreille humaine. Sa largeur est de 5-9 centimètres. Sa surface supérieure, concave, glabre, mais veinée ou plissée, est d'un brun rougeàtre. Sa surface inférieure est plus pâle, subtomenteuse et pulvérulente, parsemée de veines divergentes et proéminentes. On trouve cette espèce sur les vieux troncs d'arbres, notamment sur celui du Sureau noir. C'était un médicament purgatif peu CRYPTOGAMES CELLULAIRES. H3 usité et qui se trouve encore dans les pharmacies de plusieurs pays de l'Europe. Ses propriétés laxatives ont été mises en doute, parce que la plante est comestible. Rabelais en parle comme d'un aliment, un plat d'entrée qu'on assaisonnait en salade, « une sorte de Funges, issaux des vieux Suzeaulx ». LE. glandnlosa Fr. est tinctorial ; il donne une belle couleur brune et brillante. Ces végétaux étaient jadis confondus dans le genre Tremella. Celui-ci n'est plus formé aujourd'hui que de plantes aplaties, étalées et ondulées, ordinairement pois- seuses, ou en masses plissécs, hyalines ou colorées, couvertes à un moment donné d'une pous- sière blanche que forment les spores. Le T. mesenterica Retz (fig. 136) est une espèce de cou- leur jaune orangé, ondulée-plissée, variable de forme et de taille, plus ou moins lobée, un peu coriace. On la trouve en hiver et au printemps, appliquée sur des branches d'arbres divers, exposées à l'humidité. Elle est comestible, et donne une sorte de couleur rouge bistrée qu'on a proposé d'employer en peinture. Fig. 136. — Tremella mesenterica. Phallus On donne ce nom, et en français celui de Satyres, à des Champignons qui présentent, au sommet d'un stipe creux, un chapeau perforé à son sommet, pourvu d'un bord libre, et marqué à sa surface d'un réseau d'en- foncements polygonaux, excrétant une liqueur visqueuse qui englue les spores. Nous ne connaissons guère que le P. impudicus L. (fig. 137,138) ou Enfant du diable, Impudique, dont le pied atteint jusqu'à 15 centi- mètres de hauteur, et est percé à jour d'un grand nombre de pertuis irré- guliers. Un large péridium, qui d'abord enveloppait tout le Champignon, persiste à sa base sous forme de gaine ovoïde, irrégulièrement rompue. Les enfoncements dont est creusée la surface du chapeau sont tapissés d'une gluverdàtre et d'une fétidité extrême, finalement résolue en liquide glai- reux. L'espèce croît à la fin de l'été et en automne, dans les bois où son odeur atroce révèle de très loin sa présence. Elle attire les insectes qui se nourrissent de la glu des alvéoles. Son odeur dégoûtante empêche qu'on ne la mange, car il n'est pas certain qu'elle soit nuisible. Les bêtes fauves s'en nourrissent quand elle est jeune; les chats en sont, dit-on, friands. Mais on la considère dans les campagnes comme emménagogue et anli- 8 114 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. hystérique. On la fait sécher pour l'administrer en poudre aux bestiaux en qualité d'aphrodisiaque. On l'a jadis vantée contre la goutte et les rhu- matismes. On dit qu'on peut la cultiver en semant ses spores dans des endroits herbeux. Le P. caninus Huds. est devenu le type d'un genre Cynophallus, parce que son chapeau non perforé est inférieurement adné et adhérent au stipe. Il croît parmi les feuilles mortes. Fig. 137, 138. — Phallus impudicus. Plante avant et après la rupture du péridium, do;it f est l'enveloppe externe, et d la membrane] interne, a, cavité du pied; b, sa paroi; c, l'appareil sporitere. Le Clathrus canccllatus L. (fig. 139) est une plante méridionale, que nous avons vue se développer une fois près de Paris sur des Cannes de Pro- vence récemment apportées du Midi, et qui est remarquable par sa tunique extérieure formée de rameaux charnus et anastomosés en treillage, d'une couleur rouge très vif, avec des mailles irrégulièrement losangiques. Leur surface sécrète de toutes parts un liquide d'odeur infecte qui tombe en déliquescence et entraîne avec lui les spores. Sa base est entourée d'une volve blancbe qui d'abord enveloppait la plante entière. C'est un poison narcotique, et. l'on croit encore, dans les campagnes des Landes, que son contact donne des cancers. Son odeur de charogne attire les mouches en foule. On pense qu'il est dangereux de demeurer quelque temps dans une CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 115 chambre où séjourne ce Champignon (Badham). Ayman rapporte qu'une femme qui en avait mangé un fragment, éprouva une tension hypogasfrique Fig. 139. — Clatltrus cancellatus. douloureuse et fut prise de violentes convulsions, puisqu'elle perdit la pa- role et demeura assoupie pendant plus de cinquante-deux heures. Elle ne guérit qu'au bout de quelques mois. Les paysans cachent ce Champignon 116 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. sous des tas de feuilles mortes, afin que personne ne le touche et ne s'ex- pose ainsi à contracter « la gale ». Il y a sans doute beaucoup d'exagéra- tion dans tous ces récits, et l'odeur repoussante de cette espèce fait que personne n'est tenté de l'essayer comme aliment. Les Phalloïdes renferment encore un sucre qu'on a proposé d'utiliser. Lycoperdon Ces Champignons, souvent nommés en France Vesseloups, sont des Gastéromycètes à péridium double, de forme globuleuse, membraneux, chargés de petites verrues. Leur chair intérieure, blanche et ferme quand elle est jeune, devient finalement une poussière verdàtre ou jaunâtre qui est entremêlée de filaments. Quand le péridium est mûr, il s'ouvre géné- ralement au sommet et laisse échapper par celte ouverture la poussière qu'il contient et qui est en majeure partie formée despores. Le L. gemmatum Batsch (fig. 110) est une des espèces les plus communes de notre pays. Elle représente une sphère de 4-0 cent, de diamètre, blanche, puis jaunâtre ou brune, qui se prolonge intérieurement en un pied plus ou moins long et qui est recouverte de verrues ou papilles fragiles, plus ou moins proémi- nentes, parfois très saillantes ou même divisées à leur sommet. Cette plante est commune dans les bois et les friches en été. Son odeur est assez agréable ; et quand elle est jeune, on l'emploie comme aliment dans bien des cam- pagnes. Mais quand sa chair s'est transformée en poussière brunâtre, elle passe, à tort ou â raison, pour dangereuse. Elle n'est d'ailleurs pas comestible en cet état. Mais on a vu des ophtalmies graves produites par celte poussière projetée dans les yeux, et l'on assure qu'elle provoque des éternuments violents et même des hémorragies nasales. LeL. giganteum Batsch, ou Vesseloup des bouviers, Boulet d'Agnel des Languedociens, a été l'objet d'un grand nombre de fables relatives â ses dimensions énormes et à la rapidité de sa croissance. Le fait est que cette espèce se développe en quelques jours, mais non en quelques instants, et que son diamètre peut atteindre 3 ou 4 décimètres, mais rare- ment davantage. Son péridium est blanc d'abord, fragile, lisse, plus sou- vent plucheux ou floconneux. Il devient ultérieurement jaunâtre, puis cendré. Sa chair, alors qu'il est comestible, est blanche et ferme. Plus tard elle devient pulvérulente, jaunâtre, verdàtre et ultérieurement Fig. 140. — Lycoperdon gemmatum. CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 117 grisâtre j puis brune, alors que le péridium se crevasse el s'ouvre en haut en aréoles irrégulières. Il ne reste finalement que la hase spongieuse de la piaule. Celle-ci peut servir à préparer une sorte (l'amadou. En Fin- lande, on récolte sa poussière pour la faire prendre dans du lait aux jeunes bestiaux atteints de diarrhée. Elle est aussi employée en teinture. C'est un hémostatique populaire; elle sert encore aujourd'hui, en An- gleterre et ailleurs, contre les coupures el les épistaxis. Du temps de Valniont de Bomare, les barbiers allemands avaient toujours de cette poudre dans leur boutique pour arrêter les hémorragies produites par leurs rasoirs. On aurait même, d'après Lafosse, conjuré une hémor- ragie produite chez le cheval par une plaie de l'artère crurale qu'on aurait comprimée avec un morceau de Lycoperdon chargé de sa pous- sière intérieure. Il n'y a peut-être eu là qu'une action mécanique. Ascherson a donc proposé ce même remède chez l'homme contre les cas d'hémorragies gangreneuses. On a encore affirmé que les Lycoperdon brûlés produisent une fumée anesthésiante qui stupéfie les abeilles dont on veut récolter le miel sans les tuer. Berkeley aurait vu cette fumée substituée avec succès au chloroforme, et Richardson aurait anesthésié des chiens pour plusieurs heures en les soumettant à l'influence de cet agent. Cordier n'a produit sur lui-même, à l'aide de ce procédé, qu'une céphalalgie peu persistante. Le L.cœlatum Bull, passe pour avoir toutes les propriétés duL. giyanteum. A Java, la poussière de L. Kakava Lév. sert au traitement des coliques flatulentes. Beaucoup d'autres Lycoperdon sont considérés comme comestibles dans leur jeune âge. Le L. carcinomale, espèce de l'Afrique australe, est devenu pour Fries le type du genre Podaxon. Au Cap, d'après Badham, on l'applique topiquement sur les ulcères cancéreux. Les Scleroderma diffèrent avant tout des genres précédents par leur péridium simple. 11 se déchire irrégulièrement et laisse voir sur toute sa surface intérieure des flocons adhérents, formant des veines distinctes dans la masse intérieure. Les spores sont grosses et granulées. On trouve communément en automne, principalement à la lisière des bois, le S. vulgare Fr. (S. auranlium Pers. — -S. citrinum Pers. — Lycoperdon aurantium Bull.), dont la surface est tuberculeuse ou simplement aréolée, de couleur jaune citron ou jaune brunâtre. A sa base est une houppe radiculaire, et sa paroi se perce de trous par lesquels sortent des spores brunes. Sa chair intérieure est blanche et peut alors se manger; mais plus tard elle devient de couleur ardoisée, puis brune, et passe alors pour vénéneuse. Le S. verrucosum Pers. (Lycoperdon verrucosum Bdll.), large de 4-9 centimètres, légèrement stipité, fauve ou jaunâtre, parsemé de verrues brunes, est aussi blanc à l'intérieur dans le jeune âge; puis il devient pulvérulent et d'un brun pourpre. Il passe alors pour vénéneux, mortel même, d'après Vaillant. Sa poussière intérieure, lancée dans les yeux, produit, dit-on, de violentes ophtalmies. 118 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. Tous les Champignons qui viennent d'être étudiés jusqu'ici ont été rapportés à la grande division des Basidiomycètes dont nous pouvons maintenant, d'une façon synthétique, examiner les caractères d'ensemble. Tous ont un réceptacle fructifère relativement grand; tous croissent presque exclusivement sur le sol ou sur des matériaux végétaux plus ou moins décomposés. Ils ont un mycélium filamenteux, filandreux, affectant la forme de fils plus ou moins fibreux, de phytocystes-tubules, ou bien membraneux, s'étalant en lames variables. Les tubules du mycélium sont cloisonnés en travers, et généralement ils s'étendent en se ramifiant dans tous les sens et dans des limites relativement larges. Presque tou- jours ce mycélium, partant d'un centre primitif, là où la spore a com- mencé de germer, se développe dans l'ordre centrifuge; très souvent vivace, passant plusieurs années l'hiver pendant lequel il est plus ou moins au repos, et émettant une ou plusieurs générations de réceptacles fructifères dans le cours d'une saison chaude. Rien n'est plus variable que la forme des réceptacles fructifères. Nés ordinairement dans le substratum et en très grand nombre, ils peuvent s'élever plus tard au- dessus de lui. Ces réceptacles ont, comme nous l'avons dit à propos des Agarics, un certain nombre de phytocystes qui supportent les spores et qui sont les basides; et celles-ci sont réunies dans une couche spéciale, l'hyménium. Une baside termine, en réalité, une branche, un rameau des hyphes du réceptacle contigus à l'hyménium; et nous savons que la baside porte le plus souvent quatre spores, formées d'un seul phytocyste dont la forme, la coloration, l'état des surfaces, etc., présentent les plus grandes variations. L'ensemble des Basidiomycètes se partage en Hyménomycètes et en Gastéromycètes. Chez les Hyménomycètes, l'hyménium recouvre la face extérieure de réceptacles qui affectent les formes les plus diverses, mais qui manquent très rarement en totalité. Chez les Gastéromycètes, au contraire, l'hyménium occupe l'intérieur d'un réceptacle fructifère fermé ou qui du moins l'est au début, présen- tant une forme à peu près sphérique et ne laissant alors rien voir de l'hyménium. On a comparé les réceptacles fructifères des Hyménomycètes à une foule d'objets divers : chapeaux, ombrelles, écuelles, calices, disques, coussins, croûtes, sabots, massues, buissons, etc. Certains de ces récep- tacles sont sessiles ou acaules, et d'autres ont un pied, parfois très long. L'hyménium peut les revêtir sur toute leur surface libre, ou bien seule- ment sur des portions déterminées, et il constitue une couche membra- neuse, caractérisée par la présence des basides dont le grand axe est perpendiculaire ou à peu près à la surface qui les porte. Souvent aux basides sont interposés d'autres phytocystes non sporifères. ordinaire- ment plus grêles que les basides ; ce sont les paraphyses. Mais souvent on CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 119 y voit aussi des cystides, grands phylocystes vésiculcux, également stériles (fig. 131). Parmi les Hyménomycètes, nous trouvons comme groupes secondaires intéressant la médecine : les Àgaricinés, Polyporés, Hydnacés, Clavariés et Trémellés. Quant aux Gastéromycètes,ce sont des Basidiomycètes. Leurs réceptacles fructifères fermés sont plus ou moins globuleux, principalement au début, et ils représentent une sorte d'écorce, très épaisse le plus souvent, qui a reçu le nom de Péridium. On distingue ordinairement un péridium externe et un péridium interne, c'est-à-dire deux coucbes de structure différente, formant ainsi enveloppe à une masse intérieure, qui est la Gléba. Celle-ci est partagée en un grand nombre de compartiments irré- guliers que tapisse intérieurement l'iiyménium. Les cloisons de séparation de ces compartiments sont constituées par des fibres longitudinales cen- trales qui donnent naissance à de nombreuses brandies, généralement courtes, sinon plus ou moins repliées sur elles-mêmes. Ces brandies se portent vers la surface de la cloison et s'y terminent en basides. Ailleurs elles dépassent les cloisons, pénètrent dans les compartiments de la gléba, s'y allongent et s'y ramifient et portent là les basides au sommet de leurs rameaux. La forme des basides est variable, mais elle n'est pas générale- ment la même que celle des basides des Hyménomycètes. Chaque baside porte généralement de deux à dix spores; on a dit qu'en moyenne le nombre était de huit. Il y a donc là une sorte de transition entre le mode de disposition des spores dans les Basidiomycètes et dans les Ascomycètes où nous allons voir les spores renfermées dans des sacs analogues à ceux des Lichens. ASCOMYCÈTES Sous ce nom, ou sous celui de Thécasporés, on désigne des Champignons dont les spores sont renfermées, au nombre le plus souvent de quatre à huit, dans de grands sacs daviformes ou sphériques, nommés Asques ou Thèques. Outre les véritables réceptacles fructifères, ce groupe possède très souvent des Cotiidiphores, des Pycnides et des Spermogoaies. Les Ascomycètes ont un mycélium dont les tubules sont cloisonnés en- travers. Leur réceptacle fructifère, dont la formeest extrêmementvariable, vit sur le sol, dans le sol, sur des débris végétaux ou dans des plantes vivantes; et le Champignon n'atteint dans ce dernier cas son complet développement que dans la plante attaquée ou dans la partie de la plante attaquée et morte. Dans les asques, les spores naissent par formation libre de phylocystes à l'intérieur. Le plus souvent les asques sont réunis en un hyménium. Celui-ci peut occuper l'intérieur des réceptacles fructifères; c'est le cas des Pyrénomycètes. Ou bien il en occupe la surface extérieure; 120 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. ce qui arrive dans les Discomycètes. Les spores sont des phytocystcs à une cavité, ou pourvus de deux, trois, ou d'un nombre supérieur de cavités séparées les unes des autres par des cloisons. La coloration des spores est variable, de même que leur forme, sphérique, ellipsoïde, en baguettes ou en filaments, etc. Il y a des Ascomycètes relativement très simples, dans lesquels le mycé lium se ramifiant, ce sont ses branches qui portent les asques; et ceux-ci ne sont pas, dans ce cas, bien entendu, produits dans un réceptacle fructifère. On connaît des Ascomycètes, tels que certains Peziza, Pénicillium, Eurotium, E?*ysiphe, chez lesquels les réceptacles ne se développent qu'a- près une fécondation effectuée sur le mycélium. Les organes qui participent à cette fécondation sont ordinairement un Ascogone, organe femelle, en forme de brandie plus grande et plus épaisse, parfois enroulée en spirale, et un Pollénode, organe mâle, en forme de rameau plus petit et plus ténu. Quand il y a eu contact de ces deux sortes de rameaux, la fécondation étant effectuée, il se produit un tissu provenant des portions contiguës du mycélium, tissu qui enveloppe les organes des deux sexes et constitue le réceptacle fructifère. C'est à l'intérieur de celui-ci que l'ascogone se trans- forme en un corps qui contient les asques. Les conidiophores, ordinairement développés avant les réceptacles fruc- tifères, peuvent être des rameaux du mycélium qui s'élèvent perpendicu- lairement à la surface du subslratum et qui se divisent où non en ramules. Ou bien ce sont des stromas, épais ou minces, gélatiniformes, ou durs, cornés même, de couleur variable, souvent foncée, portant des Conidies. Les spermogonies sont des réceptacles clos dans l'intérieur desquels se voient des petites baguettes en grand nombre, desquelles se détachent de petits phytocysles, comparables à des spores et qu'on nomme Sperma- ties. Leur forme est souvent allongée, droite ou arquée, en bâtonnet ou en faucille. Il y a souvent une petite ouverture au sommet de chaque spermogonie. Par là sortent les très nombreuses spermaties, entourées d'une goutte ou d'une longue traînée de mucilage. Ailleurs les spermaties sortent de la spermogonie par des déchirures irrégulières et voisines de son sommet. Les pyenides ont été souvent comparées aux spermogonies. Elles s'en distinguent principalement en ce que leur contenu est formé de phyto- cystes sporiformes plus grands, d'ordinaire ellipsoïdes ou claviformes, presque toujours teintés de brun, uni- ou pluriseptés. Ce sont les Stylos- pores. Il est très difficile de distinguer nettement les pyenides des sper- mogonies : il y en a d'ailleurs qui contiennent à la fois des spermaties et des stylospores. CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 121 Morilles Les Morilles (Morchella) sont des Ascomycèles à pied creux, suppor- tant un chapeau également creux, ovoïde, conique ou globuleux, à sommet imperforé, à surface semée de dépressions séparées par des nervures anastomosées et relevées. Les dépressions constituent de larges WmwM tbBJèm Ergotine .' 13,2 Huile fixe 37,50 Résine brune 2,25 Poudre rougeâtre, non soluble dans l'alcool 0,63 Gomme 1 ,G2 Gluten 0,12 Albumine végétale 1.80 Fungine ;,,-_>;, Matière colorante violette 0,40 Ciilorure de sodium ],12 Phosphate de potasse et magnésie 0,75 Sous-phosphate acide de chaux 3,43 Oxyde de fer 0,31 Cuivre traces Silice 0,87 Fibres ligneuses 24,35 Eau 9,25 Perte 2,60 100,00 Il y a loin de ces travaux à ceux de M. Tanret qui a extrait de l'Ergot un alcaloïde bien caractérisé, l'Ergotinine. Il est cristallisé el blanc quand on le soustrait au contact de l'air. L'alcool, l'étber et le chloro- forme le dissolvent; mais il est insoluble dans l'eau. Des solutions, même légères, sont remarquablement fluorescentes. Elles présentent les réactions générales des alcaloïdes et en particulier une belle coloration violette, puis bleue, sous l'influente de l'acide sulfurique et d'un peu d'étber sulfu- rique. Il y a environ un millième d'alcaloïde dans une quantité donnée d'Ergot bien frais. Quelle est maintenant l'origine de l'Ergot? Au moment où le Seigle est en fleurs et où les glumelles enveloppent encore l'ovaire, celui-ci est envahi par de minces filaments blancs qui appartiennent à un mycélium de Champignon. Les filaments forment à la surface un lacis très dense, et de plus ils pénètrent dans l'épaisseur de la paroi ovarienne, se substituant pour ainsi dire à sa substance; si bien que la forme de l'ovaire est le plus ordinairement bien conservée. 11 n'y a d'exception que pour le sommet, répondant à ce qu'on a nommé la Sphacélie. Bientôt sur le mycélium naissent en grand nombre des conidies qui se montrent principalement dans les sillons sinueux tracés par le mycélium sur la paroi ovarienne. Du mycélium naissent à ce niveau de minces filaments rayonnants dont les sommets, alternativement resserrés et dilatés, portent les conidies. C'est ^e qu'on a nommé l'état de Spermogonie du Champignon envahisseur CRYPTOGAMES CELLULAII'.ES. 131 (fig. 162). Si Ton place une de ces conidies dans un milieu humide, on la voit produire un filament grêle, analogue au début du mycélium qui sort des spores en germination (fig. 10.3). Dans la nature, l'eau est rem- placée par un suc légèrement jaunâtre, visqueux, riche en huile et en mucilage, qui exsude du sommet de l'ovaire attaqué par le mycélium et vient suinter entre les glumelles de la fleur, entraînant avec lui une multitude de conidies et souvent de grains de fécule. Les filaments s'al- longent vite quand les conditions atmosphériques sont favorables, et ils produisent eux-mêmes de nouvelles conidies qui peuvent être portées sur Fig. 160-167. — Claviceps purpurea. a, b (à gauche), sommet de l'ovaire attaqué, c, coupe transversale d'une portion occupée par la Spliacélie. (/, conidies germant. Dé- veloppement du Claviceps sur l'Ergot là droite), b, tête du Claviceps, coupe longitu- dinale, c, coupe longitudinale d'un périthèce. d, spores sortant du sporange. des fleurs voisines du Seigle et former aussi un réseau mycélien à la sur- face de leur ovaire. Pendant ce temps, la hase du réseau formé par le mycélium primitif devient de plus en plus dense et constitue un feutrage serré et enchevêtré qui durcit de jour en jour. C'est ainsi que le mycélium prend cet état de Sclérote qui est si fréquent chez les organes de végétation d'une foule d'autres Champignons. Ce sclérote, c'est l'Ergot lui-même, d'abord partout de couleur blanche, et qui devient ensuite violacé dans la portion inférieure répondant à la base de l'ovaire. Bientôt le sclérote grandit, 132 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. S'allonge, soulève les parties qui l'entourent, les déchire et apparaît au dehors sous forme d'une corne violacée qui fait saillie a la surface de l'épi. En un mois environ, et d'autant plus rapidement qu'il fait plus chaud et moins sec, la formation de l'Ergot est complète. Quand il est bien dur et bien sec, il demeure ainsi sur l'épi (fig. 108), ou tombe à terre et ne présente pendant plusieurs mois aucun phénomène extérieur appréciable. Mais après un certain repos et au contact d'une certaine humidité, la surface de l'Ergot peut être soulevée çà et là. La couche superficielle éclate au niveau des points soulevés et laisse sortir des proéminences arrondies, denses et violacées, qui sécrètent souvent des goutte- lettes claires. Chaque proéminence grandit en prenant la forme d'un pied cylindrique, surmonté d'une tète sphé- rique (fig. 164-166), le tout de couleur pourprée. C'est à ces petits réceptacles stipités, formant des bouquets dans lesquels ils sont parfois nombreux, qu'on a donné les noms de Sphœria, Çordiceps, Cordyliceps, Kentro- sporium. Tulasne l'a nommé Claviceps purpurea. Si l'on coupe suivant son axe le petit réceptacle, on voit que la couche superficielle de sa tète renflée con- tient de nombreux sacs ou Périthèces, en forme de gourde à court goulot dirigé vers la surface du récep- tacle où s'ouvre le goulot par un étroit pertuis (fig. 166). Chaque périthèce, dont la paroi est formée de nombreux phvtocystes lâchement unis en séries, renferme un nombre variable d'asques ou thèques, insérées sur la paroi, étroites, allongées, renfermant chacune huit spores qui sont allongées, minces, rectilignes (fig. 167). Les spore- sortent de l'asque par une ouverture apicale, et de là abandonnent le périthèce lui-même pour tomber sur le sol. Comme c'est au printemps ou en été que les périthèces et les asques se développent, les spores peuvent, au mo- ment de leur dissémination, tomber sur une fleur de Seigle qui va s'épanouir. Arrivées sur son ovaire, elles y germent et y produisent, comme une conidie, le mycélium mou et bientôt conidifère dont nous avons parlé au commencement de l'évolution du Champignon. Celui-ci appartient au groupe des Pyrénomycètes-Ascosporés. 11 peut à la rigueur conserver le nom de Claviceps purpurea. Tous les phénomènes que nous venons d'énumérer peuvent être produils par la main de l'homme. On n'a qu'à prendre l'Ergot des pharmacies, suffisamment frais, et à le semer au printemps dans du sable humide ou même sur une légère couche d'eau, pour le voir développer ses récep- Fig. 168. Épi île Seigle ergoté. CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 133 acles stipités (Guibourt [1819]). En secouant ceux-ci sur des fleurs de eigle au moment où les spores sont émises au dehors, on détermine la formation d'un mycélium conidifère. En reportant les conidies sur des Heurs saines, on peut aussi déterminer le développement sur leur ovaire d'un mycélium conidifère, et provoquer la formation ultime de l'Ergot tel que nous l'employons en médecine. Ce sont peut-être des insectes qui portent sur le Seigle sain le suc conidiophore des ovaires infectés, suc mielleux et dont les fourmis surtout sont avides. On a aussi invoqué la projection par les vents et les pluies. L'Ergot de Seigle est surtout commun en France dans les années hu- mides. On le trouve au nord de l'Europe jusqu'à une latitude de 00° envi- ron. Il est principalement fréquent en Galice, en Russie, etc. Il se produit beaucoup plus rarement sur le Blé que sur le Seigle et y est plus gros (20-25 mill. de tour), plus court (10-15 mill. de long), parcouru par un sillon profond ou même divisé en deux lobes, plus rare- ment en trois. On a employé l'Ergot de Froment en médecine, et on le dit relativement pauvre en matières grasses et résineuses. En Algérie, il se développe aussi sur le Diss (Ampelodesmos tenax Link. — Arundo tenax Vahl. — .4. Ampelodesmos Cyr.), graminée de la ré- gion méditerranéenne. Là, il affecte une forme variable, allongé, étroit, plus ou moins arqué (long de 30-90 mill., sur 20-25 de large), à coupe transversale un peu quadrangulaire, à surface d'un marron cendré ou noirâtre. Il est presque inodore, passe pour être plus actif que celui du Seigle et conserve plus longtemps que lui ses propriétés. Sur l'Orge, l'Ergot est semblable à celui du Seigle, plus adhérent cependant aux glumes. Sur l'Avoine, il est étroit et allongé, rectiligne, plus petit que sur le Seigle (15-30 mill.), et presque lisse ou à stries très peu prononcées. Sur le Mais, Roulin croit l'avoir observé en Colombie où il produirait une sorte de Pelade (d'où le nom de Peladero) et tuerait un certain nombre d'animaux; mais il s'agit là probablement d'un tout autre Cham- pignon que celui de nos pays. L'Ergot est un poison et un médicament puissant. Il a surtout été em- ployé pour provoquer les contractions de l'utérus et d'autres organes à muscles formés de fibres lisses, par suite contre diverses hémorragies, et aussi contre l'aphasie, etc. On a nommé Ergotisme un état morbide, sou- vent épidémique. considéré, à tort ou à raison, comme produit par l'usage des céréales que l'Ergot a altérées. Carie, Charbon et Rouille des céréales. La Carie des céréales est déterminée par un Champignon entophyte au- 134 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAM1QUE. quel ou a donné le nom de Tilletia Caries TvL.(Uredo Caries DC.)(fig.l69). Dans un grain dit carié, de Blé par exemple, en totalité ou en partie vide de sa graine, on trouve une poussière noire-olivâtre, d'odeur fétide. Elle est formée despores sphériques (18-20 _u dediam.), brunes, d'odeur dé- sagréable. Chaque spore se compose de deux membranes : l'extérieure mar- quée d'un réseau peu proéminent. Les pédicules de ces spores sont en partie ou en totalité détruits. Lorsqu'on sème les spores dans le sol avec les grains de Blé. elles germent à peu près en même temps qu'eux ; et leur endospore, faisant hernie au travers d'une solution de continuité de l'exospore, forme un tube cylin- drique assez long, ou stérile et cloisonné, ou bientôt couronné d'un faisceau de 8-10 Sporidies en forme de baguettes linéaires et longuement coniques. Elles sont d'ordinaire géminées et réunies par une commissure rigide et transversale ; de sorte que l'ensemble de deux sporidies ligure un II ma- juscule ou un X. Dans l'air, ces couples de sporidies germent, produisent d'autres sporidies secondaires, ohlongues et plus ou moins arquées, slipitées. Celles-ci peuvent reproduire des sporidies semblahles à elles-mêmes, ou bien germer en émettant des filaments d'une grande ténuité. Les filaments péné- trent dans la portion inférieure de la tige du Blé. Ils s'allongent avec elle, sous forme d'un mycélium qui arrive de proche en proche jusqu'à l'ovaire, en même temps que sa portion inférieure se détruit. Dans l'ovaire, ils portent des pédicules grêles au sommet desquels se développent les spores telles que nous les connais- sons. 11 faut que le péricarpe se fende pour que les spores puissent être semées. Souvent mélangée à la farine, cette poussière lui donne une mauvaise odeur et communique an pain une saveur désagréable. Beau- coup de personnes redoutent cet aliment, quoiqu'on ne connaisse point d'observation précise d'accidents produits par son ingestion. Quelques médecins en ont pris une assez forte dose sans inconvénient (Cordier). Cependant on a tué des canards et des oies en leur faisant avaler ces spores (Gerlach). Il y a sur divers Triticiim un Charbon brun foncé, produit par le Tilletia lœnis Kuhn ( Ustilago frétons Berkel.). Ses spores sont globuleuses ou ovoïdes, allongées, parfois réniformes (14-28 y.), lisses, d'une odeur fétide. Sur les Orges, on a constaté la présence du T. Hordei Kcedn. (Ustilago Carbo Rabenh.), qui a des spores globu- leuses ou ovoïdes (10-20 u), à épispore épaissement réticulé et d'un brun foncé. Sur le Seigle, le Tilletia Secalis Kuhn (Uredo Secalis Cord. — Ustilago Secalis Rabenh.) produit une carie d'un noir-brun, fétide, à spores d'un jaune-brun clair, avec des aréoles réticulées, étroites, plus Fia. 169. - - Tilletia Caries. Spores irer- mant et formation du faisceau de sporidies. Sporidies géminées. CRYPTOGAMES CELLULAIRES 135 proéminentes que celles du T. Caries (20-:2G p). On ne sait pas si ces divers Tilletia sont nuisibles. C'est à tort qu'on a confondu la Carie des céréales avec leur Nielle. Dans celle-ci, le grain est déformé; son contenu pulvérulent est blanc et formé d'anguillules desséchées. Cette maladie du grain n'a donc point de rapport avec les végétaux cryptogames. Mais on a assez souvent constaté la coexistence de la Carie et la Nielle. Le Charbon des céréales ne doit pas non plus être conlbndn avec les affections précédentes. Les fruits du Blé, des Orges et surtout de l'Avoine, qui sont atteints de celle maladie, sont aussi remplis d'une abondante poussière noire; mais celle-ci ne demeure pas à l'intérieur du péricarpe et elle se montre au dehors, rendant les inflorescences entièrement noires et comme couvertes de suie. Cette poussière est formée des spores de VUstilago Carbo Tul., spores beaucoup plus petites que celles de la Carie, et. lisses. On recommande de s'abstenir autant que possible de pain contenant des spores du Charbon; mais celui-ci est tellement com- mun dans notre pays que nous devons souvent ingérer les spores sans même le savoir. Il y aussi un Charbon du Maïs (Ustilago May dis) qui peut bien se pro- duire dans le gynécée, comme le précédent; auquel cas les six folioles qui se trouvent autour du grain s'épaississent plus ou moins, tandis que l'ovaire, re onnaissable au style allongé qui le surmonte, ou prend peu de développement, ou devient également turgescent et dépasse parfois le volume d'une noix. L'ovule est souvent visible au fond de la cavité ova- rienne qu'occupent les spores de VUstilago. Les grandes bractées de l'in- florescence peuvent être aussi attaquées. Mais les tumeurs spongieuses, verdàtres d'abord, puis d'un blanc sale qui passe au gris plombé et peut être lavé de pourpre, et qui atteignent jusqu'au volume du poing, occu- pant divers niveaux de la plante, ont surtout été remarquées des cul- tivateurs qui. dans le sud-ouest, leur donnent le nom de Milliette et Millargou. Elles occupent les aisselles des feuilles, ou la base de l'inflo- rescence femelle, ou même une portion de l'inflorescence mâle. La tumeur est plus ou moins cloisonnée, et ses cavités sont d'abord remplies d'un liquide muqueux, plus tard d'une multitude de spores. On peut donner la maladie au Maïs en semant celles-ci avec ses fruits, et l'on suppose que le Champignon se comporte comme celui du Blé. On a accusé le Charbon de Maïs de produire des maladies 1res diverses. Il y a long- temps (1784) que F.-J. Imhoff, prenant àl'inlérieur un drachme de spores pendant quatorze jours et s'appliquant celles-ci sur une plaie, n'en éprouva pas le moindre malaise. Aujourd'hui, ou extrait, aux Etats-Unis, l'Ustilaginc pour l'usage médical. On a aussi indiqué le Blé rouillé comme pouvant causer des acci- dents. C'est pourquoi nous devons dire quelques mois de la Rouille, maladie qui s'observe chez un grand nombre de végétaux très divers et 136 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. qui doit son nom aux taches jaunâtres qu'elle produit sur les feuilles. Sur le Blé et autres Graminées, le Champignon qui la produit a reçu le nom de Puccinia Graminis (fig. 170). Cette Puccinie, le Blé la tient de l'Épine-vi- nette (Berberis vulgaris L.), et c'est pour cela qu'on prescrit avec raison de ne point cultiver le Berberis au voisinage des céréales. Au printemps, les feuilles de ce Ber- beris portent souvent des taches jaunes qui se voient sur leurs deux faces. A la face supé- rieure, la tache porte des spermogonies, c'est- à-dire des conceptacles qui renferment de nombreuses spermaties; et à la face inférieure, il se forme un appareil qu'on appelait jadis un Ecidium. Celui-ci est une coupe saillante dont le fond est tapissé d'un hyménium à basides portant un chapelet de spores orangées. Ce sont ces spores qui tombent sur les Gra- minées. Germant à la surface de leurs chaumes et de leurs feuilles, elles insinuent leur mycé- lium par les stomates sous l'épidémie : il s'j ramifie, et finit par produire de grosses spores ovoïdes qui proéminent au-dessus de l'épi- derme déchiré. C'est à cette phase de la vie des Puccinies qu'on avait donné jadis le nom i'Uredo, et ce nom avait alors une valeur gé- nérique;] d'où le nom d' Urédospore qui a été appliqué à celle forme eslivale du Puccinia Graminis. Ce n'est pas tout : en automne, le même l'redo produit, non plus des spores, mais des Téleulospores, c'est-à-dire des corps allongés et séparés en deux compartiments par une cloison. Les téleutospores constituent ce qu'on appelle la Rouille noire; elles ont une paroi résistante, passent l'hiver sur ce qui reste des Graminées, et au printemps se déve- loppent en courts filaments qui portent eux- mêmes des Sporidics. Ce sont ces sporidies qui, transportées sur les jeunes feuilles de l'Épine-vinette, y germent et envoient leurs tubes mycéliens au travers des stomates dans l'épaisseur du parenchyme; ce qui complète le cycle si compliqué de l'évolution du végétal. Il y a d'ailleurs d'autres Puc- cinies sur les autres Graminées qui se cultivent en Europe. Il y a très longtemps qu'on a remarqué que beaucoup d'animaux ne touchent pas aux pailles rouillées. Quand les chevaux les mangent, elles exercent sur eux une action délétère (Delafond). On a dit que les années Fig. 170. — Puccinia Grami- nis. A et D, mycélium d' l'- redo produisant des uré- dospores uniccllulaires et des téleutospores bicellu- laires ; B , téléteuspores germées; (', fragment de feuille de Berberis, por- tant un Ecidium et des spermogonies (de Bary). CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 137 où la rouille abonde, sont aussi des années à épizooties. Chez l'homme, Salisbury a attribué aux spores du Puccinia Graminis la maladie mal connue dite Rougeole des armées. Sur le Roseau commun (Phragmites iulgaris), il y a une sorte de Rouille noire dont les spores causent des céphalalgies et d'autres accidents cbez les ouvriers qui préparent si fré- quemment ce roseau pour la construction des toits de chaume. La Canne de Provence (Arundo Donax L.) porte aussi une Rouille analogue et qui produit de terribles accidents : des éruptions cutanées, une enflure con- sidérable de la face, etc. (Michel). 138 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. SGHIZOPHYTES Nous désignons sous ce nom un certain nombre de Cryptogames micro- scopiques, les plus petits en général des végétaux connus. On les nommait souvent Schizomycètes alors qu'on se croyait assuré qu'ils appartenaient au groupe des Champignons. Le mot de Schizophycécs indique, au con- traire, qu'on les croit plus proches parents des Algues. Ils tiennent en effet des uns et des autres, souvent, mais non constamment, dépourvus de matière colorante verte, comme les premiers. Leur nom indique que leur caractère le plus frappant est leur mode de multiplication par scis- siparité, dédoublement. Cependant nous verrons que ce mode de division s'accompagne souvent de gemmation et de sporulation. Ces êtres font aussi partie de ce qu'on a nommé en France des Microbes ', mais nous ne pouvons adopter cette dénomination vague, s'appliquant aussi bien à des animaux qu'à des végétaux, et qui ne peut être maintenue que par des auteurs étrangers à toute connaissance botanique et par lesquels les ferments et les Schizopbytes onl été longtemps ou sont même encore con- fondus avec des iiil'usoires ou d'autres animaux inférieurs. Micrococcus '. Les plus simples et en même temps les moins volumineux des Schi- zophytes sont les Microcoques (Micrococcus Cohn). Ce sont (fig. 171-175) o ■' o o 3 c? o C) <^> o .* *•.. ' o s O O CD 9» o 8 c' • A "8 ° « « * * * ° CO CO 9 --. Fin. 171. - Micrococcus. Fig. 17-2. — Diptococcus. Fig. 173. -- Tetragenus (Dubicf). Les Micrococcus se reproduisent par scissiparité. Il n'est pas rare de les voir présenter un étranglement médian qui les partage en deux moitiés sensiblement égales et leur donne là forme d'un 8 (fig. 17:2). C'est ce qu'on a nommé Diplococcns. On a donné le nom de Streptococcus à des Micrococcus groupés bout 140 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. à bout (fig. 179, 180) en chaînette, et celui de Telragenus (fig. 173) à des Micrococcus rapprochés quatre par quatre en carré, comme on en observe dans une affection septicémique des Souris, souvent reproduite de nos jours dans les laboratoires. Toutes ces variations dans le mode de groupement des Micrococcus doivent déjà faire naître dans notre esprit cette idée qu'un même Schi- zophyte peut se présenter sous des formes variables, suivant les cir- constances et les milieux, sans que chaque forme constitue forcément un genre ou une espèce. Nous verrons ultérieurement un grand nombre d'exemples de transformations analogues, qui devront nous mettre en garde contre une trop grande facilité à admettre les nombreuses distinc- tions génériques et spécifiques qui ont été proposées dans ces derniers temps. Le premier des Micrococcus qui ait été bien étudié est celui du Vaccin (M. vaccinœ Cohn). On l'obtient en plaçant sur une plaque de verre ou mieux dans une chambre humide, une goutte de liquide vaccinal (fig. 17-4). A un grossissement de 1000 diamètres, on voit dans le liquide un grand nombre de Mirrococcus à peu près sphériques, paraissant alors avoir un millimètre environ de diamètre, et île teinte sombre, qui sont ou isolés, ou çà et là réunis deux à deux (Diplococcus). Dans nn^ étuve à 35°, on voit, au bout de quelques heures, des Micrococcus groupés en chapelets 4*» . - El g. 17t. — Micrococcus vaccina' . et d'autres en amas globuleux, (les derniers forment de légers flocons opaques dans les tubes capillaires ou entre les plaques de verre où l'on conserve d'ordinaire le vaccin. Inoculés à l'homme, ces Micrococcus se multiplient, produisent les pustules vaccinales et garantissent pendant un certain nombre d'années de la variole, ou plutôt la transforment en une affection relativement très bénigne, sans qu'on sache bien au fond la véritable cause d'une semblable immunité. Toujours est-il qu'on trouve les .1/. vaccinœ dans le réseau muqueux de Malpighi, les ganglions lym- phatiques, le foie, la raie, les reins, etc., des varioleux (Cohn, Hallier. \Yeigert, etc.). Ils sont de ces Schizophytes qu'on a nommés Pathogènes. Le .1/. urcœ Cohn (fig. 175) est aussi l'un des plus connus. C'est lui qui CRYPTOGAMES CELLULAIRES. J41 passe pour déterminer l'Ammoniurie (urine ammoniacale), suivant la formule de M. Pasteur : « 11 n'y a jamais transformation spontanée de l'urée en carbonate d'ammoniaque sans la présence et le développement de la petite Torulacée en chapelets qui constitue un ferment organisé. » Nous verrons plus loin ce qu'il y a d'inexact dans une affirmation aussi absolue. Pour le moment, bornons-nous à établir les caractères du M. ureœ, qui n'a rien de commun avec « une Torulacée ». La plante est représentée par des phylocystessphériques ou légèrement ovoïdes, de 1.5 à '2 y. de diamètre, isolés ou rapprochés par 2-8, ou même plus, en ligne droite, courbe, brisée, ou même en croix. Ces corps sont ordinairement doués de mouvements browniens plus ou moins vifs. Ils sont souvent un peu inégaux, les extrêmes d'une série étant les moins volumineux. Avec l'âge, ils se déposent au fond du liquide. Us se multiplient par bour- geonnement et scissiparité. On a aussi admis qu'ils peuvent se reproduire par spores; ce qui n'est pas démontré. Desséchés, après filtration. ils rappellent les apparences de la Levure de bière ; ils deviennent comme cornés et se fen- dillent irrégulièrement. On avait supposé que cette plante produisait un ferment soluble, une diastase, qui serait l'agent de la transformation de l'urée en carbonate d'ammoniaque. L'exis- FlG j 75 _ Micrococcus ureœ. tence decette diastase est aujourd'hui démontrée (.Musculus). Comme l'urine abandonnée à l'air devient souvent ammonia- cale en quelques jours, on a dû admettre que c'est de l'atmosphère qu'elle reçoit le Micrococcus ureœ ou ses germes. Mais il faut croire que la pré- sence de ces germes ou de la plante dans l'air n'est pas aussi fréquente qu'on l'a pu penser, si l'on réfléchit aux faits suivants que nous avons à diverses reprises constatés. Ceux qui ont recherché le M. ureœ ne se sont guère occupé que de l'examen des urines qui bleuissent le papier rougi de tournesol. Cependant, si l'on abandonne à l'air une urine normale pendant les plus fortes chaleurs de l'été, non pas dans un récipient hermétiquement bouché, mais dans un flacon simplement recouvert de papier, afin d'éviter l'accès des plus grosses poussières de l'air, on voit assez souvent que, pendant des semaines et même des mois, elle peut demeurer acide. En même temps, cependant, elle perd sa transparence, et des végétaux se développent en abondance dans la masse liquide. Le tort des botanistes qui ont superfi- ciellement traité ces questions, parait être de ne pas avoir étudié à fond les urines avant qu'elles ne présentassent une réaction alcaline. Seul, à notre connaissance, -M. A. Billet a pris le soin d'examiner tous les stades de la végétation dans uns urine normale, cl il y a rencontré un grand nombre de formes successives d'un seul et même être. En observant îles urines longtemps conservées sans avoir subi la fermentation ammoniacale, nous 142 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. y avons aussi trouvé de longs filaments qui ne peuvent être attribués qu'à ce qu'on a nommé, comme nous le verrons, des Leptothrix. Mais bientôt ces fils se segmentaient vers leur extrémité libre et devenaient de plus en plus moniliformes. Plus tard, en rendant cette urine rapidement ammonia- cale par l'addition d'une petite quantité du dépôt que nous avions recueilli au fond d'un vase contenant une urine alcaline, nous avons vu les grains de ces cbapelets se détacher les uns des autres, et nous n'avons pu trouver aucune différence entre ces grains et ceux qui constituent le Micro- coccus ureœ. D'ailleurs de la coexistence des formes Micrococcus, Diplo- coccus, Streptococcus, Bacterium, Diplobacterium, Streptobacterium, Leptothrix et Vibrio dans une urine où se produit le M. ureœ, on a conclu (A. Billet) que la plante « doit s'appeler dorénavant Bacterium ureœ ». Il y a dans les eaux d'égout un Bacillus,\c B. ureœ Miq. (fig. 176), qui possède aussi la propriété de transformer l'urée en carbonate d'ammo- niaque. Il est formé de filaments grêles, distincts ou réunis au nombre de trois, quatre ou cinq, longs chacun de 5, G p, larges de p. 7 à Op. 8; et à la fin de la vie du Bacille, ces filaments se résolvent en spores brillantes et légèrement elliptiques, résistant pendant plusieurs heures aune tempé- rature humide de 95° à 96° (Miquel). En clinique, d'après M. Bouchard, on ne trouverait guère le M. ureœ que 2 fois sur 100 comme agent de l'ammoniurie. Au contraire, 98 fois sur 100, cet agent serait un Schizophyte en forme de petits bâtonnets, longs de 2. 3 p. sur 1 p de largeur, analogues par l'aspect à ceux du Bac- terium Terino, isolés ou placés bout à bout, mobiles en ce cas les uns sur les autres, tandis que l'ensemble est doué d'un mouvement de trans- lation totale. Leur activité n'est pas très grande, comparativement à celle du M. ureœ. De plus, la clinique est arrivée à cette conclusion que « la cystite joue le rôle exclusivement réservé parla n ... ... ,. théorie nouvelle au petit ferment Fig. 1/b. — Bacillus ureœ (Miquel). . ,,',,', ir > \ ammoniacal de 1 urée » (Guyon) ; l'injection de ferments dans la vessie, en l'absence de cystite, est inca- pable de produire une ammoniurie durable, et le cathétérisme avec une sonde imprégnée de ferments, qui n'amène pas l'état ammoniacal lorsque la vessie est saine, détermine une ammoniurie rapide quand on a préala- blement provoqué de la cystite. D'autre part, on guérit l'ammoniurie alors que, sans se préoccuper des ferments, on dirige le traitement contre l'élément inflammatoire (Guiard). En fait, le M. ureœ ne peut pas se comporter dans la vessie comme dans les récipients des chimistes. CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 143 parce que dans ceux-ci l'urine est en contact avec de l'air, et que le M. ureœ a besoin d'oxygène pour vivre. Quand on l'introduit dans la vessie avec une sonde, il peut bien, grâce à une petite quantité d'air introduite en même temps que lui, fonctionner normalement pendant quelque temps; mais le phénomène ne peut durer. On a attribué (Van Tieghem) le dédoublement par hydratation de l'acide hippurique en acide benzoïque et en glycocolle, qui s'observe dans l'urée des herbivores, à une fermentation analogue à celle qui dédouble l'urée. « Le ferment serait identique au Micrococcus ureœ; niais ce n'est là qu'une hypothèse qui demande vérification. » (IJubicf.) C'est aussi à un Micrococcus que se rapporterait un microphyte observé dans les cas de rage, dans la substance cérébrale, constitué par de petites granulations d très réfringentes, immobiles là où elles sont emprisonnées dans la substance incomplètement diluée, mais éclaircie par l'eau, et très mobiles dans les points où le liquide prédomine. La plus grande partie de ces microcoques sont à peu près d'égal volume (de 3 à 5 dixièmes de ;*); d'autres sont un peu plus volumineux ou plus petits. Sur un nombre plus ou moins considérable de ces microphytes, on peut saisir leur système de pullulation : une granulation plus petite de beaucoup se voit accolée el semble bourgeonner sur une granulation plus volumineuse, à la manière de la Levure de bière; c'es cette disposition qui, sous un grossissement insuffisant, donne au microphyte l'aspect d'une cellule ciliée ou en tète de clou. Un grand nombre de ces microbes sont oviformesou allongés comme les cellules de la Levure de bière; quelques-uns s'allongent sous forme de courts bâtonnets, mais c'est le petit nombre (Gibier). Ces microcoques n'ont pas été cultivés; ils ne se colorent pas facilement, à l'instar de leurs %£*&%$&. ''if r e i y%Ci < * ° Fie. 177, 178. Micrococcus gallinarum. Chutera des poules (Pasteur). congénères. L'opinion qu'ils sont caractéristiques de la rage n'a pas été adoptée. Jusqu'ici la rage passe pour une affection « sans microbe ». De là un défaut absolu de logique scientifique quand on se propose de modifier son virus de la même façon qu'on atténue celui des virus dits à microbe. Le Choléra des poules, maladie connue dès 1789 et étudiée clinique- 1. Ce seraient (Peter) les corps granuleux de Gliïge, corpuscules moléculaires dus à la régression graisseuse des tissus et qui s'observent dans toute myélite dès la première période. 144 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. ment, il y a quarante ans à Alfort, par Renault et Delafond, est carac- térisé par un microphyte qui a toutes les apparences d'un Micrococcus (M. gallinarum) (fig. 177, 178). Ce sont des corpuscules larges de 2, 3 p. unis deux à deux en Diplococcus. M. Pasteur les a cultivés, inoculés et fait avaler aux poules, leur communiquant ainsi la maladie. Il en a at- ténué le virus et l'a inoculé à des poules qui deviennent par là réfractaires à la maladie pendant quelque temps. C'est ce virus que M. Pasteur a pro- posé dans ces derniers temps d'inoculer aux lapins d'Australie pour les détruire; mais, il parait que les lapins n'en meurent pas toujours. Citons encore : Le M- Crepusculum Coux (Monas Crepusculum Ehr.), formé de hytocystes globuleux et incolores, qui se développe dans presque toutes les infusions de matières animales et végétales en décomposition. \«£® N V ^5> çs,^ " ^V3 3 «5 Fig. 179. — Schizophytes du vin tourné. Le Microcoque du vin filant, qui est formé de globules en chapelet, ou isolés, ou groupés de diverses laçons (fig. L79), de 2 jx de diamètre, et qu'on a dit (Pasteur) être peut-être identique au M. uveiv CûHN. Le J/. diphtheriticus Coux, composé d'élé- ments granuleux et ovoïdes, longs de 0.35 à 41 p, isolés ou groupés plus ordinairement par 2-6, en chapelet, se multipliant quelquefois, dit-on ((Ers- tel), en colonies et se répandant dans les tissus malades qu'ils décomposeraient et détruiraient. Le A/, septicus Coiin (Microsporon septicus Klebs), formé de phvtocystes arrondis, immobiles, groupés en amas ou en chapelets, ayant indivi- duellement 5 il de diamètre et observés (Klebs i dans les liquides sécrétés par les plaies des sep- ticémiques. Waldeyer les signale en zooglées dans les callosités ulcéreuses, et groupés 2 par 2 ou en chapelets dans le sérum de la fièvre puer- pérale épidémique; dans tous les tissus, vaisseaux, etc., chez les septicé- miques el les pyohémiques. On a décrit aussi (Rallier) des Microcoques de Fig. 180. — Scuizophyte s de la Graisse des vins. CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 145 la rougeole, de la scarlatine, de l;i variole des animaux, de la diarrhée épidémique, du typhus intestinal, de la morve, de la syphilis; mais M. Cohn {Beitr.. II, 148) déclare que « la doctrine de Hallier sur les Micrococcus est tellement parsemée d'assertions inexactes et d'hypo- thèses peu probables, qu'il est impossible de rien conclure des faits qu'il a observés. » Le M. Bombycis Cohn, observé dans l'intestin des Versa soie atteints de la maladie dite Flacherie, a d'abord été indiqué comme formé d'éléments de 1 fi de diamètre, ordinairement réunis par 2-5 ou plus, en chapelets. Plus tard, M. Cohn (Beitr. [1875], 201) les décrit comme de forme ovale, larges au plus de 5 *. M. Béchamp donne au microphyle de la flacherie le nom de Microzyma Bombycis. Dans sa théorie, les Microzyma sont des granulations élémentaires dont l'assemblage forme toutes les cellules organiques. Ces Microzyma sont agrégés entre eux au moyen d'une substance sécrétée par eux, une Zymase. Quand la sécrétion des zymases est viciée, les Microzyma s'agrègent pathologiquement, en micro- coques, bactéries, bacilles, elc. Lors de la mort de l'être qui les porte, les Microzyma survivraient et deviendraient les agents de la fermenta- tion putride. Signalons ici les grandes analogies extérieures avec les Micrococcus, de plantes telles que le MycodermaAceti, dont il sera question plus loin. Nous ne pouvons pas, comme nous l'avons fait pressentir, ne pas étudier au présent chapitre les microphytes qu'on a désignés sous le nom de Streptococcus, car ce sont simple- ment des Micrococcus unis en cha- pelet, tels que nous venons d'en indiquer un certain nombre. Dans le pus blanc des abcès et phlegmons, on observe le plus souvent le S. pyo- gènes Ogst. que nous nommerons Micrococcus pyogenes. Il est formé d'éléments sphériques, inégaux dans une môme chaînette où leur dia- mètre varie de Oui à 0^7. Im- planté sur de la gélatine, il ne la liquéfie pas, comme font tant d'autres Schizophytes, mais il forme une pellicule arrondie et blanchâtre ; tandis que sur l'agar-agar, il produit une couche plus saillante, à rebord taillé en talus. Le plateau atteint souvent 2, 3 millimètres en moins d'un mois (fig. 181). Dans l'érysipèle, on observe un autre Micrococcus (M. erysipelatus), ordinairement nommé Streptococcus erysipelatus (fig. 182, 183), et qui, inoculé à l'homme, non sans péril, reproduit la maladie (Felheisen). Il est aussi disposé en chaînettes, mais à éléments plus égaux, plus réguliers que 10 Fig. 181. — Micrococcus (Staphylo- coccus) pijofjenes (Dubicf). 146 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. ceux du précédent (le plus souvent Ou 3). Il abonde souvent dans le derme, surtout dans l'intervalle des faisceaux fibreux, dans les voies lymphatiques. Il y constitue souvent aussi des amas irréguliers. Il peut s'introduire dans le tissu cellulo-adipeux sous-cutané, et là prendre la place de la cellule adipeuse plus ou moins désorganisée. Pénétrant dans le sang et dans les lymphatiques, il arrive aux vaisseaux du foie, du rein, etc., et s'y groupe en masses. Quand l'affection siège au cuir chevelu, ces masses peuvent se trouver à la périphérie des pellicules des cheveux, et l'on explique de la sorte la chute des cheveux, qui se produit souvent en pareil cas l . Cultivé sur gélatine et agar-agar, il y forme des plaques plus blanches et moins épaisses que celles du M. pyogenes, parfois découpées comme une feuill # •» Fig. 182, 18:!. — Micrococcus erysipelatus, libre cl dans les tissus (Dubief.) de fougère. Mais il semble qu'il y ait des transitions entre le M. pyogenes et le M. erysipelatus. Ce dernier conserve d'ailleurs pendant longtemps son inoculabilité. Le Streptococcus plicatiUs Lehtre, observé dans la maladie dile Perlèche, est aussi un Micrococcus. Les Stapliylococcus ne sont pas non plus génériquement distincts des Micrococcus, car ils en représentent un état zoogléique. Ainsi le S. pyogenes aureus (Microbe doré) elles autres variétés à coloration distincte (blanchâtre, verdàtre, etc.), rencontrées dans tant d'affections purulentes, doivent pour le moment prendre le nom de Micrococcus pyogenes (fig. 181). Nous rapporterons au même genre les Gonococcus, caractéristiques, a-t-on dit, de l'écoulement blennorragique. Ce sera pour nous le Micrococcus blennorrhœus (fig. 184). Il est formé de nombreuses petites ponctuations arrondies, réfringentes, souvent très mobiles, disposées en petits amas et non en chaînettes. Leur diamètre varie de 0^2 à O/jiG. Elles sont libres ou siègent dans les cellules du pus ou dans les cellules épithéliales de la muqueuse. Elles sont très ordinairement 1. Dans l'infection puerpérale, outre des Bactéries qui ont été, à tort ou à raison, rapportées aux B. septiques, on trouve (Doléris) des Microccocus analogues, isolés, en couples et en chapelets. CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 147 accompagnées, notamment dans la blennorragie et la blennorrée des femmes, de nombreux autres micro- # phytes. Les cultures et les inocula- tions de ce microphyte ont rarement donné des résultats positifs ; les obser- vations diverses concordent peu entre elles. Les principaux médicaments an- tiseptiques retardent le développement du micropbyte, principalement le su- blimé, le nitrate d'argent et la ré- sorcine (Munnich). Comme la plupart des Micrococcus précédents, celui de la blennorragie se présente souvent sous forme de Diplococcus , et même (Pouey) de Tetragenus et de Merismo- pœdia, c'est-à-dire de groupes formés au moins de quatre éléments séparés par un sillon crucial. Fig. 184. — Micrococcus blen- norrhœus (Dubief). Bactéries Le genre Bactérie (Bacterium) a été créé par F. Dnjardin, l'un des plus grands observateurs de notre pays, méconnu et martyrisé, bien entendu, par ses contemporains. On a eu tort d'étendre le nom de Bactéries à l'ensemble des Schizophytes ou Scbizomycètes, et de donner en bloc à ceux-ci le nom de famille des Bactériacées. Le groupe des Bactériées, quelque degré de valeur qu'on lui attribue, a pour type le genre Bacte- rium, plus limité qu'il n'était au temps de Dnjardin et formé de Schizo- pbytes plus longs que larges, courts néanmoins (très ordinairement à peine deux fois aussi longs que larges), isolés ou réunis en zooglées, parfois groupés deux à deux, pendant leur sectionnement, mais non généralement en chaînettes, doués d'ordinaire de mouvements spontanés, oscillatoires, parfois très vifs, en présence de l'oxygène et dans les milieux riches en substances alimentaires. Pour se faire une idée des caractères de ce genre, il est bon d'en étudier d'abord deux espèces communes, qui se rencontrent dans un grand nombre d'infusions de matières animales et végétales, môme dans l'eau de la mer, les Bacterium Lineola et Tcrmo. Le B. Lineola Cohn (B. triloculare Eiirb. — Vibrio Lineola Eurb. — V. tremulans Eurb.). (fig. 187) est formé de phytocystes cylin- droïdes, presque tronqués aux deux extrémités on pins ou moins atténués aux deux bonis, longs de 3^8 à 5ju25, larges de 1 f*5, isolés ou placés bout à boni par 2-4, droits, rarement un peu tordus, pourvus A t o o o O * O o ° " <*> • *{, *o ° û ° o °o ,, * u ^> % J *„ Le Bacterium Aceti des auteurs paraît être ^ B "^ la forme bactérienne du Mycoderma Aceti \* que nous avons dit (p. 145) être un Micro- FlG . 190. Microphytes d'un COCCUS. crachat pnciunoniquc Le Nosema Bombycis, observé dans la ma- ^ u '' ladie des vers à soie, dite Pébrine, et encore nommé Micrococcus ovatus, nous semble aussi, à cause de sa forme elliptico-ovoïde, deux fois plus longue que large, devoir être rapporté aux Bacterium. Le Bactérie tuberculeuse des auteurs appartient au genre Bacillus, de même que la B. butyrique des chimistes. 1. Indépendamment des cils, il y a souvent dans les Schizophytes des mouvements très manifestes qui sont dus à une sorte de contraction du phytoblaste, et qui se pro- duisent, bien entendu, dans des espèces totalement dépourvues de cils. 150 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. Il y a dans l'atmosphère un grand nombre de Bacterium qui ont été figurés par M. Miquel et dont nous aurons l'occasion de parler (p. 216). Il faut bien se garder, pour éviter les confusions, de considérer comme appartenant aux Bactéries ce que beaucoup d'auteurs disent des « Bactériens »; et des « Bactéries » en général, puisque, ainsi que nous l'avons indiqué (p. 147), ils désignent sous ce nom l'ensemble des Schi- zomycètes et même des Ferments. Ce que les médecins nomment Microbe de Fraenkel, et que plusieurs 4 Fie 191 — Pneumoccocus (Friedlander). 9 Fie. 192. — Pneumoccocus (Cornil). d'entre eux considèrent comme caractéristique de la pneumonie, pourrait bien, du moins dans un de ses états, être rapporté à un Bacterium 1 . Bacilles. Il faut réserver le nom de Bacille (Bacillus Cohn) aux Schizophytes re- présentés pardes filaments minces, allongés, rigides ou flexibles, doués ou non demouvements. Ils sonten réalitéformésd'articleset trèssouvent pré- sentent des étranglements, mais seulement lors de la division, au niveau des points d'union de ces articles (fig. 195, 106); mais ces points ne sont pas toujours facilement visibles. Il y a aussi des Bacillus qui, à un moment donné, peuvent se résoudre en Micrococcus. Ce sont d'ailleurs des Schizophytes endosporés, c'est-à-dire pouvant se reproduire à un moment donné par des spores intérieures. 1. Les pathologistes sont loin d'être d'accord sur les microorganismes caractéris- tiques des pneumonies. Pour les uns, c'est le bacille de Friedlander, qui est encapsulé (Pneumococcus), se développe à la température ordinaire et tue les cobayes, mais non les lapins. Pour les autres, le vrai Pneumocoque de la pneumonie est le M. de Fraenkel, encapsulé aussi, que Sternberg a nommé Micrococcus Pasteuri et que M. Pasteur a, dit-on, découvert dans la salive. Celui-ci se développe aune température voisine de celle du corps humain, tue les lapins et les souris et perd de bonne heure sa virulence. On dit même l'avoir trouvé dans le poumon sain. On l'a souvent décrit comme ayant « une forme de lancette ». M. Weichselbaum a trouvé, en 1886, quatre microphytes différents dans la pneumonie. Plusieurs d'entre eux auraient été observés dans des cas de rhinite, de méningite cérébro-spinale et dans plusieurs organes de l'homme sain. Un quart des individus bien portants aurait le microbe de Fraenkel dans Ja salive, les bronches. On peut dire que la question s'obscurcit de jour en jour. CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 151 Pour se faire une idée générale des caractères de ce genre, étudions d'abord quelques espèces communes ou remarquables par leurs grandes dimensions et la netteté de leur évolution. Tels sont les B. subtilis et Megaterium. Le B. subtilis Coiin ( Vibrio subtilis Emtn.) (fig. 193), quelquefois appelé Bactérie du foin, est une des espèces que les botanistes ont le plus observée dans les infusions végétales et dont ils ont le plus recommandé l'étude aux débutants. Pour l'obtenir pur, il faut avoir recours à la méthode de Roberts et Buchner, que M. Strasburger 1 a recommandée en ces termes. « On arrose du foin sec avec la quantité d'eau exactement nécessaire pour le mouiller, et on laisse l'infusion pendant quatre heures dans une étuve portée à une température constante de 30° centigrades. On retire l'extrait sans le filtrer, et on l'étend, au cas où il serait trop concentré, jusqu'à l'amener au poids spécifique de 1,004. Ensuite, on transvase le liquide dans un ballon d'environ 500 centimètres cubes. On bouche le ballon au moyen d'un tampon d'ouate et l'on fait bouillir le liquide pendant une heure, tout en ayant soin que le dégagement de vapeur ne soit pas trop fort; on laisse redescendre la température que l'on arrête à 30° centi- grades. Après un jour ou un jour et demi, il s'est formé a la surface du liquide une pellicule grise, mince, la fleur, qui se compose de zooglées du/?, subtils. On utilise donc, pour obtenir une culture pure de cette Fig. 193. — Bacillus subtilis, formé à la surface d'une infusion de foin bouillie après ving't-quatre à quarante-huit heures (650 diain.) (Cohn.) espèce, la propriété qu'ont ses spores de résister longtemps à une haute température. Les Bactéries se distinguent par leur résistance aux tempé- ratures élevées ; mais celle-ci tient le premier rang sous ce rapport. Pour l'examen, on porte une petite parcelle de la fleur, avec une quantité con- venable du liquide producteur, sur le porte-objet, et on étudie aux plus forts grossissemeuts dont on dispose. Ou trouve que la pellicule est formée par des filaments longs, articulés, ondulés et parallèles les uns aux autres. Les filaments demeurent réunis pour la plupart en une seule courbe par une substance gélatineuse invisible; ils sont composés de 1. Manuel technique d'Histologie végétale, trad. Godfrin (1886), 2i»i. 152 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. bâtonnets cylindriques de différentes longueurs, mais en général deux ou trois fois plus longs que larges. La substance des bâtonnets paraît homogène, incolore et assez réfringente; même aux plus forts grossisse- ments, on n'y peut reconnaître aucune structure. Le chlorure de zinc iodé colore toute la masse du bâtonnet en jaune brun et le rend plus visible. Les images sont plus belles qu'avec d'autres solutions iodées. Après ce traitement, les articles des filaments paraissent plus courts qu'à l'état frais, parce que leurs limites s'aperçoivent maintenant. Pour mieux faire apparaître les bâtonnets, on les colore... avec la fuchsine, le violet de méthyle, le violet de gentiane ou la vésuvine, et on peut les conserver alors en préparations persistantes dans le baume de Canada ou la résine- dammar. La picronégrosine est aussi employée avec avantage pour fixer et colorer ces préparations. En grossissant environ mille fois un petit fragment de la fleur, on peut voir directement la division des bâtonnets (Brefeld)... Si les substances nutritives sont encore en quantité suffisante dans le liquide d'observation, les divisions des bâtonnets se répètent à une heure ou une heure et demie d'intervalle. Les divisions sont d'autant plus fréquentes et plus rapides que la tempéra- ture de la pièce est plus élevée. Les bâ- tonnets augmentent en longueur sans s a- FlG. 191. ê l l — Bacillus subtilis (Dubief). mincir pour cela; lorsqu'ils ont atteint une dimension déterminée, il se forme à leur partie moyenne une cloison de séparation d'aspect plus foncé. Ce mode de division explique l'arrangement des bâtonnets en filaments; il rend compte aussi des courbures de ces derniers. En effet, de nouvelles divisions venant s'intercaler dans le filament, il faut nécessairement, dans le cas où ses extrémités ne peuvent s'éloigner, qu'il se déplace latéralement pour gagner en longueur. C'est pour cette raison que la fleur ne tarde pas à se plisser elle-même et à présenter des rides visibles à l'œil nu. Si on veut observer celte Bactérie dans toutes ses phases et voir la formation des spores, il faut porter un mince fragment de la pellicule dans une goutte d'eau suspendue à la paroi supérieure d'une petite chambre humide... On dépose au centre d'un couvre-objet une petite goutte du liquide de culture dans laquelle on place la Bactérie à examiner. Puis, par un mouvement rapide, on retourne le couvre-objet..., la goutte liquide en dessous... Les substances nutritives de la goutte une fois épuisées, la partition végétative cesse, et bientôt commence la formation des spores. Au bout de six à huit heures, il existe déjà dans les filaments des spores ellipsoïdes, très fortement réfringentes. Les filaments parais- sent alors vides; les spores ne sont plus reliées que par une enveloppe incolore. A certaines places de la préparation, on trouvera sûrement CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 153 encore des spores en voie de formation; elles se présentent comme des amas dune substance très réfringente, situés le plus souvent vers le centre de chaque bâtonnet. Ce petit globule grossit pendant que le bâtonnet se vide, et finalement la spore est complètement terminée. Si on continue la culture pendant quelques heures, les enveloppes des bâtonnets dispa- raissent, et au bout d'un jour, les spores devenues libres tombent à bipartie inférieure de la goutte liquide. Contrairement aux bâtonnets, les spores ne se colorent pas dans le violet de gentiane ni dans les autres colorants.. .excepté toutefois la fuchsine à l'acide phénique... Les spores germent très facile- ment dans une solution fraîche de substance nutritive. A la température de la pièce, la germination est assez lente; elle devient beaucoup plus rapide à 30° centigrades. Le mieux est de les faire bouillir environ cinq minutes et de les laisser se refroidir lentement. Le début de la germination peut déjà se manifester après deux ou trois heures (Brefeld). La membrane de la spore s'ouvre; le petit germe commence à faire saillie, puis s'allonge progressivement en bâtonnet, tandis que son extrémité postérieure de- meure renfermée dans la membrane de la spore. Il faut ensuite environ douze heures pour que la bactérie nouvelle se divise pour la première I Fie. 195. — Bactérie se multipliant FlG. 196. — Multiplication d'une Bactérie par bipartition. par cloisons transversales (Dubief). fois. Les préparations examinées pendant ce temps montreront donc tous les stades de la germination et de la bipartition. Le plus souvent les bâ- tonnets jeunes entrent bientôt en mouvement, portant encore à une de leurs extrémités la membrane de la spore. Le nombre des bâtonnets mo- biles augmente rapidement par suite de leurs divisions continuelles; ils remplissent finalement, avant la formation de la fleur, tout le liquide. Ils se rassemblent ensuite à la surface du liquide, se mettent au repos et pro- duisent la fleur. Les bâtonnets mobiles ont des longueurs inégales, car ils se composent d'un nombre variable d'articles. Leur mouvement est ser- pentiforme. Pour obtenir une préparation persistante de ces organismes, on dessèche sur le couvre-objet le liquide qui les contient, et on les co- lore... Les bactéries mobiles possèdent à chacune de leurs extrémités un cil qu'il est très difficile d'apercevoir (Brefeld). Pour compléter cette description que nous avons reproduite presque intégralement, parce I5A TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. qu'elle est un modèle d'exactitude et de précision, et que nous ne saurions trop la recommander aux observateurs qui débutent dans l'étude des Schizophytes, nous ajouterons que cbaque bâtonnet a environ 5-6 y. de longueur, sur environ 1 ^ d'épaisseur. Il y a d'ailleurs bien des variétés du B. subtilis. Bûcher en a observé et décrit cinq différentes, en faisant varier la composition chimique du liquide, en le sucrant, en lui ajoutant de l'asparagine qui fait disparaître les cils. Le B. subtilis digère l'albu- mine coagulée ; il la transforme, dit-on, en peptone i. Nous ne savons si l'on doit distinguer spécifiquement du B. sublilis deux grands Bacilles de mêmes dimensions qui se trouvent, entre autres, dans les fèces de l'homme, mais qui sont immobiles et ne se comportent pas de même dans les cultures à l'agar-agar. On admet que. dans le gros intestin, divers Bacilles travaillent simultanément à décomposer les nombreux matériaux de la digestion, notamment les substances albumi- noïdes et hydro-carburées. La deuxième espèce que nous examinerons est \eB. Megaterium de By (fig. 198), qui a été communiqué par le laboratoire de l'Université de Strasbourg à plusieurs savants, et ((ne nous avons vu en Belgique. 11 se développe sur la gélatine, dans les solutions sucrées, les infusions, et est remarquable par ses grandes dimensions (4-6/* de long, sur 2f* 15 de large). Les bâtonnets sont cylin- driques, rectilignes. arqués ou si- nueux, comme ceux des Vibrions, parfois mobiles. En ce cas. ils se placent souvent bout à bout. Sinon, plus épais, ils deviennent intérieurement granuleux et cessent de se mouvoir. En cet état ils ont souvent de i à articles. Alors, ils se gonflent à une extrémité, et il s'y produit une spore. Celle-ci devient libre, grossit encore; puis sa paroi se rompt; la germination commence, et le contenu de la spore se développe en bâtonnet. Le B. Ulna Gonx (Vibrio Bacillus Ehrb.) est encore une espèce commune, observée dans diverses infusions et aussi dans l'eau de mer. Il est formé de filaments épais et rigides, comme articulés et brisés, avec des articles longs de 4-12 fx sur 1^5-^2. L'ensemble atteint assez sou- vent 50 jx. L'intérieur est finement granuleux. On a cru voir (Warming) des cils dans cette espèce. Son phytoblaste peut développer de gros globules intérieurs (Cohn) qui sont peut-être des spores endogènes. On i. C'est surtout dans les Bacilles qu'il est facile d'étudier le mode de partition repré- senté théoriquement dans les fig. 195, 19G, et qui a fait donner à ces plantes le nom de Schizophytes. On voit dans la première de ces figures comment un Bacille donné se partage graduellement en deux, par bipartition, et dans l'autre, comment, pendant la division, il se cloisonne en travers. Dans la figure 197, on voit un Bacille se segmen- tant en microcoques. Fig. 197. Bacilll en voie de segmenta- tion (de Lanessan). CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 155 lui attribue certaines couches sèches et filamenteuses qui s'observent sur le blanc d'œuf exposé à l'air. Fie. 198. — Bacillus Megaterium (de Rary). M. Pasteur a considéré comme un animalcule une autre espèce de ce genre, son Ferment butyrique, que M. Trécul a observé dans l'eau de flacons bien bouchés qui contenait des fragments et du latex de cer- tains végétaux. Il lui a donné les noms (ÏAmylobacter, Uroceplialum et Clostrid'wm. De là le nom de B. Amylobacter V. Tiegii. (Clostridium butyricum Prasm.). 11 se rencontre dans la présure, la choucroute, le malt, sur divers légumes qu'il altère. Il se présente (fîg. 199, 200) sous forme de bâtonnets, longs de 3-10 ^ sur 0/* 6-0j* 8. Il a été observé en ehaînetteset en zo'aglées, e il est mobile. Dans certaines circonstances, ses bâtonnets se renflent, soit dans le milieu de leur longueur, de façon qu'ils deviennent fusiformes, soit à l'une ou à l'autre de leurs extrémités. Parfois aussi ils s'arquent légèrement. C'est surtout quand le milieu ambiant de- vient acide que se produisent ces ren- flements; ce qui arrive surtout quand il se développe dans le fromage ou la choucroute une certaine quantité dé- cide lactique. Au niveau de ces renfle- ments se produisent les spores '. Mais une trop grande quantité d'acide, comme il arrive dans la fermentation butyrique, arrête totalement le développement du Bacille. D'après M. Fitz, ce Bacille, maintenu à une température de 80°-90° pendant plu- sieurs heures, peut bien encore se reproduire, mais il ne détermine plus de fermentation. Il y a une ou deux spores par article. Les spores Fie. 199. «ess 25 Bacillus Amylobacter (Dubicf). 1. L'apparition de la spore est précédée de celle de la granulose amylacée. Au milieu de la masse qui bleuit par l'iode, apparaît une tache qui demeure colorée en jaune, et c'est là que se forme la spore. Il y a cependant (l'razmowski) des Schizophytes amyligères chez lesquels la granulose ne précède pas toujours la spore. 156 TRAITÉ DE BOTANIQUE MEDICALE CRYPTOGAMIUUE. ont de 2fi à % 5 de long, sur ly. environ de large. Elles se détruisent vers 100°. Quand elles germent, c'est un de leurs pôles qui s'allonge en cylindre pour reproduire un nouveau bâtonnet. Cette espèce a fourni un dos plus beaux exemples connus de l'inanité de la théorie dite de la Spécificité des ferments. M. Pasteur a d'abord établi 1 \ © l % êi\ Fie. 200 — Bacillus Amijlobacter (de Bary). qu'elle es! ragent de la fermentation butyrique, c'est-à-dire qu'elle pré- siderait à la transformation en acide butyrique des sucres, de l'acide lactique, des acides citrique, tartriqueet malique, des matières amylacées. Fie. 201. — Bacillus Anthracis, dans le sang frais d'un cobaye. albuminoïdes. Plus tard, elle a été considérée comme l'agent de la destruc- tion de la cellulose ; et l'on admet que cette action est due à une diastase sécrétée par le Bacille et qui transforme la cellulose en dextrine, puis en glucose. Mais il est avéré qu'il y a beaucoup de pbytocystes qu'on con- sidère comme formés de cellulose et sur lesquels cette diastase n'a aucune CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 157 action. On a dit que c'est cette diastase qui dissocie les tissus des plantes textiles dans l'opération du rouissage. M. Van Tieghcm pense encore que c'est cette plante qui, dans l'estomac des ruminants, rend soluble et assi- milable la cellulose. Il admet même que lors de la formation de la houille. le B. Amylobacter agissait pour détruire la cellulose des végétaux. Toutes ces assertions demandent vérification. Ce qui est positif et facile à cons- tater, c'est que le B. Amylobacter renferme de l'amidon ' et bleuit au contact de la teinture d'iode; et toutes les théories ci-dessus relatées tiennent à cette hypothèse que le Bacille prendrait de la fécule produite par lui aux dépens de la cellulose végétale et qu'il aurait ensuite absorbée, sans lui faire subir quelque transformation ultérieure. Il joue cependant un grand rôle dans la putréfaction des matières organiques 2 . Il y a aussi beaucoup de Bacilles pathogènes. Le mieux connu et celui dont Fig.202. — Bacillus Anthracis. Schizophytes du Sang de rote, avec globules de sang l'étude se recommande le plus aux commençants, est le B. Anthracis Cohn (fig. 201- O 220). Il fut découvert en 1850 et nommé Bactéridie charbonneuse par un médecin français, Davaine, aussi grand observateur que Du jardin et qui eut la même destinée que lui, repoussé comme lui par l'Académie des sciences. Davaine avait constaté avec Rayer que, dans les cas de charbon, de sang de rate, qui s'observent sur les bestiaux ou plus rarement sur l'homme, non seulement, comme on le savait depuis longtemps, la rate est ramollie, et le sang prend une teinte sombre, une consistance poisseuse, avec agglutination des globules rouges, mais qu'il y a, « en outre, dans le sang, de petits corps filiformes, ayant environ le double en lon- gueur du globule sanguin. Ces petits corps n'offraient pas de mouvement spontané ». Plus tard, Davaine a reproduit le charbon chez nu grand nombre d'animaux en leur inoculant le sang qui contenait le Bacille; et 1. Il y a plusieurs autres Schizophytes qui présentent les réactions de l'amidon : le Micrococcus Pasteurianus, le Spirillum amyliferum, et, en partie, le Leptothrix buc- calis (De Bary). 2. Les Tyrothrix Ducl., trouvés dans les fromages et décrits avec trop peu de pré- cision pour être rapprochés de tel ou tel type de Schizophytes, se comportent comme le D. Amijlobacler, coagulent puis liquéfient le lait, et produisent, dit-on, finalement de la tyrosine, de la leucine, du valérianate d'ammoniaque et du carbonate d'ammo- niaque. 158 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. c'est en 1877 seulement que M. Pasteur a fait des cultures de ce Bacille. Fie. 203. — Bacillus Anthracis, trouvé d;ins le sang d'un cochon d'Inde, après inoculation (Colin). Fie. 204. — Bacillus Anthracis, dans le sang d'un bœuf mort de Sang de rate (Cohn). Observé dans le sang des animaux charbonneux ou dans des pustules «5> l'io. 20."). — Bacilli développés en longs filaments (Lewis). malignes récentes, le B. Anthracis est le plus grand de nos Bacilles pathogènes, car ses bàlonnets ont jusqu'à près de 2 p d'épaisseur, sur une longueur de 5-20 p ou plus. Ils s'unissent les uns aux autres par des extrémités aplaties et parfois un peu dilatées, de façon à rappeler un peu les nœuds des chaumes. Au niveau des jointures se voit souvent une ligne claire transversale. On les a aussi représentés arqués et en crosse; nous n'avons pu voir normalement cette dernière forme. Ils sont immobiles et rigides; ils se laissent facilement pénétrer par les couleurs extraites de l'aniline, la fuchsine, le bleu de méthylène, le violet de méthyle, etc. M.Kochacultivé méthodiquement ce Bacille dans la chambre humide. En plaçant une gouttelette de sang charbonneux ou une parcelle de rate char- bonneuse sur une lamelle à recouvrir, on ajoute une goutte de sérum frais ou d'humeur aqueuse; on retourne rapidement et on fixe la lamelle sur CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 15D la chambre humide qui est portée à l'étuve à 35> centigrades. Après une heure ou un peu plus, ou voit la croissance se produire (fig. 207), et en la suivant méthodiquement, on peut, au bout d'une douzaine d'heures, observer l'apparition des spores. Les points auxquels elles correspondent deviennent réfringents. Leur évolution est plus active vers les bords de la Fig. 206. — Bacillus Anthracis, du Sang de rate. En haut, la forme végétante avec des globules sanguins ; en bas, la forme de sporulation. goutte, là où l'accès de l'oxygène est plus actif. Finalement, l'oxygène et la substance nutritive étant épuisés-, les spores tombent au fond de la goutte. Ces spores sont tuées par l'action de la lumière solaire (Arloing). Fig. 207. — Bacillus Anthracis. Culture dans une goutte d'humeur aqueuse (Koch). C'est M. Koch qui les a le premier observées et décrites en 187G. Ce sont des petits grains réfringents, ovoïdes, un peu plus étroits que le dia- mètre du bâtonnet. On cultive aussi le Bacille dans des liquides nourriciers. Là, son apparence se modifie considérablement : il forme des flocons filamenteux et se présente sous formes de très-longues baguettes, simples, mais enchevêtrées entre elles, avec des articles peu ou points distincts. Dans les cultures sur gélatine, les colonies ont souvent l'apparence d'un chevelu ondulé-sinueux (fig. 214). 11 faut au Bacille de l'oxygène pour vivre; il l'emprunte au sang ou aux autres milieux dans 160 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. lesquels il se trouve, en les désoxydant, et il produit de l'acide carbonique. Quand le milieu nutritif s'altère, les Bacilles de la putréfaction font dis- o o o o a S y cP -£» «C3> ax> FlG. 208. — Bacillus Anthracis. Ger- mination des spores dans un milieu de culture (d'après Koch). Fie 209. — Bacillus Anthracis. Germination des spores (d'après Cohn). paraître celui du charbon. Un froid de — 45 peut agir pendant plusieurs Fie. 210. — Bacillus Anthracis. Formation des spores dans les filaments. e»- & o i> / / boa FlG. 211. — Bacillus Anthracis. Fi- laments dont les membranes sont en grande partie détruites. heures sur ce dernier sans le tuer, et une température de — 110° ne détruit ° ° oooo o O © ê @ i n.y Fig. 212. — Bacillus Anthracis sporifêre. Tubes et spores (Dubief). Fie. 213. — Bacillus- Anthracis. Évolution des spores (Dubief). pas la virulence du sang charbonneux (Frisch). La température lapins CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 161 favorable à son évolution paraît être celle des mammifères. Il se développe bien aussi chez plusieurs oiseaux. La poule doit, dit-on (Pasteur), être refroidie pour que le charbon se développe dans son sang. Inversement, les reptiles et les poissons contractent la maladie si on élève à 35" l'eau qu'ils habitent (Gibier). Le Bacille peut être desséché sans perdre ses propriétés. Il est tué par une température de -f- 50° à 55°. Mais les spores sont plus résistantes (Pasteur et Grubert). Elles ne cèdent pas à l'action de l'eau bouillante et peuvent, desséchées, supporter des températures de -\- 120° à 130"; l'alcool absolu ne les tue pas, tandis qu'il fait périr le Ba- cille. Les spores fraîchement ensemencées résisteraient moins à la lumière solaire que le Bacille adulte 1 . Les avis sont partagés sur le mode d'inoculation du Bacille charbonneux aux animaux. Chez l'homme, la pustule maligne, manifestation externe de l'affection charbonneuse, se produit directement par une inoculation quelconque, le plus souvent cutanée. La peau peut présenter quelque so- lution de continuité par laquelle pénètre, au contact, une petite quantité de liquide charbonneux; ou bien la solution de continuité se produit au moment même de l'inoculation par une foule de procédés divers. On a accusé les mouches dites charbonneuses, de pouvoir, lorsqu'elles piquent l'homme ou les animaux, déposer dans la plaie une petite quantité de virus; mais rien n'est jusqu'ici moins démontré. MM. Pasteur, Chamber- land et Boux ayant arrosé des lu- zernes avec des cultures de Bacille et des spores, ont remarqué que les moutons nourris de ces luzernes n'étaient qu'en petit nombre atteints de charbon, mais que la mortalité s'accroissait de beaucoup si des por- "^Jl tions piquantes de végétaux étaient ajoutées à l'aliment et déterminaient des solutions de continuité dans la bouche ou le pharynx. M. Koch ad- met, au contraire, l'in6culation par les parois de l'intestin; il fait avaler aux bestiaux, sans contact avec la bouche, des pommes de terre contenant, non des Bacilles qui seraient détruits par l'action du suc gastrique, mais des spores qui résistent aux sucs de l'estomac, et les animaux meurent du charbon, sans lésions des premières voies. MM. Pasteur et Joubert pensent que les troupeaux ingèrent dans leschampsoùont été enfouisdes Fig. 214. — Bacillus Antkracis. Culture. 1. Cette espèce a été confondue avec le B. subtilis, et plusieurs auteurs les déclarent identiques. Cependant le B. subtilis est mobile; il ne germe pas de la même façon que le B. Antkracis; et, sans parler des propriétés pathogènes de ce dernier, les tlocons qu'il forme demeurent en général au fond des liquides de culture, tandis que ceux du B. subtilis en occupent la surface. 11 162 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. animaux charbonneux, des spores du Bacille ramenées à la surface du sol par les excréments des Lombrics. M. Koch croit, au contraire, que ce Fie. 215. — Bacillus Anthracis, avec globules sanguins. Fig. 216. — Bacillus Anthracis, cultive (Dubief). sont les inondations qui amènent les spores h la surface des prairies où les bestiaux les avalent l . Le Bacillus Anthracis se transmet de la mère au fœtus à travers le placenta, au moins chez certains animaux, comme les cobayes (Gham- berland et Straus). Le bœuf s'inocule facilement par le tube digestif, peu facilement par la peau. Le lapin et le cobaye s'inoculent aisément par la peau, difficilement par le tube digestif. Le chien et le porc contractent très rarement le charbon. Le mouton est très facilement inoculable; et cependant, il est très remarquable que le sang des moutons charbon- Fig. 217. — Bacillus Anthracis. Schizophytes du Charbon (Fol). neux de France s'inocule impunément aux moutons d'Algérie (Chauveau). Comment se comporte le Bacillus Anthracis dans l'économie des ani- maux non réfractai res? Il se répand partout le système vasculaire, notam- ment dans le poumon (fig. 219), le tube digestif (fig. 220), le rein, 1. Les spores ne se forment pas dans le corps des animaux vivants. CRYPTOGAMES CELLULAIKES. 163 Fig. 218. — Bacillus Anthraeis, absorbé par les globules blancs du sang de la grenouille (Metscbnikolï'). le foie, la rate qui est épaissie, diffluente, noirâtre (d'où le nom de Sang de rate). De la Pustule maligne et de son pourtour, il passe jusque dans les capillaires sanguins de tous les organes. Toussaint admettait que dans les capillaires, il obstrue la circu- lation. M. Pasteur pense qu'il y agit en dépouillant les globules du sang de leur oxygène et en produisant par suite l'asphyxie 1 . On a dit encore, comme nous verrons, que la maladie produite était due à la sécrétion d'une substance toxique par le Bacille; sans parler de l'opinion qui veut que le Bacille ne se développe dans le sang que parce que celui-ci est préventivement altéré. Il est naturel qu'on ait songé aux moyens de détruire le Bacille quand il existe dans l'économie. On sait qu'il est expulsé par les microphytes de la septicémie; que la présence des Bacilles de l'anthrax dans le sang arrête son développement, etc.; mais ces faits ne sont pas jusqu'ici applicables à la pratique. On n'a guère pu non plus prescrire àl'homme ou aux animaux atteints de charbon des médicaments qui tueraient le Bacille sans nuire au malade. On en proposera certainement beaucoup. Davaine avait préco- nisé la teinture d'iode, mais seulement dans le cas de Pustule maligne. Mais on a eu l'idée d'atténuer par des procédés divers le virus charbon- neux, et cette idée appartient à un vétérinaire français, Toussaint, quoique bien des auteurs l'attribuent à M. Pasteur. Nous étant imposé la loi de ne jamais, dans cet ouvrage, juger cette personnalité célèbre, nous nous bor- nons à reproduire, sur cette question, le jugement du professeur II. Fol. « C'est Toussaint, dit-il, qui le premier a su atténuer le virus charbonneux par la culture à de hautes températures, et en a fait un bon vaccin pour le mouton. Il l'a prouvé par des expériences convaincantes. M. Pasteur a attaqué bien à tort la théorie de l'atténuation de Toussaint; il emprunta ses procédés, mais prétendit les expliquer par l'action de l'oxygène sur les virus. Il passa aux yeux du public pour avoir découvert l'atténuation du virus charbonneux, et Toussaint mourut dans le désespoir et l'oubli. La postérité sera certainement plus juste pour lui que ne l'ont été ses con- temporains. Chauveau a raconté récemment que l'oxygène, contrairement 1. De Bary a établi pourquoi on doit « repousser cette opinion, souvent soutenue. que le Bacille a uno, action purement mécanique, qu'il enlève au sang vivant... tout l'oxygène que ce sang contient. 11 est plus naturel de dire que l'action du Bacille est une action toxique... due à un virus... Cela riant posé, il faut admettre encore que ce virus est sécrété ou éliminé par le Bacille, sans quoi il n'agirai! pas. <'.'est ce que semble prouver l'observation de M. Metscbnikolï' sur l'assimilation rapide du Bacille par le globuic blanc (fig. 218), lorsque le premier n'a pas une grande virulence ». D'après M. Chauveau, les Bactéries atténuées disparaissent dans le poumon et le foie 164 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. aux assertions de M. Pasteur, n'est pour rien dans l'atténuation par la chaleur. Au contraire, l'affaiblissement se produit plus facilement à une température élevée lorsque l'oxygène est absent. C'est à la température ordinaire que l'action atténuante se fait le mieux sentir, mais elle exi^e un temps assez long. » Chez les bestiaux, l'inoculation du virus atténué. Fie. v 2Ii). — llacillus Anthracis, dans le pouniun d'un cobaye. quelquefois mortelle, confère l'immunité; niais « elle ne paraît pasexcéder la durée d'une année ' ». Nous nommerons Bacillus Chauvœi le microphyte qui a été observé dans la maladie appelée par Chaberl (178:2) Charbon essentiel, et qu'on a nommée depuis Charbon symptoma tique, Charbon emphysémateux, Mal de montagne. MM. Arloing, Cornevin et Thomas ont donné à la plante le nom de Bacterium Chauvœi: mais dans son état le plus parfait, elle se pré- sente sous forme de bâtonnets au moins quatre ou cinq fois aussi longs que larges, et souvent bien davantage (fig. 221). Ces bâtonnets sont, en effet, longs de 5 à 10p sur 1 p. environ d'épaisseur. Ils sont très mobiles. Les plus grands ont des mouvements oscillatoires et présentent à une ou aux deux extrémités un renflement qui répond à une spore. Dans le cas d'une seule spore, le bâtonnet est donc claviforme (fig. 222). La teinture d'iode le co- lore en violet, et il résiste à l'action des acides et des alcalis. Dans l'alcool, 1. M. Koch avait « déclaré, il y a quelques années, que la vaccination charbonneuse préconisée par Pasteur, ne conférant qu'une immunité insuffisante contre l'infection naturelle, d'une action préservatrice de trop peu de durée, ne pouvait être considérée comme utilisable dans la pratique. Depuis cette époque, ajoute-t-il, la méthode des inoculations charbonneuses n'a reçu, ni de Pasteur ni d'aucun autre, de perfectionne- ment notable, et. à ma connaissance, on n'a fourni de sa valeur pratique aucune démonstration nouvelle. Je n'ai donc eu aucune raison de modifier ma manière de voir à ce sujet ». M. Pasteur ayant écrit que M. Koch avait changé d'opinion, celui-ci répond cette année : « J'ai jugé indispensable de ne point laisser s'accréditer une pareille erreur au sujet de mes idées sur la question, et d'affirmer énergiquement, contrairement au dire de Pasteur, que je n'ai, en aucune façon, modifié mon opinion CRYPTOGAMES CELLULAIRES. Iu7> il se colore par le violet d'aniline, ou bien c'est la spore seule qui se co- lore. On n'a pas pu s'empêcher de remarquer que les caractères physiques de ce microphyle sont souvent absolument ceux du Ji. Amylobacter et que l'inoculation seule peut les différencier; nouvel exemple de peu de valeur do la théorie dite de la spécificité des germes. Il y a aussi dans le Fie. 220. — Bacillus Anthracis, dans une villosité intestinale. Fig. 221. — Bacillus Chauvsei (Ârloing, Cornevin et Thomas). Charbon symptomatique, des M ict'OCOCCUS mobiles auquels les vétérinaires n'accordent qu'une importance secondaire. Tous ces végétaux se trouvenl dans des tumeurs musculaires noires, crépitantes ; ce n'est qu'ultérieure- ment qu'on les rencontre dans le sang. La maladie est environ dix fois sur la valeur pratique des inoculations charbonneuses ». M. Pasteur ayant écrit qu'en France, plus de deux cent mille moutons vaccinés annuellement présentent une morta- lité inférieure à 1 p. 100, M. Koch donne pour l'Allemagne une tout autre statistique. A Gorsleben, par exemple, il montre que l'on perd 10 p. 100 des bovidés vaccinés; à Klonie où tous les bestiaux sont vaccinés, on perd 3. 4 p. 100 des bovidés et 5. 5 p. 100 des ovidés, et « à plusieurs reprises, on a vu des animaux revaccinés suc- comber au charbon •. A Packisch, il est mort autant d'animaux vaccinés que d'animaux non vaccinés. Et M. Koch ajoute : « Nous demandons ce qu'il faut penser d'une méthode de vaccination qui a donné, après cinq ans d'essai, de pareils résultats. Et cependant les inoculations de Packisch ont été faites conformément à toutes les indi- cations de M. Pasteur, et avec la lymphe fournie par son agent, M. Boutroux. Il ne s'agit pas ici de milliers de bêtes; mais toutes les vaccinations sont exactement notées et les cas de mort scrupuleusement comptés; nos chiffres ont une autre valeur que les gros nombres ronds de Pasteur, dont nous ignorons absolument l'origine. Voilà tout ce que l'Allemagne peut fournir sur la question des vaccinations charbonneuses; il n'y a pas un seul résultat favorable, décisif, d'acquis. Et il ne parait pas en être autrement dans les autres pays; s'il y avait des succès, on les publierait. » En France, nous connais- sons beaucoup d'agriculteurs qui ne vaccinent pas leurs bestiaux, soit parce qu'ils trouvent le prix du vaccin trop élevé, soit parce qu'ils pensent qu'ils ne perdent pas plus de bétail en moyenne en ne vaccinant pas qu'en vaccinant. 166 TTAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. plus fréquente que le Sang- de rate. Elle atteint surtout les bœufs et les moutons. Les porcs et les chiens sont réfraetaires. La virulence n'est pas détruite par un refroidissement à — 130% ni par une élévation inférieure à -f- 65°. La présence des Schizophytes du Sang de rate et de l'anthrax m m Fig.222.— Bacillus Gliaurœi un, m). Charbon symptomatique. Tumeur musculaire (Dubief). n'entrave pas l'action du B. Chaurœi. On a atténué la virulence de celui-ci par les antiseptiques, les cultures successives et surtout par l'action de la chaleur. Pour l'homme, le plus important à étudier des Bacilles pathogènes est celui de la Tuberculose (Bacillus tuberculosus), découvert en 1882 par Fig. 223. Bacillus tuberculosus. M. R. Koch (fig. 223). Il est constitué par des bâtonnets à peu près cylindri- ques, longs de 3 à 5p, larges de 0^6. Ils sont rectilignes ou légèrement ar- qués, parfois à peine un peu dilatés vers le milieu de leur longueur, obtus ou coupés droit à leurs deux extrémités. Sous l'influence de certaines co- CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 167 lorations, ils apparaissent comme cloisonnés, avec une série de quelques points plus clairs, alternant avec les cloisons et qu'on a, vraisemblablement à tort, attribués à des spores. Ces Bacilles sont immobiles. Ils se cultivent bien dans divers milieux, notamment sur la gélatine et l'agar-agar glycérine; ils reproduisent la maladie chez un grand nombre d'animaux, soit par ino- culation dans le sang, soit pas injection dans les voies respiratoires ou même le tube digestif, à peu près comme l'inoculation de la matière tubercu- leuse elle-même, démontrée, comme on le sait, par M. Villemain. Il va sans dire qu'on cherche des médicaments qui puissent, chez l'homme vivant, détruire le Bacille sans nuire au malade. Il est vraisemblable qu'on en proposera encore beaucoup. Jusqu'ici, l'acide fluorhydrique n'a pas réalisé les espérances qu'on avait fondées sur son emploi. Dans tous les organes affectés de tuberculose on a retrouvé le Bacille, notamment dans la peau, les os, le pus des abcès froids, tous les viscères atteints, dans leurs capillaires sanguins, souvent aussi dans les cellules épithélioïdes dont le noyau s'est seul multiplié et qu'on a nommées géantes. La recherche du Bacille a généralement donné des résultats né- gatifs dans les humeurs, urine, lait, sperme, etc., alors que les parois de leur réservoir n'étaient pas directement affectées de tubercules. On a aussi signalé (Malassez et Vignal) une forme de tuberculose, qui serait caractérisée par des Micrococcus a l'état zoogléique et sur laquelle il y a beaucoup de réserves à faire 1 . Les Bacilles qu'on attribue à la lèpre sont très analogues à ceux de la tuberculose. Ils sont droits et comme noueux. Ils ont de 4 à 6 f* de long, Fig. 224. — Bacilles observés dans un tubercule (H. Fol). sur 1 p. au plus de large. Ils sont mobiles. Ils se colorent plus facilement que ceux de la tuberculose et par les mêmes moyens; mais l'hypochlorite de soude à 0.01 ne les décolore pas comme ceux de la tuberculose (Lustgarten). Ils ont pu être cultivés (Neisser), mais non encore inoculés. On dit qu'ils peuvent être encapsulés. En tous cas, dans les tubercules cu- 1. Il y a dans la tuberculose, des micropbytes d'importance secondaire, dont la pré- sence tient à des phénomènes d'inflammation ou de destruction des tissus (fig. 224). mais qui ne sont point pathognomoniques. 168 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. tanés, leur siège est profond; une couche épaisse de tissu les recouvre; elle rend la contagion très difficile (Cornil). Le B. diphlhericus est le microphyte que M. Loëffler a considéré comme caractérisque de la diphtérie, et qui se rencontre dans les fausses membranes où il prédomine au début. Cultivés sur gélatine, ses bâtonnets auraient présenté un renflement au sommet avec une spore incolore dans l'intérieur. Ces bâtonnets n'ont pu être inoculés sur les muqueuses saines. Mais sur une muqueuse enflammée, il se produit à leur niveau une exsu- dation membraneuse et une hémorragie (Loëffler). Lors même que les ani- maux inoculés ont succombé, on n'a pas trouvé de Bacilles dans leur sang ; d'où l'on a conclu que l'intoxication aénérale, si prononcée d'ordi- naire dans la diphtérie, élait due à une diastase sécrétée par le Bacille. 11 y a d'ailleurs encore dans la diphtérie des Micrococcus, des Strepto- coccus, des zooglées, etc., dont la présence se rapporte probablement à la simple inflammation primitive des membranes. L'étude des microphytes de la diphtérie demanderait à être reprise méthodiquement ; il est probable qu'elle présentera de grandes difficultés. Le B. typhicus (fig. 225-230 est le Bacille de la fièvre typhoïde, souvent î « o 5 V à^ \ *l *y ^ Fig. 225. — DaciUus typhicus Fie. 226. — Bacillus typlncus, dans la (Artaud). rate. nommé B. d'Eber'th, du nom du savant qui l'a observé en 1870 dans les viscères des typhiques et qui en a fait depuis le sujet de plusieurs mé- moires remarquables. Il est fusiforme, à peu près quatre fois aussi long que large (3-6 u sur Ou 8-1 1* 5) avec les extrémités obtuses, ou, dans certaines formes, aiguës; ce qui lui donne l'apparence d'une navette. Dans les préparations colorées, qui se font difficilement, car le Bacille n'absorbe pas bien les matières colorantes, notamment celles d'aniline, on dis- tingue souvent au Bacille trois parties : une moyenne incolore, et deux extrêmes plus foncées. Ces dernières ont été considérées comme des spores par M. Gaffky qui a vu aussi le bâtonnet à peu près cylindrique. CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 161) Mais il n'y a probablement là que des différences de teinte dues au mode de préparation; et la zone moyenne qui ne^ se colore pas, est une portion du bâtonnet de laquelle le phytoblaste parait s'être retiré, comme d'une portion morte et suivant laquelle va peut-être se produire la scission en deux parties secondaires. Aussi voit-on assez souvent deux bâtonnets jeunes placés bout à bout, sans que pour cela il existe la moindre spore. Ces Bacilles sont mobiles et sécrètent des liquides particuliers sur les propriétés desquels les opinions varient. On peut constater la présence de ce Bacille sur le vivant, soit dans le sang' extrait des papules rosées (Nechauss), soit dans un fragment de rate extrait par ponction capillaire. Il existe dans l'urine alors qu'il y a albuminurie, et dans les eaux aux- quelles on attribue la contagion de la maladie. Il se cultive de diverses façons et notamment sur la gélatine peptonisée où il produit des colonies de forme variable (fig. 228, 231). Les spores, qui occupent le sommet du /Soi* / Arx-^r* a£//~^ Fie. 227. — Bacilles dits de la fièvre typhoïde (Fol), avec globules de sang, tirés d'une rate humaine. bâtonnet (fig. 230), sont arrondies, très réfringentes (d'où une grande res- semblance de ce Bacillus avec le B. Amylobacter). Elles résistent. dit-on, à une température de 80 et 90° et à la dessiccation. On a extrait de leur masse une subtance très toxique, la Typhoxine, que l'on considère comme un alcaloïde (Brùger). Le sublimé, l'acide pbénique et un grand nombre d'autres antiseptiques arrêtent les cultures de ce Bacille. Les inoculations aux animaux donnent des résultats négatifs; mais certains d'entre eux (moutons, chiens et chats jeunes, cobayes)sont tués par l'ingestion des cultures. Le sang d'un chat tué par le sang du cadavre d'un cobaye typhi- que cultivé, est très virulent pour le lapin qui meurt nettement typhique. Mais la communication de la fièvre typhoïde de l'homme aux animaux ne s'obtient pas directement; le microphyte typhique a besoin, pour se déve- lopper, de deux milieux différents : un liquide de culture et un chat, un liquide de culture et un cobaye, un chat et un lapin, par exemple (Tayon). 1. Il y n. là aussi des Bacilles d'importance secondaire (fig. 227) auxquels on a quel- quefois attribué la fièvre typhoïde. 170 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. On tue souvent, mais non constamment, les animaux par des inoculations, dans le tissu cellulaire ou le péritoine, de Bacilles typhiques cultivés. x \ » 0> ,' \ Fie. 228. — Bacillus typhicus. Colonies de culture Fie. 229. — Bacillus typhicus (Dubief). Il £ 4 a un grand nombre d'autres Bacilles dits pathogènes, et de Bacilles très-divers observés dans les * substances putréfiées. Nous traiterons ultérieurement de ceux qui sont dits Bacilles de la septicémie. Tels sont en- ê 'G v core, à ce qu'il semble, ceux que % Martineau, MM. Klebs et Lustgarten ont observés dans la syphilis. MM. Klebs et Tommassi Crudelli ont décrit dans la malaria des bâtonnets « longs de 2-7 ^, s'allongeant en lilaments qui se segmen- tent en articles plus courts, pouvant se mettre en spores au centre, à une extrémité ou dans toute leur longueur. Fig. 230. — Bacillus typhicus. Sporulation (Chantemesse et Vidal Fig. 231. — Bacillus typhicus. Colonies de culture. Le microphyte indiqué dans la diarrhée infantile verte, et qui est lui- même coloré en vert, serait aussi un Bacillus. M. S. Clado a étudié (1887) CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 171 une « Bactérie septique de la vessie », qui lue les animaux et n'a que 1^6-2^, sur p 5 de largeur, et qui appartient probablement à la même catégorie. Le Micrococcus de l'urine peut se présenter, nous l'avons vu, sous la forme bacillaire. Dans la maladie du porc dite Rouget ou Erési- f \ \ " ( I Fig. 232-234. -- Schizophytes du Rouçcl du porc. pèle malin, on a observé (Klein) un Bacille qui a été comparé AnxBacillus Anthracis et subtilis, de même qu'au Leplothrix de la bouche (fig. 233- 235). D'autres n'y ont vu que des microphytes arrondis ou en forme de 8 (fig-. 232). Aussi a-t-on pensé qu'on a confondu sous un seul et même nom plusieurs maladies distinctes du porc. Davaine a décrit dans la fermentation du pain, dont nous parlerons plus loin, une Bactérie du levain, qu'il a crue identique à celle du char- bon et qui, divisée en 2-4 articles, atteint 10-20 /* de long. Il a fait Fig. 235. — Schizophytes du Rouget du porc, dans un ganglion (Klein). connaître, chez les oiseaux, une Bactéridie intestinale qui est un Bacille épais et rectiligne. long de 10-40 y.; une B. des infusions, longue de 10-20 [l; une B. glaireuse, à filements droits et courbés, longs de 10 p; une B. des vins tournés, ténue, flexible, indistinctement articulée et de longueurtrès variable. Ce sont tout autant ieBacilluset dont plusieurs passent même à la forme de Leplothrix. Le B. ruber de M. Colin, qui se développe sur le riz, est enveloppé d'une substance muqueuse rouge; il est très mobile et formé de longs bâtonnets isolés ou réunis par 2-4, etc., etc. , J72 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. Leptothrix. Rien n'est plus mal défini que ce genre de Schizophytes, l'un des plus anciennement connus cependant, et celui dont l'étude serait vraisembla- blement la plus instructive. C'est Leeuwenhoek qui, au moment même de la découverte du microscope, a observé dans le tartre dentaire le L. buc- calis Ch. Rob. (fig. 236, 237); et le genre Leptothrix avait été établi par Kutzing, comme caractérisé par « des filaments non rameux, ni engainés, ni cohérents». Le L. buccalis a encore été nommé Algue filiforme de la bouche. Il habite la surface de la langue, les interstices des dents, la cavité des dents cariées. Il y a même longtemps qu'on admettait qu'il pouvait passer dans les liquides de l'estomac et de l'intestin. En examinant les substances sur lesquelles il croit, on aperçoit des masses demi-transpa- rentes et finement granuleuses, légèrement jaunâtres et hérissées de petits filaments en forme de baguettes droites, avant une extrémité libre et l'autre implantée dans la masse granuleuse (Ch. Robin). 11 y a aussi beaucoup de filaments isolés, nageant, droits ou légèrement courbes, de même épais- seur dans toute leur longueur, peu flexi- bles. Quelques-uns sont courbés à angle droit. Leur extrémité n'est pas ou est à peine effilée. On ne voit pas facilement de traces de cloisons transversales dans les Fie. 236, 237. — Leptothrix buccalis. filaments, si l'on ne colore pas ces derniers. Leur intérieur est transparent. Cependant Ch. Robin y a vu de très petits granules ronds et placés de dis- tance en distance. Quand on laisse s'accumuler la matière blanche quise trouve dans l'interstice des dents, les filaments peuvent atteindre 1 milli- mètre de long sans augmenter d'épaisseur. Ce Leptothrix se cultive, mais non dans un milieu acide. Il liquéfie la gélatine. On ne connaît pas ses organes de reproduction. Il ne parait exercer aucune actioif sur la santé. CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 17; o * 5"fe ' O ■°8 o o Son élude est très favorable connue introduction à celle des Schizophytes en général. Il y a beaucoup d'autres microphytes dans le contenu des dents cariées : des Microccocus, Bacillus, Streptotltrix, Spirillum, etc. (fig. 238). On leur a attribué la production de la carie dentaire, pareeque, a-t-on dit, dès que la surface de la dent est dénudée de son émail en un point même très restreint, la dentine se ramollit sous l'influence des acides salivaires, et les Schizo- phytes peuvent pénétrer dans les canalicules. On y en trouve, d'après Miller, cinq espèces différentes. Il y en a bien davantage (Vignal), entre autres les Bacillus Termo, le Vi- brio Rugula et le Microccocus pyo- genes. Tous peuvent pénétrer dans l'estomac; ils y sont rapidement détruits par le suc gastrique 1 . On a trouvé de nombreux Leptothrix différents de celui-ci dans le tube digestif d'insectes, surtout aquatiques. Kùtzing en a décrit plusieurs autres dans les eaux stagnantes (L. brevissima, L. rigidula), sur les roches humides (L. cœspitosa), sur les Algues marines (L. radians, h. pa- rasilica, L. spissa Rabenh.). Beggiatoa. Fig. 238. -- Bactéries de la bouche, dans les dents cariées (Miller). Attribué a des groupes très divers, ce genre paraît bien voisin des Lep- tothrix. Il est caractérisé par des filaments fins, recouverts d'une substance muco-gélatineuse, rigides et doués de mouvements oscillatoires. Leur phytoblaste est bien distinct du phylocyste, incolore ou blanchâtre, et il renferme de nombreuses granulations for- mées de soufre à l'état cristallin, qu'on peut dissoudre par le sulfure de carbone ; d'où le nom de Sulfuraircs. Ce fait s'explique par l'habitat ordinaire des Beg- giatoa qui se trouvent dans les eaux ther- males sulfureuses, dans les résidus des fabriques ou en général dans les eaux stagnantes ou salées qui dégagent une odeur d'hydrogène sulfuré. Leurs colonies forment la matière floconneuse qu'on nomme souvent Barégine et Glairine. 1. C'est à ces organismes que M. Miller (l)er Einfluss auf d. Caries d. mensclil. Zahn, in Arch. Exp. Path. (18M, X.V) attribue la carie des dents. M. Lewis a aussi décrit dans ta slive un Bacille-virgule en 1884 (Mémorandum on the comma-shaped Bacillus, etc.). Fig. 239. — Beggiatoa alba (Warming). 174 1RA1TÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. Le B. alba TnEVis.est l'espèce la plus connue du genre. Elle forme sur le sol qui a été en contact avec les eaux dont il est question plus haut une couche limoneuse et muqueuse, blanchâtre. Les filaments incolores qui y sont renfermés ont de 1 à A p d'épaisseur ; ils deviennent souvent libres et plus ou moins fragmentés. Ces filaments sont en réalité formés d'articles peu distincts, qu'on rend visibles en les traitant par l'aniline ou en chauf- fant la plante dans le sulfate de soude ou la glycérine. Celle-ci dissout en partie les granules que le sulfite de soude fait disparaître totalement. Il est certain aujourd'hui que les filaments des Beggiatoa se résolvent en Micrococcus (sans parler des divisions longitudinales qu'on a aussi observées dans ces plantes), et aussi que les filaments fixés peuvent, vers leur extrémité libre, se courber ou se contourner en spirale. Tous se meuvent en exécutant des mouvements de reptation. M. Zopf a démontré que, suivant les circonstances, les Beggiatoa présentent des filaments, des bâtonnets droits ou spirales, desformesde Spirillum portant des cils (on les a nommés Ophido)nonas).des phytocystes orbiculaires, des spores et aussi la forme zoogléique. Ces plantes réduisent les sulfates des eaux qu'elles habitent, fixent le soufre et dégagent de l'hydrogène sulfuré. Le soufre libre s'y combine avec la matière organique pendant la vie. Après la mort, on croit que le soufre intracellulaire n'est plus converti en hydrogène sulfuré 1 . D'autre part, l'bydrogène sulfuré forme avec le fer que peut renfermer la plante du sulfure de fer qui colore en noir la paroi des Beggiatoa. Il y a dans les eaux thermales d'autres espèces du même genre, dont nous parlerons tout â l'heure. On ne saurait, malgré de grandes différences, méconnaître certains caractères qui rapprochent les Beggiatoa des Oscillaires, ordi- nairement rapportées, parmi les Algues, au môme groupe que les Nostoc (Schizophycces). Quoi qu'il en soit, le B. îiirea (Hygrocrocis nivea Kietz. — Leptomi- tus niveus Agii. — Leplonema niveum Hadenh. — Oscillaria punctata Menegii. — 0. sulfurai ia Jol.) (ii^;. 240, 241) est l'espèce qui caractérise le plus souvent par sa présence la matière des eaux sulfureuses dont Bordeu disait dès 17 iO, que : « il y aurait beaucoup de recherches à faire par rapport â ces glaires » et que a le temps nous apprendra beaucoup. » C'est Vauquelin qui lui a reconnu une nature véritablement organique, l.'ll y a déjà longtemps que ces faits ont été découverts par un pharmacien de For- calquier, M. Plauchud, de sorte que nous n'avons pas à parler des auteurs qui ont cru récemment les avoir signalés les premiers. Dans son remarquable mémoire (Journ. pharm. chim., sér. 4, XXV, 180) et dans ceux qui lui ont fait suite, .M. Plauchud a péremptoirement démontré que c'est exclusivement aux Sulfuraires vivantes que les eaux chargées de sulfates doivent leur transformation en sulfures. Les matières orga- niques amorphes corrompent l'eau, mais ne la sulfurent pas. L'odeur sulfhydrique que dégage la bouche des personnes saines ou malades est duc à l'action des microphytes des gencives et des dents sur des sulfates. Il se produit des faits analogues dans les ' aux ferrugineuses crénatées ou apocrénatées. Elles « reconnaissent également comme facteurs îles êtres microscopiques d'une nature à peu près identique ». (J. Duval.) CRYPTOGAMES CELLULAI11ES. 175 en la qualifiant de « matière animale » très analogue à l'albumine et à la gélatine animales et possédant, comme elles, tous les caractères d'une substance fortement azotée. Gimbernat lui avait donné le nom de Zoogène. C'est Longchamps qui, en 1823, l'a appelée Baréginc ; et douze ans après, Turpin distingua la substance des eaux de Néris, formée de Nostoc thermalis, et la glairine de Barèges, substance transparente, presque in- Fie 240, 241. — Ueggiatoa nivea. colore, amorpbe et gélatineuse. Fontan a distingué dans la barégine deux choses: la glaire amorphe et azotée, et un végétal confervoïde voisin des Arabaina, spécial aux eaux sulfureuses et que, pour celte raison, il nomme Sulfuraire. La matière glaireuse a reçu les noms de Glairine, Géline, Barégine, Pyrénêine, Daxine, Luchonine, Saint-Saurerinc. Sulfurhydrine, Sul- furose. Salfomucose et Sulfodiphtêrose. Elle l'ail rarement défaut dans 176 TRAITE DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. les eaux sulfureuses des Pyrénées, mais elle n'y a été trouvée que dans des eaux sulfureuses. Elle se rencontre au milieu même des eaux, hors du contact de l'air, plus rarement hors de l'eau, rarement dans les eaux dont la température s'élève au-dessus de 70°. On l'a comparée à du mucilage, au frai des grenouilles, à l'humeur vitrée. Il y en a de nombreuses variétés, principalement au point de vue delà consistance (filandreuse, floconneuse, muqueuse, membraneuse, compacte, stalactiforme). Elle est généralement presque incolore, blanchâtre, parfois colorée en jaune, en rouge, en brun ou en vert, soit parce qu'elle est altérée, soit parce qu'elle renferme des plantes qui lui donnent ces teintes. Son odeur est d'abord fraîche, simple- ment sulfureuse, puis elle devient fade, parfois aromatique, le plus sou- vent infecte. Il y a un moment où il s'y montre de fins granules plus ou moins foncés, puis des filaments byalins extrêmement ténus. Elle renferme aussi des cristaux de soufre, de la silice, etc. Beaucoup d'observateurs ont pensé que la glairine provient de la destruction des plantes qui se trouvent dans les eaux, on bien qu'elle est un produit d'excrétion de ces plantes. La principale de celles-ci avait été indiquée dès 1782 parVillan, sous le nom de Byssus lanuginosus. C'est elle queFontan nomme Sulfuraire. Elle se présente sous forme de filaments très grêles, de longueur très variable, lisses ou disposés en épis, en houppes, en crinières, parfois radiés à partir d'un support commun, d'une sorte île noyau, de consistance mucilagineuse ou gélatineuse sur lequel sont portés ces filaments, (le sont des tubes à paroi mince, à cavité remplie de globules de soufre, égaux en volume et placés bout à bout. Ces corpuscules, rendus libres par la destruction du phytocyste, peuvent s'agglomérer de façons très diverses. Quant à la portion libre des filaments, droite, [dus ou moins arquée ou recourbée, elle exécute îles mouvements qu'on a attribués au liquide ambiant, mais qui appartiennent bien à la plante elle-même et qui paraissent incontes- tables (Joly). On admet que cette plante ne se développe que là où l'eau sulfureuse peut s'aérer et ne s'élève pas comme température au-dessus de 50°. A une température plus élevée, elle disparaît en général et il se forme des dépôts de soufre. La Sulfuraire est blanchâtre, opaline et pres- que transparente; elle ne se colore en brun que quand elle est altérée. Si elle devient rouge ou verte, cela est dû à la présence de certaines Algues qui viennent s'ajouter à elle. A ces caractères nous reconnaissons le Bey- giatoa nivea Rabenu. (rïg. 24-0, 241), distingué scientifiquement dans le genre par un stratum floconneux, cespiteux, flottant, blanc ; des trichômes très grêles (0 m 00005 à ra 0000G de diamètre), hyalins très obtusémentfas- ciés-articulés; un cytioplasme homogène-granuleux, puis fascié-infracté. On trouve aussi dans les eaux sulfureuses le fi. alba(B. punctata Tuevis. — Hygrocrocis Vandelli Menegii. — Oscillaria albaXxvcu.), dont il a été question plus haut (p. 174), à stratum muqueux, d'un blanc sale ou crétacé, avec trichômes hyalins et continus, et cytioplasme granuleux (diamètre : m 00013 à m 00015); CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 177 Le B. leptomitiformis Menegii. (Oscillatoria leptomitiformis Menegh.) 3 à stratum muqueux ténu, d'un blanc crayeux, avec trichomes très grêles, indistinctement articulés, hyalins, subincolores, et à cytio- plasme incolore, obscurément granuleux (diamètre : m 00007 à m 00009). Le B. arachnoïdes Rabenh. (Oscillaria arachnoïdes Agii. — 0. ver- satilis Kuetz.), à stratum muqueux, membraneux, très ténu, arachni- forme, neigeux, crustacé, à trichomes épaissement intriqués, se mouvant en avant, distinctement articulés, obtus au sommet légèrement arqué ; les articles subégaux comme diamètre ou doubles environ en épaisseur les uns des autres; à cytioplasme blanchâtre, granuleux-opaque (diamètre m 002 à m 0026). On cite encore le B. tigrina Rabenh. (Oscillaria tigrina Rœm.), dans les boues et sur les boiseries des sources thermales; le B. OErstedii Rabenh. (Leucothrix Mucor Œfist.), dans les boues submarines; les B. mirabilis Cohn et pellucida Cohn, dans les eaux de la mer; le B. Lanugo Thur. (Leptomitus Lanugo Agh), sur certains Cej'amium, elc. Il y aune variété marina Cohn du B. alba. Les eaux sulfureuses contiennent un grand nombre d'êtres organisés : des crustacés tels que des Cypris; des vers, tels que les Anguillules, Pha- noglene, Oncholaimus; des Monas et Leucophra; des Algues-Néodiato- mées, comme des Clostéries, des Navicules, des Eunolia, Frustulia; des Oscillatoires, des Hygrocrocis, Fischeria, Mougeotia, Ulothrix, Ana- baina et Protococcus (J.-L. Soubeiran). Nous devons rapprocher des Beggiatoa les Crenotrix qui, depuis les recherches de M. Zopf, sont aussi caractérisés par des états divers com- parables à ceux que parcourent successivement les Beggiatoa. Il y a des Crenotrix dans un grand nombre d'eaux minérales, entre autres ferrugi- neuses; mais on les observe également dans des eaux de toute provenance, même dans des eaux d'infiltration jusqu'à vingt mètres de profondeur. Le mieux connu est le C. Kuhniana, qui, à l'état le plus développé, se présente sous forme de filaments grêles (3-6 a de largeur), longs de près d'un centimètre. Par une de leurs extrémités, ces filaments sont fixés à un substralum et demeurent droits ou légèrement arqués. Plus haut, le filament est formé d'une série de phytocystes-tubules, souvent à peu près aussi longs que larges. Leur paroi est latéralement tapissée en dehors d'une couche superficielle qui se colore, à partir d'un certain âge, en jaune brun ou en brun verdàtre. grâce aux sels de fer dont elle est pénétrée. Très souvent les tubes se segmentent en travers et sont ainsi réduits en fragments qui forment des masses lloconneuses dans le liquide. La division a lieu dans tous les sens, de façon que les tubes se divisent en autant d'éléments à peu près égaux selon tous les diamètres et s'arrondis- sent même d'une façon régulière. C'est l'état qui répond à celui de Micro- coques. La segmentation des tubes en travers produit des disques, et la division longitudinale de ceux-ci donnent des phvtocystes arrondis, pres- 1-2 178 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. que réguliers, de petite taille. On voit aussi les disques se gélifier à leur sommet, et là s'ouvrir pour laisser échapper des spores qui peuvent ger- mer dans l'eau et reproduire des filaments semblables à ceux dont elles sont dérivées. Souvent leur paroi se gélifie en dehors et forme là une épaisse couche de mucilage. Ainsi se constituent des zooglées, très petites en général, parfois larges de près d'un centimètre. M. Zopf a vu alors ces phytocystcs entrer quelquefois en mouvement, puis revenir à l'état de repos. Au début les zooglées sont incolores, hyalines. Mais bientôt elles se colorent par le fer dont elles sont imprégnées, de la même façon que les tubes. Chaque phytocyste de la zooglée peut alors s'allonger en tube. La multiplication de ce Crenotrix peut être rapide. Il peut envahir les con- duites d'eau, les obstruer d'un épais mucilage ferrugineux qui oblitère leur canal. Dans un réservoir où l'eau est au repos, le fond peut se recouvrir d'une couche de Crenothrix épaisse de près d'un mètre; et l'eau peut cesser d'être utilisable, bien que le Crenothrix lui-même ne soit pas réputé dangereux pour la santé. Vibrions. On ajadis donnéce nom etcelui de Yibrioniens à tous les Schizophytes, quels qu'ils fussent, surtout quand ils étaient observés dans quelque milieu de fermentation. Plus tard on l'a réservé à «eux qui sont courts et en même temps ondulés. On les comparait à de petits serpents dont les ondulations, et par suite la forme générale, varient d'un moment à l'autre. Aujourd'hui M. Cohn ne conserve dans ce genre que les filaments spirales, courts et ondulés. On a prétendu que la forme spiralée n'existe pas dans les Vibrio, mais que par leurs ondulations ils présentent cette apparence alors que leurs diverses portions sont sur des points différents du porte-objet du microscope. Le V. Rugula Muell. (fig. -242) est caractérisé par un filament qui pré- senterait vers son milieu une seule courbure, faible, mais distincte. Il a souvent 8-1 û p de long et peut en atteindre jusqu'à 35 lorsqu'il est en train de se scinder. Ses mouve- ments semblent être ceux d'une ro- tation plus ou moins vive autour de son grand axe. On voit la plante progresser en avant, et elle donne alors la sensation d'un mouvement Fie. 242. — ] ibno Rugula (Dubief). serpentiforme. On lui accorde un cil (Warming). Cette espèce se trouve dans les infusions les plus diverses. souvent en essaims, dans les liquides de la bouche et de l'intestin (Leeu- CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 179 wenhoek), dans les liquides diarrhéiques, dans l'eau de mer. On ne lui connaît pas d'influence positive sur la santé. Fie. 243. — Spirilles-virgules (Vibrions) du Choléra asiatique. Le V. serpens Muell. est bien plus mince que le précédent, de moitié environ. Il a de deux à quatre ondulations. Ses mouvements sont analogues à ceux du « Bacillus subtilis, et il est pourvu d'un cil ^^ ^ (Warming). Sa longueur est de 10-25 p., et ^gf e i son épaisseur de 0^7. Un de ses tours de y, *=^^ * spire est long de 8-12 p, sur 1-3 p de dia- 4 *=^> _&> mètre. On trouve aussi cette espèce dans les cours d'eau et les infusions les plus diverses. Fu; - - il - — Vibrio (Spiril- Oi ... m. .. ... lum). n ne devra peut-être pas distinguer generi- quementdes Vibrio les Spirillum que les auteurs en séparent à cause de leurs spirales plus rigides. On trouve dans les infusions les S. undula Ehrb. ("? S. rufum I'ert. — Vibrio prolifer Eiirb.), le S. tenue Ehrr. — s?Sï7X> Fig. 245. — Spirillum undula, dans une culture. et le S. volutans Ehrb., le géant du genre, car sa longueur atteint 30 y. et il forme jusqu'à trois tours et demi de spire. On a décrit aussi beaucoup de Spirillum dans l'eau de la mer. C'est au même groupe générique, ainsi conçu, que nous croyons devoir rapporter le Bacille du choléra ou H. virgule, B. comma (Kommabacil- 180 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. Ion (fig. 246-250), un de ceux qui ont le plus occupé les médecins dans ces dernières années et qui a été découvert par M. Koch. Il est souvent arqué en forme de croissant ou de virgule, long en ce cas d'environ 3, 4 u. sur p. 8-1 p de large. Fréquemment aussi, dans les cultures, on voit deux de ces croissants placés bout h bout et en direction inverse, figurant un S par leur réunion. Ailleurs, la plante est plus complète encore, et l'on a sous les yeux une chaîne plus ou moins longue, formée d'articles tous concaves © m Fie 246, 247. — Vibrio cholericus. d'un même côté, ou alternativement convexes et concaves d'un même côté. Dans les cultures, il n'est pas rare de voir à chaque extrémité d'un article une petite masse sphérique de 3, 4 p de diamètre, hérissée de saillies plus petites encore. On a admis que c'est là une déformation du micro- pin te, une « forme involutive » qui se produit dans les cas où le milieu ©o Fig. 218. — Vibrio cholericus. Colonies de culture (Cornil). Fig. 219. — Vibrio cholericus, dans l'intestin (Doyen). ambiant est défavorable à l'évolution du microphyte. Celui-ci ne se déve- loppe bien que de 16 à 40°. Il est tué en une demi-heure par une tempé- rature de 50 à 55°, mais il est encore vivant à — 10°. La dessiccation le tue, de même qu'un milieu acide. Aussi est-il détruit par l'action du suc CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 181 gastrique. On ne l'a observé que dans l'intestin. On a fait périr des cobayes en leur injectant dans le tube digestif des liquides contenant le Vibrio cholericus, en même temps que des solutions alcalines. On cultive bien le microphyte à l'état de colonies, et l'on observe d'abord, principale- ment à la surface des milieux de culture, car il ne se développe bien qu'au contact de l'air, des points opalescents qu'entoure une double zone plus claire (fig. "211, 248). Le point central devient suc- cessivement jaune, puis granuleux, et les granulations répondent à des groupes de vibrions. Les milieux de culture doivent toujours être alcalins 1 . Dans le eboléra nostras, MM. Finckler et Prior ont observé ' . rie. 250. - l ibno un Bacille arqué qu'ils croient fort peu différent de cholericus. celui du choléra asiatique; mais M. Van Ermengen l'a étudié de très près et lui trouve des caractères suffisamment distincts. Spirochsete. Ce genre a moins d'importance que le précédent pour la médecine, quoi- qu'on en ait observé une espèce dans la Fièvre récurrente ou Typhus à re- chutes, affection intermittente qui règne dans les districts pauvres de l'Allemagne du Nord, de la Russie et de l'Irlande. C'est le S. Obermeieri Cohn, découvert par Obermeier en 1873. Le genre Spirochœte Ehrb. est caractérisé par des éléments spirales, longs et à spirales flexibles, contenant un phycochrome (Cohn). Le S. Obermeieri est grêle, long de 1-40 f/, h courbures très égales et à mouvements ondulatoires très rapides (fig. 253). 11 se trouve dans le sang et disparaît en grande partie dans l'intervalle des accès de la fièvre ré- currente. On l'a cultivé (R. Koch), et il forme dans les cultures des faisceaux qui rappellent des amas de cheveux. Les uns le disent non inoculable, et d'autres assurent qu'il a pu être ino- culé au singe et déterminer chez lui la fièvre. Le S. plicalilis Ehrb. n'est peut-être FlG- 25 i. - - Spirochœte. pas spécifiquement distinct du précé- dent. Ses filaments sont contournés en hélice très longue (110-200 a); ils sont susceptibles de se mouvoir en ondulant; leurs tours despire sont très 1. M. Emcrich, qui a vu dans les selles cholériques le Vibrion en virgule, croit qu'il n'est pas spécifique et que ce rôle appartient à un Bacterium court et droit, qu'il a cultivé et inoculé avec succès à des animaux. 182 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. rapprochés, et leurs extrémités sont mousses. On l'a observé dans les eaux stagnantes, les infusions ; il vit aussi dans la mer. M. Warming a trouvé sur les côtes danoises un S. gigantea qui n'a pas Fie. 252. Spirochsete buccalis, de l'homme. moins de 3 jx d'épaisseur et dont les tours de spire ont 25 j* de hauteur. Son phytoblaste est finement granuleux. Il y a, souvent avec le Leptothrix, Fig. 253. — Spirochœte Obenuei/eri, dans le sang humain. un S. buccalis ou S. dentium (fig. 252), long de 10-20^, et dont les extrémités sont amincies. Mulhaûser en a décrit une espèce qui vit dans le fumier et n'a pas été cultivée (S. tenue Mulh.) ; elle est fort analogue, à ce qu'il semble, au S.Obermeieri. Gladothrix. Ce genre appartient pour M. Zopf à une famille spéciale, les Cladothri- cées, dont les représentants possèdent à la fois des cocci, des bâtonnets, des filaments et des spirales. C'est, comme nous l'avons vu (pag. 142), le fait du microphyte principal de l'urine, qui aurait été, sous ses différents états, désigné sous les noms de Micrococcus ureœ Cous, Bacillus ureœ Miq. et Bacterium ureœ Bill. Le C. dichotoma Cohn (fig. 251), qui se rencontre CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 183 dans les macérations, les eaux croupies, a d'abord été connu sous forme de filaments, semblables à ceux des Leptothrix, liés ténus, non arti- culés, rigides ou légèrement ondulés, incolores. On les avait primitivement considérés comme subdicbotomiquement ramifiés; puis M. Cohn a cru voir que ce sont en réalité des filaments simples accolés les uns aux autres dans une certaine éten- due et se séparant au delà. Le filament a une paroi bien distincte. Il s'épaissit sou- vent de la base au sommet, de façon a être cinq à sept fois plus gros en haut qu'en bas. D'après M. Billet, son protoplasma, jus- qu'alors bomogène dans toute l'étendue du pbytocyste, se contracte en un corpuscule arrondi, de réfringence plus grande, eu tout comparable à un noyau cellulaire. Ce noyau cellulaire s'allonge, se rétrécit vers son milieu et affecte la forme en biscuit des noyaux en voie de division, tandis qu'une cloison transversale divise le pbytocyste primitif en deux nouvelles cellules plus courtes, également rectangulaires, ayantcha- cune un noyau. Le phytocyste rectangulaire arrondit peu à peu ses angles, et devient une cellule sporifère elliptique, dont le noyau n'est autre que la spore. Celle-ci a un dia- mètre de 1-1.5 p. Les spores germent en- fio. 254. —.Cladotfirix dichotoma. suite, groupées on masse zoogléique dans laquelle on voit tous les états successifs de la plante. Dans ces dernières années, le genre Cladothrix avait surtout pris de l'importance à cause du rôle que l'on attribuait (Bostroem) à une de ses es- pèces dans la maladie des animaux et de l'homme qu'on nomme Actino- mycose. On en a fait avec raison le type d'un genre particulier, sous le nom (VActinomyces. Actinomyces. Ce genre, dont nous venons d'indiquer certaines affinités, et qu'on a aussi rangé parmi les Mucédinés-Racodiés, est représenté par une plante, VA. Bovin IIarz (lig. 255), qui est formée de masses jaunâtres, d'environ un millimètre de diamètre, qu'on a trouvées dans les foyers abcessueux observés dans l'Aclinomycose. Ces masses sont formées de filaments ramifiés qui se colorent par le violet de gentiane. Les filaments 184 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. sont renflés en massue ou subglobuleux à leur extrémité. Quand on a coloré la plante en violet par le réactif que nous venons d'indiquer, on poursuit les filaments dans la portion renflée, qui est, dans ce cas, de couleur rouge, et qui avait été primitivement considérée comme une conidie. UA. Boris produit chez le bœuf une maladie de la langue qui était flwy*„ MtMWi rrt 'f fer fi i r'MW/V Fie. "21)0. — Actinomyces Bovis. connue à la fin du siècle dernier, et souvent désignée sous les noms de Crapaudine, Tuberculose linguale, Langue de bois, Ostéosarcome maxillaire. 11 y a une vingtaine d'années que Rivolta attribua cette maladie ta un végétal qu'il nomma Discomyces. En 1877, Bollinger observa la plante dans l'ostéosarcome de la mâchoire du bœuf. Il essaya sans succès de l'inoculer à d'autres animaux. En 1873, la maladie fut observée dans l'espèce humaine (Ponfik); et depuis lors, on n'en compte plus les exemples. Sa terminaison est souvent fatale. L'Actinomycose se développe dans la plupart des viscères, principalement dans ceux de l'abdomen, dans les poumons, dans les os. Elle s'introduit chez les bestiaux dans le cordon spermatique et dans la prostate, à la suite de la castration (Csokor). Outre Y Actinomyces, les cavités purulentes renfer- ment des Staphylococcus et d'autres Schizophytes. Ponfik a pensé, à cause de l'analogie de Y Actinomyces avec le Streptothrix Forsteri, trouvé dans des concrétions du canal lacrymal, qu'il y avait lieu de rattacher ce dernier aux Bactéries. Mérismopédies et Sarcines. Nous avons vu certains Micrococcus se réunir quatre par quatre pour former des groupes aplatis. C'est là le caractère des Tetragenus et des Merismopœdia qui ne sont cloisonnés, par conséquent, que suivant deux directions. Si le cloisonnement se produit en longueur, largeur et épais- seur, le groupement devient cubique et c'est là le caractère plus particulier des Sarcina. Le genre Merismopœdia a été établi par Meyen en 1839, et dès 1853, Ch. Robin a nommé M. ventriculi le Sarcina ventriculi de Goodsir (fig. 256). C'est ce dernier qui a découvert la plante en 1842, dans l'estomac CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 185 de l'homme. Elle se trouve aussi dans le poumon, les dépôts de l'urine, dans le pus et chez plusieurs animaux. Les phytocystes qui la forment sont souvent groupés par 4-16, et les amas sont cubiques avec des angles arrondis. Mais on peut aussi, en suivant les divers états de développement, observer des groupes de deux phytocystes et des phytocystes isolés (Zopf). L'ensemble est donc une sorte de zooglée à gélatine peu abondante, cl peut-être devrions-nous rapporter simplement cette forme aux Micrococ- cus. Le phytoblaste est jaunâtre, verdàtre ou rougeâtre, plus rarement translucide et incolore. Les phytocystes isolés ont de 2 à 8 /* de diamètre. La plante peut se cultiver dans divers milieux, notamment sur des pommes Fig. 256. — Merismopssdia [Sarcina) ventriculi. de terre où elle forme des plaques jaunâtres. On a considéré à tort cette espèce comme caractéristique du cancer stomacal, car elle peut exister dans toutes les affections chroniques de l'estomac et même dans l'estomac sain. On l'a rencontrée sur des légumes cuits, dans des liquides de culture, dans delà bière aigrie, etc. Chez l'homme, elle été vue, quoique plus rare- ment, dans le rein, le poumon et même le sang. Nous rapporterons au même genre le Sarcina lutea des auteurs, qui a été observé dans l'air, peut se cultiver et ne paraît avoir aucune influence sur la santé; le S. hyalina ou Bacterium merismopœdioides qui, à la surface de la vase, se présente à l'état de cubes, mais peut, dans d'autres milieux, revêtir la forme de filaments et de chaînettes ; le S. liltoralis, dont les phytocystes incolores, arrondis, ont 2 p de diamètre, et qui a été obsei'vé dans l'eau de mer altérée. Chacun de ses éléments renferme 1-4 grains de soufre rougeâtre; le S. Reitenbachii, observé sur les plantes aquatiques et dont le phytocyste est teinté de rose ; le Micrococcus letra- gonus Kocii, rencontré dans les cavernes du poumon et dans le pus des abcès mélastatiques, inoculable aux animaux et formé de phytocystes larges de ^ 8. Le Merismopœdia glauca Warm., trouvé dans l'eau de mer, est remarquable par la matière verte qu'il renferme et qui le rap- proche des Algues les plus inférieures. Ses grains rappellent en effet beaucoup ceux d'un Pleurococcus. 180 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMFQUE. SAGGHAROMYGÈTES Saccharomyces. On a souvent donné comme synonymes les mots de Saccharomyces etde Ferments; nous verrons bientôt ce qu'il y a d'inexact dans cette confusion. La plupart des auteurs contemporains considèrent les Saccharomyces comme des Champignons unicellulaires d'une structure très simple. Ils les appellent aussi des Levures. Mais il y a certainement des levures beaucoup plus simples encore que les Saccharomyces. Récemment aussi l'autonomie générique des Saccharomyces a été forte- ment contestée (Brefeld). On les a considérés comme de simples conidies de Champignons plus élevés en organisation, conidies qui, dans des milieux nutritifs particuliers, pourraient se multiplier indéfiniment par gemmation, asexnellement. D'autres en font des Mucédinés, rangés, bien entendu, parmi les plus simples. On en fait encore (Frank) un ordre spécial, du nom de BlastomycHes, et on les a classés parmi les Discomycèles les plus dégradés, à thalle dit dissocié. Le genre Saccharo- myces avait été établi par Meyen avant 1838. Ferments alcooliques. — C'est en 1680 que Leeuwenhock, étudiant la Levure de bière, vit qu'elle était formée de nombreux corpuscules ovoïdes ou irrégulièrement sphériques. Il attribua leur origine aux farines employées dans la confection du moût de bière (il faut dire à ce propos que les Levures du commerce renferment souvent de^ grains de fécule). « Mais cette observation, disait, en 1837. un savant français, Cagnard-Latour, n'a pas conduit son auteur au point le plus important, qui était de savoir que les globules sont capables de germer et de végéter dans le moût de bière pendant sa fermentation. » Ce même savant avait, dès 1835, admis pour la Levure : « que les grains dont elle se compose ont une forme globuleuse ; d'où j'avais conclu que très probablement ces grains étaient organisés. » En 1837 il disait : « On peut regarder comme fort probable que les globules de la Levure sont organisés et qu'ils appartiennent au règne végétal », mais que ce sont des plantes très petites; et plus loin il ajoute que « pré- sumant que les globules de la Levure devaient avoir la faculté de se re- produire », il a fait des essais pour s'en assurer et qu'il y a réussi. « Les globules de fei'inent, dit-il encore, sont susceptibles, à ce qu'il parait, de pouvoir se développer très promptement; car un peu de moût de la cuvée ayant été examiné au microscope, huit heures après la mise en levain, présentait déjà dans le champ de l'instrument 80 à 100 globules, tandis qu'aussitôt après l'introduction du levain, on n'en voyait moyennement que 18. D'ailleurs, après que l'on eut recueilli toute la quantité de Levure CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 187 que la cuvée (de porter) avait pu produire eu fermentant, on a trouvé que celte quantité était à peu près sept fois le poids du levain employé ; ce qui s'accorde, comme on le voit, avec les résultats de mon examen microsco- pique. D'après la promptitude avec laquelle l'excédent de Levure a été obtenu, il y a tout lieu de croire que cet excédent est résulté principale- ment de la reproduction même des globules du levain, c'est-à-dire de ce que ces globules ont trouvé dans le liquide qui les contenait l'aliment propre à favoriser cette reproduction. » Les conclusions du travail sont les suivantes : « 1° que la Levure de bière, ce ferment dont on fait tant usage et que, par celle raison, il convenait d'examiner d'une manière particulière, est un amas de petits corps globuleux, susceptibles de se re- produire, conséquemment organisés, et non une substance simplement organique et chimique, comme on le supposait; 2° que ces corps paraissent appartenir au règne végétal et se régénérer de deux manières différentes, et 3° qu'ils semblent n'agir sur une dissolution de sucre qu'autant qu'ils sont en état de vie; d'où l'on peut conclure que c'est très probablement par quelque effet de leur végétation qu'ils dégagent de l'acide carbonique de cette dissolution et la convertissent en une liqueur spiritueuse. » Con- trairement à ce que font les divers auteurs qui se recopient sans remonter aux sources, et ne pouvant, comme nous l'aurions voulu, reproduire le mémoire de Cagnard-Latour dans son intégrité, nous en rappelons cer- tains passages qui prouvent que dans une solution sucrée où il y a de la Levure, en même temps qu'il se produit de l'alcool, il se dégage de l'acide carbonique dû à la végétation de la levure qui en même temps se mul- tiplie. Grâce à ces textes, on voit bien que Cagnard-Latour avait expliqué tout le problème dans ce qu'il a d'essen- tiel, et qu'il ne restait plus qu'à doser dans le liquide les substances employées et celles qui existent à la fin île l'expé- rience. On connaît actuellement beaucoup mieux qu'en 1837 la plante dont il vient d'être question, et il faut l'étudier sur nature pour en bien déterminer le carac- tère. C'est le Saccharomyces Ccrevisiœ Meyen (Torula Cerevis'uv Turp. —Hor- miscium Cerevisiœ Bail. — Cryptococcns fcrmentumKuETT.. — C.CerevisiœKuETZ.). Pour l'observer, il suffit de prendre quelques gouttes de moût de bière et d'en transporter une minime portion sur le porte-objet du microscope. Si ses globules sont au repos, c'est-à-dire sans trace de liquide nutritif, ils apparaissent (fig. ^57) sous forme de phytocystes, elliptiques, ovales ou plus rarement spbériques, ayant dans leur plus grande longueur 8-10 p. Fie. 2r>7. — Saccharomijces Cerevisiœ, ;iu repos (Dubief). 188 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. Leur pciroi est d'une grande ténuité, un peu sinueuse ou ondulée, et leur contenu est translucide, avec un grand nombre de granulations intérieures sur lesquelles nous reviendrons bientôt. Telle est à peu près figurée la Levure dans le mémoire que publia Tur- FlG. 258. Saccharomyces Cerevisiœ. pin en 18.Î8 « sur la cause et les effets de la fermentation alcoolique 1 ». Pour taire sortir le S. Cerevisiœ de son « repos », qui pourrait durer des années, il faut faire intervenir un liquide nutritif comme l'eau sucrée. Alors, si l'on empêche, sur le microscope, la dessiccation de se produire, on voit les globules de la Levure, devenus turgescents, bour- geonner en un ou deux points, et chaque globule secondaire peut bour- geonner de la même façon. Le Saccharomyces finit donc par devenir ramifié, et son phytocyste devient plus net. Quant aux inicrosomes de son phyloblaste, ils demeurent en partie petits et sombres. D'autres taches répondent à des masses huileuses; d'autres enfin, plus grandes encore, à des vacuoles qui prennent la place de la portion du phyloblaste qui a passé dans les bourgeons. Ceux-ci, s'étranglant à leur base, se séparent de la Levure mère et peuvent se comporter isolément de la même façon qu'elle. Si maintenant le liquide sucré dans lequel le Saccharomyces était 1. Étudiant au microscope une Levure de bière, Turpin décrit les globules, leurs corpuscules intérieurs. Il les a vus former un faux parenchyme par leur rapprochement et leur déformation; ce qui est, en etîet, fréquent. Il a observé la gemmation des glo- bules, la formation de files moniliformes. Dans l'eau sucrée, il lui semble que les glo- bules s'étiolent et il suppose qu'il leur manque quelque aliment qui se trouve dans la cuve du brasseur. Il croit à leur transformation en Pénicillium, comme l'ont fait plu- sieurs auteurs plus récents. C'est dans ce travail que Turpin a écrit cette phrase que beaucoup de personnes ne songent pas à lui attribuer : Point de décomposition de sucre, point de fermentation sans l'acte physiologique d'une végétation. Le mémoire de Turpin a été lu à l'Académie des sciences de Paris, le 20 août 1838. CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 189 plongé vient à s'épuiser, la Levure peut se putréfier ou se dessécher. Mais auparavant, elle peut aussi former des sporcs(fig. 259). Dans la spo- rulation, le phytoblaste se scinde eu deux, trois qu quatre niasses. Chaque Fie. 259. — Saccharomyces Cerevlsiœ. Sporulation et germination (Dubief). masse est réfringente et s'entoure de fins microsomes. Puis elle devient nettement sphérique et se recouvre d'un phytocyste propre. Les spores une fois constituées, on les fait germer en les plaçant dans un milieu nutritif, et elles bourgeonnent alors à la façon de la Levure primitive. I'ig. 260. -- Saccharomyces Cerevisiœ. Rourgeonnement. Chaque phytoblaste possède un noyau qu'on décèle en le colorant. Il suffit de fixer avec l'acide picrique et de colorer à l'hématéatc d'ammo- niaque. Le noyau central se montre alors sous forme d'une tache sombre et arrondie. Payen a analysé la Levure de bière et lui a trouvé la composition suivante : Matière azotée 62.7:> Cellulose 22.37 Graisse 2.10 Matière minérale : J.S0 190 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. C'est cette Levure dont M. Pasteur a étudié le mode d'action en 1860, dans le plus célèbre de ses mémoires : Sur la fermentation alcoolique, dans lequel il appelle ainsi « la fermentation qu'éprouve le sucre sous l'influence Fi<;. 261. -- Saccharnmyces Cerevisiœ. a, colonie de cellules produites par bourgeon- nement les unes des autres; c, un phytocyste dont le protoplasma est segmenté en deux masses; b, un phytocyste dont le protoplasma s'est divisé en quatre spores: d, e, spores en voie de germination. du ferment qui porte le nom de Le r lire de bière », et où il établit « que l'expression de Fermentation alcoolique no peut pas désigner tout phéno- mène de fermentation où il se produirait de l'alcool; car il peut y en avoir de diverses sortes ayant ce caractère commun ». Dans ce travail, l'équation finale de la fermentation du sucre par la Levure est, en résumé, la suivante : 100 parties de sucre de canne (C'^rF'O 11 ), qui correspondent à 105.36 de glucose (C 12 H 12 12 ), sont décomposées en : Alcool 51.10 Acide carbonique 49. 20 Acide succinique 0.05 Glycérine . . 3.40 Matière cédée à la levure, etc 1.30 105.65* Les chiffres indiqués pour la glycérine et l'acide succinique sont là pour rectifier l'équation ancienne de Lavoisier, et M. Pasteur admet que ces corps ne proviennent pas de la Levure, mais des éléments mêmes du sucre. C'est Schmidt qui, dans cette fermentation, a découvert la présence de l'acide succinique, en 1847. Nous avons vu la Levure riche en huile, 1. Ces nombres varient dans presque toutes les citations des auteurs. Ceuv que nous reproduisons sont empruntés à Wassersuy. CRYPTOGAMES CFLLULAIKES. 191 et on peut se demander si ce n'est pas de celte matière grasse que pro- viendrait l'acide succinique. M. Pasteur a donné dans son mémoire (p. 74) des figures du Saccharomyces Cerevisiœ qui sont assez inexactes. Le S. Cerevisiœ, cultivé avec des liquides nourriciers appropriés, donne la Levure que les brasseurs emploient dans la fabrication de la bière, que les boulangers mettent, en certains pays, dans la pâte du pain pour la faire lever, et qui est souvent dite arliiiciclle. Sa végétation est active vers 30 — 35° centigrades; elle l'est moins de 8° à 30°. Elle s'arrête à peu près au-dessous de 3°, et le végétal meurt dans un liquide au-dessus de 75°. Mais, desséché, le ferment se conserve, pour ainsi dire, indéfiniment et supporte pendant plusieurs heures sans périr une température de 100° à 139°. L'industrie distingue des Levures haute et basse. La première s'em- ploie pour obtenir la fermentation dite haute, du porter, de l'aie et d'autres bières brunes et blanches. La deuxième détermine la fermenta- tion, dite basse, des bières de mars, de Bavière, etc. La haute a des phyto- cystes plus elliptiques et plus gros. La basse les a plus globuleux et plus petits; mais dans certaines cultures, et en particulier par une simple élévation de température, la basse peut grossir et prendre la forme ellip- tique de la haute. Le S. ellipsoideus Reess est une espèce (?) très voisine de la précé- dente. Ses phytocysles sont en général plus allongés relativement à leur longueur; ils présentent lors de leur gemmation des ponctuations et des vacuoles bien plus prononcées; et dans un liquide nutritif, ils forment des chapelets bien plus allongés et à éléments plus nombreux, placés bout à bout (fig. 265). Ils ont alors environ 6 p de long, sur 4 y. de large. C'est, Fig. 26-2. — Saccharomyces conglomérats. Fig. 2G3. — Saccliaromijces exigu us. d'après M. Pasteur, le ferment alcoolique ordinaire du vin, l'agent de la fermentation du moût de raisin. Il se trouve fréquemment à la surface des fruits fermentescibles de notre pays, et peut, bien entendu, pénétrer dans leur intérieur. Le S. conglomeratus Reess (fig. 202) a aussi été décrit comme une espèce distincte. Ses éléments sont globuleux, larges de 5 à p., disposés en 192 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. petites pelotes agglomérées, arrondies; ce qui est attribué à la rapidité de la gemmation. On l'a observé à la surface des grains de raisin qui se pour- rissent et dans le moût au début de la fermentation ; mais on le dit rela- tivement rare. Le -S. exiguus Reess (fig. 263) est formé de grains placés par deux, trois, bout à bout. Ses phytocystes bourgeonnants sont coniques ou tur- Fig. 264. — Saccliaromyces Mycoderma. Fig. 265. Succliaromyces cllipsoideus. binés, peu ramifiés, longs de 5 p, larges de 2 à 5 p. On le trouve mélangé au S. Cererisiœ, vers la fin de la fermentation de la bière. Le S. Pasîorianus Rkess (fig. 207) forme de longues ramifications quand la végétation est active. Dans ce cas, leurs éléments sont ovales- allongés, arrondis ou claviformes, longs de 18 à 22 p., sur 8 à 10 y. de large; ils portent des pbytocystes bourgeonnants longs d'environ 5 p. Quant la végétation se ralentit, les éléments sont isolés, ovoïdes ou oblongs, et peuvent également bourgeonner. La plante se voit à la surface des fruits, dans leur suc, dans la bière et dans le vin, surtout à la fin de la fermen- tation. Le S. vini (S. Mycoderma Reess) (fig. 264) est le Mycoderma vint Desm. (M. Cerevisiœ Desm. — Hormiscium vint Ronord. — //. Cere- risiœ Bonord.). C'est lui qui forme les pellicules dites Fleur de vin, qui se voient sous forme de plaques blanches, puis grisâtres, lisses d'abord, puis plissées, à la surface des vins, bières, etc., abandonnés à l'air libre. Il est formé de grains ovoïdes, elliptiques ou subcylin- driques, granuleux, longs de p. 7, larges de 2 jx, rapprochés en colonies ramifiées, souvent au nombre de trois dans chaque branche. D'après M. Pasteur, tant que cette plante se trouve à la surface d'une boisson fermentée, elle prend l'oxygène de l'air et le porte au contact de l'alcool du liquide qui est ainsi oxydé et se détruit. Si, au contraire, la plante CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 193 est plongée dans un liquide sucré, comme il arrive quand la pellicule my- codermique est brisée et mélangée au liquide, celui-ci fermente et produit de l'alcool. M. Cienkowski a constaté dans ce végétal un mode de reproduction qu'il compare a celui des Mucorinés, en ce sens que l'un des phylocysles pourrait émettre une sorte de bourgeon allongé, qui se séparerait par une cloison transversale du pbylocysle dont il est émané. Puis lui-même serait ultérieu- rement partagé par une cloison trans- versale en deux pbytocystes secondaires qui se sépareraient aussi l'un de l'autre. Le S. apiculatus Reess (fig. 268) avait été primitivement considéré comme le type d'un genre à part, sous le nom de Carpozyma. Il se distingue par ses éléments en forme de citron, elliptiques, avec une pointe conique Fig. 266. — Saccharomyces minor. Fig. 207. — Saccharomyces Paslorianus (Pasteur) à chaque extrémité. Leur longueur est de G à 8 p, sur 2 p, 3 de large. Les bourgeons apparaissent, solitaires ou en petit nombre, aux extré- mités aiguës, et ils se détachent bientôt; de sorte que la plante est 13 194 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. rarement ramifiée. Cette espèce est fréquente à la surface des fruits, notamment des raisins; ce qui fait qu'on lui attribue souvent la fermen- tation spontanée. Elle s'observe aussi dans le vin, au commencement sur- tout de sa formation, dans la bière, etc. Elle se comporte d'ailleurs comme le S. Cerevisiœ. Notons ici en passant, pour y revenir à l'occasion, qu'il y a un grand nombre de Cryptogames qui, en dehors des Saccharomyces, peuvent pro- duire la fermentation alcoolique. Fig. 268. Saccharomyces (Carpozyma) apiculatus. Le Champignon du Muguet a été aussi, nous le verrons (p. 226), attribué au genre Saccharomyces. Fermentation acétique. — A voir les grandes analogies de la fermen- tation qui précède avec celle-ci, on serait tenté de croire à une [étroite parenté entre les plantes qui président à l'une et ;i l'autre. Il n'en est rien cependant, et l'analogie n'est que physiologique, comme nous le verrons bientôt. Fig. 269. — Micrococcus aceti. Vin tourné en vinaigre. M. Pasteur, que les faits relatifs à l'histoire naturelle préoccupaient peu, a nommé Mycoderma aceti le microphyte qui présiderait à cette fermen- tation. Pour qu'elle se produise, il faut mettre en présence la plante, CRYPTOGAMES CELLULAIRES- 195 l'alcool, et il faut l'intervention de l'oxygène. Le M. aceti, ne vivant pas aux dépens de l'alcool, comme la levure de bière vit aux dépens du sucre, l'alcool s'oxyderait par l'intermédiaire de la plante. Pour le démontrer, M. Pasteur sème le M. aceti à la surface d'un liquide qui contient en disso- lution des matières organiques azotées et des phosphates. La plante se dé- veloppant recouvre d'une couche mince la surface du liquide. Celui-ci est enlevé à l'aide d'un siphon et remplacé par de l'eau alcoolisée. L'acide acé- tique apparaît alors, et on en produit indéfiniment de nouvelles doses si l'on remplace par de l'eau alcoolisée le liquide acide toutes les fois que la réaction se ralentit. Si l'on n'agissait point de la sorte, la plante détruirait l'acide acétique produit, en le transformant en acide carbonique el en eau. Si maintenant nous examinons au point de vue de l'histoire naturelle le prétendu M. aceti, nous verrons * que c'est une zooglée, et que sa pellicule empri- g ^ c q ^ sonne des plantes à éléments presque sphériques, ~ ° ^ ^ longs de 2 à 5 p, 5 sur \u. 5 àl pt de large, libres ; Lemaire a des droits à la reconnaissance publique; il est, dit M. L. Le Fort, « le véritable fondateur de la théorie et de la doctrine antiseptiques... et toute la doctrine de Lister n'est que la reproduction des idées de Lemaire ». 2. Nous devons rapprocher de ce qui précède les extraits suivants d'une note sur la fermentation lactique, écrite par .M. L. Boutroux à l'instigation de M. Pasteur : « Le ferment lactique se présente le plus ordinairement, à l'œil nu, sous la forme d'un voile placé à la surface du liquide où on le cultive, voile d'une faible ténacité et souvent d'une épaisseur irrégulière, se disloquant en lambeaux écailleux. Au microscope, on voit qu'il est constitué par des cellules ovales, disposées ordinairement par groupes de deux, égales, placées bout à bout; souvent aussi en chapelets de forme plus ou moins courbe. Les dimensions des cellules sont très variables. La largeur varie environ entre 1 et 3 millièmes de millimètre; la longueur est à peu près double. La forme même n'est pas absolument fixe. Au début de la fermentation, on trouve fréquemment de très grosses cellules à peu près sphériques; d'autres présentent en leur milieu un étrangle- ment plus ou moins profond, qui leur donne en coupe à peu près la forme d'une lem- niscate; d'autres sont divisées par une cloison transversale; enfin, on y rencontre des chapelets dont les grains vont en diminuant de grosseur, et se rapprochent de la forme normale ; quelquefois deux chapelets partent d'une même cellule, très grosse, CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 197 Il y a d'autres végétaux en présence desquels la fermentation lactique peut se produire : deux Micrococcus de la salive humaine (Hueppe) y produiraient l'acide lactique qui y a été trouvé; le M. prodigiosus Gohn, etc. 1 . Nous pouvons rapprocher de la fermentation lactique celle du Kéfir, hoisson médicinale, acidulé et gazeuze. introduite récemment chez nous, 3 * t \ ^ P.. „ (F* /? Fig. 271. — Ferment lactique. Fie. 272. — Ferment du Kéfir. mais dont l'usage paraît ancien et très répandu en Russie. On l'obtient en faisant fermenter du laità l'aide de masses mamelonnées, irrégulières, jau- nâtres qui renferment, entre autres choses, un Bacterium arqué (fig. 272), que nous nommerons B. caucasicum (Dispora caucasica Kern). C'est un bâtonnet arqué qui, vu dans certaines directions, avait paru pourvu à cha- cune de ses extrémités d'une petite masse arrondie, prise d'abord pour une spore, mais qui n'est que le sommet mousse du bâtonnet. Il y a aussi du ferment lactique dans le Kéfir. Plusieurs auteurs ont admis, répétons-le, que d'autres végétaux que le B. lacticum pouvait produire la fermentation lactique. Panification. — Il y a, notamment dans l'économie animale, des fer- mentations très complexes. Il y en a aussi en dehors des êtres vivants. Nous n'en citerons ici qu'un exemple des moins compliqués, d'après lequel le biologiste se rendra compte de ce que peuvent être les autres, et de ladif- sphérique. A mesure que la fermentation s'avance, les formes se régularisent; les cellules deviennent d'une grandeur uniforme. Enfin, quand la fermentation est ter- minée, on ne voit plus que des grains fins, en groupes tout à fait irréguliers, souvent très serrés... Pour que le milieu soit propre au développement (du ferment), il faut de l'oxygène à l'état libre. Si, après avoir ensemencé un mélange sucré, on fait le vide sur le liquide, ou si, avant et après l'ensemencement, on fait passer dans le liquide un courant d'acide carbonique privé de poussières, aucun développement n'a lieu; le liquide ne subit aucune altération... Lorsque la fermentation est terminée, le voile tombe au fond en se disloquant, sous l'influence de la moindre agitation; mais il garde sa vitalité. Je n'ai pas constaté la formation des spores; les cellules se conservent sans être transformées... En s'appuyant sur d'autres expériences, on peut considérer le ferment lactique et le Mycoderma aceti comme un seul et même organisme dont les fonctions varient avec la composition du liquide nutritif. » 1. M. J. Duval croit avoir obtenu la fermentation lactique avec le Saccharomijces CerevistSR. M. Pasteur a nié la possibilité de ce fait et a dit que la levure de M. J. Duval n'était pas pure. M. J. Duval a alors prié M. Pasteur de lui communiquer de la levure pure. .Mais M. Pasteur lui a répondu : « J'ai le regret de ne pouvoir mettre à votre disposition le mycoderme que vous me demandez. » 198 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. ficulté qu'on aura à les analyser le jour où l'on renoncera à la simplicité théorique des ouvrages didactiques. Nous voulons parler de la panification qu'un très grand nombre de chimistes définissaient une variété de la fer- mentation alcoolique. Il ne s'agit pas, bien entendu, de ceux qui contes- tent la formation de l'alcool dans la panification. On peut toujours cons- tater dans celte opération la présence de vapeurs alcooliques. On trouve toujours aussi dans la pâte en fermentation des Bacilles et des Saccha- romyces, notamment le S. Mycoderma Reess, et surtout le S. minor Eng. (fig. 266). Celui-ci est formé de globules spbériques ou un peu allongés, bien plus petits que ceux du S. Cerevisiœ. Dans un liquide nutritif ren- fermant du sucre, il produit une fermentation plus lente, et il bourgeonne également. On l'a vu aussi, dit-on, se reproduire par spores. Il se cultive dans divers milieux, et les produits de culture transforment le sucre en alcool. Dans la panification, il se comporte à la surface de la masse comme un anaérobic. La pâte devient légèrement acide; ce qui est dû à une forma- tion d'acide acétique, attribuée aux S. minor cl Mycoderma (Archangeli). Le Bacille qu'on obtient en cultivant le levain, est bien voisin, sinon iden- tique au B. subtilis. Il rend solubles les matières albuminoïdes, le gluten. Si la masse ne subit pas la fermentation putride, elle le doit à la présence de la matière sucrée. CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES, BIOLOGIQUES. TAXINOMIQUES, PRATIQUES ET CRITIQUES SUR LES FERMENTS ET LES FERMENTATIONS. Les considérations générales que nous présenterons ici et que nous nous permettrons de recommander à l'attention des médecins, ont été jusqu'à présent à peu près complètement abandonnées aux chimistes. Comme on attribue de nos jours, non sans raison, une grande importance médicale à toutes les questions qui touchent aux ferments, on a le droit de dire qu'on peut bien, en dédaignant et en ignorant ces questions, être un praticien presque aussi bon et aussi utile aux malades que les autres, mais qu'on n'aura pas, surtout dans un avenir prochain, le droit d'af- firmer qu'on soit un médecin éclairé et vraiment digne de ce nom. On n'aura pas surtout à sa portée les instruments de synthèse et d'analyse requis pour juger ce que les nouvelles doctrines renferment d'utile à la médecine; ni les armes nécessaires pour repousser ce qu'elles ont d'exclusif, d'illogique et d'exagéré. La médecine veut des faits positifs et ne se contente pas d'affirmations; mais il est indigne d'elle de repousser de parti pris les innovations par cela même que ce sont des innovations. Il est puéril et dangereux de dire, avec certains indifférents, qu'il importe peu de savoir ou non qu'une maladie est caractérisée par tel ou tel bacille. C'est comme si l'on disait qu'il importe peu de savoir que la gale est caractérisée par un sarcopte ou [la] teigne par un trichophyte. CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 199 Mais il est tout aussi puéril d'affirmer, avec certains enthousiastes, désin- téressés ou non, qu'il y aura désormais deux médecines, celle d'avant le microbe et celle d'après le microbe. C'est comme si l'on décrétait qu'il y a eu une médecine d'avant le quinquina et une d'après le quinquina. Avec le temps, beaucoup de temps sans doute, la médecine qui, comme toute chose, progresse et se perfectionne sans cesse, admettra dans la construction de son édifice ce qui est vrai, bon et utile, et rejettera défini- tivement ce qui est inexact et nuisible. Il est pénible sans doute de voir un médecin se refuser à étudier un progrès quelconque soumis à son examen. Mais combien n'est-il pas plus pénible encore de voir des néophytes qui ont appris une douzaine de sciences en trois ans, et qui les connaissent toutes également bien, con- damner sommairement les hygiénistes les plus expérimentés, juger en souverains maîtres la médecine qu'ils ne connaissent que de nom, et pré- tendre l'enseigner à des savants respectables qui ont blanchi sous le harnois et qui ont consacré de longues veilles à l'observation et à la méditation des maladies ; comparer, dans un joli roman, la maladie à une invasion de barbares, et se demander s'il y a actuellement une maladie sans microbe 1 ! Le malheur est que les médecins sérieux ne peuvent le plus souvent répondre que par le silence aux dédains et aux mépris des choryphées de la « vérité nouvelle », attendu qu'ils n'y sont point prépirés. Nous avons précisément écrit les chapitres qui précèdent en vue de les mettre au courant, aussi bien que les élèves de nos écoles, des vérités, des hypothèses, des exagérations et des erreurs qui consti- tuent ce qu'on nomme les nouvelles doctrines, et, par suite, de leur donner des armes pour défendre légitimement la dignité et les intérêts de leur profession, injustement attaquée et souvent traitée avec un sans- façon et une désinvolture qui doivent retomber sur ses détracteurs. Quelle opinion d'abord peut-on se faire à l'heure qu'il est de ce que l'on nomme les fermentations 2 ? Les uns, et ce sont les disciples de M. Pasteur, entendent par fermentation tout phénomène chimique dû aux cellules vivantes. Ceux-là n'admettent plus les ferments dits solubles; mais plusieurs accordent encore que des cellules peuvent sécréter des ferments solubles, agents des fermentations. D'autres, moins exclusifs, disent « qu'il y a fermentation toutes les fois qu'un ou plusieurs corps organiques ou organisés subissent des changements de composition ou de propriété sous l'influence d'une substance organique azotée, appelée ferment, qui agit sous une faible niasse et ne cède sensiblement rien cà la 1. C'est, parait-il, la môme chose en Allemagne où de Bary parle « du zèle exagéré qui conduisit quelques auteurs inexpérimentés à voir et à chercher partout des para- sites ». Il ajoute que « l'épidémie de choléra qui sévit en 1866 dans une partie de l'Eu- rope, contribua à augmenter cette ardeur inconsidérée qui eut pour résultat de dé- tourner les observateurs sérieux de ces recherches où les erreurs n'étaient plus à compter ». 2. Voy. la note de la page 203. 200 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. matière fermentée (A. Gautier*). On a aussi établi une distinction entre les fermentations dites directes (Saccharomyces Cerevisiœ), et les fermen- tations qu'on nomme indirectes et qu'on a définies « des réactions dont la cause dérive d'un organisme, mais peut agir en dehors de lui » (Schùlzen- berger). On en a donné pour exemple, entre autres, le mode d'action du suc pancréatique. Alors que la graisse a été émulsionnée, il s'est produit une émulsion, puis une saponification, avec dédoublement par hydrata- tion de la trioléine, de la trimargarine, de la tristéarine, en acides gras et en glycérine. On connaît à fond la formule chimique de ce phénomène; on sait que dans ce cas, comme dans celui d'une fermentation directe, une petite quantité de ferment a agi sur une masse relativement considérable de matière fermentescible; mais on ignore la cause foncière du phéno- mène et on ne sait pas comment le produit de certaines cellules de l'orga- nisme vivant a pu le déterminer. On disait, il y a quelques années, qu'i y aune grande analogie entre ce phénomène et celui qui se produit dans la fermentation du sucre, mais que dans cette dernière fermentation, l'être vivant qui la produit, le Saccharomyces, est nécessairement présent, tandis que le pancréas, qui a produit le suc pancréatique, peut ne pas être présent au moment où le phénomène se produit, le suc pancréatique pouvant être séparé de lui. Mais on ajoutait, non sans logique, que cette différence pouvait bien n'être qu'apparente et disparaître le jour où le mode d'action des microphytes dans les fermentations directes sérail mieux connu. Ce jour est, on peut dire, arrivé pour certains ferments d'origine végé- tale. Au début, M. Pasteur avait émis l'idée que chaque sorte de fermen- tation était produite par un organisme spécial ; il admettait la Spécificité des ferments. Pour la fermentation alcoolique, le forment spécifique était le Saccharomyces Cerevisiœ; la matière fermentescible spécifique était le sucre. La notion était d'une netteté absolue, et elle présentait, par suite, un caractère franchement scientifique et qui devait satisfaire les plus exi- geants. Mais depuis lors, les chimistes nous ont appris que l'on obtient la fermentation alcoolique avec une foule d'autres Saccharomyces, avec des Carpozyma, avec des Mucor, des Dematium, des Pénicillium, des As- pergillus, puis des raisins, des prunes, des graines, des feuilles (Lechartier et Bellamy, Mùntz, de Luca, etc.), voire même des cellules animales, c'est- à-dire du protoplasma organique sous ses différentes formes. D'autres chimistes nous ont montré les ferments alcooliques agissant sur une foule de substances différentes du sucre de canne; et alors on se demande où r de part et d'autre, se trouve la spécificité. La notion scientifique nette et précise est remplacée par une notion vague et mystérieuse, attribuée aux protoplasmes. Autant vaut nous ramener aux arcanes de la catalyse- De sorte que M. Pasteur a probablement dû renoncer à la spécificité 1, Thèse d'agrégation de 1869. CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 201 des ferments, comme il a dû renoncer à la panspermie telle qu'il l'avait conçue. Ce n'est pas que nous l'en blâmions, puisque l'invariabilité serait la négation du progrès. Mais nous avons le devoir de constater qu'il a toujours abandonné, d'année en année, les assertions à priori qu'il avait d'abord émises avec une assurance absolue. Laissons maintenant les chimistes s'entendre entre eux. Un jour peut- être ils seront unanimes à choisir entre les diverses opinions : La levure agit-elle par simple action de contact ? (Berzelius). La levure agit-elle en prenant au sucre son oxygène? (Pasteur). La levure détermine-t-elle la décomposition du sucre en se décomposant elle-même? (Liebig). La levure se nourrit-elle du sucre pour rejeter ensuite l'alcool, l'acide carbo- nique, l'acide succinique comme produits de désassimilation? (Béchamp). La levure fabrique-t-elle un ferment soluble qui agit sur le sucre comme les diastases agissent sur les fécules ? (Berthelot). « Les fermentations, dit M. Schûtzenberger, peuvent être provoquées et le sont énergiquement par des êtres organisés spéciaux. Quant à une relation plus précise entre le phénomène chimique et les fonctions physiologiques de l'organisme terment, elle reste encore à trouver, et tout ce que l'on a dit, écrit et avancé pour résoudre la question manque de contrôle expérimental. » M. Berthelot admet aussi que si dans quelques cas les fermentations à fer- ments figurés peuvent se faire en dehors de ces organismes, ceux-ci n'en contribuent pas moins, le plus utilement possible, à la fermentation ; mais il conclut que « si les ferments spécifiques se distinguent parleur prompte efficacité, cependant ils ne sont point indispensables pour l'accomplisse- ment d'un effet déterminé ». On sait encore que la question de la fermentation alcoolique est entrée dans une voie nouvelle, le jour où M. Berthelot a publié des notes que Claude Bernard avait écrites avant sa mort au sujet de la fermentation des raisins. Plusieurs fois devant nous Claude Bernard avait déclaré que M. Pasteur était dans le faux « quand il attribuait, ce sont ses propres ex- pressions, tout à ses microbes». Bans les notes dont il est question, on lisait: La théorie de la fermentation alcoolique est détruite. 1° Ce n'est pas la vie sans air. — Car à l'air comme à l'abri de son contact, l'alcool se forme sans levure. 2° Le ferment ne provient pas de germes extérieurs. — Cardans les jus aplasmiques ou inféconds — verjus et jus pourris — le ferment ne se dé- veloppe pas, quoiqu'ils soient sucrés. Si l'on ajoute des ferments, ils fer- mentent. 3° L'alcool se forme sous l'influence d'un ferment soluble en dehors de la vie, dans les fruits mûrissants. -- Il y a alors décomposition du fruit et non synthèse chimique de levure ou de végétation. L'air est abso- lument nécessaire pour cette décomposition alcoolique. 4° Le ferment soluble se trouve dans le jus retiré des fruits, jus pourris. — L'alcool continue à s'y former et à augmenter. Avec l'infu- 202 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. sion de levure ancienne cette démonstration devient encore plus facile. 5° Il y a dans la fermentation deux états à étudier : Décomposition; sy?i- thèse morphologique. M. Pasteur a répondu que les expériences de Claude Bernard n'avaient pas été faites avec toute la rigueur possible. Il a fait lui-même des expé- riences avec des raisins en serre, privés de germes, enveloppés de coton stérilisé et qui n'ont pas fermenté, dit-il, après maturité et écrasement; ilavu que la teneur en alcool n'a pas augmenté dans les raisins de serres abandonnés pendant longtemps. Mais nous ne voyons pas qu'il ait convaincu ses contradicteurs; et nous nous arrêtons toujours à l'objection de M. Ber- thelot : « Dire qu'une substance fermente par un acte de la vie du fer- ment, c'est reculer la difficulté, et il est nécessaire (à moins d'admettre comme explication une cause vitale mystérieure) de préciser, autant qu'il se peut, la série des actions cbimiques ou mécaniques successives, dont la fermentation n'est que l'effet final? Pour M. Berthelot, la question ne peut pas se résoudre comme l'a fait M. Pasteur dans ses expériences sur les raisins. Il s'agirait de savoir si le changement chimique, produit dans toute fermentation, ne résulterait pas d'une réaction fondamentale provoquée par un principe défini, spécial, de l'ordre des ferments solubles, lequel se consommerait au fur et à mesure de sa production, en se transformant chimiquement pendant l'accomplissementmême du travail qu'il détermine. La fermentation alcoolique serait, comme toutes les autres, ramenée à des actes purement chimiques. On peut conclure encore, avec M. Berthe- lot, que « rapporter une métamorphose chimique à un acte vital, ce n'est pas l'expliquer. Au contraire, tous les efforts de la chimie physiologique ont pour but d'analyser les changements naturels qui se produisent dans les êtres vivants et de les ramener à une succession régulière d'actes chi- miques déterminés. Tant que cette analyse exacte n'aura pas été réalisée par la métamorphose du sucre en alcool, la théorie chimique de la fer- mentation ne sera pas faite, et il demeurera conforme à l'esprit de la science moderne de maintenir, devant l'esprit des expérimentateurs, les hypothèses multiples que l'on peut imaginer. Cela — non certes — comme des vérités acquises, mais cà titre de suggestions utiles vers des expériences originales destinées à découvrir la véritable explication ». Au point de vue biologique, le Saccharomyces Cerevisiœ est pour nous, de même que tous les végétaux analogues, un être qui, n'étant pas pourvu de chlorophylle, doit, au contact de l'air, dans son état d'évolution nor- male, respirer en absorbant de l'oxygène et en le combinant pour former de l'acide carbonique. Mais quand on le plonge dans un liquide, sucré ou non, il est dans un état anormal, et morbidement, nous l'avons dit, cet être que l'on noie a recours pour se procurer de l'oxygène h la désoxydation des matériaux nutritifs au contact desquels il est plongé. Une autre plante cryptogame telle que le Pénicillium crustaceum, se comporte abso- lument de même ; car, plongée dans le liquide sucré, elle lui emprunte CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 203 de l'oxygène; mais ce n'est pas là son état physiologique. Elle souffre; ses formes sont altérées, comme ses fonctions et son développement. Aussi n'est-ce qu'en dehors du liquide qu'elle peut normalement former ses spores ou organes de reproduction aériens, et toute la portion sporigère qui est plongée dans l'air respire en combinant de l'oxygène à ses maté- riaux hydro-carbonés i . Ceci nous amène à un autre point des théories de M. Pasteur qui distin- gua, il y a longtemps déjà, tous les êtres vivants en aérobics et en anaé- robies. Sans nous arrêter à faire voir qu'il y a là une conséquence de la distinction malheureuse qu'il faisait de certains ferments organisés en ani- maux, animalcules ou végétaux, ce qui était une résultante forcée des idées inexactes de J.-B. Dumas considérant encore, à cette époque, la respiration animale comme comburante et la respiration des plantes comme réduc- trice ; rappelons que pour ceux qui partageaient ses idées, il existait des « microbes » qui ne peuvent vivre qu'à l'air et d'autres que l'air tue, des « microbes » auxquels il faut de l'oxygène en nature, et d'autres qui se l'approprient en décomposant des corps qui en contiennent. M. Pasteur considérait alors le Bacillus amylobacter comme le type des ferments anaérobies : « Ce vibrion, disait-il, vit, se nourrit, se multiplie, s'engendre en dehors de toute participation du gaz oxygène libre. » Il disait encore : « Le contact de l'air le tue. » Nous pouvons dire qu'il estanaérobie quand il est noyé dans les liquides au sein desquels va se produire la fermenta- tion butyrique. Mais il vit très bien dans l'air, et là dans des conditions physiologiques normales. Le Bacille typhique vit à l'air libre à la surface d'une tranche de pomme de terre, et il se développe très vite si on le plonge à une température d'environ 30° dans un bouillon de culture. Il est donc à la fois aérobie et anaérobie. Le prétendu Mycoderma aceti de M. Pasteur est bien vivant dans la masse du vinaigre où les fabricants vont le chercher, et cependant il vit aussi à la surface de la corde que M. Pas- teur recouvre d'une pellicule de M. aceti dans son expérience sur la pro- duction du vinaigre. Si l'on veut conserver la distinction des êtres en aérobies et anaérobies, il faudra arriver à distinguer certaines conditions dans lesquelles un même être, normalement aérobie, devient accidentel- lement anaérobie; et il en résulte que beaucoup de microphyles dont nous ne connaissons que l'état anaérobie ne sont probablement pas là dans leur milieu normal et seront ultérieurement découverts dans ce milieu sous une forme différente de celle que nous connaissons jusqu'ici. De sorte que là encore les assertions de M. Pasteur auront besoin d'être considéra- blement modifiées. Ce qu'il y a de constant, en tous cas, et en dehors de toute théorie, c'est 1. De là une nouvelle définition de certaines fermentations : elles sont l'effet de l'état morbide de microphytes qui vivent anormalement. Dans ce milieu qui ne leur est pas normal, ils fabriquent ici de l'alcool, là d'autres produits, qui sont les analogues des ptomaïues fabriquées par les microphytes pathogènes. 204 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. que les Schizophytes ont, dans certaines circonstances, besoin d'oxygène pour vivre 1 . Et en combinant cet oxygène avec des matériaux hydro-car- bonés, ils font, outre toutes les substances jusqu'ici énumérées, de la chaleur et même de la lumière. C'est Fabricius d'Aquapendente qui paraît avoir observé le premier (1592) ce dernier phénomène. Il avait vu de la viande fraîche, lumineuse pendant quatre jours, rendre lumineuse d'autre viande qu'on avait placée à côté d'elle. M. Nuesch ayant eu connaissance, en 1879, de semblables faits de viandes phosphorescentes, faits qui se produisent parfois sur une grande échelle, a vu que le phénomène cesse de se pro- duire à l'époque où apparaissent sur la viande les premiers microphytes de la putréfaction. Avant celte époque, il a trouvé que les points phosphores- cents répondaient à des amas de microphytes en chapelets et en globules, et que la phosphorescence disparaissait instantanément sous l'influence de diverses substances antiseptiques. C'est aussi aux microphytes que l'on rapporte les phénomènes de la putréfaction: celle-ci consistant en fermen- tations qui ont pour résultat la décomposition dite spontanée des subs- Fig. 273. Culture du Bacille de la décomposition, à l'état de végétation en bas, à l'état de sporulation en haut (Fol). tances albuminoïdes. Ces fermentations sont extrêmement complexes, comme nous en avons vu quelques exemples au sujet des bacilles qui se trouvent dans l'intestin. Certains des microphytes qui concourent par étapes successives à la putréfaction jouent, pense-t-on, un rôle spécial. Les uns vivent au contact de l'air, et les autres sont dits anaérobies. On connut surtout parmi eux le Bacterium termo, les Bacillus amylobacter (fig.l99),s« Y FiG. 279. — Vibrion septique (Fol). cependant, l'air est si peu le véhicule de l'infection purulente ou des germes qui sont censés la produire, qu'il n'est pas impossible qu'au lieu d'accumuler sur une plaie les barrières, rendues ou non antiseptiques, d'un pansement plus ou moins compliqué, la chirurgie n'arrive un jour à supprimer la plus grande partie des pansements, à les supprimer même totalement, comme avait fait depuis longtemps Rose, et à laisser les plaies au contact immédiat de l'atmosphère l . J'entends encore un grand nombre de médecins parler de maladies dont les germes ont été apportés par l'air ; j'entends les chirurgiens les plus éminents répéterque « l'air apporte sur les plaies un principe pernicieux qui a pour conséquence l'infection ». Ces praticiens répètent uniquement ce qu'on a dit depuis si longtemps, sans se rendre compte que la plupart du temps le véhicule des contagions et infections, des maladies contagieuses en général, c'est précisément le médecin ou le chirurgien qui les porte directement d'un malade à un autre, d'un blessé à un autre blessé 2 . Le chirurgien fait plus quand, au moment où il opère, il n'a pas pris les plus 1. Voy. L. Le Fort, les Pansements et la Mortalité (1885); sans parler des nom- breuses discussions qui ont eu lieu à l'Académie de médecine de Paris. 2. Il y a bien des circonstances où ce qu'on appelle épidémie pourrait être défini : le transport direct d'une maladie contagieuse par une personne, médecin ou autre, sur un grand nombre d'individus successifs. CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 209 strictes précautions : par son opération même il ouvre la porte à l'infec- tion. Les théories des anciens hygiénistes sur l'influence de la couleur sur l'absorption des miasmes et sur le danger du médecin vêtu de noir qui va les transportant d'habitation à habitation, ces théories, dis-je, sont surannées. Mais c'est encore, à un autre titre, avec leurs vêtements, leurs instruments non flambés, avec leur vieux linge non désinfecté, avec leurs mains lavées simplement au savon, dont les replis cutanés etunguéaux recèlent encore des parcelles contagieuses, que les médecins, chirurgiens, sages-femmes, infirmiers, élèves, etc., transportent directement sur les malades les germes des maladies les plus diverses. Malgré les nombreux points contestables et contestés dont les théories sur l'infection et la con- tagion sont peuplées, il est sorti des idées remuées cette notion, éminem- ment utilitaire, que la plus stricte propreté des gens du monde n'est pas une propreté médicale ou chirurgicale suffisante. J'ai entendu avec plaisir les élèves de la Maternité faire une distinction pratique entre la propreté vulgaire et la propreté qu'elles appellent « obstétricale ». Aujourd'hui qu'avant de loucher, d'accoucher et de panser les malades, les sages-femmes se lavent à l'acide phénique ', au sublimé ou autres liquides dits anti- septiques, la fièvre puerpérale a disparu des maternités. Si nous pouvions avoir sur les décisions de l'administration hospitalière une influence quel- conque, il y aurait dans tout hôpital une ou plusieurs pièces d'entrée par lesquelles seraient forcés de passer tous ceux qui ont accès dans les salles et qui sont admis à opérer, à panser, à toucher les patients. Us y dépose- raient autant que possible leurs vêtements de ville ; ils revêtiraient, à la place du tablier officiel, en linge insuffisamment lavé, un large surtout d'étoffe lisse, imperméable et convenablement désinfecté, et ils seraient tenus, à l'exemple des élèves de la Maternité, de se laver longuement et profondément les mains dans un liquide antiseptique. Aucun instrument ne serait employé dans les services sans avoir été désinfecté ou flambé, et surtout le linge à pansements serait autant que possible proscrit. Je sais bien que de pareilles mesures sont difficiles à prendre, et que certaines d'entre elles prêteraient à rire dans un pays où le ridicule s'attaque même aux choses les plus lugubres, mais pour ceux-là seulement qui ne prennent pas les choses par le côté pratiquement sérieux. Les visites faites aux malades par leurs parents pourraient demeurer une cause d'introduction de quelque élément morbide. Mais, en y réfléchissant bien, cette cause de contagion est relativement peu considérable; et si les mesures que nous in- diquons ici sommairement étaient adoptées, je ne doute pas que le chiffre de la mortalité hospitalière, déjà atténué dans ces derniers temps, ne s'abaissât avant peu à un niveau dont personne ne peut avoir l'idée; ce qui nous fera peut-être pardonner la digression qui précède. Nous devons 1. Nous pouvons, en passant, avertir les praticiens que c'est là un médiocre anti- septique. Les véritables antiseptiques de valeur sont en général ceux qui coagulent l'albumine et les album inoïdes. 14 210 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. à M. Bouchard une énumération des hypothèses principales proposées pour expliquer l'action morbifique des microbes 1 : « 1° Rôle mécanique. — On a supposé qu'ils devaient faire obstruction dans les vaisseaux et particulièrement dans ceux du poumon et du rein. Les microbes habitant le sang sont exceptionnels; «2° Rôle traumatique. — On a supposé qu'ils pouvaient provoquer des actions traumatiques, éroder, perforer les cellules (néphrites infectieuses, blennorrhagie, choléra des poules) ; « 3° Rôle subversif mortel. — On a supposé qu'ils amenaient la mort par les lésions anatomiques qu'ils déterminent. C'est précisément supposer admis ce qui est en discussion. L'important est de savoir par quel procédé ces lésions locales sont provoquées ; ce que nous ignorons ; « 4° Rôle fixateur de l'oxygène. — On a supposé que le microbe pour sa nutrition consommait quelque chose d'utile, dont la soustraction est pré- judiciable à l'organisme. Exemple : la bactéridie anaérobie du charbon s'empare de l'oxygène du sang qu'elle envahit ; supposition ingénieuse mais sans démonstration ; « 5° Rôle toxique. — Les agents infectieux produiraient quelque chose de nuisible, élaboreraient des substances toxiques; c'est la seule hypothèse qui comporte un développement de preuve. » Pour nous, nous devons tout d'abord déclarer que quand nous disons qu'on observe un « microbe 2 » donné dans telle ou telle maladie, nous ne voulons pas dire par là que nécessairement ce microbe produit cette maladie ; et si, entraîné par l'usage, nous le disons quelquefois, cela signifie seulement que c'est l'opinion d'un grand nombre de médecins, mais ce n'est pas nécessairement la nôtre. Ce n'est pas, en effet, par sa seule présence que la bactérie produit une maladie, puisque quand on la cultive et que dans le cinquième ou le dixième bouillon de culture on produit son développement, elle a, » 1. L'opinion que les maladies peuvent être produites par des êtres organisés micros- copiques est une idée fort ancienne. En 1658, un savant éminent à Lien des titres, le P. Kircher disait « que la peste était due à des êtres animés : le pestiféré est sujet à une corruption éminemment appropriée à la reproduction de petits animalcules. Les animalcules qui transmettent le mal sont si petits, si fins, si ténus qu'ils échappent complètement à la vue et ne peuvent être aperçus qu'à l'aide d'excellents microscopes. On dirait des atomes; ils se reproduisent en multitudes innombrables... Répandus partout, ils s'accrochent à tout ce qu'ils rencontrent et savent s'insinuer dans les pores les plus intimes des objets... Le venin pestilentiel peut provenir de la corruption des humeurs internes; mais les humeurs ne peuvent se corrompre que si quelque contage putride s'est introduit subrepticement dans le corps avec les aliments. Ce contage infectera les liquides de l'organisme et leur communiquera la faculté de se transformer en corruption de nature toxique. Chaque espèce de putréfaction donne naissance à un virus spécial qui produit une espèce déterminée de maladie ». Il n'est donc pas exact de dire, au sujet des Schizopliytes, que « c'est seulement aujourd'hui que les lumières de la science pénètrent jusqu'à ces oppresseurs terrible* ». 11 y a plus de deux siècles qu'on admettait en quelque sorte « la spécificité des microbes ». "2. D'après ce que nous avons dit de la valeur de ce mot, dans les quelques cas où nous remployons, ce n'est, pour ainsi dire, qu'à l'état de citation. CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 211 dit-on, perdu ses qualités nocives, cependant que nos sens et les instru- ments d'observation dont nous disposons ne nous montrent dans son organisation aucun caractère distinctif de ceux qu'elle présentait alors qu'elle était éminemment active. Le microphyte agit donc, autant que nous pouvons le comprendre, en transportant chez un sujet sain un liquide nuisible dans lequel il était baigné, ou bien en excrétant lui-même une matière nuisible qu'il aura fabriquée. Dans le premier cas, il agirait à la façon des mouches charbonneuses qu'on accusait d'aller inoculer le charbon à un animal bien portant, tout comme aurait pu le faire un expérimentateur armé d'une lancette ; ou bien à la façon des mouches qu'on accuse d'aller inoculer aux gens sains les produits contagieux contenus dans les crachats des tuberculeux (on a dit encore que les mouches avalent les bacilles de la tuberculose, et qu'après leur mort elles se dessèchent, tombent en poussière et disséminent ainsi les microbes, ou bien qu'avec leurs excréments elles vont les déposer sur la viande). Mais en ce cas, la maladie préexisterait au microphyte, et ce n'est pas lui qui en serait la cause; il ne serait que l'agent du transport. Cela ne voudrait pas dire que la présence du microphyte n'est pas utile à constater. En effet, si un bacille tel que celui de la tuberculose existe dans tous les organes atteints d'affection tuberculeuse, sa constatation rend les plus grands services au diagnostic, que le bacille soit cause ou effet de la maladie. Mais d'autre part, si l'opinion de certains pathologistes relatée ci-dessus, que le microbe peut exister dans l'économie sans que l'état de celle-ci permette son développement et sans qu'il se produise, par exemple, une endocardite infectieuse, si cette opinion est admise, l'observation des microbes qu'on croit propres à l'endocardite infectieuse n'est pas une preuve que l'endocardite existe. Et la théorie du microbisme latent étant admise, il y aura des microbes latents, caractéristiques cependant de la tubercu- lose, de la fièvre typhoïde, de l'infection purulente, sans que ces maladies existent autrement qu'à l'état virtuel ; c'est-à-dire que, pour un médecin sérieux, elles n'existent pas. Ce serait admettre (ce qui n'est pas neuf) qu'un homme admirablement portant peut avoir en lui toutes les maladies, mais à l'état latent, bien entendu. Et par la constatation des microbes cor- respondants, on pourrait lui affirmer qu'il a toutes ces maladies; ce qui serait, nous pouvons le dire, excessif. Quand on disait que le bacille du charbon nuit à la santé par lui-même, parce qu'il enlève au sang l'oxygène dont il a besoin, parce qu'il forme des embolies, etc., on admettait qu'il n'était pas accompagné d'un liquide virulent. Et cependant, on avait affirmé (Woobridge) qu'on peut assurer l'impunité pour le charbon à un animal en lui inoculant un liquide char- bonneux entièrement dépourvu de bactéries. Cela n'a rien qui puisse 212 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. étonner, puisque M. Chauveau disait : « J'ai montré en 1879 que, dans les maladies virulentes, le microbe pathogène fabrique un poison soluble, cause principale de la mort des sujets malades, et en 1880 j'ai donné la preuve de l'existence de ce poison soluble » ; puisque M. Arloing a vu que, prenant un bouillon de péripneumonie infectieuse des bœufs, « si au lieu d'injecter le bouillon complet, on l'injecte après l'avoir débarrassé des microcoques par une bonne fîltration, on observe les mêmes phénomènes inflammatoires, ce qui prouve que les microbes ont laissé dans le bouillon une matière phlogogène; puisqu'en 1888, dans l'école même de M. Pasteur, on a parlé (Roux et Chamberland) de l'immunité contre la septicémie con- férée par les substances solubles '. On produit des paralysies expérimen- tales (Charrin) et d'autres maladies avec les produits solubles des cultures de microbes. On admet aujourd'hui que le M icrococcus du choléra des poules sécrète une sorte de ptomaine qui agit sur les volailles affectées à peu près comme une préparation opiacée. La substance phlogogène dont parle M. Arloing « possède certains caractères desdiastases». Elle se rap- proche donc àplns d'un titre de ce ferment soluble que M. Berthelot indique dans l'eau de lavage de la levure soigneusement filtrée et qui, sécrété par le Saccharoiin/ccs Cerevisiœ, produit le dédoublement du sucre de canne. Elle est l'analogue delà diastase que M. Musculus a mise en évidence en la précipitant par l'alcool et qui est sécrétée parle M icrococcus ureœ. Elle est comparable à la diastase qui, d'après MM. Eitz et Hueppe, est sécrétée par le ferment butyrique lors de son action sur la caséine du lait, où il y a coagulation, puis liquéfaction et transformation en peptone d'abord et ensuite en d'autres produits plus simples de dédoublement (leucine, tyrosi- psine et ammoniaque)" 2 . Elle rappelle aussi cette expérience de Paul Bert qui, anéantissant les bacilles charbonneux dans un sang soumis à l'action de l'oxygène comprimé, tuait cependant des animaux en leur inoculant le sang ainsi traité et alors que leur sang ne présentait point de bacilles. C'est 1. S'aperçoit-on qu'en revendiquant la doctrine des vaccins solubles, on supprime le « microbe », c'est-à-dire la pierre fondamentale de toute la théorie si laborieusement construite, depuis des années? C'est une sorte de suicide inconscient. 2. Nous regrettons de ne pouvoir citer tout l'article écrit par Ch. Robin en 1879, Sur les actions physiologiques des animaux attribuées à des végétaux bactériens (in Journ. de l'anat. et pftys.,487); mais il est de notre devoir d'en rappeler quelques pas- sages à l'attention des médecins : « Il importe que, de leur côté, les physiologistes n'acceptent pas sans examen l'hypothèse des botanistes, qui affirment qu' « on ne sait rien chez les animaux supérieurs sur le mécanisme de la digestion de la cellulose, ni sur la région du tube digestif où elle s'opère et qui correspond aux Amylobacter. » (V. Triegh.,in C. rend. Ac.sc, LXXXYIII, "J09.)Tous les observateurs qui ont étudié la digestion des aliments végétaux sur les vertébrés herbivores ont constaté que la région où ils perdent plus ou moins de leur cellulose est limitée entre le duodénum en haut et le cœcum en bas. Les physiologistes ont toujours attribué l'action, soit liqué- fiante, soit dissolvante proprement dite, non pas aux cryptogames qui sont là en quan- tité accessoire, mais aux liquides spéciaux de sécrétion constante et naturelle; d'autant plus que, lorsqu'on arrête leur arrivée dans l'intestin, l'action dissolvante, la digestion en un mot, n'a plus lieu, bien que les bactéries restent et même deviennent alors par- ticulièrement abondantes. Il faut donc se garder de croire qu'il soit démontré que dans CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 213 en vain que M. Pasteur a objecté que l'action de l'oxygène n'avait pas tué des germes de bacilles contenus dans le sang. S'ils avaient existé, ils auraient, dans le sang des lapins inoculés, donné naissance à des bactéries. Aujourd'hui, la solution de la question parait considérablement avancée par les connaissances nouvellement acquises sur les ptomaïnes et les leu- comaïnes. Les ptomaïnes (Selm) sont des alcaloïdes cadavériques vénéneux, qui se forment en grand nombre aux dépens des matières albuminoïdes. Les leucomaïnes (A. Gautier) sont des corps analogues qui se montrent dans les excrétions fournies par les animaux vivants et en santé. Ils existent entre autres dans les venins, la salive, etc. On peut donc admettre dès à présent que les microphytes sécrètent des substances analogues, et M. Koch, par exemple, a supposé que le vibrion cholérique agit par la sécrétion d'une ptomaïne (ce qui a aussi été contesté). Mais comme on admet aussi que ce sont des cellules animales qui sécrètent ces produits infectants, ici, de même que pour les fermentations alcooliques produites par des cel- lules végétales ou animales quelconques, on en revient, au lieu d'une spécificité de ferments pathogènes sur laquelle on avait longuement insisté, à une action mystérieuse qui, comme précision scientifique, vaut la catalyse ancienne; sans compter que la médecine n'est pas rénovée, comme on s'en flattait, car on revient à la pathologie humorale qui n'est pas, que l'on sache, une nouveauté. Nous avons encore quelques objections à faire au nom qu'on donne toujours de notre temps aux affections à « microbes », quand on les désigne sous le nom de parasitaires. Un ténia, un sarcopte, un pou, un Triclio- pliyton vivent bien en parasites de 1 nomme, dans le sens ordinairement accordé à ce mot. Mais en quoi est parasite un Baclerium termo ou un Bacillus subtilis qui décompose nos excréments parce qu'il trouve en eux des produits de décomposition qui conviennent a son existence? On suppose l'intestin v il y a un organisme qui dissout les grains d'amidon; qu'un autre transforme et saponifie la matière grasse; qu'un autre encore attaque et rend solubles les matières albuminoïdes, » comme quelques auteurs l'admettent pour le cas des expériences por- tant sur les matières alimentaires étudiées hors de l'intestin. Si ces hypothèses venaient à être réellement démontrées, la digestion de la cellulose, etc., serait un acte physio- logique parasitaire, comme le seraient, dit-on, les maladies... Ici le bien, ailleurs le mal le plus dangereux, produits tout deux par des plantes ne montrant pas toujours de l'une à l'autre des différences spécifiques. La digestion serait accomplie par autre chose que par l'appareil digestif. Devant l'identité d'aspect de la paroi cellulosique de> cellules examinées successivement dans l'aliment et dans l'excrément, il devient impossible de comprendre comment agiraient réellement les Amijiobacler; cela est impossible du moins lorsqu'on lit que : « C'est ou contact direct de VAmylobacter avec la cellulose que se produit l'action dissolvante du premier corps sur le second, et non par une diastasc formée en excès par VAmylobacter et agissant en dehors de lui. » Mu'est-ce, en effet, que cette action de contact direct, si ce n'est un retour à l'hypothèse ancienne des actions catalytiques qui renverse l'étude actuelle des fermentations; à moins que ce ne soit quelque fluide vital qui de VAmylobacter se porte à une certaine distance dans l'épaisseur de la paroi cellulosique, que le bactérien ne l'ait que toucher pour rendre solubles du tiers à la moitié des molécules de cette paroi? Si cette action chi- mique n'est pas due à cela, à l'un ou à l'antre, elle n'est évidemment rien. On sait que c'est matériellement, par une imbibition réelle des aliments solides, que se produit TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. donc qu'un bacille qui vit dans le pus agit sur ce liquide d'une autre façon qu'un bacille de la putréfaction agit sur une substance albuminoïde qui se décompose. Loin de rien prendre à l'alcool, le Micrococcus de la fermentation acétique lui apporte de l'oxygène. Dira-t-on que son action est parasitaire, si d'autres Micrococcus, morphologiquement semblables, s'observent à chaque pas dans des affections qu'on qualifie de ce nom? Un microphyte qui vit en anaérobie dans certains liquides des animaux malades, n'est pas plus leur parasite que la levure de bière n'est parasite du sucre duquel, pendant la fermentation alcoolique, elle prend une partie pour se développer. Ch. Robin avait déjà dit « qu'il importe de rappeler que lorsqu'il s'agit des bactéries et des vibrions qu'on trouve dans l'enduit gingival, le sang, les sérosités, les mucus, avec ou sans infection, contagion, etc., leur mode d'action n'est pas autre que dans le cas de pu- tréfaction, ni que dans celui où ils sont expérimentalement et industriel- lement employés comme ferments ». Et plus loin : « Ce qu'on dit ici parasite est un ferment figuré, et parasite ne signifie rien sous la plume de ceux qui l'emploient, s'ils ne spécifient en quoi l'action de ce parasite diffère de l'action des teignes, de la gale... Ce qu'on appelle microorga- nisme parasite est un cryptogame, ferment figuré botaniquement, zymique au point de vue de sa physiologie propre, et ne porte en lui rien de plus. t> Les chimistes qui veulent rénover la médecine, et les médecins qui les imitent malheureusement sans examen préalable de leurs doctrines, feront donc bien d'effacer dans un très grand nombre de cas de leurs nomencla- tures le terme d'affections parasitaires. Ce n'est donc point toujours comme parasilicides que, dans les quelques traitements institués contre ces affections, doivent être considérés les remèdes proposés, mais plutôt comme antiseptiques, comme contre-poi- sons; et c'est encore là un point que nous nous permettons de recomman- « l'action dissolvante », ou plutôt encore liquéfiante, des sucs gastrique, duodénal, biliaire, pancréatique et intestinal sur les aliments. Or, malgré la quantité de ces humeurs et ce que l'expérience prouve sur leur spécificité d'action et de décomposition, l'hypothèse du contact direct les met de côté, pour leur substituer, dans chaque cas, un solide ou, si l'on veut, une troupe d'autres cellules plus microscopiques, mais non moins solides individuellement que celles des aliments. Ces plus petites cellules sont chargées de digérer leurs homologues par contact, aussi bien hors de l'intestin que dans celui-ci. De plus, « au point de vue de la digestibilité par ÏAmylobacter, il y a, dit-on, de grandes différences dans une même plante, suivant les tissus, dans un même tissu, suivant les plantes. » Enfin, toujours d'après la même hypothèse, donnée comme prouvée, « VAmy- lobacter digère d'abord la cellulose, mais ensuite il t'ait fermenter le principe soluble obtenu. La digestion et la fermentation proprement dite sont accomplies successivement par le même organisme. j> On voit que s'il en était ainsi sur les animaux, ce ne serait plus l'animal qui digérerait, mais un végétal cryptogamique qui le ferait pour lui... Uue action dissolvante exercée par le contact d'un bactérien solide, sans imbibition possible, reste scientifiquement incompréhensible... 11 n'est pas nécessaire d'insister pour montrer dans quel degré de confusion anti-scientifique jette l'esprit cette impor- tation de termes d'une branche de la biologie dans l'autre. » Avec les idées que Ch. Robin combat, il semble qu'on digérerait aussi bien après la mort que pendant la vie et que la dyspepsie n'existerait pas ou serait due à une maladie, à une insuffisance des « microbes » chargés de digérer pour nous. CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 215 der à toule l'attention des médecins. Il est logique, sans doute, si l'on admet que c'est un microphyte qui produit une maladie, de chercher à tuer ce microphyte, comme on tue le sarcopte pour mettre fin à la gale. Quelques-uns ont pensé à faire expulser le végétal par un autre qui se substituerait à lui; ce qui peut se comparer aux tentatives naïves imaginées pour substituer au Phylloxéra des vignes un autre animal qui se charge- rait de le chasser à notre profit. On a donc proposé un traitement bactériel de la phtisie. On a dit qu'en administrant par inhalation des Bacterium termo, ceux-ci faisaient disparaître le Bacille de la tuberculose (Cantani). On a aussi topiquement traité le lupus par le Bacterium termo. On est à la recherche de médicaments qui tuent les Schizophytes sans nuire à l'homme, et des essais très nombreux se font chaque jour dans ce sens 1 . Mais on a surtout cherché à prévenir les maladies par l'inoculation des virus atténués, et M. Pasteur a donné dès 1880 une théorie générale de l'atténuation des virus. « Un virus, dit-il, alors même qu'il est constitué par un microbe, peut, sans un changement très marqué dans sa morpho- logie générale, être atténué dans sa virulence, conserver celle-ci dans des cultures, produire des germes et, sous son nouvel état, communiquer une maladie passagère, capable de préserver de la maladie mortelle, propre à l'action de ce virus dans son état de nature. Cette précieuse modification peut se produire par une simple exposition du virus à l'oxygène de l'air. » Ailleurs on a employé la lumière, la chaleur qui peuvent avoir une grande influence sur le microbe. Ailleurs encore on essaye d'atténuer les virus en les faisant passer successivement par plusieurs milieux vivants. C'est ce que M. Pasteur a fait, comme l'on sait, pour la rage, qu'on fait passer de moelle de lapin en moelle de lapin jusqu'à ce qu'on ait obtenu un virus rabique suffisamment atténué. L'étude de la rage, qui passionne le monde médical, ne rentre pas dans notre cadre, puisqu'on ne la considère pas ac- tuellement comme une maladie à microbe. Mais n'est-il pas évident que si l'on traite de la même façon, au point de vue de l'atténuation, une affection microbienne et une affection sans microbes, on n'accorde par là même à ceux-ci qu'une influence bien secondaire dans la production des maladies contagieuses" 2 ? Il va sans dire d'ailleurs que, avec les doctrines panspermiques dont nous avons déjà parlé plusieurs fois, on doit s'efforcer, comme d'ailleurs on l'a fait de tout temps, de purifier l'atmosphère qui est en contact avec l'économie animale, de tous les germes-ferments qu'elle peut contenir, qu'on doit essayer de les y détruire le plus possible, de modifier l'air, avant 1. Avec l'hypothèse qu'il n'y a pas autre chose que le microphyte dans la maladie, il est assez logique de croire qu'un Schizophyte connue celui du choléra peut être tué par l'ingestion d'un médicament tel que le sublimé à faible dose, car ici le végétal peut être attaqué directement dans le tube digestif. 2. Il convient de mentionner les cas où, d'après plusieurs expérimentateurs (Prazmowski, de Bary, etc.), la violence d'une culture s'affaiblit spontanément, sans cause apparente. 216 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. qu'il n'arrive à nos poumons et à nos autres organes, par l'action des mi- crobicides, des antiseptiques. C'est ce dernier point qui va nous occuper maintenant quelques instants. Ce qui vient d'être dit nous amène en effet, à étudier sommairement, au point de vue qui nous occupe, les milieux que de toute antiquité on a considérés comme les véhicules des contages. Nous voulons parler plus particulièrement de l'air et des eaux. On a été convaincu de tout temps que l'air pouvait contenir en suspen- sion des corpuscules très nombreux, sur lesquels on a écrit des volumes; mais nous nous bornons à reprendre cette question à l'époque où M. Pas- teur essaya de combattre l'hélérogénie par l'étude des germes suspendus dans l'atmosphère. Citons textuellement ses paroles : « Il y a constamment, dit-il, dans l'air commun, un nombre variable de corpuscules dont la forme et la structure annoncent qu'ils sont organisés. Leurs dimensions s'élèvent depuis les plus petits diamètres jusqu'à 1/1 00 e et davantage de millimètre. Les uns sont parfaitement sphériques, les autres ovoïdes; leurs contours sont plus ou moins nettement accusés. Beaucoup sont tout à fait translucides, mais il y en a aussi d'opaques avec granulations à l'inté- rieur. Ceux qui sont translucides, à contours nets, ressemblent tellement aux spores des moisissures les plus communes, que le plus habile micro- graphe ne pourrait y voir de différence. » Nous n'insistons pas sur ce qu'il y a de peu précis, d'imparfait, dans les caractères qui précèdent. Les figures qui les accompagnent (fig. 280) montrent assez le peu de netteté des observations de M. Pasteur, qui ajoute, non sans logique : « Je crois Fig. 280. — Spores atmosphériques (Pasteur). qu'il y aurait un grand intérêt à multiplier les études sur ce sujet et à comparer dans un même lieu avec les saisons, dans des lieux différents, à une même époque, les corpuscules organisés disséminés dans l'atmo- sphère. Il semble que les phénomènes de contagion morbide, surtout aux époques où sévissent les maladies épidémiques, gagneraient à des travaux poursuivis dans cette direction. » M. Miquel est l'auteur qui a le mieux, dans notre pays, répondu à ces desiderata. Dans sa remarquable thèse de 1883, le chef du service micrographique à l'Observatoire de Montsouris a labo- rieusement et consciencieusement rassemblé toutes ses observations sur CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 217 « les organismes vivants de l'atmosphère». Il y montre des cadavres et des oeufs d'infusoires, de l'amidon, des pollens, des spores de cryptogames; il donne les lois qui régissent l'apparition de ces mêmes spores, il étudie les corpuscules des poussières déposées spontanément à la surface des objets, il traite de l'existence dans l'air des germes des bactéries 1 . Puis, il établit le chiffre des bactériens trouvés dans l'air de divers lieux, aux différentes époques, aux diverses températures, pendant la pluie et dans les temps secs, avec tel ou tel vent; il montre que l'humidité de l'atmosphère est JOÛÛDiamèlreJt 0$M {ml co °8 ooo Ûq Fig. 281. — Micrococcus atmosphériques (Miqucl). une des causes les plus puissantes de l'affaiblissement du chiffre des germes aériens; il apprécie l'influence de l'élévation des lieux et fait voir que plus ceux-ci sont élevés, plus le nombre des germes diminue. Tout cela est traité dans la perfection. Malheureusement, quand il arrive a 1. Il combat la plupart des conclusions tirées de ses observations par M. Tyndall, dans son ouvrage les Microbes, conclusions qu'il qualifie d' « inacceptables, ayant pour point de départ des résultats entachés de causes d'erreur vulgaires, qu'il est regrettable de voir méconnaître par un expérimentateur si habile. » Quand M. Tyndall voit « une multitude innombrable de microbes dans l'air ambiant », M. Miqucl dit que cela « est contraire à la vérité ». Il condamne aussi les « nuages bactéridiques » de M. Tyndall. 218 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. traiter des relations entre « les bactéries et les maladies épidémiques », nous ne voyons point de conséquence suffisamment positive à tirer de ses observations et de ses courbes. Nous ne saisissons pas clairement quel parti la pathologie peut tirer de tant de travaux assidus, et surtout nous ne pouvons, au point de vue médical, nous associer aux conclusions de l'au- teur que nous nous faisons un devoir de reproduire ici textuellement. a. L'air impur, a dit Pringle, est plus meurtrier que le glaive. Les m \%8w // ,',,; ..." »* v' I - \ \ 1 -_■ i v VW , -^ *°. » VI' Fig. 282. — Bacillus atmosphériques (Miquel). médecins le savent si bien qu'ils se hâtent de diriger loin des villes très peuplées les personnes faibles et débilitées par un séjour trop prolongé dans les vastes agglomérations urbaines; les hygiénistes ne l'ignorent pas non plus quand ils conseillent aux municipalités d'ouvrir, au prix des plus grands sacrifices, de larges voies, d'aérer les quartiers malsains et humides, d'assurer le parfait fonctionnement des égouts, de multiplier l'arrosage des rues dans les saisons où le vent peut soulever des nuages de poussière, etc. Les chirurgiens surtout peuvent apprécier l'influence né- faste qu'exerce sur le succès de leurs opérations l'air impur des salles CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 219 des malades et l'atmosphère même d'une ville où, comme à Paris, l'opé- ration césarienne a une issue presque toujours fatale. » A cela nous répondons brièvement : Non, ce n'est pas l'air qui apportait aux opérées de la méthode césarienne des causes de mort à peu près cer- taine. C'était l'opérateur; c'étaient ses aides, ses instruments, ses panse- ments. Aujourd'hui qu'on pratique en plein Paris, sur l'abdomen largement ouvert, des opérations bien autrement graves et profondes, l'air arrive tou- jours au contact des parties lésées, et la mortalité est relativement moindre, parce que les contacts infectants sont en grande partie supprimés par l'asepsie, en même temps que par le drainage on empêche le séjour pro- longé des liquides pernicieux dans le foyer de l'opération. Nous ne blâmons ,/ i -.,'-r,'-\ \ N ' - - - - -" ') c Fig. 286, 287. — Ractéries atmosphériques (Miquel). contracter la fièvre typhoïde, par exemple, puisque c'est la maladie que nous avons citée, par la personne qu'il envoie aux champs, si cette per- sonne trouve au village des eaux qui charrient ou des linges qui traînent avec eux le poison typhiqne jusqu'à des gens bien portants. Quant à l'isole- ment des opérés, des blessés et des accouchées, dont on parle tant comme les préservant des affections contagieuses, c'est probablement une mesure à peu près inutile, si dans ces salles des isolés pénètrent à chaque instant des personnes qui viennent d'autres salles ou d'autres maisons où régnent des contages, sans s'en être préalablement purifiées. 220 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. Au point de vue de la panspermie, la pratique est bien souvent en con- tradiction avec la théorie. Nous avons vu des liquides fermentescibles abandonnés au contact de l'air ne point être ensemencés par celui-ci. Par- fois c'est une condition physique qui fait défaut, comme la température, par exemple. Ailleurs ce sont les microphytes qui, à ce qu'il paraît, font défaut, puisque le Micrococcus ureœ, qu'on croit venir de l'air, n'arrive pas toujours au contact de l'urine placée dans un récipient non clos et que celle-ci demeure alors très longtemps acide. Un tuberculeux n'intro- duit pas dans l'air par l'expiration les bacilles de la tuberculose qu'il a en lui, parce que son poumon est un filtre qui les retient (Grancher, Straus). M. Tyndall avait montré que l'air qui sort du corps humain est optique- ment pur. Loin de souiller l'air par leur respiration, l'homme et les ani- maux tendent donc, en ce qui concerne les microbes, à le purifier. Il faut donc bien admettre que c'est par le contact direct, par leurs vêtements, par les poussières qu'ils mettent en mouvement, etc., que les hommes, agglomérés ou non, transmettent la maladie, mais non par la dissémina- tion des microphytes ou des germes dans l'atmosphère. C'est exactement la conclusion à laquelle nous étions plus haut arrivé pour les septicémies. Les idées panspermisles de M. Pasteur devront donc encore, à cet égard, être profondément modifiées'. Les diverses eaux naturelles sont plus riches d'ordinaire en micro- phytes que l'air. Les pluies balayent l'air des divers micro-organismes qu'il renferme. Cependant, au niveau des sources, on admet que l'eau, filtrée par la terre, est pure de microphytes (Pasteur). Plus tard, les cours d'eau reçoivent une foule de germes. M. Miquel estime que l'eau de pluie contenant Gi.000 microbes par litre, celle de la Seine en renferme à Bercy 4,800.000 et à Asnières 12,000,000; celle des égouts à Clichy 80,000,000. Le Bacille typhique se trouve dans l'eau. On trouvera certainement des micro- phytes dans les eaux qui donnent la dysenterie. Il faut donc se défier des filtres, même les plus prônés, qui laissent passer les micro-organismes; il est utile de faire bouillir l'eau qu'on boit en cas d'épidémie typhique ou dysentérique. Mais la boisson la plus sûre est en pareil cas l'eau distillée, 1. Ceci est également applicable aux Saccharomyces. Il est peu exact de dire que l'air en mouvement soit l'unique véhicule de ces végétaux, rares dans l'atmosphère. M. J. Duval dit avec raison que « les levures, par la dessiccation, ne prennent jamais la forme pulvérulente qui serait nécessaire à leur dissémination aérienne supposée ». M. Pasteur a cru se tirer de difficulté en supposant que si les levures ne sont pas dans l'atmosphère, celle-ci renferme leurs germes. Mais que veut dire ici le mot germes ? Pour la levure de bière, on pourrait supposer qu'il s'agit des spores. Où sont les spores des Micrococcus, des ferments lactique, acétique, ammoniacal, etc. 9 Il n'y a là que des hypo- thèses. La panspermie peut être invoquée contre la doctrine hétérogénistc ; mais il est « une chose regrettable, c'est que la question des ferments organisés ait été subordonnée par M. Pasteur à celle des générations spontanées » (Guillaud). On se rappelle aussi, à ce sujet, les remarquables expériences de Sir J. Tyndall, dans lesquelles une chambre close, à paroi glycérinée, a une atmosphère tellement dépouillée de poussières orga- nisées que les substances putrescibles s'y conservent et qu'un rayon lumineux qui la traverse devient absolument invisible. CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 221 qu'avec quelque habitude l'estomac supporte très bien, quoi qu'on en pense généralement. On a attribué les fièvres intermittentes, la Malaria, à des eaux renfer- mant des Bacilles (fig. °288) et d'autres Microphytcs; mais rien n'est démontré de ces assertions 1 . Nous avons à nous occuper maintenant de la question taxinomique. Nous avons vu qu'au début de ses études, M. Pasteur avait distingué des Fig. 288. — Bactérie des fièvres intermittentes (Fol). ferments animaux et des ferments végétaux. C'est principalement Ch. Ro- bin qui a rectifié sa manière de voir à cet égard, et nous nous bornerons à citer ses paroles : « M. Pasteur, dit-il, considérant comme végétaux les organismes qui n'ont pas des mouvements propres, et comme animaux les organismes qui ont un mouvement en apparence volontaire (C. rend. Ac. se, LVI,420), a en effet désigné comme ferments animaux, comme animalcules infusoires du genre des vibrions, les ferments soit butyriques, soit tarlriques, soit de la putréfaction (Pasteur, Animalcules infusoires vivant sans gaz oxygène el déterminant des fermentations; ibid., LU, 344; LVI, 418, 1190, 1192). Or à l'aide des réactifs et en suivant leur évolution, il est facile de reconnaître que ces vibrions- fer ments , comme les autres vibrions, ne sont que des Cryptogames de la classe des Cham- pignons dans leurs états évolutifs de spores (germes des divers auteurs) et mycéliens, avec motilité, mais ne sont aucunement des animaux. Il résulte de là que, très vrai d'ailleurs, tout ce que dit M. Pasteur de ces êtres, s'applique non à des animaux, comme il l'expose, mais bien à des plantes; que, d'autre part, ce qu'il donne comme le premier exemple connu de ferments animaux n'est autre que celui d'un végétal-ferment à ajouter aux autres. C'est à des Cryptogames et non à des animaux que s'appliquent les passages de M. Pasteur dans lesquels il dit que le ferment 1. « Ces observations, dit M. Cornil, sont même sujettes à Lien des critiques. <> M. Laveran, dans son Traité des fièvres palustres, a décrit « des microbes du palu- disme », qui se trouvent dans le san^ r . Mais comme ce sont, d'après l'auteur, des animaux, nous ne nous en occuperons pas ici. Salisbury avait attribué la fièvre inter- mittente à des Pal niella. 222 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. butyrique est un animalcule infusoirequi, non seulement vit sans oxygène libre, mais que l'air tue (loc. cit., LU, 346) ; dans lesquels il dit- que les infusoires-ferments ou animalcules- ferments n'ont pas besoin d'oxygène libre pour vivre, étant doués de ce deuxième genre de vie qui, s'effectuant en dehors du gaz oxygène, s'accompagne toujours du caractère ferment; que la nutrition accompagnée de fermentation est la nutrition sans con- sommation d'oxygène libre; que là est certainement le secret du mystère de toutes les fermentations proprement dites. C'est encore à des plantes et non à des animaux que s'applique ce qu'il dit des animalcules infusoires, pouvant vivre sans oxygène libre et être ferments (loc. cit., LVI, 420, 1190). A ces divers titres il y a des êtres vivants anaérobies, du moins temporairement, comme il y en a d' aérobies ; mais ce sont des plantes qui sont dans ce cas-là, et non pas des animaux anaérobies, pas plus qu'il n'y a des animalcules infusoires ferments ; ce qu'on dit animal dans ces conditions se trouvant être végétal, comme dans tous les autres cas de fermentations et de putréfactions. » Nous espérons donc qu'aujourd'hui M. Pasteur considère tous ces ferments comme étant de nature végétale. On continue cependant encore dans son école, et c'est, comme nous l'avons dit, une grave atteinte à la théorie de la spécificité des ferments, on continue à considérer même les cellules animales comme aptes à décom- poser le sucre en alcool et en acide carbonique. Les Schizophytes sont donc des plantes cryptogames, et la plupart des auteurs en font des Champignons, sous le nom de Schizomycètes. Si nous n'avons pas employé de préférence cette expression, c'est pour ne pas affirmer définitivement que ces végétaux sont des Champignons, at- tendu que certains auteurs les regardent encore comme des Algues, et qu'il est bien difficile, par exemple, de ne pas voir quelles affinités intimes il y a entre un Beggiatoa qui est rapporté aux Schizomycètes et une Oscil- laire que l'on range parmi les Algues; entre un Leuconostoc que quelques- uns rangent parmi les Schizomycètes, et un Nostoc que la plupart attri- buent aux Algues, etc. En somme, les Schizophytes sont intermédiaires aux Algues et aux Champignons, et nous ne sommes guère avancés par la façon dont M. Sachs tranche la question en réunissant les Algues et les Champignons dans un seul groupe, les Thallophytes, dans lequel il établit deux séries parallèles : l'une comprenant les formes à chlorophylle (Cyanophycées[Oscillaires, etc.], Palmellacées); l'autre les formes dépour- vues de chlorophylle ( Schizomycètes, Saccbaromycètes) 1 . Nous savons aujourd'hui qu'il y a des Bactéries à matière colorante, et même à matière verte, comme celle qui s'observe dans la diarrhée verte des enfants. Il n'est pas dit néanmoins que cette matière verte soit de la 1. En parlant des Champignons, de Bary dit : « Les types qui rentrent dans ce groupe sont, en réalité, tous sans chlorophylle. Mais ce caract re n'est pas plus indis- pensable, pour marquer leur place dans la classification, que ne l'est, chez un oiseau, la présence d'un appareil de vol pour faire reconnaître qu'il est un oiseau. » CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 223 chlorophylle. Mais celle des Oscillaires en est-elle donc ? Et, d'après de Bary, « il existe, en petit nombre il est vrai, des Bactéries proprement dites qui possèdent de la chlorophylle et présentent toutes les propriétés qui ac- compagnent ordinairement une action chlorophyllienne. » l Les déterminations qui précèdent n'ont pas d'ailleurs une grande im- portance au point de vue médical. 11 n'en est pas tout à fait de même des déterminations génériques et spécifiques. Il y a eu un moment où chaque microphyte découvert par des observateurs peu expérimentés en histoire naturelle, était considéré comme le type d'une nouvelle espèce, bien plus comme le type d'un nouveau genre. Aujourd'hui, nous pouvons dire en toute sincérité que nous ne savons pas ce que c'est qu'un genre de Schizophytes. Ceux qu'on avait crus les plus distincts, les plus nettement caractérisés, passent, dans des observations mieux suivies, de l'un à l'autre avec une facilité parfois surprenante. Aussi sommes-nous forcé, non seulement d'avertir ici que ce que nous pouvons considérer comme un genre bien établi n'en sera peut-être pas un demain, mais encore qu'il n'y a pas de limites absolues entre deux groupes que nous considérons provisoirement comme des genres 2 . Leur nombre est d'ailleurs très limité en ce qui concerne les applications à la médecine et à la physio- logie. Pour le moment, nous n'avons guère à distinguer que les types suivants : 1° Micrococcus. 2° Bacterium. 3° Bacillus. 4° Leptothrix. 5° Beggiatoa. 6° Crenothrix. 7° Vibrio. 8° Spirochœte. 9° Saccharomyces. Nous rattachons, provisoirement toujours, les Streptococcas et les Staphylococcus, les Gonococcus, les Tetragenus, les Merismopœdia et les Sarcina aux Micrococcus, et les Spirochœte aux Spirillum. Main- tenant, comment séparons-nous les uns des autres nos cinq groupes? Par la forme extérieure : 1. Au sujet des affinités des Schizophytes avec les Champignons, de Bary, qui avait tant étudié ces derniers, dit : « On ne peut guère les rapprocher des Champignons définis de la manière que- nous avons indiquée, et placés à leur rang ordinaire dans la classification naturelle. » 2. Il appartenait à notre époque de voir des personnes étrangères à toute notion d'histoire naturelle écrire qu'ici « la fonction physiologique est le plus solide élément de classification ». Cela vaut à peu près leur science étiologique des maladies, quand elles admettent qu'un germe peut rendre un organe malade ou le sauver par suite d'une « émotion qui y arrête ou y fasse affluer le sang ». Ces personnes croient-elles sérieu- sement qu'il y ait quelque chose de bien nouveau dans les théories qui réduisent la maladie, la digestion, etc., à une fermentation? 224 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAM1QUE. Les Micrococcus sont punctiformes. Les Bacterium sont ovoïdes-oblongs ou courtement cylindriques. Les Bacillus sont longuement cylindriques, filiformes. Les Leptotlirix sont indéfiniment allongés, ténus, sans gaine distincte. Les Beggiatoa sont cylindriques, longs, plus épais, et ils contiennent des cristaux de soufre. Les Crenothrix sont pourvus d'une gaine, comme les Leptothrix et comme le groupe des Desmobactériacés en général. Mais cette gaine est épaisse, et la reproduction peut se faire par spores, tandis que ces dernières sont inconnues chez les Leptothrix, qui ont la gaine mince. Et nous avons vu qu'on en fait parfois des Mucédinés. Les Vibrio ont des filaments courts et ondulés, flexibles ou paraissant tels. Les Spirochœte sont spirales, allongés, à spirales flexibles et pourvus d'un pbycochrome. Les Saccharomyces sont ici des êtres à part; ils se distinguent de tous les précédents en ce qu'ils ne sont pas ou du moins ne sont pas aussi net- tement scissipares. Ils sont plutôt gemmipares (ce qui n'exclut pas toujours chez eux la scissiparité). Pour la plupart des auteurs ils appar- tiennent à une autre grande division que tous les précédents, celle des Levures, tandis que tous les précédents sont des Bactériens proprement dits; et nous avons déjà vu qu'on les rattache aussi comme types dégradés aux Discomycètes, en les rapprochant ainsi des Ascomycètes. Si maintenant nous passons en revue les types secondaires, nous bornant comme précédemment à ceux qui ont un intérêt médical, nous verrons que : Les Streptococcus sont des Micrococcus à grains rapprochés en cha- pelets et sans pbycochrome. Les Staphylococcus et les Gonococcus se rattachent au type précédent. Les Telragenus sont des Micrococcus groupés par quatre dans un même plan. Dans les Merismopœdia, le nombre des éléments peut être plus considérable. Les Sarcina sont des Merismopœdia à grains groupés dans plusieurs plans superposés; l'ensemble présentant trois dimensions: longeur, largeur et épaisseur. Les Cladothrix sont des Bacillus ou des Leptothrix en apparence ramifiés, en réalité accollés les uns aux autres de façon à former entre eux parleur rapprochement des angles généralements aigus. Nous avons aussi vu les Cladothrix se résoudre en Micrococcus. Les Spirillum sont des Vibrio moins courts, à spirales plus rigides. Les Carpozyma sont des Saccharomyces à grains terminés aux deux extrémités par des pointes coniques. Maintenant, les espèces appartenant à ce que nous considérons provisoi- rement comme des types génériques, peuvent être ou mobiles ou immo- biles, être pourvues ou dépourvues de cils, et elles peuvent, oui ou non, être groupées en zooglées. CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 225 Mais nous ne pouvons (et ceci est important à remarquer) indiquer d'une façon absolue en quel point se sépare un Micrococcus d'un Bac- terium, un Bacterium d'un Bacillus, un Bacillus d'un Vibrio, un Leptothrix d'un Bacillus, un Beggiatoa d'un Leptotlni.r. un Fïôrto d'un Spirochœte. Il y a entre les uns et les autres des formes rfc transition, sans compter les états dits d involution (p. 180), qui altèrent la forme normale des Schizophytes l . De même, c'est d'une façon provisoire que nous distinguons comme espèces les divers êtres que nous avons énumérés et sommairement étudiés de la page 138 à la page 197 de ce travail. La même 2 apparaît plusieurs fois sous des noms différents, suivant les milieux où elle a été observée 3 . C'est pour celte raison que nous ne pouvons accorder la moindre valeur scientifique à la division des microphytes en chromo- gènes, zymogènes et pathogènes 4 . Nous nous sommes quelquefois servi de ces expressions, mais seulement à titre d'indications pratiques 5 . On voit qu'il y a encore dans l'étude des Schizophytes un grand nombre de points obscurs, et que les auteurs de ces obscurités sont sou- 1. L'involution (Nœgcli) est une sorte d'hypertrophie maladive, une régression, a-t-on dit, qui a été ohservée dans un certain nombre de types, le Vibrio clwlericus, le Bacillus Anthracis et autres, des Cladothrix, des Micrococcus, etc. On a par là, peut- être sans démonstration suffisante, expliqué bien des déformations dont plusieurs tiennent sans doute à des inlluences de milieu. 2. En 1874, M. Billroth n'a admis pour l'ensemble des formes pathogènes étudiées par lui qu'une seule espèce, le Coccobacteria septica. M. Naegeli pense qu'une même espèce prend, dans la suite des générations, des formes successives différentes, variables, dissemblables morphologiquement et physiologiquement. 3. C'est pour cela que cette notion, admise par de Bary, qu'il n'y a d'espèce assurée que celle qui a été suivie d'un bout à l'autre de son évolution, est tout à fait insuffi- sante, si le milieu dans lequel a vécu la plante n'a pas varié. 4. Pour nous borner à un exemple frappant, on ne peut nier que le Schizophyte du choléra soit pathogène. « Mais il est avant tout saprophyte, puisqu'il peut non seule- ment passer une partie de son existence à l'état de saprophyte, mais qu'il en a absolu- ment besoin pour achever son évolution et produire des spores ». (De Bary.) Là où le Bacterium Anthracis est qualifié de pathogène, il n'est pas dans le milieu normal de son évolution; comme la levure de bière dans le liquide sucré, il se noie et lutte contre l'asphyxie. Nous ne distinguons pas non plus ici les Parasites facultatifs et nécessaires, comme le fait de Bary, cette classification reposant sur une notion erronée du parasitisme et sur des connaissances médicales insuffisantes. 5. Aux arguments invoqués contre la trop grande multiplication des types génériques et spécifiques, il faut joindre ceux qui ressortent des études de MM. Guignard et Charrin sur les variations morphologiques des Schizophytes. D'après eux, celui qu'on considère comme caractéristique de la Pyocyanine, mobile et long de 1 \l sur une largeur de (x 6, vivant dans un bouillon auquel on ajoute diverses substances orga- niques ou inorganiques, variera de forme avec ces diverses additions. L'acide phénique et la créosote donnent au Schizophyte la forme d'un Bacterium. Avec le thymol, le napthol, l'alcool, on obtient des Bacillus de longueurs diverses. Avec le bichromate de potasse, on observe des filaments longs et enchevêtrés ; avec l'acide borique, des Spiriltum. On peut aussi obtenir dans presque toutes ces formes des corps intérieurs, sphériques, à paroi épaisse, à forme de Micrococcus, constituant une forme de conser- vation et de reproduction. Toutes ces formes, cultivées sur gélatine, agar-agar, etc., reproduisent avec la Pyocyanine le Schizophyte normal, sans mélange. Il est à remar- quer que les milieux qui ont ici fait varier le Bacillus pijocyaneus sont principalement des antiseptiques. 15 226 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. vent ceux qui ont traité trop superficiellement et comme à l'aventure la question, sans s'être préoccupés de la méthode qui devrait présider à l'étude des sciences naturelles 1 . Muguet. On désigne à la fois sous ce nom une maladie caractérisée par la pré- sence d'un végétal; et ce cryptogame lui-même, lequel, après avoir été longtemps considéré comme un Champignon de la tribu des Oïdiés de Fig. 289. — Saccharomij ces albicans. Léveillé, est actuellement rapporté comme espèce au genre Saccharo- myces, sous le nom de S. albicans Reess (fig. 289). En masse, il forme sur certaines muqueuses des plaques blanches, molles, pultacées, dont l'aspect rappelle celui de certaines fausses membranes. Elles sont cons- 1. La division en Endosporés et en Arthrosporés est de toutes vraisemblablement la plus scientifique, et elle sera peut-être un jour définitivement adoptée. Mais pour le moment, on n'est pas toujours d'accord sur les spores des Schizophytes, et il y en a un très grand nombre qui en sont peut-être pourvus, chez lesquels on ne les a pas encore aperçues, de même qu'on a parfois qualifié de « spores » certaines portions courtes des organes végétatifs. CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 227 tituées par la plante elle-même, c'est-à-dire par des filaments ténus, simples ou légèrement rameux, en forme de mycélium, partagés en phyto- cystes placés bout à bout et de forme variable, la plupart cylindriques, larges de 3-5 p, très ordinairement de dix à vingt fois plus longs que larges, ou même davantage. Ces segments ont un phytocysle distinct et un phytoblaste opalin, renfermant des granulations de teinte sombre, souvent mobiles (larges d'environ 1 p). Au niveau des points de jonction des phyto- cystes, il y a un léger étranglement, et c'est à ce niveau que naissent les ramifications, qui commencent par un seul phytocyste gemmiforme. Celui-ci est souvent l'origine d'une sorte de pelote formée d'éléments arrondis et qui se séparent à une époque variable. Au sommet des rami- fications se montrent aussi des pelotes analogues qu'on a décrites comme formées de « spores ». L'extrémité spo'rifère du filament est souvent dilatée. Son phytocyste terminal, sphérique ou ovoïde, séparé du précé- dent par un étranglement très marqué, atteint jusqu'à 5-7 p de diamètre. Il peut être surmonté de quelques très petits phytocystes placés bout à bout, et ceux qui le précèdent sont fréquemment courts et en forme de grains de chapelet. Quant aux spores, elles sont sphériques ou un peu plus longues que larges, à contours nets, assez réfringentes et de couleur ambrée. Leur contenu est finement granuleux, et on y voit souvent, en outre, un ou deux corpuscules larges d'environ 1/2 fx. On leur a aussi donné le nom de cellules-filles. En plaçant ces dernières dans un liquide nutritif, elles deviennent à peu près toutes semblables, sphériques et larges d'environ 4 p. On les cultive bien dans des milieux différents, notam- ment sur des tranches de légumes, de fruits acides et sur des sucs de fruits, et l'on obtient une multiplication des phytocystes qui peuvent ensuite. s'inoculer sur les muqueuses et reproduire des plaques de Muguet. La plante vit donc également sur des animaux et des végétaux, et il conviendra de modifier beaucoup ce qu'on a dit de son « parasitisme ». Quand le microphyte se trouve sur une muqueuse baignée de liquide, celui-ci renferme beaucoup de spores détachées et flottantes. D'autres se fixent fortement aux cellules épithéliales et peuvent les recouvrir complè- tement. Elles germent à la surface de la membrane, et l'on en voit qui sont déjà allongées et formées de deux ou trois articles, quelquefois étroits et allongés. Quand on enlève la couche de cellules épithéliales qui porte les spores ou les plantes plus développées, avec le mucus visqueux dont elles sont baignées, on aperçoit, non le derme sous-jacent de la muqueuse, mais une couche épithéliale de nouvelle formation. Le siège du Muguet n'est donc pas sous-épithélial. La muqueuse peut être phlogosée là où il se trouve, mais elle peut aussi paraître parfaitement saine; et si le Muguet se développe à sa surface, c'est parce qu'il trouve dans les liquides altérés qui la baignent un milieu favorable à son évolu- tion. Ce milieu est d'une acidité à peu près constante, cl lorsqu'on Pal- calinise, le développement du Muguet s'arrête d'ordinaire promptemenl. 228 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. Chez l'homme, le Muguet s'observe le plus souvent sur la muqueuse buccale, notamment chez les enfants athrepsiques, chez les vieillards et les cachectiques à l'extrémité. On a décrit un Muguet primitif du pharynx dans la fièvre typhoïde. Les diverses portions du tube digestif peuvent devenir le siège de la végétation. Elle se développe aussi sur la peau, notamment au niveau du mamelon et dans diverses régions affectées de phlébite, à la vulve et dans le vagin, etc. Elle est contagieuse et inocu- lable aux animaux, surtout quand ils sont cachectiques, débilités. Le Muguet n'est pas une maladie; c'est un épiphénomène; et puisque au- jourd'hui on l'attribue au genre Saccharomyces, son mode d'évolution jettera peut-être un certain jour sur la signification du développement dans l'économie animale de divers autres Schizophytes. On avait jadis rapporté le "Muguet au genre Oïdium, sous le nom d'O. albicans Gii. Rob., et c'était aussi le Syringospora Robinii Quinq. Mais le genre Oïdium, hétéronome, comme nous l'avons dit, n'a pu être conservé dans son intégrité, pas plus que la tribu des Oïdiés. Le plus connu des Oïdium, celui qui attaque la Vigne (0. Tuckeri), est un état imparfait d'une plante qui n'est pas connue. Il ne se reproduit que par conidies. On l'a cependant nommé, mais théoriquement, Erysiphe Tuc- keri, lui-même rattaché, théoriquement aussi, à un Uncinula américain. Tulasne a dit que YO. monilioides est la forme conidienne de YErysiphe graminis. L'O. leucoconium serait de même un état imparfait du Sphœ- rotheca pannosa, et il y a beaucoup d'autres Oïdium dont ou connaît de même YErysiphe. CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 229 CHAMPIGNONS DES TEIGNES Nous réunirons sous ce tilrc les descriptions de plusieurs végétaux caractéristiques de certaines dermatoses, végétaux dont l'autonomie est contestée et dont l'évolution complète ne nous est probablement pas connue. Ils ont été attribués aux Arthrosporés et, parmi eux, aux Toru- lacés, aux Oïdiés, etc., tribus qui sont elles-mêmes mal définies; et l'établissement d'un groupe des Trichophytés ou des Microsporés n'éclaire pas, bien entendu, la question. Ils appartiennent aux genres Trichophy- ton, Malassezia et Microsporon, et peut-être Achorion. Achorion. Le genre Achorion Link et Rem. est caractérisé par un mycélium flexible, translucide et à flocons de filaments ténus, très rameux, non articulés, la plupart fixés à un stroma granuleux. Ce stroma réside sur un réceptacle orbiculaire et coriace, lui-même formé de filaments condensés, plus épais, allongés, subrameux, distinctement articulés; les articles iné