OEUVRES DE PASTEUR ()l VRAGES PRECEDEMMENT PARUS I. Dissymtrie molculaire. II. Fermentations et gnrations dites spontanes* III. tudes sur le vinaigre et sur le vin. OUVRAGES A PARAITRE : V. Ktudes sur la bire. VI. Maladies virulentes, virus-vaccins et prophylaxie de la rage. VII. Mlanges scientifiques et littraires. Eabitation du Pont-Gisquet, prs d'Alais, o oui t faites les expriences ilont les ri sont exposs dans cel Ouvrage. iultats -~V7- '* OEUVRES 1) E PASTEURU RUMES l'Ai: PASTEUR VALLERY-RADOT MDECIN DES HPITAUX DE PARIS TOME IV TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE PARIS M \.SSON ET C". DITEURS I i: B A 11'. E S DE L'ACADMIE DE M D E C I N E 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN 1926 Nous avons reproduit intgralement le texte de Pasteur. Cependant des ponctuations et des fautes typographiques ont t rectifies. Quand une faute de cet ordre a dtermin une correction importante du texte, nous avons mentionn en note la correction que nous avons d faire subir au texte. Les [ ] qui entourent certains mots indiquent que ces mots ne figurent pas dans le texte original. Les indications bibliographiques ont t vrifies; un grand nombre ont t rectifies ou compltes. Les notes suivies de ces mots : Note de l'dition sont celles que nous avons ajoutes au texte. Les notes qui ne sont accompagnes d'aucune mention sont celles du texte original. Parfois un mme mmoire fut publi par Pasteur dans divers bulletins avec des variantes. Nous avons, soit reproduit les diffrents textes, soit mentionn en notes les variantes. Tous droits de reproduction, de traduction et d'adaptation rservs pour tous pays, y compris ta Russie. Copyright 1926 l'y Pasteur Vai.i.ery-Radot. INTRODUCTION DU TOME IV En 1865, Pasteur avait dj rvl la cause des fermentations et constat que chaque fermentation tait due un ferment particulier. 11 avait montr l'uvre des micro-organismes dans la destruction des matires animales et vgtales aprs la mort. Il avait dcouvert les anarobies et leur rle. Par des preuves irrfutables, il avait dtruit la doctrine de la spontanit des germes. Ses travaux rcents sur la fabrication du vinaigre et sur les maladies des vins venaient de dmontrer d'une faon clatante les consquences pratiques qui dcoulaient de ses thories fcondes. En pleine possession de sa mthode exprimentale, il allait pouvoir enfin aborder l'tude des maladies contagieuses, but qu'il avait entrevu ds le dbut de ses travaux sur les fermentations. Il avait la certitude que, guid par sa technique d'isolement des germes, d'en- semencement dans un milieu de culture strile et de reproduction volont de la fermentation par ces mmes germes, il pourrait dcouvrir la cause des maladies contagieuses. Devant lui s'ouvraient de larges horizons. Il tait impatient de pntrer dans ce nouveau domaine o tout tait mystre, lorsque brusquement faillit se rompre la courbe harmonieuse qui l'avait entran de la dissymtrie molculaire aux fermentations, puis aux gnrations dites spontanes et enfin au seuil des maladies des ani- maux suprieurs et de l'homme : au lieu d'aborder ces maladies, il fut contraint, presque malgr lui, tudier une pizootie qui svissait sur un insecte. Son matre J. B. Dumas l'avait sollicit de chercher un remde la maladie des vers soie dont les ravages taient tels que la X 7 V I vi UVRES DE PASTEUR sriciculture en France tait sur le point de disparatre. Il parut Pasteur que ces ludes nouvelles allaient l'carter de la voie o il voulait s'engager. Il accepta cependant, par dfrence pour son matre et par souci de librer une industrie de son pays du flau qui la ruinait. Et voici que, par la puissance de son gnie, cette tude ingrate, qui au premier abord semblait devoir l'loigner du but pour- suivi, devint le trait d'union entre les fermentations et les maladies contagieuses. Elle lui permit de dmontrer pour la premire fois l'action d'un micro-organisme l'origine de la maladie d'un tre vivant, de rsoudre les problmes de l'hrdit et de la contagion et d'tablir des rgles de prophylaxie. Ses travaux sur les maladies des vers soie ont t ainsi le prlude de ses recherches sur les maladies des animaux suprieurs et de l'homme. Ils l'ont arm pour pntrer dans le domaine de la pathologie, tel point que le livre o il les rsuma est, suivant l'expression de Roux, son disciple aim, le vritable guide de celui qui veut tudier les maladies contagieuses . C'est en 1870 que Pasteur publia les Etudes sur la maladie des vers soie , rsultat de cinq annes de recherches assidues. L'ouvrage qui porte ce titre se composait de deux tomes. Dans le premier tome, intitul La pbrine et la flacherie , Pasteur expose les caractres de la pbrine et les procds divers proposs avant lui pour la combattre; il donne la preuve certaine que les corpuscules sont la cause du mal et qu'ils se transmettent de la graine au ver, du ver la chrysalide, de la chrysalide au papillon; il dmontre que la maladie est, non seulement hrditaire, mais contagieuse, et que la contagion s'effectue soit par ingestion de feuilles infectes, soit par piqre de vers corpusculeux ; enfin il indique le moyen de pr- venir la maladie par la mthode du grainage cellulaire : il suffit de sparer chaque femelle pour isoler ses ufs et de ne conserver que les ufs provenant de papillons non corpusculeux. Etiologie, pathognie, prvention, Pasteur a tout dcouvert dans cette maladie des vers soie contre laquelle s'taient briss les efforts de ses prdcesseurs et, par son tude mthodique, il a donne les directives pour toutes les recherches ultrieures sur les maladies infectieuses. Quelque temps aprs le dbut de ses investigations sur la maladie des vers soie, Pasteur reconnut que cette maladie ne se bornait pas la pbrine. Il constata que les vers mouraient souvent d'un autre mal, la flacherie. C'est celte seconde affection qu'il a consacr la dernire partie du premier tome de son ouvrage. Il montre que la flacherie est due un vibrion qui se reproduit par spores et un ferment en cha- INTRODUC'J ION VII pelets le grains, organismes que l'on trouve dans la feuille de mrier on fermentation et <|iii se dveloppent dans le canal intestinal du ver. La llaeherie est contagieuse et il existe pour les vers une prdisposition hrditaire celle maladie. Pasteur indiqua aux leveurs les procds pratiques pour en prserver les ducations. A Dans le second tome, intitul Notes et Documents , Pasteur runit, outre la plupart de ses communications publies de 1865 a 1870 sur l'pizootie des vers soie, un grand nombre de rapports et de notes qui sont autant de pices justificatives ou documentaires. lui 1870, son uvre est termine. Pasteur peut crire avec fiert : e< Aujourd'hui, j'ai la ferme conviction d'tre arriv la connaissance d'un moyen pratique, propre prvenir srement le mal et empcher son retour l'avenir . Grce lui, la sriciculture jen Europe va rede- venir prospre. A maintes reprises, de 1870 1882, Pasteur s'intressa de nouveau aux maladies des vers soie. Il fit dans le Frioul autrichien une grande exprience pratique de son procd de grainage, il dfendit ce pro- cde contre les attaques, il prit une large part au Congrs sricicole de Paris en 1S7S. Nous avons reproduit intgralement le texte du premier tome de l'ouvrage de Pasteur. Mais aux Notes et Documents, qui constituaient le second tome, nous avons ajout un grand nombre de communi- cations et d'articles publis par Pasteur entre 1885 et 1870 et qui n'avaient pas t insrs par lui dans son dition. Nous avons ras- sembl, la lin des Notes et Documents, toutes les communications, les notes et les lettres sur les vers soie, postrieures l'ouvrage de 1870. Dans des Annexes nous avons reproduit divers rapports sur les travaux de Pasteur. Le volume que nous publions sur la maladie des vers soie est donc beaucoup plus vaste que celui qui fut publi en 1870. Il comprend toute l'uvre de Pasteur en sriciculture, Les tudes sur la pbrine, effectues avec la collaboration de Gernez, de Duclaux, de Paulin, de Maillot, sont dans la vie scienti- fique de Pasteur le plus bel exemple du double aspect de son gnie : intuition et persvrance dans l'effort. A peine a-t-il abord ces recher- ches qu'il voit la cause du mal; mais il met cinq annes contrler ce que, des le premier jour, lui a rvl son don d'intuition. Lentement, patiemment, il accomplit sa tche, souvent des plus arides; on le suit, rsolvant une une toutes les questions qui se posent lui, jusqu'au vin UVRES DE PASTEUR moment o enfin tout s'claire : il voit le mal, il le suit dans les diverses mtamorphoses du ver, il le prvient d'une faon certaine, aussi ingnieuse que simple. Ces pages de Pasteur reprsentent dans son uvre le chanon qui relie les fermentations aux maladies virulentes. Elles sont annoncia- trices des dcouvertes qui allaient, quelques annes plus tard, rvolu- tionner la mdecine et l'hygine. PASTEUR VALLERY-RADOT. TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE MOYEN PRATIQUE ASSUR DE LA COMBATTRE ET D'EN PRVENIR LE RETOUR (i) 1. L'ouvrage portant ce titre fut publi en 1870, Paris, chez Gauthier- Villars. Il portail 'ii pigraplir : l'rrtos fcri't r.rprrintii^ /'rurtus. 11 se composai! de deux tomes: tome 1 er . La Pbrine el la Flacherie; tome II. Notes et Documents. Nous avons reproduit intgralement le texte original de Pasteur; mais aux Noirs el Documents nous avons ajoulV- de nombreux articles ou communications omis dans l'dition de 1870 e1 toutes les communications, notes ou lettres publies par Pasteur de Ino l.ss-. 1 sur la maladie des vers soie. Note de l'dition.) Lu ' RY LA PBRINE ET LA FLACHERIE TUDES SUE LA M\I AI :l D] ! VEB \ SOIE. SA MAJESTE L'IMPERATRICE Hommage de profonde reconnaissance et d'une vive admiration [mur son esprit lev et son grand cur. MADAME, Eu ddiant ces tudes Votre Majest, j'accomplis un devoir. Je venais de les entreprendre, la bienveillante prire de mon illustre matre, M. Dumas, et j'tais effray, dcourag par les diffi- cults sans nombre que fy avais entrevues, lorsque Votre Majest me fil l'honneur de m'en parler au Palais de Compigne. L'Impratrice, touche des misres qu'entranait sa suite la maladie qui, depuis quinze annes, dcimait les vers soie et ruinait l'uni 1 des plus belle* industries agricoles de la France, daigna prendre intrt it mes premires observations et m'inviter les suivre, me disant que la science n'a jamais plus de grandeur que dans les efforts qu'elle fait pour tendre le cercle de ses applications bienfaisantes. Je fis alors Votre Majest une promesse que j'ai eu cur d'acquitter par cinq annes de persvrantes recherches. Je me devais et moi-mme de faire connatre cette circonstance, d'abord pour remercier Votre Majest de ses encouragements, ensuite pour apprendre aux populations du Midi depuis si longtemps prouves oar le mal que j'ai cherch prvenir, et qui elles devront faire remonter leur reconnaissance, si, comme j'en ai le ferme espoir, mes Etudes sont couronnes de succs. Je suis, avec le plus profond respect, Madame, de Votre Majest, le 1res humide, trs obissant et trs fidle serviteur, l>. Pasteur, membre de l'Acadmie des sciences. PREFACE .le devrais commencer cet Ouvrage en m'excusant de l'avoir entrepris. J'tais si peu prpar aux recherches qui en forment le sujet, qu'en 1865, lorsque le ministre de l'Agriculture (') me chargea d'tudier les maladies qui dcimaient les vers soie, je n'avais pas encore eu l'occasion de voir le prcieux insecte. J'hsitai beaucoup accepter cette dlicate mission. Outre que je n'avais pas l'espoir de la mener bonne fin, j'prouvais le regret de devoir abandonner, pour un temps ncessairement fort long, des travaux qui m'taient chers et dont les dveloppements imprvus enflammaient mon ardeur. C'tait au moment o les rsultats de mes recherches sur les ferments organiss, animaux et vgtaux, m'ouvraient une vaste carrire. Comme application de ces tudes, je venais de reconnatre la vritable thorie de la formation du vinaigre et de dcouvrir les causes des maladies des vins dans la prsence de champignons microscopiques. M es expriences avaient jet une lumire nouvelle sur la question des gnrations dites spontanes. Si j'osais me permettre cette anti- thse, le rle des infiniment petits m'apparaissait infiniment grand, soit comme cause de diverses maladies, notamment des maladies contagieuses, soit pour contribuer la dcomposition et au retour l'atmosphre de tout ce qui a vcu. l'n jour, c'tait, je crois, au commencement du mois d'octobre 18(38, rencontrant M. Dumas au sortir d'une des sances de l'Acadmie des sciences : Ah! lui dis-je, je vous ai fait un bien grand sacrifice en 1865. On venait d'agiter dans cette sance diverses questions relatives aux fermentations et la contagion, et cela avait raviv tous mes regrets. C'est, en effet, M. Dumas qui m'a engag dans les tudes qu'on va lire. Comment ai-je cd sa confiante prire, malgr mon insuffisance, malgr l'attrait de mes travaux commencs? Je ne puis rpondre autre chose, sinon que je n'aurais su trouver la hardiesse de 1. M. Bhic. 6 UVRES DE PASTEUR rsister l'invitation d'un confrre illustre et d'un matre vnr. Au dbut de nia carrire, j'ai tressailli connue tant d'autres sous le charme de sa lumineuse parole dans l'enseignement; en grandissant, j'ai admir ses travaux, la sret de ses jugements et de ses principes dans toutes les choses de la science; dans l'ge mr, j'ai prouv les bienfaits de ses conseils et les tmoignages de son amiti. Les motifs qui portrent M. Dumas provoquer de nouvelles tudes sur l'pizootie des vers soie mritent d'tre connus. En 1865, le Snat fut appel dlibrer sur les vux d'une ptition signe par 3.574 propritaires de nos dpartements sricicoles, rclamant l'attention du Gouvernement sur les dsastreux effets de la maladie des vers soie et demandant que des mesures fussent prises, notamment pour diminuer les charges de la proprit par le dgr- vement des impts, pour mettre la disposition des leveurs des graines de meilleures provenances, et pour assurer l'tude de toutes les questions qui se rattachaient cette pizootie persistante, tant au point de vue de la pathologie qu' celui de l'hygine . La grande autorit scientifique de M. Dumas, sa parfaite connais- sance de l'industrie de la soie, principal revenu de son pays natal, lui valurent l'honneur d'tre l'organe du Snat clans cette importante affaire. C'est au moment o il rdigeait le Rapport qu'il devait lire l'mi- nente assemble, que M. Dumas m'entretint pour la premire fois du flau qui dsolait le midi de la France, et qu'il m'engagea nie livrer rsolument de nouvelles recherches en vue de le conjurer, s'il tait possible. Votre proposition, crivis-je mon illustre confrre, me jette dans une grande perplexit; elle est assurment trs flatteuse pour moi, son but fort lev, mais combien elle m'inquite et m'embar- rasse ! Considrez, je vous prie, que je n'ai jamais touch un ver soie. Si j'avais une partie de vos connaissances sur le sujet, je n'hsi- terais pas. Il est peut-tre dans le cadre de mes tudes prsentes. Toutefois, le souvenir de vos bonts me laisserait des regrets amers si je refusais votre pressante invitation. Disposez de moi. M. Dumas me rpondit le 17 mai 1865 : Je mets un prix extrme voir votre attention fixe sur la question qui intresse mon pauvre pays; la misre dpasse tout ce que vous pouvez imaginer. Je quittai Paris le 6 juin 1865, me rendant Alais, dans le dpar- tement du Gard, le plus important de tous nos dpartements pour la culture du mrier, et celui o la maladie svissait avec la plus cruelle intensit. La rcolte avait t dplorable, une des plus mauvaises que l'on et jamais vues, malgr l'appoint d'excellentes graines arrives TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE 7 du Japon. Les ducations venaient d'tre termines. On put nanmoins m'en indiquer une qui touchait sa fin et qui tait situe un kilo- mtre de la ville. Je m'installai auprs de la pelite magnanerie, me familiarisant de mon mieux avec la nature de la maladie par d'inces- santes observations. Je rendis compte de celles-ci l'Acadmie des sciences, au mois de septembre 1865, avec toute la rserve epue com- mandait mon inexprience. Mes tudes des annes subsquentes n'ont t que le dveloppement de mes premiers aperus. Aujourd'hui, j'ai la ferme conviction d'tre arriv la connaissance d'un moyen pra- tique, propre prvenir srement le mal et empcher son retour l'avenir. Aussi, bien que j'aie consacr prs de cinq annes conscu- tives aux pnibles recherches exprimentales qui ont altr ma sant, je suis heureux de les avoir entreprises et qu'une parole auguste m'ait donn le courage d'y persvrer. Les rsultats auxquels je suis arriv offrent peut-tre moins d'clat que ceux que j'aurais pu attendre de recherches poursuivies dans le champ de la science pure, mais j'ai la satisfaction d'avoir servi mon pays en m'appliquant, dans la mesure de mes forces, trouver un remde de grandes misres. C'est l'honneur du savant de placer les dcouvertes qui ne peuvent avoir leur naissance que l'estime de ses pairs bien au-dessus de celles qui conquirent aussitt la faveur de la foule par l'utilit d'une application immdiate; mais, en face de l'infortune, c'est galement un honneur de tout sacrifier pour tenter de la secourir. Peut-tre aussi aurai-je donn aux jeunes savants le salutaire exemple des longs efforts dans un sujet difficile et ingrat. L. Pasteur. r * INTRODUCTION CHAPITRE PREMIER NOTIONS SUR LA MALADIE RGNANTE CONSIDRE D'UNE MANIRE GNRALE I. Importance de la sriciculture en France. Un habile et savant ducateur s'exprimait ainsi en 1862, dans un travail couronn par l'Acadmie du Gard : Le voyageur qui aurait parcouru, il y a une quinzaine d'annes, les montagnes des Cvennes, ^t qui reviendrait actuellement sur ses pas, serait tonn et vivement affect les changements de toute nature qui se sont oprs en si peu de temps dans cette contre. Jadis, il voyait, sur le penchant des collines, des hommes agiles t robustes briser le roc, tablir avec ses dbris des murs solidement construits, destins supporter une terre fertile, mais pniblement prpare, et lever ainsi, jusques au sommet des monts, des gradins chelonns, plants en mriers. Ces hommes, malgr les fatigues d'un rude travail, taient alors contents et heureux, parce que l'aisance rgnait leur foyer domestique. Aujourd'hui les plantations de mriers sont entirement dlais- ses : l'arbre d'or n'enrichit plus le pays, et ces visages, autrefois radieux, sont maintenant mornes et tristes : l o rgnait l'abondance ont succd la gne et le malaise (' . Ce tableau est plutt affaibli qu'exagr. Le temps n'a fait que l'assombrir, et la misre est la mme dans tous nos dpartements sricicoles. 1. Jeanjean (secrtaire du Comice agricole du Vigan. directeur de l'tablissement d'duca- tions prcoces de Saint-Hippolyte. Gard). La maladie des vers soie. Conseils aux duca- teurs. Montpellier, 1862 [vi-122 p. in-16]. 10 UVRES DE PASTEUR Jetons un rapide coup d'il sur L'importance de la sriciculture dans notre pays. La culture du mrier et l'lve du ver soie commencrent aux xm e et xiv e sicles dans la Provence, le comtat d'Avignon et le Lan- guedoc. Les rois de France, notamment Henri IV et Louis XIV, si bien seconds par Olivier de Serres ( l ) et par Colbert, encouragrent puissamment cette industrie ; mais c'est seulement dans notre sicle qu'elle a ralis de grands progrs. On peut valuer 100.000 kilo- grammes seulement la rcolte des cocons au temps de Louis XIV. En 1788, la France produisait dj annuellement 6.000.000 de kilogrammes. La rvolution arrta d'abord cet lan. Les arts de luxe furent proscrits; les soies tombrent un vil prix. La culture des mriers fut abandonne dans un grand nombre de localits ; on cessa d'en planter de nouveaux Mais, ds qu' la voix du premier Consul et sous la protection de sa puissante volont, la srnit put renatre, on se remit l'uvre de toutes parts. En 1808, Chaptal porte ou 6.000.000 de kilogrammes le poids de la rcolte des cocons, que les malheurs de la rvolution avait rduite 3.000.000 environ; l'inven- tion du mtier la Jacquart donna une nouvelle impulsion la fabri- cation, et quand la paix survint, en 1815, quand tous les pays de l'Europe se retrouvrent en prsence pour ne plus lutter, cette fois, que d'intelligence, d'activit et d'industrie, la progression fut rapide partout ( 2 ). Voici des chiffres officiels qui permettront de juger des progrs de l'industrie sricicole dans ce sicle; ils sont relatifs la quantit de cocons produite annuellement en France : De 1821 1830 10.000.000 de kilogrammes. De 1831 1840 14.000.000 De 1841 1845 17.000.000 De 1840 1852 21.000.000 En 1853 20.000.000 Le prix moyen du kilogramme de cocons, en 1853, a t de 5 francs 1. Olivier de Serres. Le thtre d'agriculture et mnage des champs. Dernire dition, revue et augmente par l'auteur. Genve, 1619, gr. in-8". Chapitre XV : La cueillette de la soie par la nourriture des vers qui la font, p. 398-435. [Note de l'dition.) 2. Gasparin IComte de). Essai sur l'histoire de l'introduction du ver soie en Europe [tome III du Recueil de mmoires d'agriculture]. Paris, 1841, in-8. p. 111. Le chiffre de o.OOO.OO de kilogrammes environ, pendant la Rvolution, est emprunt un article de M. de Quatrefagks [Animaux utiles. Le ver soie]. Revue des Deux Mondes, l" mars 1860 [seconde priode, XXVI, p. 186-216]. I rUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE 11 environ. La culture du mrier a donc produit, dans cetle anne, un revenu de 130.000.00U de francs. M. Dumas, dans son Rapport au Snat, value L. 100.000.000 de francs la production de la soie [des cocons] dans le monde connu. La France entre donc dans ce chiffre pour plus d'un dixime ' . Si la progression que nous venons de signaler dans la premire moiti de ce sicle et continu, et tout y aidait sous un rgne qui a su donner un si grand essor aux diverses branches de l'industrie nationale, on pourrait valuer aujourd'hui la production annuelle de la soie [des cocons] en Fiance plus de 50.000.000 de kilogrammes et son revenu 300.000.000 de francs; car le prix de 6 francs le kilogramme ne serait p.as trop lev en prsence du renchrissement de toutes choses, alors mme qu'on jouirait d'abondantes rcoltes. Malheureuse- ment, c'est au moment o se multipliaient les plantations de mriers, alimentes par des ppinires chaque jour plus nombreuses, que toute cette prosprit a disparu devant un terrible flau. Aprs la rcolte de 1853, la plus abondante du sicle, la produc- tion s'esi abaisse, En 1854, 21.500.000 kilogrammes. En 1855, 19.800.000 En 1856, 7.500.000 et progressivement, En 1863, 6.500.000 kilogrammes. En 1864, 6.000.000 En 1865, 4.000.000 ce qui causa une perte de 100.000.000 de francs pour la seule anne 18G5 (*). II. Apparition de la maladie., ses ravages, sa propagation. La rcolte de 1848 avait t trs satisfaisante, particulirement dans les Cvennes. L'abondance des produits, jointe aux malheurs de la rvolution, avait fait descendre le prix du kilogramme de cocons 2 fr. 50. Tout coup, sous l'influence de causes inconnues, ou mieux sans causes apparentes saisissables, on constata avec surprise, 1. Rapport de il. Dumas au Snat,!! juin 1865. [Voir p. 287 du prsenl volume.] 2. Rapport de M. le comte de Casablanca au Snat, 28 juillet 18(j8. [Voir p. 320 du prsenl volume.] 12 UVRES DE PASTEUR la rcolte de 1840, que clans beaucoup cle localits une foule de chambres avaient pri ( 4 ). En 1850, les mmes faits se manifestrent, les checs furent mme plus multiplis que l'anne prcdente, et cet tat de choses insolite s'tendit des localits nouvelles. La situation s'aggrava de plus en plus dans les annes 1851, 1852, 1853. Pourtant la production des cocons s'accroissait progressivement plutt qu'elle ne diminuait, et l'anne 1853, ainsi que je l'ai rappel prcdemment, est cite pour sa rcolte exceptionnelle, qui atteignit le chiffre de 20.000.000 de kilogrammes de cocons. On s'expliquera aisment, par les dtails dans lesquels je vais entrer, cette apparente contradiction d'une augmentation dans les rcoltes, au furet mesure que l'pizootie se dveloppait. Les checs de 1849 stimulrent le commerce des graines, qui, dj depuis plusieurs annes, avait commenc sur divers points des mon- tagnes des Cvennes jugs plus favorables la confection des semences. Comme la rcolte avait t trs bonne en Lombardie, quelques ngociants allrent acheter des graines dans ce pays pour alimenter les ducations de 1850 (-) ; ces graines s'tant bien comportes, on eut recours de plus en plus aux semences d'Italie et celles de quelques autres localits sricicoles. Ces semences tran- gres finirent par dominer tellement, en 1853, qu'on en obtint une rcolte remarquablement abondante. Mais ce qui accusait l'existence du flau et son extension, c'taient les checs de plus en plus nombreux chez les ducateurs qui cherchaient lever, comme autre- fois, sur une chelle plus ou moins grande, la graine issue de cocons produits dans nos dparlements sricicoles ( 3 ). Les graines trangres 1. Les ducateurs les plus clairs, tout en reconnaissant que la rcolte de 1848 a t trs abondant.-, affirment que, dj dans les annes 1845, 184f>, 1847, on se plaignait du grand nombre des insuccs des chambres. Mais l'ide de les attribuer une maladie spciale ne se prsentait personne. Il est trs probable que la maladie actuelle commenait svir. a. Depuis plusieurs annes avant 1849, une grande maison de filature de Ganges, la maison Aigoin de l'Arbre, faisait venir annuellement d'Italie une provision de graine qu'elle distri- buait aux ducateurs du canton, prfrant, dit-on, la qualit des cocons de la Lombardie ceux des Cvennes, et trouvant sans doute aussi que ces graines russissaient mieux que les graines indignes. 3. Des faits du mme ordre se sont produits dans ces derniers temps sous l'influence des arrivages croissants des graines du Japon, c'est--dire que les rcoltes ont t en augmentant depuis 1866, bien que le flau n'et pas diminu d'intensit. En 1864, un hardi sriciculteur de la Drme, M. Berlandier, rapporta du Japon quelques cartons de graine qui donnrent des vers d'une sant parfaite. En 1865, "ii prouva de nouveau les graines de cette provenance sur une chelle un peu plus grande, grce l'initiative de la Socit d'acclimatation de Paris. Au commencement de l'anne 18(36, l'Empereur distribua 15.000 cartons de ces mmes semences, qu'il avait reus en don de la part du Tacoun. Les ducateurs se montrrent de plus en plus satisfaits de la vigueur des vers d'origine japonaise ; aussi, dans les annes 1866, 1807 et 1868, une foule de ngociants franais et italiens s'occuprent de l'importation en Europe des graines du Japon. J'cris ces lignes la veille de la campagne sricicole de 1869; TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIK 13 offraient les russites ; les graines indignes, qu'elles provinssent de uns rares ou dos races importes, donnaient lieu aux plus cruels mcomptes. Tel a t un premier caractre du flau, caractre qui s'est maintenu jusqu' nos jours. En rsum, dans les premires annes o svissail en France l'pizootie des vers soie, il tait assez facile d'obtenir des rcoltes, la condition de s'adresser aux semences trangres, mais le grainage indigne devenait de plus en plus improductif, particulirement dans nos dpartements de grande culture. On ne devait pas tarder reconnatre les dsastreuses cons- quences de cette situation. Si le mal, en effet, tait de telle nature qu'il dt envahir l'Italie, l'Espagne et les autres contres sricicoles, le moment viendrait o l'on ne pourrait plus se procurer nulle part des semences saines et o la rcolte des cocons s'abaisserait de plus en plus. Ce fut malheureusement peu prs ainsi que les choses se passrent. Dans cette mme anne 1853, o les semences importes d'Italie donnaient la France une rcolte si abondante, la maladie fit invasion en Lombardie et les ducations de cette contre commencrent offrir, en 1854, des insuccs qui furent bien plus nombreux en 1855. L'anne suivante, le flau prit d'immenses proportions. Les graines prpares en 1855 avec les ducations les mieux russies du nord de l'Italie, -raines qui furent introduites dans notre Midi en grande quantit, amenrent une vritable catastrophe. Le mal fut si grand, que les cocons, dont le prix moyen avait t de 5 francs le kilogramme en 1855, se vendirent 8 francs en 1856, et que la rcolte totale tomba de 19.800.000 kilogrammes 7.500.000. L'Espagne, de son ct, prouvait les mmes malheurs. Pendant deux annes seulement on avait pu y pratiquer des grainages pro- ductifs. or, les documents officiels constatent qu'il est arriv, la fin de l'anne 1868, tant en France qu'en Italie, environ 2.400.000 cartons japonais [Voir [p. 628 du prsent volume] les documents officiels dont je parle). C'est sous l'influence de ce commerce nouveau que la rcolte des cocons a t en augmentant en France et en Italie depuis l'anne 1866. Tandis que la production totale pour la France en 1865 ne s'est leve qu' 4.000.000 de kilogrammes, celle de 1866 a atteint 16.400.000 kilogrammes, et, pour 1867, 13.400.000 kilo- grammes. La statistique dresse par l'Administration n'est pas encore connue pour 1868. mais il est probable qu'elle constatera au moins le statu quo. et nul doute qu'il y aura une progression nouvelle en 1869. Malheureusement, ce n'est l qu'un progrs factice; le mal conti ? df v''\ir awc une intensit plutt accrue que diminue. La preuve en est que la reproduction des belles races indignes, si suprieures par leurs produits aux graines du Japon, est toujours frappe de strilit. La situation n'est pas meilleure en Itali.-. en Espagne, en Portugal, etc. Nanmoins, aujourd'hui, connue toutes les poques depuis que rgne la maladie, on rencontre d'excellentes chambres de races indignes dans tous les pays sri- cicoles. 14 UVRES DE PASTEUR L'embarras tait extrme. Il fallut chercher ailleurs les lments de moins chtives rcoltes. Des ngociants se rendirent dans les les de l'Archipel, en Grce et en Turquie. On tira surtout d'Andrinople des graines excellentes, qui pallirent un moment les souffrances; mais, en 1859-1860, les mmes faits qui s'taient produits en Lombardie et en Espagne se renouvelrent en Turquie. La maladie dcima les chambres des environs d'Andrinople en 1860. Les marchands de graine, stimuls par le gain d'un commerce de plus en plus lucratif et sans contrle, portrent plus loin dans le Levant leurs reconnaissances et leurs achats. La Syrie, les provinces du Caucase, la Yalachie et la Moldavie furent explores leur tour, mais leur tour envahies par le flau. Enfin, en 1864, toutes les contres sricicoles de l'Europe et une partie de celles de l'Asie ne pouvaient plus produire que des semences infectes : l'Extrme- Orient, le Japon seul restait encore sain ('). J'expliquerai plus tard comment il arriva que le flau a suivi prcisment dans sa marche les oprations du commerce des graines. III. Apparences extrieures de la maladie. Aussi loin qu'on remonte dans l'histoire de la sriciculture, on trouve chez les auteurs bacologues la description de diverses maladies auxquelles sont sujets les vers soie et qui entranent parfois la perte partielle ou totale des ducations ; mais, dans les temps de prosprit de cette industrie, le nombre des checs tait relativement restreint, 1. Je dois la note suivante l'obligeance de M. Franaison, chef de l'une des principales maisons de filature d'AJais : En 1848 Rcolte norme (dans les Gvennes). 1849 Quelques symptmes de maladie. 1850 Aggravation. 1851 i 1852 / T -g.., I Importation de graines d'Italie et de graines d'Espagne. Russite gnrale. 1854 \ ^" l^*^- dj des insuccs. En 1855, checs nombreux. ia5 1 1856 \ 1857 > Graines d'Andrinople donnant de bons rsultats. 1858 ^ 1859 ) . 18GO \ Graines d'Andrinople et de Nouka. 1SC1 \ ^ es ^ndrinople chouent et les Nouka sont appeles les remplacer jus- ( qu'en 1864. Pendant cette dernire priode on essaya des graines de l'Asie-Mineure qui ne rus- sirent qu'imparfaitement. Enfin, en 1S65, ou fut oblig de s'adresser au Japon, aprs avoir essay des graines de la Chine, qu'on abandonna bientt : les geaines de cette provenance ne son! jamais arrives saines en France. TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE 15 et, le plus ordinairement, on pouvait leur attribuer une cause pro- chaine : mauvaise hibernation de la graine ( J ) ; vers clos une temp- rature trop leve dans un air desschant quand rgnent des vents du nord trs secs, connue il en existe frquemment dans le midi de la Fiance au commencement du mois d'avril ; mauvaise qualit de la feuille; encombrement excessif des vers; trop de chaleur, surtout au moment des mues; dfaut d'aration suffisante, telles taient quel- ques-unes des causes auxquelles il fallait rapporter les insuccs des magnaneries. La plupart, on le voit, correspondent l'inexprience des leveurs ou leur ngligence. Aussi, c'tait une mauvaise note de ne pas russir sa chambre. Il y avait dans ces poques fortunes de mauvais magnaniers; on n'en connat plus aujourd'hui : l'excuse du flau couvre tout. Un second tat de choses, ainsi que je l'ai dit prcdemment, commena se manifester en 1849. Les ducateurs habiles et soigneux virent prir leurs chambres sans qu'on pt en rien accuser leur ngligence. Les symptmes du mal taient multiples et changeants, le consi- drer, du moins, dans ses apparences extrieures. Quelquefois, ds l'instant de l'closion de la graine, la maladie s'annonait par l'existence d'une foule d'ufs striles ou par une mortalit consid- rable des vers dans les premiers jours de leur naissance. D'autres fois, le plus souvent mme, l'closion tait excellente et complte et les vers arrivaient jusqu' la premire mue. Mais celle-ci se faisait mal ; un grand nombre de vers, prenant peu de nourriture chaque repas, restaient plus petits que les autres, avec un aspect un peu luisant et une teinte noirtre. Ils taient encore dans cet tat lorsque les autres s'alitaient, ou dj sortaient de la mue. Par suite, au lieu de vers rguliers, bien gaux, parcourant ensemble toutes les phases de cette premire mue, ainsi que le montre la figure ci-contre, l'duca- tion commenait prsenter une ingalit sensible qui s'accusait de plus en plus chacune des mues suivantes. Paralllement ces symptmes, il tait facile de constater une mortalit plus ou moins sensible. Les vers qui meurent dans les premiers ges se desschent, se mlent et se confondent aux dbris de la litire, et il faut quelque attention pour retrouver leurs cadavres. Dans les circonstances dont je parle, le magnanier n'avait pas besoin \. Voir, ce sujet, la Note de M. Duclaux [De l'influence du froid de l'hiver sur le dveloppement de l'embryon du ver soie et sur l'closion de la graine. Comptes rendus de l'Acadmie des sciences, sance du 15 novembre 18G9, LXIX, p. 1021-1025, p. i>32-633 du prsent volume]. 16 UVRES DE PASTEUR de recourir une observation attentive des litires pour se convaincre des pertes qu'prouvait sa chambre. Un des meilleurs signes du bon tat de sant des vers est dans la place qu'ils occupent sur les 'tables. Elle doit s'accrotre en quelque sorte quotidiennement. 11 faut que les vers foisonnent, pour ainsi dire, comme si chaque jour leur nombre devenait plus grand. Sous l'influence de la terrible maladie, au contraire, les tables se recouvraient avec une dsesprante lenteur, et, quand arrivait le dernier ge, l'espace utilis dans la magnanerie Vers sains. Races de pays. Image de l'galit (gr. nat.) aprs la premire mue. tait peine la moiti, le tiers, le quart ou moins encore, de la surface ncessaire une ducation saine d'gale importance. Le mal se prsentait quelquefois dans des conditions sinon plus fatales, du moins plus cruelles, car les dceptions succdaient des esprances prolonges. La chambre avait offert une trs bonne marche jusqu' la troisime et mme jusqu' la quatrime mue; l'galit et la sant des vers ne laissaient rien dsirer ; mais bientt aprs la sortie de la quatrime mue, ds cette poque mme, on commenait craindre un insuccs : les vers sortant de la quatrime mue ont une teinte naturellement jauntre, qui disparat peu peu les jours suivants. Or, il arrivait que des vers en grand nombre conser- vaient cette couleur de rouille sans blanchir, comme c'est la rgle lorsqu'ils sont sains. Ces vers rouilles prenaient bien chaque repas un peu de nourriture, mais bientt ils s'loignaient de la feuille. Il en TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE 17 rsultait une extrme ingalit dans l'ducation; les tables taient couvertes de vers offrant toutes les tailles, depuis celle de la quatrime mue jusqu' celle de vers prts monter la bruyre. En mme temps, on voyait le corps des vers malades se tacher pro- gressivement de meurtrissures noires irrgulirement dissmines sur la tte, sur les anneaux, sur les fausses pattes, sur l'peron. et l, d'autre part, on apercevait des vers morts; en soulevant la litire, on en trouvait en grand nombre. On pressent aisment ce que pouvait tre la rcolte dans ces tristes circonstances. Une once de graine de 25 grammes fournissait peine 15, 10, 5 kilogrammes de cocons et mme moins, la plupart trs faibles en soie. Trop souvent le mal tait plus intense encore, et le magnanier se voyait contraint de jeter ses vers avant de mettre la bruyre. Le lecteur aura peine comprendre que les deux figures suivantes [p. 18 et 19] reprsentent deux ducations de vers exactement du mme ge, ns le mme jour, en mme nombre, nourris de la mme feuille. Tels sont quelques-uns des effets de cette redoutable maladie. Il y avait enfin une dernire forme du mal qu'il importe essentiel- lement de distinguer de celle que je viens de dcrire. Non seulement les vers avaient eu la marche la plus rgulire durant toutes leurs mues, y compris la quatrime, mais en outre la sortie de cette dernire, considre juste titre comme la plus critique, s'tait faite dans les meilleures conditions, et les vers approchaient de la monte la bruyre, en donnant l'leveur les esprances les mieux fondes. Tout coup, particulirement vers l'poque de la grande frze, on pouvait s'apercevoir que les vers, au lieu de s'emparer de la feuille avec voracit ds qu'elle tait jete sur les tables, se promenaient languissamment sur elle avant de la saisir. Considrez des vers sains et robustes dans les derniers jours de leur vie l'tat de larves, lorsque leur apptit est le plus exalt, ils ne prennent pas la peine de changer de place pour rechercher soit une position plus commode, soit une feuille plus leur got : dans quelque situation qu'ils se trouvent, couchs sur le dos, gns par leurs voisins ou par la litire, contourns sur la feuille ou recouverts par elle, vous les voyez s'en emparer sur-le-champ et la dvorer, pour ainsi dire, l'instant mme o elle est jete sur les tables. La figure de la page 20 ne donne qu'une image affaiblie de ce curieux spectacle. C'est alors que, dans la magnanerie, on entend le bruit des mandibules simuler le bruit de la pluie qu'un orage abat sur les arbres. C'est alors aussi que la joie est au cur des magnanarelles. Le temps de la moisson est proche, la bruyre va se couvrir de soie aux couleurs d'or et TUDES SUR I.A MALADIE DES VERS A SOIE. 2 18 UVRES DE PASTEUR d'argent. Mais si vos vers hsitent s'emparer de la feuille, s'ils paraissent vouloir se mettre plus l'aise, ou chercher une feuille mieux leur convenance, soyez dans la plus vive inquitude. C'est le signe d'un affaiblissement et la preuve qu'ils n'ont pas digr les repas prcdents. Vos tables ne tarderont pas se couvrir de cadavres, et votre douleur sera d'autant plus poignante que les vers auront conserv Pbrine ou maladie des corpuscules. Image de l'ingalit par l'effet de cette maladie. Troisime mue. jusqu' la fin un si bel aspect qu'il faudra les toucher pour tre assur qu'ils sont rellement immobiles et sans vie. On dirait la mort par apoplexie chez l'espce humaine. Telles ont t les formes diverses sous lesquelles ont pri les chambres de vers soie depuis vingt ans. Je dmontrerai qu'elles se l'apportent deux maladies distinctes et non une seule ou plus de deux, comme on lavait cru par erreur jusqu'en 1867, poque laquelle j'ai mis en lumire les faits dont je parle. Les apparences morbides que j'ai dcrites en dernier lieu correspondent une maladie qui a TUDES SUR LA MALADIK DES VERS A SOIE 19 toujours fait des ravages dans les ducations de vers soie et qui est connue depuis longtemps sous le nom de maladie des morts-blancs ou des morls-flats maladie des tripes dans quelques localits . Toutes les autres formes du mal dont j'ai parl se rapportent, au contraire, une autre maladie galement fort ancienne, mais que les auteurs Vers i gaux entre la troisime et la quatrime mue. Iraa^'e de l'galit dans les vers sain*. avaient mal distingue, ce qui a fait croire de nos jours plusieurs qu'elle tait nouvelle. Cette maladie est, proprement parler, la maladie qui rgne avec intensit depuis vingt ans, celle qui a parcouru l'Europe et l'Asie la suite du commerce des graines et dont les premiers effets dsastreux ont commenc tre remarqus en 1849. Elle porte les noms de pbrine ou de gattine, ou encore de maladie 20 UVRES DE PASTEUR ,<. 7). [Naturgeschiohte der Daphniden (crustacea cladocera).] TUbingen, 1860, iv-252 p. in-4 (10 pi. avec 78 fig.). 2. Leydig (Fr.). Zum feineren Bau der Arthropoden. Archiv fur Anatomie und Physio- logie (Mller), 1855, p. 870-480 (PI. XV-XVIII). 3. Mixer (J.). Ueber eine eigenthmliche krankhafte parasitische Bildung mit specifiscb organisierten Samenkrperchen. Archiv fur Anatomie und Physiologie (Mller), 1841, p. 477-488 (PI. X\ I 4. Balbiani. Recherches sur les corpuscules de la pbrine et sur leur mode de propagation. ptes rendus de l'Acadmie des sciences, LXIII, 1866, p. 388-393. (Notes de l'dition.) 5. Voir, dans les Notes et Documents [p. 620-626 du prsent volume], divers extraits des publications de M. Leydig. 36 UVRES DE PASTEUR taire, car le genre psorospermie avait t cr par Jean Mller l'occa- sion de productions morbides tudies par lui sur divers poissons, notamment chez le brochet ordinaire d'eau douce. Cependant il est juste de faire remarquer cpue M. Leydig ignorait en 1853 [1854] que les corpuscules tudis par lui fussent identiques ceux du ver soie; son travail ne saurait ter aucun mrite de nouveaut l'opinion admise trois ans aprs par MM. Cornalia, Frey et Lebert d'une relation trs probable entre la prsence des corpuscules et la maladie qui svissait alors au plus haut degr en France et en Italie sur l'insecte de la soie. Le premier aperu sur l'importante relation dont je parle se trouve dans la Monographie du ver soie (') que M. Cornalia publia Milan en 1856. Voici ce qu'on lit dans cet Ouvrage, pages 301 [et 362], sous le titre Hydropisie du papillon [Idropisia dlia farfalla], nom que quelques personnes donnaient alors la maladie du ver soie : Il y a environ deux ans que parut aussi chez nous cette maladie, connue en France depuis longtemps dj, et qui frappe non plus la larve, mais l'insecte l'tat adulte, de sorte qu'elle diminue assez nota- blement le rendement en graines, et rend, en outre, incertaine la qua- lit de celles qu'on obtient de ces papillons. Cette maladie se prsente sous des apparences diverses, et nous y distinguerons trois degrs. Comme symptme gnral, l'insecte offre un abdomen normment gonfl : ce caractre se joint d'autres dont la prsence ou l'absence et le plus ou moins d'intensit indiquent les degrs du mal. Je mettrai ces degrs en rapport avec la capacit reproductrice. Le premier degr est celui o les symptmes sont le moins accuss : les papillons s'accouplent et les femelles donnent une graine plus ou moins bonne ; dans le deuxime, la femelle s'accouple mais ne pond pas; dans le troisime, elle ne s'accouple pas. Le papillon hydropique sort avec peine du cocon : cette sortie difficile tient peut-tre la grosseur et au poids de son corps, peut-tre aussi plus de faiblesse chez l'animal. Avant tout je dois dire que d'excellents cocons peuvent donner des papillons ayant la maladie. Il semble que la femelle y soit plus sujette que le mle. L'abdomen est trs volumineux; les anneaux sont tendus et gonfls, et les espaces interannulaires sont variqueux et remplis par le liquide interne, c'est--dire le sang et le fluide nutritif - 1. Coknai.ia (]:.) Jlonografia del bombice del gelso. Milan, 1856, 388-19 p. in-4 (15 pi.). Y./V de l'dition.) L'opinion que j'mets ici, au sujet du mrite propre de M. Cornalia, se trouve confirme par le passage suivant d'une lettre que ce savant naturaliste a adresse au directeur de la Perseveranza, de Milan (n" du 20 juillet lHt.S) : Ces maudits corpuscules, auxquels Pasteur donne mon nom, parce que j'en ai indiqu le premier la valeur pathologique, en 1856 [Xote de l'nstoir. TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE 37 qui semblent extrmement abondants et gonflent toutes les parties. Outre ce symptme, le corps en offre un autre assez visible, c'est la coloration en gris de plomb, quelquefois assez forte, soit de parties de l'abdomen, deux, trois ou quatre anneaux par exemple, soit aussi de parties des ailes. L'abondance du liquide interne est telle que les ailes en offrent entre leurs feuillets. Ces organes dlicats restent toujours rids comme au moment de la sortie du cocon; ils ne s'tendent pas par pntration de l'air dans les nervures (traches), qui seraient ainsi sches et fortifies. Au contraire, les ailes offrent a et l sur leurs feuillets des vsicules ou varices, qui contiennent une ou plusieurs gouttes de sang, qu'on fait courir entre les feuillets de l'aile, en pres- sant dessus. Quelquefois un feuillet crve, et une gouttelette vient sortir la surface de l'aile, o elle a le temps de scher, le papillon tant engourdi si l'on n'y touche pas. En ce cas le sang brunit d'abord en se desschant, et la fin il se transforme en une matire noire et visqueuse comme la poix. Le sang du papillon, vu au microscope, est trs riche en corpus- cules vibrants, et noircit quelquefois, pas toujours, sur le verre qui le porte. Le papillon ainsi malade se remue peu; le mle seul offre quel- quefois de l'agilit, et recherche la femelle ; celle-ci, une priode avance de la maladie, ne se prte pas l'accouplement, bien qu'on ne voie aucun dfaut organique dans les parties gnitales externes. Si la femelle arrive pondre, elle pond peu, trs lentement, et de longs intervalles. Elle meurt prmaturment en laissant un cadavre reconnaissable la longueur de l'abdomen, encore plein d'oeufs et piriforme. Je n'ai pas d'observations sur ce que donnent les ufs ayant une telle origine, ni sur les causes probables d'une telle maladie. Cette affection qui frappe l'animal arriv dj au dernier ge, dans une priode trs courte o il a 1res peu de rapport avec l'ext- rieur, parat encore plus complexe que celle du ver; il est donc plus difficile d'en trouver les causes. De plus, nous avons observ cette maladie dans notre pays depuis trop peu de temps, pour pouvoir dis- siper les tnbres qui voilent cette difficile question. Faisons des vux pour qu'on n'ait pas l'occasion d'en faire l'tude, et que la sri- ciculture n'ait pas compter un flau de plus. Dans cette description fidle de la maladie on voit que M. Cornalia signale en passant le fait de la prsence abondante des corpuscules de Gurin et de Filippi dans le sang des papillons malades. Le savant naturaliste ne dit pas que c'est la un signe de la maladie, et mme on pourrait prtendre que M. Cornalia, partageant Terreur de Filippi sur 38 UVRES DE PASTEUR la prsence constante des corpuscules dans les papillons avancs en ge, devait loigner le lecteur de l'ide d'une relation entre le corpus- cule et la maladie rgnante ' . Nanmoins il serait injuste de ne pas admettre que, par la phrase que j'ai souligne dessein dans la citation prcdente, M. Cornalia a veill nettement la pense de rechercher si le corpuscule n'tait pas un signe du mal. Cette opinion a t dveloppe ultrieurement par MM. Lebert et Frey en 1856 ( 2 ~) et 1858 ( 3 ), en examinant l'insecte malade toutes les phases de son existence. Le principal mrite des travaux de ces savants distingus est, en effet, d'avoir insist sur la signification pathologique du corpuscule, car, en ce qui concerne la diffusion de ce parasite dans tous les organes du ver et du papillon, ils avaient t prcds, comme on l'a pu voir prcdemment, par le travail de Filippi, dont ils ignoraient, je crois, l'existence. En 1857 l'histoire de notre parasite s'enrichit d'une dcouverte de la plus grande importance scientifique et pratique. C'est au D r Osinio, de Padoue, qu'on en est redevable. Il reconnut, le premier, la prsence des corpuscules dans les ufs de vers soie, circonstance qui avait chapp ses devanciers. Le D r Lebert lui-mme, qui a pouss le plus loin l'tude de la recherche des corpuscules dans tous les organes du ver soie, n'avait pas russi constater leur prsence dans les ufs malades : Nous avons trouv quelquefois, dit-il, de ces corpus- cules la surface des ufs. Cela n'est pas surprenant, car ils existent dans loviducte. J'en ai vainement cherch dans l'intrieur de l'uf. L'observation relative la prsence des corpuscules dans les ufs des papillons malades devint heureusement l'objet d'une tude approfondie de la part d'un naturaliste plein de sagacit, le D r Carlo 1. Voici, en effet, comment M. Cornalia s'exprime la page 139 de sa Monographie du ver soie [Monogratia del bombice del gelso. Milan, 1856, in-4 3 ], o il reproduit les principales assertions du Mmoire de Filippi : Granules ou corpuscules oscillants. Les deux lments prcits ne sont pas les seuls qui se rencontrent clans le sang du ver. On y trouve, en outre, de trs petites granulations, fort remarquables par leur mouvement vibratoire ou brownien... h Les vers sains et vigoureux contiennent un petit nombre de ces corpuscules, et je les regarde comme accidentels. Ils constituent une forme rgressive des tissus, et c'est pourquoi on les voit se dvelopper et devenir trs abondants dans les vers affaiblis par la dite ou la maladie, et dans les papillons qui approchent de la fin de leur vie. 2. Frey (H.) u. Lebert (H.). Beobachtungen ber die gegenwrtig im Mailandischen lierr- schende Krankheit der Seidenraupe, der Puppe und des Schmetterlings. Vierteljahrsschrift der naturforschenden Gesellschaft in Zurich, I, 1856, p. 374-389. {Note de l'dition.) 3. Lebert (H.). Ueber die gegenwrtig herrschende Krankheit des Insects der Seide, die degenerative Ernhrungsstrung mit Pilzbildung. Dystrophia mycetica. Berlin, 1858, in-8. (Note de l'dition.) TUDES SLR LA MALADIE DES VERS A SOIE 39 Vittadini ' , qui fonda en 1859, sur L'observation de M. Osimo, une mthode de distinction de la bonne et de la mauvaise graine. Le D r Osimo - avait dj lui-mme pressenti et indiqu ce progrs. Mais celui-ci serait probablement rest strile, si le D r Vittadini n'et reconnu que la proportion des ufs visiblement corpusculeux aug- mentait notablement dans une ponte malade au fur et mesure qu'on approchait de l'closion des ufs. M. Osimo, qui ignorait ce fait, avait propos d'examiner les ufs avant toute incubation, mthode qui aurait entran de graves erreurs. Le mme savant mit une autre ide fort juste, mais qu'il eut le tort de ne point suivre par une obser- vation attentive des faits : Je crois, crivit-il en 1859, qu'il serait sage d'examiner non seulement les ufs aprs la ponte, comme je l'ai pro- pos en 1857, mais aussi tout d'abord quelques chrysalides. Cette vue judicieuse aurait pu conduire une mthode nouvelle pour se procurer de la graine saine si elle et t convenablement tudie et prouve par l'exprience. Des recherches furent commences dans cette direction en 1863 et en 1864 par le professeur Cantoni, mais ses tentatives incompltes et mal diriges le firent passer ct de la vrit sans l'apercevoir, jugement que le savant professeur a port lui-mme en 1867 sur ses observations ( 3 ). Le D' Osimo, n'ayant soumis aucune preuve la vue spculative que je viens de rappeler, et qu'il avait mise en 1859, laissa naturelle- ment passer sans critique les rsultats avancs par le D r Cantoni : c'est que, dans les sciences exprimentales, la vrit ne peut tre dis- tingue de l'erreur tant qu'on n'a pas tabli des principes certains par une observation rigoureuse des faits. 1. Vittadini (C). SuI modo di distinguera nei bachi da seta la semente infetta dalla sana. Atti delV I. R. Istituto lombardo di scienze, lettere ed arti (10 marzo 1859), I, 1858, p. 360- 363 1 pi.). 2. Osimo (M.). Cenni sull' attuale malattia dei bachi da seta. [I. R. Istituto veneto di scienze, lettere ed arti, 24-25 agosto 1857). Venise, 1857, 19 p. in-8. Ricerche e considerazioni ulteriri sull' attuale malattia dei baehi. /. R. Academia di scienze. lettere ed arti di Padova, 1858-1859.) Padoue, 1859, 32 p. in-8. (Notes de l'dition.) 3. Cantoni (G.). La pbrine. Revue universelle de sriciculture, 1867, I, p. 68-72. ;v o oos / CHAPITRE III DES RECHERCHES ENTREPRISES AVANT L'ANNE 1865 POUR COMBATTRE LA MALADIE I. Distinction de la bonne et de la mauvaise graine. Procds divers. Parmi les tentatives les plus srieuses qui aient t faites en vue de porter remde la crise sricicole, la recherche de moyens propres distinguer la bonne graine de la mauvaise tient la premire place. L'importance de ces tudes, dans le cas o elles auraient t couron- nes de succs, ne pouvait chapper personne. Chaque anne, depuis l'origine du flau, dans tous les pays sricicoles, on avait vu des graines russir merveille ct d'autres qui chouaient totalement, bien que la feuille et les modes d'ducation eussent t les mmes pour ces diverses sortes de graines. Les exemples de cette nature taient si nombreux, si propres convaincre l'ducateur de l'impor- tance du choix de la graine, que chaque anne amenait l'essai de nou- veaux moyens, soi-disant infaillibles, pour distinguer les lionnes semences des mauvaises. On exprimenta, en 1800 et 1861, le procde Kaufmann (*), de Berlin, qui consistait jeter une pince de la graine prouver dans de l'eau en bullition. Suivant l'inventeur, la graine tait bonne quand elle prenait une teinte lilas fonc aprs quelques minutes de cuisson, mauvaise au contraire quand les ufs devenaient rouges, jaunes ou bruns. A la mme poque, M. Mitiliot (-), sriciculteur clair du dpartement de la Drme, proposa d'isoler chaque couple de papil- lons producteurs de la graine dans des cellules distinctes, et de suivre 1. Kaufmann (E.). Progrs de la sriciculture; rgnration des vers soie; moyens pour reconnatre la graine falsifie. Rapport adress M. le ministre de l'Agriculture, du Com- merce' ef des travaux publics. Paris al Berlin, 1860, vm-100 p. in-8. 2. Voir, sur le procd Mititiot : Jeanjean (A.). La maladie des vers soie. Conseils aux ducateurs. Montpellier, 1862, in-16, p. 42-46; et Mares (IL). Note sur le procd de M. Miti- fiot pour l'aire de bonnes graines de vers soie. Messager agricole du Midi, I, 1860-1861, p. 14-19. {Notes de l'dition.) TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE 41 les changements progressifs de la couleur des ufs des diverses pontes les jours suivants. Les bonnes pontes taient celles dont les ufs arrivaient en une semaine une teinte cendre en passant par des nuances que L'auteur avait assignes. Diverses personnes proposrent l'examen des mouchetures qu'on observe la surface des ufs. M. de Plagniol ( 4 ), d'aprs ce caractre, tablissait entre les graines diverses catgories : les polygonales, les polygonales irrgulires, les mixtes, les confuses et les tachetes. A son avis, les graines mouchetures polygonales taient les bonnes, et de plus en plus altres mesure qu'elles s'loignaient davantage de ce type. Dj, en L859, M. Vittadini - avait fait des observations ana- logues, desquelles il avait conclu que la coque des ufs sains avait une ponctuation rgulire, un rseau sans interruption, que dans les ufs malades au contraire (trs corpusculeux) elle tait ingalement rticule et plus ou moins couverte de taches obscures. MM. d'Arbalestier ( 3 ) et Hugon avaient recours au plus ou moins d'opacit des ufs quand on les faisait traverser par la lumire des nues. Tous ces procds et plusieurs autres reposant sur des diffrences prtendues entre les poids spcifiques de la graine saine et de la graine malade sont tombs dans l'oubli le plus absolu. Applicables, la rigueur, dans quelques cas limits, l'usage en devenait impos- sible dans le plus grand nombre des circonstances, parce que les principes sur lesquels ils s'appuyaient taient vagues, confus ou errons. Des nombreuses mthodes imagines pour distinguer la bonne graine de la mauvaise, deux seulement ont survcu : l'preuve par ducations prcoces et l'tude des ufs au microscope. Celle-ci est ne de l'observation, rappele au chapitre prcdent, de la prsence pos- sible dans les ufs des corpuscules, improprement appels corpuscules vibrants. Cette mthode, prcieuse divers gards, est tout l'honneur des naturalistes italiens, MM. Osimo, Vittadini etCornalia. Le 10 mars 1859, le D 1 ' Carlo Vittadini lut l'Institut lombard un travail remarquable qui a nettement dfini les bases de cette mthode. Voici les principaux passages de son Mmoire : 1. Plagniol (E. tle|. Rapport relatif des expriences microscopiques sur des graines de vers soie. Bulletin de la Socit d'agriculture de l'Ardche, 1861, p. 113-127. 2. VlTTADIXI |C). LOC. Cit. 3. Ahbalestier (baron d'). Mmoire sur l'apprciation des ufs de vers soie au moyen de la transparence (Communication faite la Socit d'agriculture du dpartement de la Drame). Bulletin du Comice agricole, de l'arrondissement d'Alais, 1860, V, p. 139-152,178- 1*3 et 235-238. (Notes de l'dition.) 42 UVRES DE PASTEUR Tous les bacologues reconnaissent que les vers soie affects de la maladie actuelle portent dans leur sang et leurs divers organes une quantit prodigieuse de ces corpuscules microscopiques ovales, oscil- lants, que Gurin-Mneville appelle hmatozodes, les prenant pour le vrais infusoires; que Lebert a cru tre des individus d'une algue uni- cellulaire, qu'il a nomme panhistophyton ovatum ; que moi, enfin, je suis port prendre pour des produits de quelque tat de dprisse- ment de l'individu qui les porte, car on les trouve constamment dans les papillons sains, vers les derniers moments de leur vie, et ces papil- lons meurent par suite d'une phase rgressive purement naturelle... Les bacologues ne s'accordent pas sur l'existence constante de ces corpuscules dans les vers malades d'atrophie; en trouve-t-on aussi dans les ufs que font les papillons affects de la mme maladie? Lebert dit qu'il n'y en a jamais trouv, quelque recherche qu'il en ait faite. Au contraire, Osinio, qui partage l'opinion de Lebert quant leur nature vgtale, assure les avoir presque constamment observs dans beaucoup d'ufs mis par des papillons frapps par cette mala- die ' ... Cela pose, le but de ce Mmoire est d'exposer les derniers rsul- tats de mes expriences, par lesquelles il est dmontr que rellement on rencontre ces corpuscules, non seulement dans les ufs des papil- lons malades, mais encore dans les petits vers peine sortis de ces ufs ; et leur prsence surtout dans ces derniers peut fournir un excel- lent critrium pour distinguer la graine provenant de papillons malades de la graine des papillons sains. Mes premires recherches sur ce sujet ne furent pas heureuses. Dans le cours de l'anne, je soumis au microscope un nombre trs grand d'ufs obtenus de divers couples de papillons indubitablement affects de la maladie actuelle, et je ne pus voir dans les innombrables granules du jaune aucun corps ressemblant aux corpuscules pour la forme ou les dimensions. Ce ne fut qu'aux premiers jours de fvrier de cette anne qu'en examinant de nouveau de pareilles graines, je pus apercevoir videmment ces corps et m'assurer qu'il y en a aussi dans les ufs... 1. Les difficults rencontres par les premiers observateurs pour la constatation des cor- puscules dans l'intrieur des ufs des vers soie sont faciles comprendre, si l'on rflchit au trs petit nombre de corpuscules que les ufs contiennent, en gnral, surtout les ufs bien fconds, examins dans les premiers mois qui suivent la ponte. J'engage les personnes qui commencent leurs premires tudes microscopiques sur les ufs, s'adresser de prfrence aux ufs mal fconds, de couleur rougetre ou brune, trs dprims. Chez ces derniers, les corpuscules existent bien plus abondants, en gnral, quelquefois mme profusion, tmoin la planche ci-jointe, qui reprsente le champ microscopique d'un uf de cette sorte, dans une ponte trs corpusculeuse. :" Lackrrbimei- ad tuU dcl GRAINES TRES CORPUSCULEUSES e- \ . i 1 c' I long, o 0O& Corpu ' , /., /v . Toos TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE 43 tant assur, par mes expriences, de la prsence de ces corpus- cules dans les ufs malades ou issus de papillons malades, j'ai voulu aller plus loin, et voir si l'examen extrieur de ces ufs pourrait don- ner quelque indice de leur tat, sans qu'il Fallt recourir l'examen intrieur. De ces recherches, il est rsult que les ufs remplis de ces corpuscules, vus a un fort grossissement, avaient leur coque ingale- ment ponctue et rticule, et plus ou moins couverte de taches obscures, a proportion du degr de leur infection, ou, plus exacte- ment, a proportion du nombre de corpuscules qu'ils contenaient; au contraire, les ufs dnus de corpuscules ont une ponctuation rgu- lire, et un rseau sans interruption et sans aucune des taches sus- dites... J'arrive a la seconde partie de mes recherches qui tend prouver la prsence des corpuscules dans l'embryon des graines infectes, lorsque cet embryon se dveloppe, et, par suite, leur prsence dans les petits vers peine sortis de ces ufs. Disons d'abord que les taches des graines, vues un grossisse- ment de 50 diamtres, semblent videmment rsulter de la runion ou du groupement des mailles du rseau form sous la coque dans les premiers jours de l'incubation. Ces taches manquent dans les bonnes graines, comme on l'a vu, et dans celles que les corpuscules n'ont pas envahies; elles rsultent donc, mon avis, d'une distribution irrgu- lire des globules primaires du jaune, briss et entravs dans leur arrangement par le dveloppement anormal des corpuscules ; de l rsulte la rticulation susdite; le rseau est au contraire rgulier et uniforme dans la graine saine ou pure de corpuscules. Il rsulte le mes recherches sur les graines, l'poque o com- mence le dveloppement du germe, que les corpuscules, une fois apparus dans l'uf, augmentent graduellement en nombre, mesure que l'embryon se dveloppe ; que, dans les derniers jours de l'incuba- tion, l'uf en est plein, au point de faire croire que la majeure partie des granules du jaune se sont transforms en corpuscules. Une autre observation importante est que l'embryon aussi est souill de corpuscules, et un degr tel, qu'on peut souponner que l'infection du jaune tire son origine du germe lui-mme ; en d'autres termes, que le germe est primordialement infect, et porte en lui- mme ces corpuscules tout comme les vers adultes, frapps du mme mal. Enfin, ma dernire observation est que, lors de l'closion, tous les vers infects ne sortent pas de l'uf : les plus malades, ou ceux qui contiennent un plus grand nombre de corpuscules, ne peuvent percer 44 UVRES DE PASTEUR la coque ou sortir de la coque une fois perce, et que beaucoup, peine sortis, meurent. Il rsulte de l que la prsence des corpuscules dans les vers peine ns offre une telle vidence des choses, qu'on peut la prendre pour critrium de l'infection des graines, de prfrence l'examen de ces graines non encore closes. Je n'ai plus qu' dire deux mots pour diriger les ducateurs dans leurs recherches sur la bont de la graine : qu'ils soumettent l'incu- bation, en fvrier ou mars, une petite quantit de la graine essayer; qu'ils attendent l'closion des vers pour soumettre ceux-ci l examen. On en prend un ou davantage, mort ou vivant, peu importe; on l'crase, avec une goutte d'eau distille, sur un verre bien propre, et on regarde au microscope un grossissement d'au moins .'300 diamtres. Si l'infec- tion existe, l'observateur verra les corpuscules par milliers dans le liquide, parmi les dbris du ver, et d'une manire non quivoque. Il soumettra au mme examen les vers qui n'ont pas pu sortir de l'uf. Inutile de dire que ce moyen offrira d'autant plus de scurit qu'on examinera plus de vers, et avec un soin plus grand. Ces corpuscules tant un indice assur de l'tat de dprissement de l'individu qui les contient, les vers qui sont dans ce cas ds leur naissance ne pourront certainement vivre jusqu' la formation du cocon. Et, bien que l'absence de corpuscules dans les vers peine ns ne puisse tre regarde comme un signe certain de la bont de la graine, cependant c'est de toute faon un indice assez probable ( { ). Tels sont les principes de la mthode italienne pour la distinction de la bonne et de la mauvaise graine. Le Mmoire de Vittadini n'a pas t publi en France, mais M. N. Joly, professeur la Facult des sciences de Toulouse, tra- duisit, en 1860, une Note prcise de M. E. Cornaba, directeur du Musum d'histoire naturelle de Milan, o se trouvait expose, avec tous les dtails convenables, la mthode de Vittadini et l'utilit de son application (-). M. Cornaba est l'auteur bacologue qui a le plus fait pour la connaissance et la divulgation de cette mthode. Comme tout ce qui est utile et vrai, elle a eu ses dtracteurs; mais ceux-ci, ou la connaissent trs imparfaitement, ou demandent son emploi des services qu'elle ne 1. Vittadini (Carlo). Sul modo 'li distinguera nei bachi da seta la semente infelta dalla sana (tornata del 10 marzo 1859). Atti delV I. B. Istituto lombarde di scienze, lettere ed arti, I, 1858, p. 360-363 (1 pi.). {Note de l'dition.) 2. [Notice du prof. Emilio Gornalia indiquant un moyen de distinguer srement la mau- vaise graine de la bonne, traduit de l'italien par le D r N. Joly]. Messager agricole du Midi, I, 1860-1861, p. 323-339. (D'aprs le Journal d'agriculture pratique et d'conomie rurale pour le midi de la France, octobre 1860.) TUDES SUR I.A MALADIE DES VERS A SOIE 45 peut rendre; plus souvent encore ils L'appliquent mal, en se plaant hors des conditions qui ont t indiques par MM. Vittadini el Cornalia. L'examen le la graine doit se faire au mois d'avril, a l'poque de l'closion, ou sur un chantillon soumis a une incubation prcoce au mois le fvrier ou le mars. Cette prescription le l'auteur de la mthode est suivie par trs peu de personnes. On peut s'en dispenser quand les graines sont trs charges de corpuscules, car, dans ce cas, la prsence de ces derniers se montre dj dans beaucoup des ufs aussitt aprs la ponte, et, plus forte raison, dans les mois d'automne el d'hiver. Or, pour condamner une graine, il n'est pas ncessaire d'attendre la multiplication visible des corpuscules dans tous les embryons qui peuvent en montrer l'closion. Mais quand une graine n'est pas corpusculeuse avant son incubation, il faut se garder de croire que l'examen qu'on en a fait est suffisant. Il est indispensable de la soumettre en janvier, fvrier ou mars, une incubation prcoce, ou attendre son closion naturelle pour en renouveler l'observation au microscope. Beaucoup de personnes font d'une manire vraiment drisoire l'preuve microscopique des graines. Il en est, par exemple, qui se bornent craser des ufs en nombre indtermin pour rechercher ensuite dans le liquide s'il existe des corpuscules en plus ou moins grand nombre. Il n'est pas permis de se prononcer sur la proportion des ufs corpusculeux dans une graine sans avoir fait sparmenl l'observation individuelle de trente cinquante ufs, au moins, pr- levs sans choix dans un chantillon de la graine. Si l'examen des cinquante ufs ou petits vers clos a donn deux, cinq, dix, ..., sujets corpusculeux, on dit que la graine tudie est corpusculeuse 4, 10, 20, ..., pour 100. Ce n'est jamais que forcs par la ncessit que MM. Vittadini et Cornalia ont born leurs examens dix ou quinze ufs pour porter un jugement sur une graine. Pour pouvoir juger de la bont d'une graine, dit M. Cornalia, il convient d'examiner le plus grand nombre possible de vers ou d'ufs, un ou deux chaque fois. Si, pour toutes les qualits de graines, on pouvait faire cinquante ou cent observations, au lieu de quinze ou vingt, le jugement serait toujours plus sr; on pourrait prdire si cette graine contient un cinquime, ou un quart, ou une moiti de vers malades, selon la proportion des vers et des ufs trouvs infects comparativement ceux qu'on a trouvs exempts de corpuscules ( 4 ). 1. Cornalia. Messager agricole du. Midi, I. 1860-1861, p. 326 : Pour procder cette observation, on a'a qu' prendre l'uf ou la petite larve et l'craser entre les deux verres d'un porte-objet. Le petit animal tant ainsi rduit en bouillie, 46 UVRES DE PASTEUR La mthode d'examen des graines dont nous venons de parler n'a jamais acquis en France une grande faveur. Quelques personnes seu- lement, MM. de Plagniol dans l'Ardche, Jules de Seynes dans Bruyre couverte de cocons. Essais prcoces. l'Hrault, d'Arbalestier dans la Drme, Ligounhe Montauban, la mirent en pratique. Aujourd'hui encore elle est fort dlaisse. Le on enlve les parties solides ou membraneuses, et il ne reste plus sous le verre qu'un liquide opalin, c'est--dire 1 extrait de tous les liquides du ver ou de l'uf; sur cette goutte on place une petite lame de verre, et l'on soumet le tout au microscope. TUDES SUR LA MALADIF. DES VERS A SOIE .7 principal motif de cette indiffrence tient vraisemblablement ce que cette mthode avait t prcde en France par une autre plus la porte de tous les ducateurs el pouvant rendre les mmes services, peut-tre avec plus de certitude. Je veux parler de l'preuve des graines l'aide de petites ducations prcoces au moyen de feuilles de mrier venues en serres chaudes. Ds 1857, MM. Meynard, de Valras, Jouve el Mritan, de Cavaillon, crrent des tablissements spciaux pour exploiter ce nouveau mode de distinction de la bonne el de la mauvaise graine. Les tablissements de cette nature sont aujourd'hui assez, nombreux et ont conquis dans le midi de la France une juste renomme (*). Outre la grande serre de Cavaillon (Vau- cluse), celle de Saint-Hippolyte-du-Fort (Gard), celle de Ganges (Hrault , etc., places sous le patronage des Comices du Vigan et de Ganges, sont trs prospres. Bon nombre de particuliers ont mme lev leurs frais de petits tablissements analogues pour l'essai des graines qu'ils destinent leurs propres ducations. Aux divers procds que nous venons de passer en revue, on peut adresser les mmes reproches. Ils sont loin d'tre srs dans leurs indications. Toutefois leur utilit est incontestable dans beaucoup de circonstances, et c'en est assez pour encourager l'ducateur ne pas ngliger d'en faire usage. Mais, seraient-ils excellents en eux-mmes, qu'on devrait encore les trouver insuffisants et dfectueux ; car leur objet tant de servir distinguer la bonne graine de la mauvaise, tous prsupposent que la graine existe et que, mauvaise aussi bien que bonne, elle a t faite. L est le vice radical de toutes ces mthodes, parce qu'une graine faite est toujours leve. Trouver le moyen de confectionner de la graine saine dans tous les pays producteurs de la soie, sans tre contraint d'en faire de la mauvaise, voil le problme qu'il fallait tenter de rsoudre. Les esprits clairvoyants ne s'y trompaient pas. M. Henri Mares s'exprimait 1. h Quelques mriers nains feuilles prcoces, dit M. Jeanjean [Loc. cit.], qui a eu la premire direction de l'tablissement de Saint-Hippolyte, plants devant un mur en maon- nerie de %ri& de hauteur, bien exposs aux rayons du soleil; un autre petit mur. haut de n '90, et des. chssis en verre reposant sur les deux murs et couvrant les mriers, en voil assez pour se procurer, dans le midi de la France, la petite quantit de feuilles prcooes ncessaire l'ducation de quelques centaines d'ufs, reprsentant l'essai des graines que chaque propri- taire destine ses chambres. On procde gnralement de la manire suivante : sur chaque lot de graines on prlve quelques grammes, l'incubation et l'closion se font dans une couveuse ou castelet, sorte de caisse en fer-blanc double enveloppe, pleine d'eau, que l'on chauffe en dessous au moyen d'une lampe huile. On lve jusqu' la premire mue tous les vers del plus forte leve dans chaque lot, alors on n'en conserve qu'un nombre dtermin, 100 l'ordinaire, et on compare ce nombre le nombre de cocons obtenus dans chacun des paniers qui renferment les divers essais. Les bonnes graines doivent donner de 90 100 cocons pour 100 vers compts au premier repas aprs la premire mue. 48 UVRES DE PASTEUR peu prs ainsi, en 1860 : Pour la plupart des magnaniers la maladie est la maladie de la graine. En donnant ainsi au flau le nom de son caractre principal, les ducateurs nous indiquent le bul cju'il faut poursuivre, si nous voulons rendre l'lve des vers soie les conditions normales de son existence. Ce but consiste trouver le moyen de refaire de bonnes graines ; tant qu'il ne sera pas atteint, l'industrie sricicole, attaque dans ses fondements mmes, se tranera pniblement dans une impasse ( J ). Trs peu de tentatives et toutes infructueuses ont t faites dans cette direction i-). L'objet principal de cet Ouvrage est prcisment de faire connatre un moyen pratique de confection de la semence saine l'exclusion de la mauvaise et des procds capables de multiplier, autant qu'on peut le dsirer, le nombre des ducations pouvant servir la reproduction dans toutes les contres sricicoles. II. Remdes proposs. L'ide de maladie emporte naturellement avec elle l'ide de gu- rison. Mais combien elles sont rares et difficiles les dcouvertes de remdes aux maladies des animaux ou des hommes ! Dans la recherche d'un mdicament le hasard d'ordinaire est le seul guide, parce que le plus souvent les causes et la nature des maladies nous sont incon- nues. Il serait difficile et vraiment superflu d'numrer tous les spci- fiques qui ont t proposs pour gurir la maladie des vers soie. Dj, en 1860, M. Cornalia s'exprimait ainsi : La pharmacope des- vers soie est aujourd'hui aussi complique que celle de l'homme. Les gaz, les liquides, les solides, on a tout invoqu pour gurir le mal- heureux insecte, depuis le chlore jusqu' l'acide sulfureux, depuis 1. JIars (H.). [Notes sur le procd de M. Mitifiot, pour faire de bonnes graines de vers soie.] Messager agricole du Midi, I, 1860-1861, p. 14-19. 2. Quatrefages (A. de). Nouvelles recherches faites en 1859 sur les maladies du ver soie. Paris, 1860, in-4, p. 85 et suivantes. M. de Quatrefages, s'appuyant sur le caractre de la tache, avait pos comme rgle, pour la confection de la bonne graine, de rechercher les chambres dont les vers n'offriraient pas ce symptme, et de tenter de les multiplier par les petites ducations. Malheureusement, s'il est ncessaire que les vers d'une chambre destine au grainage soient exempts de taches de pbrine la fin de leur vie, cette condition est insuffisante, car tous les vers d'une chambre peuvent porter en eux-mmes, au moment o ils font leurs cocons, le germe du mal et devenir impropres au grainage, sans montrer pourtant, le moins du monde, le symptme des taches, qui est le signe d'un tat avanc de la maladie. ETUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE 49 l'acide actique jusqu'au rhum, depuis le sucre jusqu'au sulfate de quinine. Les plus svres observateurs s'accordent ne plus appliquer aucun remde et placer leur seule confiance dans une bonne graine et dans une ducation autant que possible voisine des conditions natu- relles ('). Le soufre en fleurs rpandu sur les vers ou sur la feuille, le soufre en Heurs ml de la poussire de charbon, la farine de moutarde, la poudre de quinquina, de gentiane, de valriane, le sucre, des mlanges de ces matires en diverses proportions, les cendres, le pyrthre, la suie, , enfin des poudres tenues secrtes par leurs inventeurs, voil, parmi les corps l'tat solide, quelques-uns des remdes qui ont t essays clans nos dpartements sricicoles. Parmi les liquides, le vin, le rhum, l'absinthe, les acides sulfurique et azotique, le vinaigre, l'eau de chaux, les eaux sulfureuses artifi- cielles, des solutions de sulfate et de lactate de fer, ont t employs sans plus de succs. Les fumigations gazeuses de chlore, d'acide sulfureux, de goudron, les vapeurs nitreuses ont t prconises et abandonnes par ceux-l mmes qui les avaient proposes avec le plus de confiance. Il n'est pas jusqu' l'action du courant lectrique qui n'ait t vante comme spcifique infaillible. Que tant de remdes aient t proposs depuis vingt ans pour gurir un ilau si prjudiciable la fortune publique, on le conoit aisment; mais ce qui est plus fait pour exciter la surprise, c'est la confiance aveugle avec laquelle on les a tour tour accepts sur les affirmations sans preuve de simples empiriques. D'autre part, dans les essais tents par les ducateurs pour juger de leur efficacit, il en est trs peu o l'on ait senti la ncessit d'preuves comparatives ( 2 ). Aussi ne serait-il pas inadmissible que parmi les substances indiques il y en et quelqu'une dont l'emploi pt tre utile aux vers, mais quelle est-elle si elle existe? Nul ne le sait ( 3 ). Le soufre, le goudron et la suie sont peut-tre les seules matires qui aient t soumises un contrle exprimental srieux, la suie 1. Corn'alia. La Perseveranza, de Milan, numro du 16 juillet 18G0. 2. Je suis convaincu qu'on trouverait assez facilement des substances qui. rpandues sur les feuilles, ajouteraient la vigueur des vers. Au lieu de courir au hasard la recherche de remdes pour des maladies dclares, on devrait bien plutt essayer de prserver les vers sains contre les maladies accidentelles. Mais il faut bieu se persuader que ce travail exige- rait une srie d'tudes exprimentales poursuivies pendant plusieurs annes. :. Cette rflexion pourrait bien trouver par la suite sa justification dans les bons effets que parait avoir obtenus, en 1869, M. Levi, de Villanova, par l'emploi du gaz chlore connue moyen de dtruire la vitalit des corpuscules. (Note ajoute la suite d'une conversation que j'ai eue avec' M. Levi, au mois de janvier 1870.) Il DES SOR LA MALADIE DES VERS A SOIE. 4 50 UVRES DE PASTEUR particulirement, qui donna lieu un march clbre dont le souvenir mrite d'tre conserv, comme preuve de l'intrt que le Gouverne- ment franais a pris a la terrible crise que traverse la sricicul- ture. Dans le courant de l'anne 18G3, M. Onesti, de Vicence, fit pro- poser au Gouvernement franais l'achat d'un procd destin, selon lui, combattre avec certitude la pbrine. Malgr des doutes qui ne se sont que trop justifis, et pour ne ngliger aucune occasion pos- sible d'attnuer en quelque chose les dsastres dont souffraient nos populations mridionales, le ministre de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics, stipulant au nom de l'tat, signa avec M. Onesti un trait par lequel il s'engageait, dans le cas seulement o l'efficacit du procd serait reconnue, solliciter une indemnit de 500.000 francs en faveur du sriciculteur italien. Des expriences eurent lieu dans douze dpartements. A l'unanimit, une Commission centrale constitue prs du ministre de l'Agriculture pour recueillir et juger les rsultats obtenus dclara le procd absolument ineffi- cace (*). Malgr tant d'essais infructueux, chacune de ces dernires annes a t marque par l'annonce de quelques spcifiques nouveaux. Parmi ceux qui ont le plus occup l'opinion publique dans nos dpartements sricicoles, il faut citer la crosote et le nitrate d'argent. M. Bchamp, professeur la Facult de mdecine de Montpellier, conseilla l'emploi de fumigations de crosote ( 2 ) avec une telle insis- tance et une si grande abondance d'arguments, tous fonds, il est vrai, sur des ides prconues, que les provisions de cette substance, faites par les pharmacies du Midi, en augmentrent le prix. Mais deux annes aprs ces publications spcieuses, il n'tait plus question du fameux spcifique M. le D r Brouzet, mdecin distingu de la ville de Nmes, fit, de son ct, l'annonce galement trop prmature du nitrate d'argent employ en solution aqueuse la dose de- gramme 1 gramme environ par litre. 11 suffisait de faire prendre aux vers un bain dans ce liquide pour les gurir de la pbrine. Chose curieuse assurment, un Rapport trs favorable fut fait ce sujet par une Commission de la Socit 1. M. Bhig, ministre de l'Agriculture, Rapport l'Empereur (voir p. 302-305 du prsent volume). On trouvera dans le Messager agricole du Midi et dans les ouvrages de M. de Ouatrefages [Lor. cil.] divers Rapports sur l'emploi du soufre et du goudron. Il m'a paru inutile de les rsumer. 2. Bchamp (A.). Sur l'innocuit des vapeurs de crosote dans les ducations de vers soie. Comptes rendus de l'Acadmie des sciences, LXII, 1866, p. 1341-1342. (Aoe de l'dition. TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE 51 d'agriculture du Gard ( l ). L'engouement pour ces drogues prit de telles proportions dans le Gard et dans la Drme, en 1867 et en 18(38, que j'aurais t blm de ne pas me livrera des expriences prcises pour 1. Brouzet (G.)- Nouvelles recherches sur Les maladies des vers soie. Bulletin de la Socit d'agriculture du Qard, sances des 1" et 8 mars lHfix, p. 251-286. Pasteur fit les Rapports suivants sur les rsultats des expriences de traitement les vers pbi mes par le nitrate d'argent. Alais, le 17 juin 1867 (*). Monsieur le Prfet, Vous m'avez adress, la date du 13 juin, une lettre dans laquelle vous m'informez que M. le 1)' Brouzet, de Nmes, vous a annonc, le 31 mai, qu'il avait trouv le moyen de gurir les vers atteints de la pljrine, en les traitant par le nitrate d'argent; qu'une exprience tait faite sous l'inspection de la Socit d'agriculture de Nmes [du Gard], et qu'en attendant cette exprience spciale, M. Brouzet vous avait adress deux lots de cocons, provenant les uns des vers malades (pbrine), parvenus faire leurs cocons, sans avoir t traits; les autres des vers que M. Brouzet avait pralablement soumis au nitrate d'argent. J'ai l'honneur de vous informer que des 10 cocons fournis par les vers traits au nitrate d'argent, j'ai examin 6 chrysalides : ces 6 chrysalides sont charges de corpuscules. Si l'on fait de la graine avec les papillons issus de ces cocons, je crois pouvoir affirmer qu'elle don- nera lieu un chec absolu. Voici le nombre de corpuscules par chrysalide : Ira 200 4= 1000 2 300 5 200 3. 300 O 200 Il faut s'attendre ce que les papillons, leur aspect extrieur seul, tmoignent d'un trs mauvais tat de sant. C'est ce dont je m'assurerai, en attendant la sortie des papillons des 4 cocons qui me restent. Les chrysalides non pourries des 10 cocons de l'autre lot non trait sont encore plus infectes que celles-ci. Veuillez agrer, etc. Sign : L. Pasteur, membre de l'Institut. P. S. Je serais trs dsireux de connatre les rsultats de l'exprience surveille par les membres de la Socit d'agriculture de Nmes [du Gard]. Paris, le 9 juillet 1S67(**). Monsieur le Prfet, Vous m'avez fait l'honneur de m'adresser 12 cocons provenant des vers soie, mis en trai- tement par .le procd au nitrate d'argent, de M. le D r Brouzet, sous la surveillance d'une commission prise dans le sein de la Socit d'agriculture de Nmes [du Gard]. Voici le rsultat de mes observations : Papillons La maladie des corpuscules est donc trs dveloppe dans les sujets dont il s'agit, aussi bien que dans ceux que vous m'avez dj envoys et qui avaient galement subi un traitement pareil. Veuillez agrer, etc. Sign ; L. Pasteur, membre de l'Institut. Paris, le 4 aot 1867 (***). Monsieur le Prfet, Conformment au dsir exprim dans votre dpche du 20 juillet dernier, j'ai examin les Bulletin de la Socit d'agriculture du Gard, 1868, p. 269. * Bulletin de la Socit d'agriculture d Gard, 1868, p. S7. ** Bulletin de la Socit d'agriculture du Gard, 186S, p. 878. 1. 2. 10 1.500 corpuscules par champ. 3. 4. 5. 6. 300 400 2.000 Pas " Chrysalides. . 1 10. f n. 800 corpuscules par champ. 1.000 40 7. 600 ., B 8. 1.200 .. u 52 UVRES DE PASTEUR m'assurer de leurs effets. Comme on devait s'y attendre, les rsultats de mes observations furent ngatifs. En voici le rsum : Sur les remdes au nitrate d'argent et la crosote, pour gurir /es- maladies des vers soie (). -- M. le D r Brouzet, de Nmes, a propos le nitrate d'argent comme remde la maladie des corpuscules. L'auteur croyait un changement de peau, comme par une nouvelle mue, deux ou trois jours aprs l'immersion dans la solution de nitrate <1 'argent. Je n'ai pu reproduire ces faits, quelque dose que j'aie employ le remde. Les taches, au contraire, se sont accrues, et la peau, perdant sa vitalit propre, l o elle avait t noircie par le nitrate d'argent, ne suivait plus le grossissement naturel du ver. Aussi finissait-elle, au bout de quelques jours, par le sangler en quelque worte, de faon le faire prir, ou, du moins, hter sa mort. Lorsque les taches de pbrine ont disparu, n'a-t-on pas confondu la quatrime mue avec l'effet du spcifique? On sait qu' la suite des mues les taches n'existent plus et mettent quelques jours se montrer de nouveau. J'ai fait des expriences qui me paraissent dmontrer papillons des cocons que vous m'avez adresss cette date et provenant d'une nouvelli' exp- rience d'aprs le traitement que M. le D r Brouzet applique aux vers atteints de pbrine. Sur 11 papillons je n'ai trouv que trois sujets corpusculeux, deux cocons renfermaient lus particulirement les tudes, car pour la grande majorit' des ducateurs, il paraissait vident que le mal tail dans la graine. Tous avaient pu s'apercevoir, ainsi que je l'ai dj rappel, que, par la seule diffrence des graines employes, on obtenait dans une mme localit, dans une mme magnanerie, de 1res abondantes ou de trs chelives recolles. Ilien ne pouvait amliorer une mauvaise graine, ni la nourriture, ni le mode d'ducation, cl les bonnes eraines conduisaient des succs souvent extraordinaires. Lorsque j'arrivai a .Mais, au mois de juin L865, ds mes premires conversations avec les ducateurs qui pouvaient tre le mieux informs, je fus surpris de l'incertitude gnrale des opinions. Personne n'avait eu, jusque-l, la patience de suivre des expriences prcises pouvant TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE 55 conduire un but connu et assign ;i L'avance. ' >n attendait du temps ou d<-> efforts d'autrui un remde aux souffrances. Ce n'est pas que les Comices agricoles ou f|neiques individus isols ne se livrassent, chaque anne, de nouveaux essais, mais ceux-ci se bornaient inva- riablement s'enqurir de l'efficacit de remdes plus ou moins chi- mriques, proposs ordinairement par des hommes inconnus, dont les affirmations n'avaient d'autre garantie que la hardiesse avec laquelle elles taient mises. En dehors des rsultats de ces preuves dont l'utilit tait certaine, maisqui restaient striles pour la connais- sance exacte de la maladie, la plus grande confusion rgnait dans les esprits, et chaque jour elle tait accrue par les rcits et les affirma- tions sans preuves d'une multitude de brochures et de journaux que la persistance du flau avait fait natre dans tous les pays sricicoles. Ces crits se comptaient par centaines. Je rsolus d'adopter une ligne de conduite bien diffrente. Con- centrer mes observations sur un point dtermin, choisi le mieux possible, et n'en abandonner l'tude qu'aprs avoir tabli quelques principes qui permissent d'avancer d'un pas sr au milieu du ddale des ides prconues, telle fut mon ambition. J'avais lu Paris, pendant les prparatifs de mon dpart, les Ouvrages de M. de Quatrefages sur la maladie des vers soie. Un passage de son premier Mmoire avait particulirement attir mon attention : il s'agissait de l'existence, dans le corps des vers malades, de corpuscules microscopiques regards par quelques auteurs comme un effet et un indice de la maladie actuelle, bien qu'une grande obs< urit rgnt encore sur leur nature et la signification pratique que l'on pouvait dduire de leur prsence ou de leur absence. Voici le passage auquel je fais allusion ' . Aprs avoir dcrit certaines particularits des cellules que quelques naturalistes considrent comme les globules du sang du ver a soie, M. de Quatrefages s'exprime ainsi : sont l bien videmment les globules toiles de Cornalia... Leurs pointes n'ont rien de fixe et prsentent si peu de stabilit, si peu de consistance qu'elles ne se dtachent jamais du globule modi- fi qui leur donne naissance. Le lissent-elles, elles ne sauraient donner naissance aux corpuscules vus par F. de Filippi, par Cornalia, retrou- vs par M. Lebert, et que j'ai galement vus et ligures PL Y. Qg. \\ et i5 . 1. Qi t les maladies actuelles du ver soie. Paris, 1859, in-4', p. 284 .tes. 56 UVRES DE PASTEUR Ces corpuscules [panlstophyton, Lebert] sont remarquablement identiques de figure et de proportion M. Lebert assure qu'on les rencontre toujours chez tous les vers malades. Sur ce point, mes observations ne s'accordent pas avec celles de mon confrre. Plusieurs vers mme fortement pbrins, dont j'ai examin le sang, n'en pr- sentaient aucune trace. Toutefois je suis le premier reconnatre que, ne les cherchant pas ailleurs, ce rsultat ngatif ne saurait infirmer celui qu'a annonc un naturaliste habile, et dont l'attention tait dirige d'une manire toute spciale sur ce point. .... M. Lebert regarde les panlstophyton comme des crypto- games monocellulaires, et il en a dcrit deux espces distinctes. Mes observations personnelles ne me permettent pas encore de juger jusqu' quel point cette dtermination peut tre fonde. Bien certaine- ment, par leur forme et leur manire de se comporter, ces corpuscules diffrent de tous les autres lments de l'organisme regards comme normaux, et aussi des divers produits de la dcomposition; mais l'homognit dont ils m'ont paru tre dous, et par consquent l'absence d'une membrane enfermant un contenu concorderaient peu avec la manire de voir du savant professeur de Zurich. Je me bornerai d'ailleurs mettre des doutes, et renverrai le lecteur l'ouvrage mme de M. Lebert (*), et ceux des naturalistes qui ont combattu sa manire de voir. M. Ciccone a adress M. Montagne une lettre qui a t com- munique l'Acadmie des sciences (-) et la Socit d'agriculture, et qui a pour objet l'tude spciale des corpuscules dont je viens de parler. D'aprs l'auteur, les panlstophyton ne sont pas plus des animaux que des vgtaux; ils constituent un lment organique du ver soie et se rencontrent chez les vers bien portants tout comme chez les vers malades; seulement chez ces derniers ils se multiplient parfois normment, soit dans le sang, soit ailleurs, sans que cette multiplication puisse tre regarde comme caractristique d'aucune affection particulire. Cette manire de voir s'accorde mieux que toute autre avec les observations de M. Filippi.... et avec les faits que je viens de rapporter; aussi suis-je dispos la regarder comme vraie ( 3 ). Je m'arrtai au projet, provisoirement exclusif de tout autre, de 1. Lebert (II.). Ueber die gegenwrtig herrschende Krankheit des Insects der Seide, die degenerative Emahrungsstrung mit Pilzbildung, Dystrophia myeetica. Berlin, 1858, in-8". 2. Ciccone (A.). Sur 1rs symptmes le la maladie des vers soie. Comptes rendus de l'Acadmie des sciences. XL.I, 1855, p. 900-903. 3. Cet alina est la note 1, p. 287, de l'ouvrage d'A. de Quatrefages. [Xotes de l'dition.) ETUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE 57 l'examen (1rs questions que soulevait la prsence les corpuscules dont il s'agit. Mou premier soin l'ut d'apprendre les reconnatre et les dis- tinguer, ds que je fus install dans une petite magnanerie, prs d'Alais, au commencement de juin 1865. Je constatai bientt, la suite de toutes les personnes qui se sont occupes de leur lude, que, chez certains vers qui ne peuvent monter la bruyre, ils existaient pro- fusion dans la matire adipeuse place sous la peau, ainsi que dans les organes de la soie. D'autres vers, d'apparence saine, n'en mon- traient pas du tout. Le rsultat fut le mme pour les chrysalides et les papillons, et frquemment la prsence abondante des corpuscules concidait avec un tat vident d'altration des sujets soumis l'examen microscopique. Les vers fortement tachs par ces taches noires irr- gulires qui ont fait appeler la maladie du nom de pbrine, ou de maladie de la lche, par M. de Quatrefages, renfermaient un nombre prodigieux de corpuscules. Il en tait de mme le plus ordinairement des papillons ailes recoquilles ou taches. Chose digne de remarque et qui peut servir montrer combien tait urgente la ncessit d'tudes approfondies, faites avec esprit de suite, au milieu des populations intresses, je rappellerai que les corpuscules des vers soie taient connus depuis 1849; que depuis 1856, MM. Cornalia i 1 ) et Lebert (" 2 ) les avaient qualifis de signes visibles de la maladie rgnante; qu'en 1857, le D r Osimo ( 3 ) les avait dcouverts dans l'intrieur des ufs ; (pie Vittadini avait, en 1859 ( 4 ), fond sur cette observation une mthode de distinction de la bonne et de la mau- vaise graine : nanmoins, dans ce centre sricicole par excellence de la ville d'Alais, au sein d'un dpartement dont la fortune agricole est presque entirement dans la culture du mrier, personne encore n'avait vu au microscope les corpuscules dj tant tudis ailleurs. A peine comptait-on dans toute la France quatre ou cinq personnes qui s'en taient occupes. J'ai dj rappel leurs noms, ce sont : M. Joly, professeur la Facult des sciences de Toulouse; M. de Plagniol, maire de Chomrac (Ardche); M. Jules de Seynes, agrg de la Facult de mdecine de Montpellier; M. d'Arbalestier, prsident de la Socit d'agriculture de la Drme, et M. Ligounhe, membre de la Socit d'agriculture de Montauban. 1. Corsai ia iK.i. Monografia del boihbice del gelso. Milan, 1856, in-4 (15 pi.). >. Leeeht (H.). Loc. cit. :;. i (simo iM i. Loc. cit. 4. Vittadini (C). Loi:, cit. iXotes de l'dition.) 58 UVRES DE PASTEUR Pendant que je poursuivais mes premires tudes, une circonstance remarquable vint fixer mon attention. Dans la magnanerie o j'avais install mes observations microsco- piques, il y avait deux ducations : l'une acheve ; l'autre offrant des vers aprs la quatrime mue et devant, sous peu de jours, monter la bruyre. La premire chambre provenait de graines du Japon portant l'estampille de la Socit d'acclimatation, l'autre de graines japonaises de reproduction, qui avaient t fournies par un marchand du pays. La premire chambre avait trs bien march, et on commenait pour ce motif un grainage portant sur 35 kilogrammes des cocons qu'elle avait produits. La deuxime chambre, au contraire, avait la plus mauvaise apparence Or, en examinant au microscope une multitude de chry- salides et de papillons de la chambre qui remplissait de joie son pro- pritaire, j'y trouvai, pour ainsi dire constamment, les corpuscules dont je viens de parler, tandis que l'examen des vers de la mauvaise chambre ne m'en offrait qu'exceptionnellement. Ces faits taient-ils accidentels, propres seulement aux sujets des deux chambres ? En aucune faon. A mesure que je multipliai les observations microscopiques sur des sujets d'autres ducations, ces rsultats prirent un caractre de plus en plus gnral. Je me crus, ds lors, autoris affirmer qu'une chambre peut aller trs mal sans que la majorit de ses vers montrent le caractre phy- sique des corpuscules; qu'au contraire une chambre peut aller trs bien, et que presque tous ses papillons, mme les plus beaux, peuvent contenir de ces mmes corpuscules. On comprend tout l'intrt que devait offrir l'tude des cocons de la mauvaise chambre. Ds leur apparition, je m'empressai de les observer, et successivement leurs divers ges, d'abord les vers pen- dant qu'ils filaient, puis les chrysalides et enfin les papillons. Parmi les vers filant leur soie, bon nombre continuaient de ne montrer ni taches ni corpuscules; mais dans les chrysalides, surtout dans les chrysalides ges, les corpuscules taient frquents ; enfin, pas un seul des papillons n'en tait priv, et ils y taient profusion. Je pensai qu'il fallait conclure de ces faits, que j'extrais textuelle- ment de ma Communication l'Acadmie en 1865 ('), que ce n'est pas dans le ver qu'il faut chercher les corpuscules, indices de l'affaiblisse- 1. Voir cette Communication, p. 427-431 du prsent volume : Observations sur la maladie des vers soie. Comptes rendus de V [cadmie des sciences, sance du 25 septembre 186">, LXI, p. 506-512. Cette Communication a paru auparavant dans le Bulletin du Comice agricole de l'arrondissement d'Alais, n" 30, juin 1865, VI, p. 425-435. (Note de l'dition.) ETUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE 59 nient de l'animal, niais dans la chrysalide, dans la chrysalide un cer- tain ye, et, mieux encore, dans le papillon. Sans doute, la constitution d'un ver peut tre assez mauvaise pour que, dj l'tat de ver, il montre abondamment les corpuscules, et qu'il ne puisse filer sa soie; mais il me paraissait que c'tait l, en quelque sorte, une exception, et que, le plus souvent, les vers sont malades sans qu'il y ait de signe physique qui l'indique, qu'il en est encore de mme des chrysalides dans les premiers jours de leur existence, et que le caractre de la prsence des corpuscules devient un indice manifeste du mal lorsqu'on le recherche dans les chrysalides ges et dans les papillons. Au point de vue de l'industrie, la maladie n'est redoutable qu'autant ((lie le ver est ;is>c/ affaibli pour qu'il ne puisse filer sa soie. Il impor- terait peu, la rigueur, qu'une maladie affectt l'animal, s'il pouvait toujours faire son cocon. D'autre part, n'est-il pas logique d'admettre que le ver sera d'autant plus malade ds l'origine, et plus loign ultrieurement de pouvoir monter la bruyre, qu'il proviendra d'une graine issue de parents plus chargs de corpuscules au moment de la fonction de reproduction ? En dehors du raisonnement, tous les faits m'avaient paru conduire cette manire de voir, et j'arrivai ainsi penser que la maladie devait tre regarde comme affectant de prfrence la chrysalide et le papillon, qu'en d'autres termes, c'est cet ge de l'animal qu'elle se manifeste plus apparente, et sans doute aussi plus dangereuse pour sa postrit. Les faits et les considrations qui prcdent, exposs dans la >>'ote que je prsentai au Comice agricole d'Alais, le 20 juin 1865 et l'Aca- dmie au mois de septembre de la mme anne ('), donnaient l'tude de la maladie une direction nouvelle ; ils paraissaient conduire aux principes suivants : 1" On avait tort de chercher exclusivement le signe du mal, le cor- puscule, dans les ufs ou dans les vers ; les uns et les autres pouvaient porter en eux le germe de la maladie, sans offrir de corpuscules dis- tincts et visibles au microscope. 2" Le mal se dveloppait surtout dans les chrysalides et les papillons; c'tait l qu'il fallait le rechercher de prfrence. 3 Il devait y avoir un moyen infaillible de se procurer une graine saine, en ayant recours des papillons exempts de corpuscules. Je m'empressai d'appliquer ce mode nouveau d'obtenir des graines pures, malgr l'tat trs avanc des ducations et des grai- nages au moment o mes tudes m'avaient conduit l'essayer. Mais 1. Voir p. 427-431 du i in unie. [Note de l'dition.) 60 UVRES DE PASTEUR le mal tait si gnralement rpandu, qu'il me fallut plusieurs jours de recherches microscopiques assidues pour rencontrer, au milieu de papillons choisis, deux ou trois couples privs de corpuscules. A supposer que mes premires observations fussent exactes, ce que de nouvelles tudes devaient n'apprendre, je n'attendais du pro- cd de grainage dont je viens de parler que de trs faibles quantits de graine saine. Mais celle-ci, au point de vue de la connaissance de la maladie, pourrait avoir un grand prix, parce qu'elle permettrait de tenter des expriences comparatives sur des ufs sains et sur des ufs malades. En d'autres termes, le procd de slection auquel m'avaient conduit mes premires recherches me semblait avoir une importance plus scientifique qu'industrielle. Nous reconnatrons que ces premiers aperus ont pris, avec le temps, des dveloppements imprvus, et qu'il en est rsult une mthode de grainage aussi pra- tique qu'efficace pour combattre la pbrine et en prvenir le retour. II. Erreur des naturalistes italiens au sujet de la prsence normale des corpuscules dans les papillons avancs en ge. La Communication dont je viens de rendre compte suscita de nom- breuses critiques. On trouva trange que je fusse si peu au courant de la question, et on m'opposa des travaux qui avaient paru depuis long- temps en Italie, dont les rsultats, disait-on, montraient l'inutilit de mes efforts et l'impossibilit d'arriver un rsultat pratique dans la direction o je m'tais engag. Que mon ignorance fut grande au sujet des recherches sans nombre qui avaient paru depuis quinze annes que durait la maladie, rien n'tait plus vrai, et j'en ai dit assez les- motifs dans la Prface de cet Ouvrage, pour que je sois dispens d'y revenir. Je me permettrai seulement, cette occasion, de rappeler qu'aprs l'invitation que m'avait faite M. Dumas de m'occuper de ce- sujet, comme j'essayais de rsister ses avances en allguant ma pro- fonde inexprience : Tant mieux que vous ne sachiez rien sur laques- lion, me rpondit mon illustre confrre; vous n'aurez d'autres ides que celles qui vous viendront de vos propres observations. La jus- tesse de ces paroles devait bientt se confirmer. En effet, les natu- ralistes italiens qui s'taient occups de recherches sur la maladie rgnante partageaient l'erreur qui avait t commise, en 1850, par leur compatriote M. Filippi, savoir : que les corpuscules existent normalement dans les papillons sains, que ces papillons peuvent bien n'en pas offrir quand ils viennent de natre, mais qu'il suffit de les- TUDES Sl'lt LA MALADIE DES VERS A SOIE 61 laisser s'avancer en ge pour t| u'ils en contiennent. Selon M. Fili|)|>i ('i, les corpuscules se formeraient par une action rgressive des tissus, et, dans les vers eux-mmes, ils natraient facilement par une dite prolonge, autre erreur qui avait t introduite par M. Gurin-Mne- ville, en 1849 ( ). J'ai dj mentionn l'opinion mise par M. Cornalia dans son grand ouvrage intitul Monographie du bombyx du mrier, publi Milan en 1856 ( 3 ) : On trouve, dit-il, dans le sang des vers soie, de trs petites granulations fort remarquables par leur mouvement vibratoire ou brownien. Leur forme est quelquefois spbrique, mais plus souvent oblongue; ce sont comme de petits cylindres termins en pointe. Je suis aussi port croire que les prtendus globules ronds ne sont autres que ces petits cylindres vus par la base. Ils sont transparents, homognes dans leur structure, et oscillent perptuellement, bien qu'ils n'aient pas de cils vibratiles, ni de queue pour effectuer ce mouvement. Les vers sains et vigoureux contiennent un petit nombre de ces corpuscules, et je les regarde comme accidentels. Ils constituent une forme rgressive des tissus, et c'est pourquoi on les voit se dve- lopper et devenir trs abondants dans les vers affaiblis par la dite ou la maladie, et dans les papillons qui approchent de la fin de leur vie. Cette mtamorphose progressive est l'office des tubes de Mal- pighi, lesquels sont riches en corpuscules analogues ceux que nous venons de signaler dans le sang, et cela, mme dans le ver sain; ces corpuscules sont rejets avec les excrments. Desschs, ils ont l'aspect d'une poudre blanche. Si on l'humecte d'eau pure ou trs alca- line, cette poudre renat, pour ainsi dire, la vie, c'est--dire que ces corpuscules se remettent vibrer comme en premier lieu. Quand nous parlerons du papillon, nous verrons que les lobules graisseux, les tissus de beaucoup de viscres, les muscles, l'intestin grle, et surtout la grande poche du caecum en sont remplis. Le liquide brun que le papillon rejette par l'anus, diverses reprises, est compos d'une matire pesante, d'aspect terreux, entirement forme par ces corpuscules vibrants. Dans une Note communique l'Acadmie des sciences de Paris, en 1855, par le D r Ciccone ( 4, 1, il est dit que les corpuscules des vers soie se rencontrent chez les vers bien portants, tout comme chez les 1. Fu.ippi (F. de). Loc. cit. 2. Gurin-Mkeville. Loc. cit. 3. Cornalia (E.). Monografia del borabice de] gelso. Milan. 1856, in-4. 4. Ciccone (A.). Sur les symptmes de la maladie des vers soie. Comptes rendus de i Icadmie des sciences, XLI, 1 85." . p. 900-903. (Notes de l'dition.) 6 2 UVRES DE PASTEUR vers malades et les papillons, et qu'ils constituent un lment orga- nique du ver soie. Dans un des chapitres prcdents, nous avons vu le D r Vittadini affirmer qu'on trouve constamment les corpuscules chez les papillons sains vers les derniers moments de leur vie (*) . Enfin, en 1860, M. Cornalia, dans sa Notice ayant pour ohjet de faire connatre un moyen de distinguer la bonne graine de la mau- vaise, s'exprime de nouveau en ces termes : Que les corpuscules puissent tre un produit morbide, provenant de la diminution des forces vitales, on en aurait la preuve dans celte circonstance qu'Us se voient aussi dans les papillons avancs en ge et tout fait sains d'ailleurs, d'abord dans les tissus, ensuite dans le sang. Cela ne me permet pas de proposer l'examen du papillon pour que l'on puisse se prononcer sur la graine; dans ce cas, de graves erreurs pourraient en rsulter, chose vritablement regrettable, puisqu'on aurait ainsi un pronostic anticip et prcieux pour les fabricants de semence {-). Telles sont quelques-unes des assertions, puises dans les travaux de mes devanciers, que m'opposrent mes contradicteurs, en 1865 et 1866. Certains d'entre eux allrent mme plus loin ; ils objectrent que le professeur Cantoni avait essay, en 1863 et 1864, de faire de la graine saine, d'aprs l'indication de la Note de M. Cornalia que je viens de mentionner, et qu'il avait compltement chou dans cette tentative. C'tait vrai, ainsi que je l'ai indiqu la fin du chapitre II de l'Introduction. Dans son Rapport annuel sur l'anne sricicole 1865, M. Cornalia s'associa aux critiques que ma Communication l'Acadmie avait souleves. Il objecta que mes efforts seraient vains, que les vers choisis deviendraient malades, qu'il faudrait avoir le moyen de main- tenir sains les vers de slection, de manire que les ufs sains pussent augmenter en nombre, qu'enfin MM. Bellotti et Cantoni avaient dj chou dans des tentatives semblables ( 3 ). La question est juge aujourd'hui, et je suis heureux de pouvoir ajouter que, dans l'opinion actuelle de M. Cornalia, ma publication de 1865 renfermait les premiers lments d'une solution la fois scientifique et pratique du problme ( 4 ). 1. Voir, p, 42 du prsent volume, le passage o se trouve cette affirmation de Vittadini. 2. Cornalia (E.). Notice indiquant un moyen de distinguer srement la mauvaise graine de la bonne (traduite de l'italien par le D' N. Joly). Messager agricole du Midi, 1, 1860-1861 p. 323-329. (Notes de l'dition.) 3. Cornalia (E.). [Rapporto dlia Commissione nominata dall' I. 11. Istituto lombardo di scienze. Iettere ed arti per lo studio dlia malattia dei bachi da seta, 1865. Milan, 1866.] i. Voir la lettre de M. Cornalia du mois de mars 1869 fp. 381-389 du prsent volume]. TUDES SI II LA MALADIE DES VERS A SOIE 63 Les prsomptions de M. Dumas taient donc fondes : il est des sujets qu'il vaut mieux aborder l'esprit libre d'ides prconues et sans la connaissance des travaux qui les concernent, alors que la part n'a pas encore t faite entre les vrits et les erreurs que ces travaux renferment. J'aurais connu, en 1865, les assertions des naturalistes italiens que je viens de citer, que je n'aurais pas lisit, sans doute, a considrer comme exacts les faits signals diverses reprises par dis savants aussi exercs dans l'tude des vers soie que les profes- seurs Filippi, Cornalia, Vittadini, Ciccone,.... Contrairement aux assertions de ces observateurs, nous verrons que le corpuscule est un organisme d'une nature particulire, qui ne se trouve cbez les vers, dans les chrysalides et dans les papillons, que s'il a t introduit dans le corps de l'insecte, soit par la nourriture, soit par piqre l'aide d'un objet qui en tait recouvert. C'est donc une erreur de croire que les corpuscules soient normaux dans les vers soie soumis une dite prolonge, ou dans les papillons sains avancs en ge. Nous reconnatrons qu'il n'est pas de localit sricicole o l'on ne puisse rencontrer des ducations entires dont tout ou partie des papillons morts naturellement sont rigoureusement exempts de cor- puscules. Cette circonstance est mme frquente dans nos dparte- ments de petite culture. Nous constaterons, en outre, ce fait d'une grande utilit pratique qu'on peut augmenter volont le nombre des chambres places dans ces heureuses conditions. Il sera dmontr galement, en ce qui concerne la prsence des corpuscules dans les ufs, que jamais les papillons privs de corpuscules ne donnent lieu un seul uf olrant la moindre apparence de ces petits corps, non seu- lement dans l'embrvon, mais aussi dans les vers examins au moment de l'closion. Les propositions rciproques de celles qui prcdent n'ont pas moins de gnralit. Toute graine qui, l'examen microscopique, offre des corpuscules, les possde par hrdit : ils proviennent, sans exception, de l'intrieur des papillons qui ont donn naissance cette graine. C'est l'intrieur des ufs que se trouvent les corpuscules. Quand il en existe leur surface, c'est qu'ils ont t souills par les djections de papillons corpusculeux. M. Bchamp et le D r Brouzet, se rendant un compte inexact d'observations relatives la prsence des corpuscules la surface des ufs dans des circonstances accidentelles, avaient admis que les cor- puscules taient extrieurs la graine, et que mme ils pntraient 6' UVRES DE PASTEUR l'ordinaire clans les vers par leur peau. Ce sont ces opinions, contraires aux faits les mieux tablis, qui, avant toute exprience srieuse de leur part, avaient inspir ces auteurs une si grande confiance clans l'effi- cacit de l'emploi de la crosote et du nitrate d'argent pour la gurison de la pbrine. La vapeur de crosote devait tuer le corpuscule l'ext- rieur de l'uf, du ver, de la chrysalide. Le nitrate d'argent devait produire l'effet du sulfate de cuivre contre la carie du bl( J . Ds 1850, M. Filippi, clans le Mmoire que j'ai dj cit (- , a reconnu que les djections rendues par les papillons, avant ou aprs leur accou- plement, peuvent renfermer des corpuscules parfois en trs grand nombre. La planche ci-jointe reprsente la matire solide en suspension dans le liquide rendu par un papillon trs corpusculeux. A ct de la pous- sire des sels uriques qui troublent et colorent le liquide, on voit un trs grand nombre de corpuscules. On conoit aisment que les ufs salis par de telles djections doivent avoir des corpuscules la surface 1. Voici quelques citations empruntes aux publications de MM. Bchamp et Brouzet : 1 La graine porte les corpuscules l'extrieur; mieux on l'a lave, moins on en trouve, si l'on vient craser l'ceuf pour les dcouvrir; 2 Des vers, au sortir de l'uf ou quelques heures aprs leur sortie, peuvent tre porteurs de corpuscules; aprs le lavage, on peut n'en plus dcouvrir clans le ver cras; 3 Des vers tachs de pbrine, en apparence fortement malades, peuvent ne pas contenir de corpuscules dans leurs tissus, alors qu'un simple lavage permet de les dcouvrir l'extrieur ; 4 I^a maladie ne dbute pas primitivement par le dedans, mais c'est par le dehors que le mal envahit le ver. (Bchamp. [Recherches sur la nature de la maladie actuelle des vers soie]. Comptes rendus de l'Acadmie des sciences, 186G, LX1II, p. 311-313 et 391-393. Bchamp. Sur la maladie actuelle des vers soie. Montpellier, 1S6H, in-12.) 1 Les graines de vers soie de race indigne sont intrinsquement saines, la coque de l'uf est primitivement seule malade; par une opration fort simple et peu dispendieuse, on peut rendre saines et productives presque toutes les graines, dans les mmes conditions qu'en chaulant le froment au sulfate de cuivre, on obtient des grains exempts de carie; 2 Si le mal produit par contagion se manifeste pendant le cours de l'ducation, en chaulant au nitrate d'argent les vers pbrins, on les gurit del pbrine; 3 En chaulant au nitrate d'argent les papillons pbrins. la graine qu'ils pondent n'est pas corpusculeuse. (Brouzet (G.). Nouvelles recherches sur les maladies des vers soie. Bulletin de la Socit d'agriculture du Gard, sances des 1" et 8 mars 1818, p. 251-286. Toutes ci'S assertions sont errones. 11 n'y a de corpuscules la surface des ufs que d'une manire accidentelle. Les vers, les chrysalides, dont tous les tissus sont chargs de corpuscules, ne portent pas du tout de corpuscules extrieurement; les jeunes vers qui ne sont, pour ainsi dire, que corpuscules, n'en cdent pas l'eau de lavage de leur peau, moins que, par mgarde, on n'ait laiss leurs djections se mler cette eau. En un mot, c'est toujours par le dedans que la maladie dbute et non par le dehors, except dans les cas d'inoculation des corpuscules par piqre de la larve, circonstance que j'examinerai dans un chapitre subsquent, et qui a chapp aux deux auteurs que je viens de nommer. 2. Filippi (F. de). Alcune osservazioni anatomiche e fisiologiche sugf insetti in gnrale ed in particolare sul bombice del gelso. Annali d. R. Academia d'agricoltura di Torino, V. 1851 (3 pi.). Observations anatomo-physiologiques sur les insectes en gnral et en par- ticulier sur le ver soie, traduites de l'italien par F. Maillot. Montpellier, 1870, 27 p., in-8 (3 pi.). [Note de l'dition.} r. Lackeriaiier nJ al etel DEJECTIONS DE PAPILLONS TRES CORPUSCULF.L'X ITUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE 65 de leur coque. Tel est l'accident <|ui a induit en erreur MM. Bchamp et Brouzet, qui paraissent avoir ignor cette particularit, car ils n'en font mention dans aucune de leurs publications. III. Lorsque les papillons sont corpusculeu.r, les ufs qui en proviennent peuvent tre exempts (h- corpuscules. Je dirai, en premier lieu, comment on recherche la prsence des corpuscules dans l'insecte ses divers ges. Les corpuscules se dveloppent dans tous les tissus, ainsi que M. Filippi l'a annonc le premier, en J8(). Lorsque nous traiterons de la propagation de ces petits corps, nous reconnatrons qu'ils se pr- sentent sous plusieurs aspects distincts. Ils sont brillants, contours trs accuses, presque tous semblables les uns aux autres, sans attache avec les tissus, ou du moins toujours prts cder au moindre effort et se rpandre par myriades dans les liquides, si l'on vient dchirer les tissus qui les contiennent. Ils semblent tre d'une homognit parfaite, bien qu'il soit possible d'y reconnatre un contenu ayant la forme ovale et rgulire du corpuscule lui-mme. Telle est la manire d'tre habituelle des corpuscules. C'est celle que tout le monde con- nat. On pourrait appeler ces corpuscules, corpuscules adultes, ou mieux corpuscules vieux, car, sous cette forme, ils sont gs, ont acquis leur complet dveloppement, et paraissent incapables de se reproduire. Mais ils se montrent parfois sous de tout autres aspects. Ayant encore la forme et la dimension des corpuscules brillants, leurs contours sont peine accuss; dans leur intrieur on voit, en gnral, une ou plusieurs vacuoles ranges suivant le grand axe du corpuscule. D'autres fois ils sont comme glatineux, presque indistincts, engags dans l'paisseur des tissus qu'on dirait transforms dans la matire mme des corpuscules. Ils ne sont plus libres d'aller et de venir. Sous ces dernires formes, les corpuscules ovales sont trs jeunes, nais- sants : ils sont, si l'on peut s'exprimer ainsi, l'tat de germes; mais ils n'ont besoin dsormais que d'un temps trs court pour acqurir le brillant, la fermet de structure et la nettet de contour des cor- puscules que je viens de nommer corpuscules vieux i 1 ). Aussi est-il 1. Les corpuscules jeunes en voie de reproduction n'ont pas toujours la forme ovale. Ils sont souvent piri formes, comme on en voit des exemples dans plusieurs des figures de cet Ouvrage. L'auteur qui a tudi le plus patiemment les diverses varits de forme des cor- puscules est M. Vlacovich. On consultera avec fruit, ace sujet, ses Mmoires. [Vlacvicii (G. -P.) Annotazioni intorno ad alcune proprieta dei corpuscoli oseillanti del bombice del gelso. Atti delV I. R. Istituto veneto >> scienze, Lettere ed art/. 3' sr., IX. 1863-1864, p. 1127-1160 el p. 1253-1250 6 flg.)]. TUDES SUK LA MALADIE DES VERS A SOIF. 5 66 UVRES DE PASTEUR extrmement rare de rencontrer les corpuscules exclusivement sous les formes jeunes. Ils sont ordinairement accompagns des corpuscules gs, ce qui tient videmment la transformation rapide des cor- puscules jeunes eu corpuscules adultes. Il rsulte des faits qui prcdent que, pour reconnatre la prsence des corpuscules dans le ver, dans la chrysalide et dans le papillon, il n'est pas ncessaire de se donner la peine de faire une dissection soigne pour extraire tel ou tel tissu, afin de le placer sous le micro- Aspect du champ du microscope dans l'examen d'un ver 1res corpusculeux. scope, moins qu'on ne veuille rechercher les corpuscules clans un organe plutt que dans un autre. Il suffit de broyer l'insecte dans quelques gouttes d'eau, l'aide d'un mortier, et de porter une goutte de la bouillie sous l'objectif du microscope. Les corpuscules adultes dtachs au moment de la dchirure des tissus se montrent partout dans le liquide, ce qui n'arrive pas aux formes jeunes dont j'ai parl. Aussi est-il rare de rencontrer celles-ci mles la forme du cor- puscule brillant, tel que tout le monde le connat. La figure de la page suivante reprsente des corpuscules adultes el d'autres naissants (ces derniers plus ples et peu distincts , en place, dans une portion de ganglion nerveux que traverse une trache. La ETUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE 67 planche de la page 11 montre galement ces deux sortes de corpuscules. Pour marquer l'tat plus ou moins corpusculeux des sujets exa- mins, j'ai adopt un usage que l'on fera bien d'imiter : il consiste se faire une ide aussi exacte que possible du nombre des corpuscules qui remplissent un des champs du microscope. Pour faciliter cette apprciation, il est bon de partager le champ par la pense en quatre parties, puis on quadruple le nombre des corpuscules qui se trouvent Portion de ganglion nerveux, charg de corpuscules. Corpuscules adultes et corpuscules naissants. dans un des quadrants. Bien que ce soit l un calcul fort grossier, il ii en est pas moins utile pour fixer le jugement dans la comparaison que l'on peut avoir faire entre des lots dtermins de vers, de chry- salides et de papillons. Au bout d'un certain temps, des expressions telles que celles-ci : peu, beaucoup de corpuscules, ne reprsentent rien de net a l'esprit, tandis que celles de : dix corpuscules, deux cents, mille corpuscules par champ correspondent a .!<-* conditions mieux dfinies. Supposons, parexemple, qu'il s'agisse du champ que repr- sente la photographie p. 66]. J'estimerais qu'il y a environ, dans chacun des quadrants do ce cercle, cent corpuscules en moyenne, 6H UVRES DE PASTEUR et j'inscrirais ds lors sur mon registre, pour colle observation, le nombre 400. Quelle que soit l'erreur qu'on puisse commettre dans cette rapide apprciation, elle ne sera pas, bien certainement, de l'ordre de celles qu'on pourrait faire eu comparant, aprs un temps plus ou moins long, des observations qui auraient t qualifies par les mots : beaucoup de corpuscules. La quantit d'eau qui sert broyer le ver, la chrysalide ou le papillon, modifie ncessairement l'apprciation du nombre des cor- puscules par champ; il faut que la quantit d'eau employe soit tou- jours la mme, condition qui se trouve suffisamment ralise si l'eau qu'on ajoute n'est autre que celle qui reste naturellement dans le mortier aprs qu'il a t lav et rapidement goutt. Ces pratiques tant admises, voici comment on peut tablir avec rigueur que, parmi les papillons corpusculeux appartenant une mme ducation, on en trouve presque toujours un grand nombre dont les ufs ne contiennent pas du tout de corpuscules. Faisons pour cela un grainage par couples isols, c'est--dire que nous placerons chaque couple de papillons isolment dans de petites cellules numrotes; puis, aprs le dsaccouplement et la ponte, conservons pour l'observation microscopique le mle et la femelle dans des cornets de papier portant des numros correspondant ceux des cellules. Je supposerai que les deux papillons de chaque couple auront t broys ensemble, et qu'ensuite nous avons dtach et runi NOMBRE DE CORPUSCULES par champ pour les papillons GRAINES DE MAUVAIS ASPECT examines par groupes de trois (*) GRAINES DE BELLE APPARENCE et bien fcondes par groupes de trois Groupes examins Groupes corpusculeux Groupes examins Groupes corpusculeux 1 2 5 10 50 100 150 6 6 (5 6 6 6 6 o o 4 6 12 12 18 12 12 12 12 6 7 (*) Pour chaque observation, on crasait trois ufs ensemble dans une goutte d'eau sur la lame porte-objet. Puis, aprs avoir cart les dbris des coques et de leurs membranes sous-jacentes, on recherchait les corpuscules avec d'autant plus de soin, et dans un nombre de champs d'autant plus graud que l'on rencontrait moins de corpuscules. les ufs de toutes les pontes dont les papillons ont offert le mme nombre de corpuscules par champ; enfin, nous aurons examin au TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE 69 microscope 1rs graines de tous les lots ainsi forms la veille des ducations de l'anne suivante, c'est--dire dix mois environ aprs la ponte des grailles. J'extrais de mes registres d'observations le tableau prcdent portant sur la race jaune indigne, dite milanaise; l'examen a t fait le 2't mars. Les observations consignes dans ce tableau nous montrent : 1 que des papillons peuvent tre corpusculeux, et leurs nmfs ne l'tre pas ; 2" que le nombre des omis corpusculeux augmente gnralement avec L'abondance plus ou moins grande des corpuscules dans les papil- lons pour une ducation dtermine; 3 que les graines jauntres, brunes, dprimes, de mauvais aspect, renferment beaucoup plus de corpuscules que les graines de belle apparence. Considrons maintenant des pontes isoles dont nous mettrons en comparaison l'examen du mle et de la femelle qui les auront pro- duites, et celui des ufs. Je prendrai de prfrence, parmi le nombre considrable de mes observations relatives ce sujet, celles que j'ai faites ds le dbut de mes reclierches, en 1865 et 1866. DSIGNATION DES COUPLES NOMBRE de graines le la ponte Mle. Femelle. ( F, Mle. emelle. Mle. Corpuscules profusion, un peu y partout. ( Femelle. Corpuscules des places res- ( treintes. ] I Trs rares corpuscules. / Corpuscules profusion. ( 1 Corpuscules des places res- ) treintes. > Corpuscules profusion. ) I Beaucoup de corpuscules. / Corpuscules profusion. \ Beaucoup de corpuscules. Corpuscules nombreux, mais par > places restreintes. ) Pas de corpuscules. i Trs rares corpuscules. j Corpuscules nombreux, mais des \ places restreintes. Pas de corpuscules. ) Corpuscules profusion. I Corpuscules profusion. ) \ Mle. ) Femelle Mle. Femelle. . s Mle. ' f Femelle Mle. Femelle Mle. Femelle. 608 430 506 NOMBRE des vers examins un un relosin 12, le premier jour. 66, les jours suivants. 27, le 27 fvrier. 22, le 28 30, le 1 er mars. t 36, le 2i j 26, le 21 36, le 26 fvrier. 28 \ 50, le premier jour. / 9, le troisime jour. 50, 50, 50, 50. 70 UVRES DE PASTEUR Au mois de juin 1865, j'ai fait un grainage cellulaire avec des papil- lons provenant d'une graine japonaise d'importation directe, livre par la Socit d'acclimatation, et leve Salindres, prs Alais. L'exa- men microscopique n'avait pas t pratiqu suivant les indications donnes prcdemment. Je dcoupais avec des ciseaux fins, sur le papillon, une portion de peau que je renversais sur la lame de verre pour en sparer le tissu adipeux et musculaire. C'est celui-ci que j'exa- minais au microscope. Lorsque j'apercevais et l, dans les tissus, des amas de corpuscules, ou que ceux-ci nageaient trs nombreux dans les liquides de l'insecte, je notais : corpuscules profusion. Si j'tais oblig de chercher les corpuscules en parcourant un grand nombre de champs, je notais : trs peu de corpuscules... Ces indica- tions sont assurment trs vagues; mais je dbutais dans ce genre d'tudes, marchant un peu l'aventure, et sans autre but que de me procurer des (dments de recherches pour l'anne suivante, en faisant porter celles-ci particulirement, ainsi que je l'ai expliqu ailleurs, sur des graines appartenant, les unes des papillons privs de cor- puscules, les autres des papillons plus ou moins corpusculeux. Dans tous ces vers, on n'a pas rencontr trace de corpuscules. Il en a t de mme pour les ufs qui n'avaient pu clore, et dont on a examin aussi, un un, un grand nombre. Les deux tableaux qui suivent [p. 71 et 72] contiennent des obser- vations non moins probantes se rapportant, les premires, diverses pontes isoles, les autres, des papillons d'un grainage non cellulaire et la graine correspondante. C'est par des observations de cette nature qu'on peut se rendre facilement compte de cette circonstance curieuse, que, dans certains grainages, tous ou presque tous les papillons sont plus ou moins chargs de corpuscules, tandis que la graine examine l'anne sui- vante se montre trs peu corpusculeuse. On voit ici toute la diffrence qui peut exister entre l'tat corpus- culeux des papillons et celui des ufs qui en proviennent. Bien que la grande majorit des papillons de ce dernier grainage fussent cor- pusculeux, aucun des ufs de bon aspect n'a offert de corpuscules. Notons pourtant que l'examen des ufs a eu lieu la fin de fvrier. S'il et t fait une poque plus voisine de l'closion, mieux encore sur des vers clos, la proportion des sujets corpusculeux et t trouve un peu plus forte, car la dtermination du nombre des ufs corpus- culeux dans une graine, par la mthode italienne, donne des rsultats variables avec l'poque de l'examen. La proportion apparente des sujets corpusculeux s'lve au fur et mesure qu'on s'loigne de ETUDES SUR LA MALADIF. DES VERS A SOIE 71 a o O K -2 o m C0 O) Vf <0 to = -r M S > M X en f. S S S > d 2 3 d s Z 3 3 3 CM rg 3 3 ri c^ a ^ -S -rt eu > *s -rt -fS tu -2 -a < a - 3 QJ z: 3 S X yi x .-: 3 3 4J _2 3 3 3 0) ta 99 4 X X X eu a. u U 3 '-. U 3 3 O ~ 0) 0) tu > S] > > u QC bD bC cm CM 00 CM CM " r- ^ ro CU H H *r-< tfi r^ ' u DQ o "H _ (O O O ro CM O Eq 5 CD - 30 _x -J. LJ X q - 3 D - s 3 3 s S z = 3 3 Z CM 3 3 3 3 3 n ed -^ OJ ri -^ -.3 -S d < 5 X a 3 a p 3 S 3 3 x 3 en x 09 eu X 3 X 3 X 3 CD 3 y] m 3 3 *3 3 3 3 3 S 3 8 8 H 8 8 8 8 8 X ce OC bC oc 00 00 00 TTH ^H > rH ro O O O O o o O o O O O O O if o ifl o O O ^ O O ifi m ^H !M co ce CM rH c^ 2 o E a o = =J Ja a a, o o ^ u fc cd u OJ CJ eu O tU OJ . >> QG a, es Z 3 3 H " ES o 0) 3 rt rt .t ->- "Q "S ~s ? < -^ - c -^ -* ^~ s Z eu X S ed X V 3 cd 72 UVRES DE PASTEUR EXAMEN NOMBRE EXAMEN DES UFS NOMBRE des papillons de corpuscules les 27 et 2S fvrier 1807 de corpuscules (race verte du Japon) par champ par champ 1 1 10 ufs de belle ap- parence. On en ' 1 Pas du tout de cor- 2 II 1 3 30 examine 180 par ( puscules dans au- 4 20 groupes de 10. cun des groupes. 5 50 6 30 7 300 UFS 8 100 de mauvaise appareuce examins un un 9 10 150 1 11 200 2 10 1 12 20 3 J 13 30 4 100 5 1 15 6 16 7 17 8 18 200 9 19 5 10 20 100 11 21 40 12 22 80 13 23 100 14 24 300 15 25 100 16 1 26 200 17 3 18 / 1 60 19 2 1 000 20 4 3 500 21 4 200 22 5 20 23 5 6 500 24 n 25 2 8 30 26 9 10 27 10 70 28 5 11 29 12 30 J 13 h EMELLES . . . / ,, 200 30 Us 500 16 50 17 300 18 80 19 500 20 20 21 22 23 5 24 25 150 1 26 TUDES SUR LA MAI. ADN' DES VERS A SOIE 73 l'poque de la ponte: le maximum existe pour les ufs l'incubation ayant dj chang de teinle, el pour les vers clos. Ce fait est facile expliquer, si l'on tientcompte de la mthode d'examen; il est clair que si. dans un uf, il n'existe qu'un ou deux corpuscules, la chance de les rencontrer dans le contenu de l'uf broy dlay dans une petite quantit d'eau est tellement faible que, le plus souvent, ils chappe- ront l'observation. Or, il est bien certain que les corpuscules ne se multiplient pour ainsi dire pas dans les ufs, lant que l'embryon n'a pas commenc son volution. A l'incubation, au contraire, la multi- plication des corpuscules se fait avec une rapidit et une intensit extraordinaires. On peut rsumer les faits qui ont t exposs dans ce paragraphe en disant qu'il existe deux sortes bien distinctes de graines non cor- pusculeuses : les unes proviennent de papillons non corpusculeux, les autres de papillons qui le sont un degr plus ou moins marqu. Ce rsultat infirme certains gards la valeur de la mthode d'examen microscopique des ufs pour en reconnatre la qualit. On ne peut douter que des ufs non corpusculeux issus de parents chargs de corpuscules soient, toutes choses gales, infrieurs en qualit des . pusculeuses. 4 . 1 000 Sur 6 groupes de 10, 4. 1 000 Sur6 groupes de 10, 5 . 500 4 corpusculeux. 0. 1 500 6 corpusculeux. 6. 2 000 Echec absolu en 6. 400 Echec absolu en 7 . 200 1867. 7. 400 1867. 8. 1000 8. 1 500 9. 1500 9. 1 000 10. 500 10. 300 GRAINAGE DE M. CALMETTE iRAINAI ',E DE M. BRUGEROIXES portant sur 2 kilogrammes et demi de cocons portant sur 1 kilogramme de cocons blancs d'une grame a cocons blancs de la Cte-d'Or de la Cte-d'Or Examec des papillons Examen des graines Examen des papillons Examen des graines 1. 30 corp. Sur 10 examines 1. 400 corp. Sur 10 examines 2. 300 une une, cor- 9 300 une une, 1 cor- 3. 2 000 >. pusculeuse. 3. 200 pusculeuse. 4. 500 .. Sur 6 groupes de 10, 4. 300 Sur6 groupes de 10, 5. 100 1 corpusculeux. 5. 100 1 corpusculeux. 6. 400 > chec absolu en 6. 500 Echec absolu en 7. 1 000 1867. 7. 600 1867. 8. 200 8. 300 9. 300 9. 200 10. 200 10. 250 GBA.INA.GE HE M. BOISSIER GRAINAGE DE M"'* CARRIRE portant sur 1 kilogramme et demi d'une deuxime portant sur 7 kilogrammes et demi de cocons, reproductioi de japonais cocons verts race japonaise verte Examen des pap liions Examen des graines Examen des papillons Examen des graines 1. 50 corp. Sur 10 examines 1. 400 corp. Sur 10 examines 400 une une, 1 cor- 9 150 une une, cor- 3. 200 pusculeuse. o . 300 pusculeuse. 4. 300 Sur6 groupes de 10, 4 . 100 Sui'6 groupes de 10, 5. 100 1 corpusculeux. 5 . 200 3 corpusculeux. 6. 300 L'ducation a four- 6. 800 L'ducation a four- 7. 800 ni en 1867 15 kg. 7. 300 .. ni en 1867 15 kg. H 1000 de cocons pour 8. 50 de cocons pour 9. 600 25 gr. de graine. 9. 200 25 gr. de graine. 10. 500 " 10. 100 ETUDES SI 11 LA MALADIE DES VERS A SOIE 85 GRAIN v.l DE M. DADRE GRAINAGE DE \ . DE HOUSQUET portant s kiloeramme de eoc.iis jaunes, race du pays portant sur des cocons jaunes, race uu pays Examen -les papillons Examen des graines Examen les papillons Examen des graines 1. 15 corp. Sur 10 examines 1. 100 corp. Sur 10 examines 2. 30 une une, 3 cor- 2. 250 .. une une, 6 cor- 3. 600 >. pusculeuses. 3. 300 .. pusculeuses. 4. 800 . Sur 6 groupes de 10, 4 . 200 . Sur 6 groupes de 10, 5. 200 1 corpusculeux. . 500 . 5 corpusculeux. 6. 200 .. La graine n'a pas 6. 500 .. La graine n'a pas 7. 50 t leve. 200 t leve. 8. 500 >, 8 300 9. 600 . 9. 200 > 10. 30 .. 10. 400 . GRAINAGE DE M 1 "" GAI. METTE GRAINAGE DE M mc DADRE portant sur 1 kilogramme de cocons blancs portant sur un lemi-kilogramme de la Cute-d'Or de cocons jaunes Examen des papillons Examen des graines E xamen des papillons Examen des graines 1 10 corp. Sur 10 examines 1 500 corp. La graine n'a pas > 200 >. une une, cor- 2 800 , t examine. 3 150 . pusculeuse. 3 400 Echec en 1867. i 800 >. Sur6groupes de 10, 'i 500 > 5 200 1 corpusculeux. 100 6 800 .. Echec en 1867. 6 200 , ~ 300 . ~ 400 8 ',011 il 400 , 1.1 100 >. GRAINAGE DE M" CARRIRE GRAINAGE DE M . DE HOUSQUET portant sur des cocons jaunes provenant portant sur des cocons titanes japonais d'un carton du Japon Examen des papillons Examen des graines Examen des papillons Examen des graines 1. 100 corp. La graine n'a pas I 800 corp. Sur 10 examines 2. 100 ,, t examine. 2 500 une une, 2 cor- 3. 50 , Elle tait bivoltine, 3 200 pusculeuses. 4. 500 , et a clos en 1866. 4 50 Sur6 groupes de 10, 5 . 200 800 , 6 corpusculeux. 6. 500 6 500 , 3 7 grammes de 7 . 300 7 200 . graine ont fourni s. 400 , 8 150 en 1867 3 kilo- 9. 500 , 9 200 . grammes de co- 10. 600 10 150 cons. Telle a t l'effrayante proportion de corpuscules dans tous ces grainages faits Saint-Hippolyte en L866, et dont j'avais condamn par 86 UVRES DE PASTEUR avance les graines qu'ils ont fournies. Par contre, voici le tableau de l'examen de cent des papillons du grainage qui a produit la graine leve Sauve, en 1867, par les soins du Comice du Vigan, et qui a fourni 46^ kilogrammes de cocons pour une once de 25 grammes. GRAINAGE PROVENANT DE COCONS RCOLTS DANS i/AUDE, dpartement de petite culture Graine leve :i Sauve en 1867, par le Comice du Vigan Examen des papillons Nombre de corpuscules par champ 1. 2. 3. 4. 5. 99. 100. On peut se convaincre, par la lecture de ces tableaux, que plusieurs des graines produites dans ces grainages trs corpusculeux contenaient elles-mmes peu de corpuscules et que, nanmoins, elles ont chou comme les autres, sans doute par la flacherie rsultant de l'affaiblis- sement de vers issus de tels reproducteurs. Que de dsastres n'aurait- on pas conjurs Saint-Hippolyte, en 1867, par l'application de la mthode d'examen des papillons, outre l'avantage qu'on aurait retir de la livraison la filature de ces cocons, qui n'taient mauvais que pour la reproduction ! J'ai pens qu'un des meilleurs critriums de la diffusion actuelle de la maladie corpusculaire consisterait dans l'tude des graines livres annuellement aux tablissements d'essais prcoces. Ces graines repr- sentent d'une manire assez fidle la nature, la qualit, les origines diverses de toutes celles qui alimentent les ducations de la contre o fonctionne ce genre d'tablissements. En consquence, si, pour une anne quelconque depuis l'poque de la maladie rgnante, je prouve que les graines de ces tablis- sements sont en majorit corpusculeuses, j'aurai dmontr par l mme que, cette anne-l, une multitude de chambres ont eu souffrir de la pbrine. On sait d'ailleurs que les marchands de graines ne placent aux essais prcoces que les lots sur la russite desquels ils comptent le plus, parce que les rsultats des essais sont gnralement TUDES Sl'l LA MALADIE DES VERS A SON S7 destins par eux servir de montre pour la vente de leurs graines. En 1867, j'ai eu recours l'obligeance de MM. Jouve et Mritan, Jeanjean et de Rodez, directeurs des tablissements d'essais prcoces de Cavaillon (Vaucluse), de Saint-Hippolyte (Gard) et Ganges (Hrault), a l'effet d'obtenir ce qu'on nomme les couvailles des diffrents lots de graines, qui avaient t leves clans les serres dont je parle. Les rsultats gnraux de l'examen microscopique ayant t du mme ordre pour les trois tablissements, je me bornerai faire connatre ceux qui correspondent la serre de Saint-Hippolyte. NUMKBO de l'essai 4. 5. 6. s' 10. 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. 23. 24. 25. 26. 27. 28. 29. 30. 31. 32. 33. 34. 35. 36. 37. 38. 39. 40. 41. 44. 46. 47. 48. 49. rilVENANCE Indigne. Basses-Pyrnes Basses-Pyrnes Basses-Pyrnes Var Var Aveyron. Aveyron Puy-de-Dme Puy-de-Dme Cher Corrze Reproduction japonaise (blancs Aveyron. Indigne Lot Indigne Indigne Aveyron. Aveyron. Graine dite des Alpes .... Servie Carton japonais Annecy Cte-d'Or Montpellier Montpellier Indigne Grenoble Allemagne. Etranger (race 3 muesl . . . Carton japonais Durfort Indigne Basses-Pyrnes Indigne Aveyron Reproduction japonaise. . . . Indigne Reproduction japonaise. Reproduction japonaise. . . . Vitteaux iCte-d'Orl .... NOMBRE NOMBRE l'uf s corpusculeux, sur 10, examins de groupes corpusculeux, sur 6 groupes de 10 (vers desschs, graines non closes} morts 1 closion) 2 5 4 1 6 6 2 5 4 6 1 4 3 6 5 6 1 2 2 1 3 6 2 3 5 4 6 2 1 2 1 6 2 3 4 6 3 4 5 1 6 1 1 4 2 4 6 5 1 4 2 5 10 ,, 3 4 1 3 1 5 5 fi 1 4 i ]> 5 6 4 4 88 UVRES DE PASTEUR NUMRO le l'essai 50: 51. 52. 53. 5'.. 55. 56. 57. 58. 59. 60. 61. 62. 63. 66. 67. 68. 69. PROVENANCE Reproduction japonaise. . . Carton japonais Carton japonais Alais Hrault Reproduction japonaise. . . Indigne Reproduction japonaise (verts Reproduction japonaise. . . Indigne Aveyron Porlugal Portugal Portugal Indigne Carton japonais Carton japonais Servie NOMBRE d'ufs eorpusculeux, sur 10, examins un un (graines non closes) NOMBRE de groupes eorpusculeux, sur 6 groupes de 10 (vers desschs, morts rclusion) Dans tout ce qui prcde, je nie suis born parler du corpuscule comme d'un organisme dont la prsence est multiplie l'infini dans nos ducations. J'ai vit de dire qu'on doit attribuer ce parasite une grande partie des dsastres de la sriciculture. Je voulais amener le lecteur prjuger lui-mme la relation qui doit exister entre le flau actuel et une maladie aussi dveloppe que celle qui nous occupe. N'est-il pas sensible qu'un parasite, qu'on rencontre en si grande abondance dans les graines qui servent aux ducations industrielles depuis vingt ans, suffit rendre compte d'une multitude des insuccs qu'prouvent chaque anne les malheureux ducateurs de vers soie? Est-il besoin de chercher au flau des causes mystrieuses, de supposer qu'une sorte de cholra des vers soie est venu fondre sur nos dpar- tements sricicoles, ou de croire a une maladie occulte de la feuille du mrier? D'ailleurs, je reviendrai sur toutes ces questions, mais, pour le moment, tenons nous-en notre parasite. Toutefois, comme il est avr par les faits et les observations que j'exposerai ultrieu- rement au sujet de l'anciennet de la maladie corpusculaire que celle- ci est inhrente aux ducations de tous les pays sricicoles, il importe extrmement de comparer, sous le rapport de l'abondance des cor- puscules, les pays que l'on appelle sains avec ceux o svit le mal actuel. Il nous sera facile de nous convaincre qu'il existe une diffrence notable entre les semences confectionnes en France, et celles que TUDES SUR LA MALADIE DI.S VI-: KS A SOIE 89 nous tirons de contres sricicoles prospres. A eet gard, le Japon mrite particulirement de fixer mitre attention. J'ai donn dans ce chapitre assez, d'observations microscopiques sur nos graines indi- gnes pour lre dispens d'y revenir. On a pu s'assurer de l'tat gnralement trs corpusculeux de ces graines, dont les checs sont chaque anne si nombreux. Par contre, voici un tableau d'observations portant sur des cartons japonais imports en France. Ces cartons ont t prlevs sans choix sur un nombre considrable des cartons dits du Tacoun, dont le Japon avait fait don l'Empereur en I8GG. EXAMEN DES UFS EXAMEN DES CEUFS DSIGNATION de mauvaise apparence de belle ipparence ' ~ -~ Nombre Nombre Nombre Nombre d'ufs examins de corpusculeux d'ufs examins de corpusculeux Blancs . . . 13 21) Blancs 8 25 3 30 4 29 1) 8 25 8 25 II Blancs . . . 8 25 16 27 8 '.0 .S 25 II Blancs . 3 1 30 II Blancs 8 1 25 II Blancs 3 1 30 II 8 1 25 II 10 3 72 8 1 25 Que l'on compare l'tat corpusculeux de ces graines et celui des semences indignes que nous avons prcdemment tudies, celles, par exemple, du tableau des essais prcoces de Saint-Hippolyte en 1867, et on sera frapp de la diffrence considrable qui existe entre ces divers lots. La faible proportion des sujets corpusculeux clans les ducations du Japon, compare celle de la France, ressortira plus clairement encore des observations suivantes faites sur des papillons d'origine japonaise. En 1866, le ministre de l'Agriculture voulut bien, sur ma demande, faire venir directement du Japon des chantillons de vers, de chrysa- lides et de papillons prlevs dans les chambres japonaises. Le soin de cet envoi fut confi par notre consul au Japon, M. Lon loche, que chacun se plat louer des services qu'il a rendus la sriciculture, 90 UVRES DE PASTEUR un ngociant italien, fix au Japon, M. Dell'Oro, honorablement connu par la traduction cpu'il a donne d'un ouvrage primitivement crit en langue japonaise sur l'ducation des vers soie (/). La prcieuse col- lection m'arriva au commencement de l'anne 1867. Parmi les bocaux remplis de papillons il y en avait un portant pour tiquette : papillons de douze ducations diffrentes. Voici le tableau de l'examen micro- scopique des trente premiers papillons observs, retirs sans choix du bocal : NUMRO NOMBRE NUMRO NOMBRE NUMRO NOMBRE d'ordre de corpuscules par champ d'ordre de corpuscules par champ d'ordre de corpuscules par champ 1. 11. 50 21. 2. 12. 22. 3. 13. 23. 4. 14. 24. 5. 20 15. 5 25. 6. 16. 26. 7. 17. 27. 8. 18. 28. 9. 19. 29. 10. 20 20. 30. Il suffit de mettre en regard ces papillons de douze grainages faits au Japon en 186(> avec ceux des quatorze grainages dont j'ai rendu compte, effectus Saint- Hippolyle (Gard) dans cette mme anne 1866, pour se convaincre du dveloppement extraordinaire que la maladie des corpuscules a pris en France. Que l'on fasse toutes les hypothses qu'on voudra sur les causes qui ont pu amener les dsastres de la sriciculture, il n'en restera pas moins tabli, par toutes les observations qui prcdent, que dans les contres o svit l'pizootie il existe un parasite infiniment plus mul- tipli que dans les pays o rgne encore la prosprit de l'industrie de la soie et qui ont le privilge d'avoir des semences gnralement trs saines. Ce que nous venons de dire de la France compare au Japon s'ap- plique plus particulirement nos dpartements de grande culture, tels que le (Jard, la Drme, l'Ardche ; mais il est loin d'en tre de mme pour ceux o la culture du mrier est peu dveloppe et o l'ducation des vers soie ne peut compter comme une des bran- 1. Par Ouekaki-Morikouni. Le texte italien de Dell'Oro a t traduit en franais par L.-N. Pgoul : De l'ducation des vers soie au Japon. Saint- Marcellin, 1866, 48 p. in-8. [Note de l'dition.) TUDES SI 1! LA MALADIE DES VERS A SOIE 91 ches de l'industrie agricole. Dans ces derniers dpartements, dont le nombre ne s'lve pas moins de trente ou trente-cinq, on retrouve, trs peu prs, souvent mme amliore, la situation qui est propre au Japon. 11 est tel de ces dpartements o le plus habile micrographe aurait eu peine, dans ces dernires annes, et pour toutes les duca- tions, rencontrer quelques sujets corpusculeux. Je citerai, par exemple, le Cantal et le Puy-de-Dme. Aussi tous nos dpartements de petite culture ont eu, depuis vingt annes que dure le flau, le privilge de fournir des graines excellentes. On a import tour tour clans les dpartements de grande culture, o elles produisaient de magnifiques rcoltes, des graines confectionnes dans la Cte-d'Or, l'Yonne, la Sane-et-Loire, le Cher, l'Indre-et-Loire, le Cantal, le Puy- de-Dme, la Corrze, le Lot, le Lot-et-Garonne, le Tarn-et-Garonne, le Gers, le Tarn, les Pyrnes- Orientales, l'Aude, quelques localits de l'Hrault, les Hautes et Basses-Alpes. Aujourd'hui encore on vante certaines semences provenant de ces divers dpartements. Toutefois, on peut assurer qu'il n'est peut-tre pas un seul des ducateurs, dans tous les lieux que je viens de nommer, qui ait su conserver la puret de sa graine. Aprs avoir russi la reproduire toujours saine pen- dant plusieurs annes conscutives, ils ont eu la douleur de la voir manifester, soit chez eux, soit surtout dans les dpartements de grande culture, l'existence de la maladie rgnante; en d'autres termes, les ducations des pays de petite culture n'ont pu se maintenir ind- finiment propres la reproduction, chez un mme ducateur. Cette terminaison fatale s'annonce le plus souvent, j'en donnerai les preuves les plus premptoires, par la prsence dans les grainages successifs d'un nombre toujours croissant de papillons corpusculeux. Je me bornerai pour le moment un exemple particulier, mais fort curieux par les circonstances qui l'ont entour et par les commentaires auxquels il a donn lieu. Il est relatif une graine de la Corse devenue clbre sous le nom de graine de M me Rocca-Serra, dont voici l'histoire d'aprs des documents authentiques. Dans un Rapport lu la Socit d'agriculture de Bastia en 1865, M. Limperani, prsident de celte Socit, s'exprime ainsi (*) : J'ai eu plusieurs fois l'occasion d'appeler l'attention de la Socit sur les rsultats si dignes de remarque obtenus depuis plusieurs annes sans interruption par des sriciculteurs italiens dans la magna- nerie de M mc Rocca-Serra Porto-Vecchio. Pendant qu'une affreuse pidmie s'obstinait svir sur les races de vers soie de l'ancien 1. Voir l'Observateur de la Corse, numro du vendredi 11 aot 18fi5. 92 UVRES DE PASTEUR monde et dsolait de nombreuses contres, les vers soie obtenus l'une des extrmits de l'le, Porto-Vecchio, se conservaient exempts de toute contagion, donnaient un rendement gal celui des meilleures rcoltes d'autrefois et produisaient une graine qui avait la facult de se reproduire, du moins dans la localit, sans qu'on et jamais remarqu dans les transformations successives la moindre dgn- rescence. Un pareil succs ne pouvait manquer de stimuler le zle des sri- ciculteurs italiens dont parle M. Limperani. Ds 1863, ils avaient pass un contrat de sept ans avec M" 10 Rocca-Serra pour se faire rserver tous les produits de sa magnanerie; puis, reconnaissant que la graine Rocca-Serra donnait d'aussi bonnes rcoltes dans d'autres parties de la Corse qu' Porto-Vecchio, cette Compagnie italienne prit des arrangements avec presque tous les propritaires de mriers de l'le. Les succs de ces chambres, toujours d'aprs le Rapport [les Rapports] de M. Limperani, furent trs remarquables en 1863, 1864 r 1865 et 1866 (). La graine Rocca-Serra, poursuit M. Limperani [dans- son Rapport de 1865], n'a pas tard acqurir en Italie la clbrit qu'elle mritait tous gards; elle y est vendue des prix inous et vous avez pu vous en faire une ide lorsque dans mon Rapport du 30 dcembre dernier (1864) je vous citais ce fait significatif, que la Compagnie italienne payait M" u ' Rocca-Serra, raison de 45 francs le kilogramme, la part de cocons qui lui revenait dans le produit de sa magnanerie. Dans un Rapport adress au ministre de l'Agriculture par M. Gurin-Mneville et reproduit dans le Journal de l'agriculture de M. Barrai (numro du 5 avril 1868) [*], ce sriciculteur affirme, d'aprs les assurances qui lui ont t donnes en Corse, que la Compagnie italienne a confectionn dans ce dpartement, en 1866, plus de douze mille onces de graine et ralis sur la vente un bnfice net de plus de 300.000 francs. Dans ce mme Rapport, M. Gurin-Mneville s'extasie sur la beaut des vers de M me Rocca-Serra au moment o il les inspecta en 1867. Ils taient, dit-il, sortis du quatrime sommeil et magnifiques de sant et d'aspect. Dans les litires, il ne trouva aucun ver malade ou mort, ni aucune moisissure ( 3 ). M. Gurin- 1. Voir aussi Limpekani. Sriciculture de la Corse. (Rapport la Socit d'agriculture de Bastia.) Journal d'agriculture pratique, 1866, II, p. 99-101. 2. Gurin-Mneville. Observations de sriciculture faites en 1867 dans les dpartements du Sud-Est, de l'Est et du Nord-Est de la France. Journal de l'agriculture, 1868, II, p. 38-59. \Xotes de l'dition.) 3. Ces assertions de M. Gurin-Mneville sont reproduites dans le Rapport au Snat de M. le comte de Casablanca (sance du 28 juillet 1868). [Voir p. 320-327 du prsent volume.] TUDES SUR LA MALADIE DES VEHS A SOIE 93 Mneville a admir galement la beaut des mriers de M m0 Rocca- Serra; il n'a vu sur leurs feuilles aucune trace de maladie. Eh bien, cette graine fameuse est aujourd'hui corpusculeuse au plus haut degr. Les ducations qui vont tre faites cette anne (ces lignes sont crites au mois d'avril 1869) priront toutes par la maladie des corpuscules. Voici un examen microscopique de la graine produite l'an dernier par l'ducation de M e Rocca-Serra Porto-Vecchio : GRAIN K DE M ROCCA-SERRA, A PORTO-VECCHIO ufs examins ensemble Nombre de corpuscules par c amp 3 30 3 20 3 50 3 4 3 80 3 3 3 3 20 3 3 50 3 60 3 3 20 3 30 3 10 3 3 3 3 2 L'chantillon qui a servi ces observations a t remis M. Maillot (*) par M. de Casabianca, prsident de Chambre la Cour il nu des vers d'une ducation quel- conque, au moment de la monte la bruyre, il vous sera impossible, pour ainsi dire, d'en trouver un seul qui ne soit pas tach. Si vous le croyez intact, laissez-le s'enfermer dans son cocon pour l'examiner avant qu'il devienne chrysalide, ou demoiselle suivant l'expression vul- gaire. Toujours vous lui trouverez des taches. Au contraire, s'il a t lev isolment depuis sa sortie de la quatrime mue, mme ce moment de l'tat de demoiselle o la blancheur de la peau et son tat gonfl rendent les taches plus visibles, il vous sera impossible d'en apercevoir aucune. La planche des chrysalides qui est insre dans un des chapitres relatifs la maladie des morts-flats [p. 210] reprsente en B un ver demoiselle trs sain, prt se chrysalider. Il est couvert de ces taches de blessures dont je parle, qui sont propres tous les vers des grandes ducations. 11 existe, au contraire, une autre sorte de taches parfaitement en nom de muscardine. Annales ih's sciences naturelles, ',!" sr , VIII (Zool. . 1837, p. 229-243 ;2 pi.)-] TUDES SUR I \ MU.UUi: DES VERS V SOIE. 7 98 UVRES DE PASTEUR rapport avec la maladie des corpuscules, car elles sont toujours l'effet du dveloppement intrieur de ces petits corps : jamais elles ne pr- cdent leur apparition. En d'autres termes, les corpuscules sont la cause prochaine de cette nature de taches, qui sont bien moins fr- quentes que celles de blessures. Ce sont les vraies taches de la pbrine. Elles n'existent que chez les vers rellement malades. Les taches de la premire espce se voient, au contraire, sur ces derniers comme sur ceux qui sont trs sains. On pourrait les appeler les fausses taches. Mais, le plus souvent, les taches de piqres sont plus petites que celles qui naissent de la prsence des corpuscules, except chez certains vers corpusculeux qui se blessent plus facilement que les vers bien portants. Les taches de blessures ne sont pas non plus entoures, comme les autres, d'une aurole particulire, bien visible dans la figure de la page 24 ( 4 ). Prenez de trs bons vers, exempts de toute maladie, au sortir de la premire mue, et donnez-leur un repas de feuille corpusculeuse, c'est--dire que vous aurez pass sur toute la surface de la feuille un pinceau tremp clans un peu d'eau o vous aurez broy un ver soie corpusculeux. Tous les vers prendront la maladie des corpuscules, dont il sera facile de suivre le dveloppement au microscope les jours suivants. Elle commence par la tunique interne du canal intestinal ; toutefois, pendant longtemps il serait impossible de s'apercevoir le moins du monde, l'observation extrieure des vers, qu'ils sont en proie un mal intrieur. Alors mme que la contagion a lieu au pre- mier repas aprs la premire mue, les vers arrivent la seconde mue avec le mme ensemble que les vers d'un lot tmoin qui n'aura pas t contagionn. Cette seconde mue s'accomplit sans prouver de retard, ce qui est la preuve que les vers ont pris la mme quantit de nourri- ture que si le parasite n'et pas t prsent. Les choses continuent encore pendant plusieurs jours avec ces caractres. La troisime mue elle-mme peut se faire sans qu'on aperoive une diffrence sensible entre le lot contagionn et le lot tmoin. Mais, bientt aprs, des changements profonds se manifestent. Jusque-l les corpuscules ne s'taient montrs que dans les tuniques de l'intestin ; on les voit maintenant apparatre dans les autres organes. Pendant la mue, leur 1. On trouvera dans une des planches [PI. III] qui accompagnent les tudes sur les maladies actuelles du ver soie de M. de Quatrefages (Paris, 1859), une figure colorie [iig. 27] qui reprsente, un fort grossissement, l'aurole dont il s'agit. Dans certains cas tout particuliers et trs rares, il m'est arriv de voir des vers couverts, sur toute la surface de leur peau, de petites taches brunes. C'tait comme un pointill. Ces taches correspondaient une affection particulire que je ne saurais dfinir, mais sans rapport avec la maladie des corpuscules. Ce fait est extrmement rare. TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE 99 propagation a t plus marque. Enfin, ds le deuxime jour aprs que la troisime mue est acheve, c'est--dire le douzime jour depuis la contagion, une ingalit 1res sensible se montre parmi les vers cou- tagionns, et il est visible que ceux du lot tmoin sont beaucoup mieux portants: mais, ce qui est surtout digne de remarque, c'est qu'en regardant la loupe les vers contagionns, presque tous portent sur la tte et sur les anneaux une multitude de trs petites taches qui, jusque-l, n'avaient pas encore apparu. Ce n'est pas qu'il y ait dj sous la peau prsence de corpuscules; leur marche du centre la circonfrence n'a pas encore atteint les organes les plus externes. 11 parat ds lors vident que les taches se montrent sur la peau ext- rieure lorsque la peau intrieure du canal intestinal, si je puis m'exprimer ainsi, offre des corpuscules en suffisante quantit pour entraver les fonctions digeslives et diminuer sensiblement la nourri- ture ingre et assimile, circonstance qui se traduit extrieurement par l'ingalit des vers. Il est impossible, cette occasion, de ne pas faire la remarque que certaines maladies humaines donnent lieu des taches sur la peau, Lorsque le canal intestinal est sous l'influence de diverses altrations. Ce n'est pas la seule observation applicable la pathologie humaine que les expriences exposes dans cet Ouvrage pourront suggrer des esprits bien prpars. J'ai rpt souvent ces curieuses expriences, dans des conditions varies ; elles ont toujours offert les mmes rsultats gnraux. Il n'y a pas de doute garder : les taches n'apparaissent qu' la suite du dveloppement des corpuscules. La pbrine n'est qu'un effet de la pro- pagation de ces derniers. Pbrine et maladie des corpuscules sont donc deux expressions que l'on peut employer indistinctement l'une pour l'autre, bien que les mots maladie des corpuscules aient, scientifique- ment parlant, la prminence, puisque les corpuscules sont la cause de la prsence des taches. Quant au caractre des taches envisag comme indice de la maladie, nous voyons qu'il peut conduire de graves erreurs et qu'on doit restreindre beaucoup la signification qui lui avait t attribue avant mes recherches. Le mal peut exister dans tous les vers d'une chambre sans qu'aucun d'entre eux ne l'accuse extrieurement par la prsence de taches vraies la surface de la peau. Cette circonstance est mme trs frquente au moment de la monte la bruyre. Inver- sement, en donnant la prsence des taches une valeur qu'elles n'ont pas gnralement, on peut confondre les fausses taches avec les vraies et croire l'existence du mal quand il est compltement absent. CHAPITRE II CARACTRE MINEMMENT CONTAGIEUX DE LA PBRINE I. Opinions diverses. La pbrine peut-elle se communiquer des vers malades aux vers sains, soit au contact, soit distance ? On a fait, ce sujet, beaucoup d'hypothses et trs peu d'expriences ('). Les uns considrent la con- tagion comme certaine. Un plus grand nombre la met en doute ou la nie. D'autres enfin pensent qu'elle est seulement accidentelle. Des faits contradictoires, inexplicables en apparence, ont t produits contre ces diverses opinions. Par exemple, des vers qui devaient tre sains ont t mls sciemment, ou par mgarde, avec des vers malades et tous les vers ont pri : la maladie est donc contagieuse disaient ceux-ci; ceux-l rpondaient aussitt par des faits diamtralement opposs et soutenaient, ds lors, que la contagion n'existe pas, et encore moins l'infection, c'est--dire la contagion distance. Mais tous croyaient, avec M. de Quatrefages, l'existence d'un milieu dltre, rendu pidmique par quelque influence occulte, mystrieuse, laquelle on attribuait la cause de la maladie rgnante. Je me souviens qu'au mois de dcembre 1865, dans une des pre- mires sances de la Commission impriale de sriciculture, M. le mar- quis de Ciinestous raconta qu'un jour son fermier avait mlang par erreur deux graines, l'une cocons blancs, l'autre cocons jaunes, que la'presque totalit des vers cocons blancs prirent, tandis que la rcolte en cocons jaunes fut, au contraire, trs satisfaisante. M. de Ginestous, ainsi que les autres membres de la Commission opposs a la contagion, concluaient que, des deux graines, l'une tait malade, 1. Un excellent observateur, le X)' Osimo [Loc. cit.], est ma connaissance le seul auteur qui ait tent des expriences directes pour dmontrer la contagion de la pbrine. M. Osimo tait si'liien persuad que la maladie tait contagieuse qu'il lui donna le nom d'atrophie conta- gieuse, dnomination qui avait t propose par M. Gra, de Conegliano. M. Gra est l'auteur qui, le premier, dcrivit la maladie en Italie. Voir, sur ce dernier point, le Rapporl sricicole de M. Gornalia Rapporta dlia Commissione norainata dall' I. R. Istituto lombardo 1,1 scienze, letter I arti perlo studio dlia malattia dei lia. du da seta nell' anno 18561. Mil n 1857, 18 p. iu-'r. ETUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE 101 l'autre saine, et que la graine malade n'avait pas communiqu le mal la graine saine : qu'en consquence la maladie n'tait pas contagieuse. M. de Quatrefages croyait peu la contagion de la pbrine, du moins a sa contagion directe. Le mal actuel, dit-il, peut devenir contagieux par suite de la prsence d'une maladie possdant ce caractre, mais il ne l'est pas habituellement. Pour bien saisir cette conclusion de M. de Quatrefages, il faut se rappeler que ce savant naturaliste admet- tait qu' la pbrine viennent peu prs constamment s'ajouter d'autres maladies . Quelques-unes des maladies des vers soie, poursuit M. de Quatrefages, sont regardes comme contagieuses. Pour s'tre entes sur la pbrine, elles ne perdent pas la facult de se communiquer par le contact, et, dans ce cas, le mal devient contagieux, tandis qu'il ne l'est pas lorsque la complication dpend de maladies non contagieuses, par exemple de Vatrophie ou de Yapoplexie. Par cette thorie M. de Quatrefages expliquait la possibilit des faits con- tradictoires auxquels je faisais allusion tout l'heure. Relativement au caractre infectieux de la pbrine, M. de Quatre- fages partageait une opinion toute semblable la prcdente. Le mal actuel, dit-il, n'est presque jamais infectant, mais il peut le devenir par suite de la prsence d'une maladie possdant ce caractre ( i ). La Commission d'agriculture de la Socit d'encouragement de Milan, l'une des Socits savantes qui ont donn le plus d'attention la maladie et aux efforts qu'on a laits pour la combattre, a conclu, dans son Rapport de 1858, la non-contagion de la gattine. Voici, entre autres, une de ses observations qui est du mme ordre que celle que j'empruntais tout l'heure M. de Ginestous : Un ver de race tos- cane, parfaitement sain, tomba accidentellement la fin de la premire mue parmi des vers trs malades ; or, dans ce milieu infect, il resta toujours sain et fit un cocon parfait ( 2 ). M. Gurin-Mneville, qui a toujours combattu l'ide de la contagion, a rappel ce dernier fait dans une de ses Communications de cette anne, et il s'en autorise pour soutenir de nouveau son opinion. Si la contagion existait, dit encore cet auteur, comment pourrait-on faire des essais prcoces et constater des russites parmi les nombreuses ducations exprimentales accumules dans les ateliers ( 3 )? Dans le mme crit, M. Gurin-Mneville se plat opposer aux 1. Qoatrefages (A. de). tudes sur les maladies actuelles du ver soie. Paris, 1859, in-i". p. 83 et suivantes. 2. Relazione dlia Commissione per gli studii sulla malattia dei bachi. Atti dlia Societ cCincoraggiatnento d'arti e mestieri, Milan, 1858, p. 70. 3. Gi:.":i!in-Mi : ;nevim.e. [A propos de la sance du l mars 1869 de l'Acadmie des sciences]. Moniteur des soies, Lyon, numro du 10 avril 1869, p. i. 101 UVRES DE PASTEUR publications actuelles de MM. Cornalia et Haberlandt, qui se sont rangs nia manire de voir sur tous les points essentiels de l'tude de la maladie, les opinions professes autrefois par ces matres en sri- ciculture, et il invite tous les ducateurs demeurer dans la plus grande perplexit . J'aime penser que ce conseil ne sera pas suivi et que les sriciculteurs verront, au contraire, dans la similitude par- faite des rsultats obtenus par les personnes qui ont donn le plus de temps aux questions scientifiques et pratiques que le flau actuel a souleves, la garantie prcieuse de la vrit. Mes expriences ne laissent aucun doute sur le caractre contagieux et infectieux de la pbrine. Elles nous donneront, je l'espre, la clef de toutes les difficults de la question et nous permettront, en outre, de prvoir plusieurs consquences d'un grand intrt pratique. II. Contagion par la nourriture. Un de mes premiers soins, en 1866, a t de rechercher l'influence que pouvaient avoir les poussires des magnaneries pour la propa- gation du flau. Dans les Cvennes on procde au nettoyage des magnaneries quelques semaines seulement avant la nouvelle campagne sricicole. Les dernires litires de l'ducation prcdente restent accumules sur les tables ou sur le plancher; les crottins, qui forment toujours un volume plus ou moins considrable, sont spars des dbris de feuilles et conservs pour la nourriture des animaux. Je recueillis, dans une foule de magnaneries plus ou moins dis- tantes les unes des autres, Alais et dans les environs, la partie la plus tnue de ces rsidus de diverses ducations de 1865. A cet effet, je me servais de tamis mailles de plus en plus serres jusqu' celles d'un tamis de soie trs fin. Quand la magnanerie avait t nettoye grossirement, on rassemblait les poussires dposes sur les tables, sur les murs, l'aide d'une barbe de plume, puis on les passait gale- ment au tamis de soie. En observant ces poussires au microscope, je fus surpris de l'effrayante proportion de corpuscules qu'elles renfer- maient dans la plupart des cas, particulirement lorsque les ducations avaient t dcimes par la pbrine. Au milieu des particules min- rales, parmi les spores de moisissures de toutes sortes, formes dans les litires, principalement dans les litires humides qui restent sous la bruyre la fin de l'ducation, on voyait profusion des corpuscules aussi reconnaissables, aussi distincts que si on les et observs dans les tissus de l'insecte. Les noyaux intrieurs y taient mme plus CLaekerbauer ad, nal deL, POUSSIERES DE MAGNANERIES INFECTEES ,-.,,> ,.,,<, Gros Pai TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE 103 faciles apercevoir. La planche ci-jointe reprsente une de ces pous- sires, moins les lments minraux qui n'ont pas t figurs ('). Je nie souviens que, dans une seule magnanerie, o on avait lev quelques onces de graines de race blanche japonaise de reproduction qui avait trs trial march, j'obtins facilement deux litres d'une poussire dont chaque parcelle, dlaye dans une goutte d'eau, montrait, dans un champ quelconque du microscope, des corpuscules par centaines. Il est de toute vidence que, pendant l'ducation, ces poussires de l'anne prcdente, jointes celles de l'ducation qui est en train, se rpandent sur la nourriture des vers, en quantit variable avec les soins de propret que prennent les ducateurs. Dans le but de reconnatre si ces poussires peuvent servir pro- pager le flau, je pris des vers 1res sains (circonstance qui m'tait prouve par la marche de lots tmoins) et je leur donnai chaque jour un repas de feuilles saupoudres avec les poussires dont je viens de parler. La mortalit des lots repas de poussires fut norme, et elle se manifesta ds le second et troisime jour aprs le commencement de l'exprience; mais, chose curieuse, les vers morts ne prsentaient dans leurs tissus aucune trace de corpuscules. Quoi qu'il en soit de l'explication rationnelle de ces faits, sur laquelle je reviendrai, il tait vident que les poussires des magnaneries avaient une influence toxique, fatale pour la sant des vers, et j'insistai ds lors sur la nces- sit d'un nettoyage parfait des magnaneries et de leurs agrs avant de recommencer les ducations, et galement sur la propret et les soins apporter dans les dlitages, afin de rpandre le moins possible, sur les vers ou sur les feuilles, les poussires des litires ( 2 ). Il parait fort naturel de conclure, des observations prcdentes, que la maladie est contagieuse et que les poussires des magnaneries charges de corpuscules la veille d'une campagne nouvelle peuvent 1. -Te dois faire observer que le contenu des corpuscules, spores, cellules diverses, figurs dans la planche, a t plus accus que dans la nature, parce que cette planche tait destine tre mise en couleur pour reprsenter la coloration brun-violet que ces corps prennent par la solution d'iode. Dans ce cas, le graveur force les parties qui doivent tre teintes. 2. Ces observations, ainsi que leurs consquences pratiques, ont t exposes par moi : 1 dans la sance extraordinaire du Comice d'Alais, le 26 juin 1866; 2 dans la sance du 23 juillet de l'Acadmie des sciences. [Voir p. 436-448 du prsent volume : Nouvelles tudes sur la maladie des vers soie.] Tous les auteurs bacologues ont reconnu l'utilit des soins hyginiques et de la propret dans les ducations des vers soie. Les expriences dont je rends compte ont l'avantage d'appnyer ors prceptes sur des faits prcis et positifs. J'insiste sur ce point, parce qu'on m'a adress le reproche gratuit de trouver suffisants les soins pris par les ducateurs, tandis que mes expriences sont les premires en date qui aient dmontr, au contraire, la ncessit r toutes les prcautions et de traiter les vers soie comme des animaux constam- exposs des maladie- contagieuses, dont les germes se renouvellent sans cesse dans les magnaneries par le fait mme de l'levage. 104 UVRES DE PASTEUR provoquer une grande mortalit dans les ducations. Toutefois nous verrons que ce serait une erreur grave de rapporter la pbrine la maladie communique par les poussires dont il s'agit. Je dmontrerai bientt que les corpuscules de ces poussires sont des organismes sans vie, incapables de se reproduire, et que c'est pour ce motif que les vers morts dans les expriences que je viens de rsumer n'taient point corpusculeux. La maladie inocule par ces poussires tait la maladie des morts-flats. Mais n'anticipons pas sur les faits relatifs cette seconde maladie, et retenons seulement de ce qui prcde le caractre toxique des poussires vieilles et la ncessit des soins de propret dans tout ce qui touche aux ducations des vers soie. La seconde srie de mes expriences de 1866 a port sur les pous- sires de frache date et sur les corpuscules extraits directement de vers ou de papillons corpusculeux vivants ou rcemment morts. Le lecteur en trouvera l'expos plus loin ( J ). Je me bornerai rsumer leurs conclusions : 1 Si l'on essaye de contagionner des vers sains par des corpuscules frais aprs la quatrime mue, mme par plusieurs repas de feuilles corpusculeuses, alternant avec des repas de feuilles saines, tous les vers font leurs cocons. La contagion semble donc ne pas avoir lieu, mais ce n'est l qu'une apparence trompeuse. 2 La communication de la maladie s'accuse, en effet, au plus haut degr dans les chrysalides et les papillons, tel point que beaucoup tle chrysalides meurent avant de se transformer en papillons et que leur corps est pour ainsi dire compos uniquement de corpuscules. Si des papillons peuvent se former et sortir de leurs cocons, ils ont souvent l'aspect le plus triste, et le mal peut aller jusqu' l'impossibilit de l'accouplement et de la ponte ( 2 ). 3 Les mmes expriences reproduites avec les mmes vers et des repas de feuilles mouilles d'eau pure ou d'eau charge des dbris de chrysalides, papillons ou vers sains, c'est--dire exempts de cor- puscules, donnent des sujets privs de cet organisme et ayant la meil- leure sant apparente. 4 Si les expriences de contagion dont je viens de parler s'effec- tuent sur des vers beaucoup plus jeunes, les choses se passent tout autrement : les vers prissent avant de faire leurs cocons ( 3 ). 1. Voir, p. 436-448 du prsent volume : Nouvelles tudes sur la maladie des vers soie; et p. 'iV.i 'i.",;; ; Nouvelles tudes exprimentales sur la maladie des versa soie. (Note de l'dition.) 2. Les expriences se font en broyant, dans quelques gouttes d'eau, un ver, une chrysalide mi un papillon corpusculeux; puis, avec un pinceau, on tend le liquide sur la surface des feuilles, d'un ct seulement. Il faut s'assurer que tous les vers ont mang. 3. Quelques-uns des faits que j'ai exposs au Comice d'Alais, le 26 juin, et l'Acadmie TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE L05 Le caractre contagieux de la maladie des corpuscules est donc indubitable, mais il importe extrmement de prciser toutes les parti- cularits des observations prcdentes. Il n'est pas exagr de dire que la connaissance de la pbrine repose principalement sur l'ensemble des faits relatifs au caractre contagieux de cette maladie. Aussi il me parat indispensable de prsenter, dans le plus grand dtail, le rcit de diverses expriences qui jetteront une vive lumire sur la nature du flau. Premire exprience. Le 16 avril 18G8, midi, je prlve, dans ne de mes ducations exprimentales, trente vers, race blanche du pays, issus de papillons trs sains. Les vers sont sortis de la premire mue, on va leur donner le deuxime repas aprs le rveil d'hier. Sur les feuilles je dpose, avec un pinceau, des corpuscules provenant d'un papillon corpusculeux pris parmi des papillons ns dans les essais prcoces; le papillon a t broy dans 5 centimtres cubes d'eau. Le restant des vers du panier o on a prlev ceux de cet essai continuent d'tre levs la manire ordinaire pour servir de lot tmoin. Voici la suite des observations : Le premier repas, aprs la deuxime mue, a lieu le 21 avril 3 heures du matin : les vers vont trs bien. Le 23 avril, les vers vont toujours bien. Le 25 avril, rien de particulier. On prlve deux vers pour en faire l'examen microscopique dtaill. Dans aucun des organes on ne voit de corpuscules, except dans les tuniques de l'intestin qui en montrent des sciences de Paris, le 23 juillet 1866 [Voir p. 436-448 du prsent volume], ont t confirms dans uni' brochure du D' Baberlandt, aujourd'hui chef de la station sricicole exprimentale i-'tahiie Goritz Basse-Autriche). Cette brochure est intitule : Die seuchenartige Krankheit der Seidenraupen (La maladie pidmique des vers soie|: Vienne, 1866, 37 p. in-8. M. Haberlandt partageait alors l'erreur de Filippi sur l'existence normale des corpuscules dans les chrysalides adultes et dans l'insecte, parfait; mais, depuis longtemps, ce savant natu- raliste a reconnu son erreur, et j'ai la satisfaction de pouvoir ajouter que, dans diverses publications, il a donn toute son approbation ma mthode de grainage. Le suffrage d'un homme si autoris, et qu'il a motiv d'ailleurs par des expriences nombreuses, peut, lui seul, servir de rponse diverses critiques qui se sont fait jour en France et qui n'ont eu d'autre rsultat que de mettre en vidence l'ignorance de leurs auteurs. Je saisirai cette occasion pour appeler l'attention de mes lecteurs sur la mesure, la fois librale et prvoyante, qui a conduit le Gouvernement autrichien crer, en 1868, un tablis- sement exprimental destin des tudes sricicoles. En plaant sa tte un des professeurs les plus instruits de l'Allemagne, muni, en outre, de toutes les ressources ncessaires pour mener bonne fin des travaux de cette nature, le ministre d'Agriculture d'Autriche a fait preuve de la plus louable initiative. Pour montrer toute la vitalit de cette entreprise, je dirai que l'Institut bacologique de Goritz tait peine cr depuis quelques mois que son directeur fondait un journal sricicole bimensuel, destin publier les rsultats des expriences du chef de la station et de ses habiles collaborateurs. Ce journal a paru trs rgulirement jusqu' ce jour. Le gouvernement autrichien a propos, en outre, un prix de 5.000 tlorins. dcerner en 1872, pour la dcouyerte d'un moyen prventif ou curalil de la pbrine. [Voir, ;'i ce sujet, la .note 2, p. 258 du prsent volume.] 106 UVRES DE PASTEUR beaucoup certaines places. Ils sont, en gnral, trs ples, trs peu distincts et, dans l'un des vers, exclusivement piriformes. Enfin, parmi les ples ayant la forme ovale ordinaire, bon nombre sont en voie de division. Pas encore la moindre tache sur la peau des vers, mme en la regardant la loupe trs attentivement. L'examen microscopique a port successivement sur les tissus et organes autres que les tuniques de l'intestin. Nulle part on n'a vu de corpuscules. C'est donc dans les tuniques de l'intestin qu'ils com- mencent se former et se multiplier longtemps avant qu'ils se montrent ailleurs. Le premier repas, aprs la troisime mue, a lieu le 26 avril 3 heures de l'aprs-midi ('). Le 27 avril, c'est--dire onze jours aprs le repas de contagion, on examine de nouveau deux vers. Dans le premier, la tunique interne du canal intestinal montre une multitude de corpuscules ovales, brillants, mls un grand nombre de corpuscules de mme forme, trs ples, naissants. Il n'y en a pas de piriformes. La glande de la soie est galement charge de corpuscules de tous les aspects, parmi lesquels une multitude trs jeunes. Dans le deuxime ver examin, toujours des corpuscules dans les deux tuniques intestinales, et pas du tout ni dans la soie, ni dans les autres tissus. Ici la varit piriforme est abondante. Notons, en passant, que la varit piriforme ple des corpuscules est trs frquente dans les tuniques de l'intestin, qu'elle s'y montre souvent indpendante de la forme ovale ordinaire et que la forme ovale ple, peu distincte, prcde la forme ovale brillante, en d'autres termes, que cette dernire est plus ge. Le 28 avril, je constate, pour la premire fois, sur les vingt-six vers qui restent, depuis l'autopsie de quatre d'entre eux, un rsultat remar- quable. En examinant un un les vers la loupe, je reconnais que presque tous ont des taches nombreuses, trs petites, particulirement 1. La troisime mue s'est effectue en cinq jours et demi, comme la deuxime, qui avait pris galement cinq jours et demi. Ces deux mues sont toujours plus courtes que la premire, qui est en gnral de sept jours, et que la quatrime, qui est encore plus longue. Il existr des races, celle de M. Raybaud-Lange, par exemple, dans les Basses-Alpes, dont la deuxii I la troisime mue s'accomplissent en quatre jours et demi. Cette circonstance doit tre connue. J'ai vu des ducateurs chauffer outre mesure leurs vers le quatrime jour aprs la deuxime mue, parce qu'ils mangeaient trs peu, ce qu'il fallait attribuer, au contraire, ce que les vers approchaient de la troisime mue. Cet excs de chaleur dans un tel moment devenait une cause de ruine pour la chambre. Il en rsultait pour les vers un affaiblissement qui amenait, quelque temps de l, la maladie des morts-flats. J'entends par temps d'une mue la priode <|ui commence aprs un changement de peau et s'tend jusqu'au changement de peau suivant. TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE L03 sur la tte. Rien absolument de pareil ne se voit sur la peau des vers du lot tmoin, dont aucun d'entre eux ne prsente (railleurs la moindre trace de corpuscules dans les organes. Nul doute, par consquent, que le mal intrieur ne commence a s'accuser extrieurement pour le lot contagionn. Ce mme jour apparat un autre fait non moins intressant. Pas un des vers n'est mort de mort naturelle, mais leur grosseur est mani- festement plus petite que chez ceux <|ui n'ont pas t empoisonns. Ils sont plus grles et, en les suivant de l'il avec attention au moment dis repas, il est sensible qu'ils mangent moins que ces derniers. Toutefois ces diffrences ne sont trs marques que si l'on approche le panier des bons vers de celui des mauvais, atin de rendre la compa- raison plus facile. Le 30, midi, aucun des vers n'est en quatrime mue, tandis que tous sont endormis dans le lot tmoin. Les taches la surface de la peau sont toujours trs petites; cependant elles s'accusent et se multi- plient de plus en plus; la tte de plusieurs vers en est couverte. On en voit galement sur les divers anneaux. La diffrence de grosseur entre les vers malades et ceux du lot tmoin est aujourd'hui des plus manifestes. Les premiers n'ont gure, en moyenne, que les deux tiers de la taille des vers qui n'ont pas t contagionns. Le 1 er mai, bien que la contagion date dj de quinze jours, pas un seul des vers malades n'est encore mort. Le 2 mai, l'ingalit est des plus sensibles : on en compte sept qui ne sont pas endormis de la quatrime mue, tandis que sept autres sont dj sortis; le restant est en mue. J'enlve, pour l'examiner au micro- scope, un des vers sortis de mue; son corps est tellement rempli de corpuscules qu'on a peine comprendre qu'il soit encore en vie( 4 ). Le 3 mai. un des vers qui n'a pu entrer en mue est mort. La partie antrieure de son corps est noire; au microscope on le trouve charg de corpuscules et de vibrions. Le nombre des corpuscules est si grand que le liquide qui sort d'un des anneaux, piqu avec une aiguille, est tout laiteux. Le 5 mai, on constate la mort d'un autre des vers qui n'ont pu entrer en mue. Il est galement plein de corpuscules et de vibrions. Les taches que la mue avait l'ait disparatre se montrent derechef sur les vers les plus avancs, sortis de mue le 1 er et le 2 mai. 1. Je ferai observer incidemment qu'avant d'examiner au microscope ce ver ptri de cor- ules, j'ai lav son corps dans un verre de montre avec deux ou trois gouttes d'eau. Or, bien que le ver vint de sortir te mue, l'eau de lavage ne m'a pas montr de corpuscules, mais elle tait remplie de cristaux de la forme de ceux des tubes de Malpighi. H 8 UVRES DE PASTEUR La figure ci-dessous est la photographie d'un essai semblable celui qui nous occupe. L'lat maladif des vers, leur ingalit excessive sautent aux yeux. et l mme on voit de trs petites taches qui n'ont pas chapp la reprsentation photographique. L'essai avait vingt-cinq jours de contagion. Le 8 mai, on examine au microscope deux des plus gros vers Vers trs corpusculeux, trs ingaux. Aprs la quatrime mue, grandeur naturell- vivants. Tous les tissus, sans exception, renferment des corpuscules profusion. Les taches sont toujours trs petites, visibles surtout la loupe; aucun des vers ne porte de ces larges taches comme on en voit souvent dans les ducations ordinaires o rgne la pbrine ('). Bien 1. D'aprs celle observation et d'autres de mme ordre, je suis port croire que beaucoup de larges taches qu'offrent les vers lis pbrins sont des lches de blessures ou des taches de pbrine que des blessures ont agrandies. TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE 109 plus, les taches me paraissent diminuer en nombre et se restreindre chez les plus gros vers. Le 10 mai, un ver de belle apparence est arriv maturit. Je ne vois sur sa peau aucune tache de pbrine, mme a la loupe. Je le place sur la bruyre, mais il en descend bientt et va se fixer dans un coin du panier o je le vois faire tous les mouvements d'un ver en train de filer son cocon. Pendant vingt-quatre heures je l'observe maintes reprises, et je le vois constamment occup au mme mouvement; mais, chose trange, pas le moindre fil de soie n'est sorti de sa filire. Alors j'en fais l'autopsie et je trouve la glande de la soie entirement remplie de corpuscules. Il n'y a pas la plus petite portion de cet organe qui offre la moindre transparence; dans toute sa longueur H est blanc, porcelaine. Le 11 mai, il ne reste plus que six vers vivants dans le panier des contagionns. Ils ont assez belle apparence, quoique fort languissants et couverts et l de petites taches auroles. Comme il me parat certain que ces vers ne pourront faire leurs cocons, je les examine un un au microscope; il n'en est pas dont tous les tissus ne soient remplis de corpuscules. Dans le panier du lot tmoin, la monte la bruyre a commenc le 8 mai; le 11, tous les vers filent leur soie; un seul est mort depuis le commencement de l'exprience. Plus tard on a tudi les papillons ns de ces vers; tous, l'exception de deux, se sont montrs exempts de corpuscules. Les expriences suivantes ont port sur des vers plus gs que ceux qui viennent de nous servir. Elles ne sont pas moins concluantes. Deuxime exprience. Le 4 mai, 5 heures du soir, on conta- gionne, avec la matire d'un petit ver corpusculeux, 25 vers sains, race jaune de pays, au second repas aprs la troisime mue ('). On con- serve un lot tmoin de 150 vers. Le 8 mai, les vers commencent s'endormir pour la quatrime mue. Le 14 mai, les vers montrent des taches; on en examine un au microscope. Dans la tunique interne du canal intestinal on voit des corpuscules piriformes, les uns double membrane, les autres pleins, et des corpuscules ovodes plus ou moins jeunes une et deux vacuoles. Les tubes de Malpighi et les glandes de la soie sont envahis en divers points par des corpuscules de toutes formes. 1. Le petit ver corpusculeux n'avait pas encore fait la premire mue; il a t broy dans un mortier avec quelques gouttes d'eau, et on a tendu le liquide sur les feuilles du repas va pinceau. 110 UVRES DE PASTEUR Le 17 mai, un des vers est mort-flat; il prsente beaucoup de taches et rpand une odeur de mare trs prononce. Dans la tunique interne du canal intestinal, on trouve un grand nombre de corpuscules piriformes avec granulins intrieurs. Dans les tubes de Malpighi, le tissu graisseux, etc., plusieurs points sont envahis par les corpus- cules ovodes et vacuoles. La monte la bruyre a commenc le 19 et s'est termine le 20 3 heures du soir. On trouve 22 cocons. Si l'on excepte le ver mort-flat et les deux vers examins, on voit que tous les autres ont fait leurs cocons. Le 24, on ouvre les cocons; les vers sont encore demoiselles l'exception de quatre. Les demoiselles ont toutes des taches, les quatre chrysalides n'en ont pas du tout. On broie un un 15 des vers encore demoiselles. Tous sont corpusculeux, dans la proportion suivante : 1. 100 corp uscu es P ir champ 2. 50 3. 100 4. 250 )) 5. 200 6. 100 / . 20 .s. 100 j> 9. 150 corpuscules par champ 10. 10 11. 500 12. 20 13. 40 )> 14. 80 H 15. 50 En rsum, des vers sains contagionns aussitt aprs la sortie de la troisime mue out fait leurs cocons, mais ils taient tous trs cor- pusculeux dj au moment o ils filaient leur soie. En outre, la trans- formation en chrysalide a t lente. Il est certain que les papillons n'auraient pas pu prendre naissance, du moins pour la plupart, ou qu'ils auraient t dans un affreux tat, ne pouvant ni s'accoupler, ni pondre, Un lot tmoin avait t rserv ; ici, vers et chrysalides taient exempts de corpuscules, et presque tous les papillons se sont montrs galement trs sains. L'exprience suivante va nous apprendre une fois de plus la lenteur du premier dveloppement des corpuscules, et, au contraire, la rapi- dit excessive de leur multiplication ds que les divers organes com- mencent tre envahis. Troisime exprience. Le 8 mai, c'est--dire quatre jours aprs le commencement de l'essai prcdent, on a distrait du lot tmoin, form de 150 vers, 20 vers que l'on a contagionns avec un ver cor- pusculeux venant d'clore. La quatrime mue et la monte ont eu lieu pour ce lot en mme temps que pour le lot prcdent, c'est--dire le 19 et le 20. ETUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE 111 Le 24 mai, on tudie au microscope 15 chrysalides par comparaison avec les L5 vers demoiselles du lot prcdent. Voici le dtail des observations : 1. Pas de corpuscules. 9. Pas de corpuscules. 2. 10. 1 corpuscule par champ. 3. 5 corpuscules par champ. 11. Pas de corpuscules. 4. 2 12. 5. 1 corpuscule 13. 1 corpuscule par champ. 6. 5 corpuscules 14. 2 corpuscules 7. Pas de corpuscules. 15. Pas de corpuscules. 8. Ainsi donc, l'observation faite aussitt aprs la formation du cocon n'a donn que 45 pour 100 de chrysalides corpusculeuses. Ces rsul- tats, compars ceux de la deuxime exprience, offrent un grand intrt, mais il importe extrmement d'en bien saisir le sens et la porte. L'examen de tous les vers dans les essais dont nous venons de parler a t fait avec un soin minutieux, tissu par tissu, organe par organe. Voulait-on, par exemple, rechercher les corpuscules dans le canal intestinal : le ver tait fix sur un lige au moyen de deux pingles, places l'une la tte et l'autre au dernier anneau; avec des ciseaux on incisait la peau dans toute la longueur du corps, puis on enlevait le canal intestinal, dont le contenu tait spar et les tuniques transparentes examines, en divers points, au microscope. On peut mme les laver doucement avec de l'eau pure, car les corpuscules sont adhrents comme s'ils taient dans l'paisseur du tissu. En oprant de cette manire, s'il existe des corpuscules, mme en petit nombre, on parvient les dcouvrir. Mais, supposons qu'au lieu d'agir ainsi, on ait broy le ver tout entier dans un peu d'eau pour examiner ensuite une goutte de la bouillie au microscope. Ce serait miracle, dans de telles conditions, que d'y rencontrer les cor- puscules, tant ils sont rares dans les premiers temps de leur dve- loppement. Eh bien, l'examen des chrysalides ne peut gure tre fait qu'en les broyant intgralement, cause de la difficult qu'il y aurait sparer les divers organes, et de la longueur de la recherche quand elle a lieu tissu par tissu. La chrysalide, surtout dans les premiers temps de son existence, est comme un nouvel uf, contenant une matire presque fluide o il n'y a pas encore de tissus bien dter- mins et dont la dissection est trs difficile. Voil pourquoi, dans notre troisime exprience, nous avons trouv huit chrysalides dans lesquelles la prsence des corpuscules a chapp l'observation, mais toutes en contenaient. C'est par le mme motif que celles qui en ont montr n'en ont offert que de un cinq par champ. 112 UVRES DE PASTEUR La preuve vidente que toutes les chrysalides devaient renfermer des corpuscules, c'est qu'il y en avait dans tous les vers. Le 17 niai, on a examin deux des vers de l'essai, pris quelconques dans ce lot, et tous deux renfermaient des corpuscules dans les tuniques de l'intestin et en divers points de l'organe de la soie. Enfin, il est parfaitement tabli par toutes les expriences de contagion que je rapporte dans cet Ouvrage, et dont je pourrais multiplier beaucoup les exemples, que la contagion est visible matriellement sur tous les vers au bout de quelques jours seulement, la condition de rechercher les cor- puscules, organe par organe, ainsi que je le disais tout l'heure. Or r l'examen des chrysalides a t fait le 24 mai, et la contagion avait eu lieu le 8, c'est--dire quatorze jours auparavant. Pour surcrot de preuves, on peut ajouter que les rsultats de la deuxime exprience dmontrent qu'il et suffi d'attendre quatre jours seulement pour trouver nos 15 chrysalides toutes corpusculeuses 50 T 100 et 200 corpuscules par champ, puisqu'il en a t ainsi pour les quinze sujets examins la fin de cette deuxime exprience. Ces faits et leurs consquences pratiques deviendront plus clairs au fur et mesure que nous avancerons dans l'expos des rsul- tats des observations. Quatrime exprience. Le 11 mai, je prlve, sur le lot des 150 vers qui nous a servi de lot tmoin dans les deuxime et troi- sime expriences, 50 vers prts recevoir le quatrime repas aprs la quatrime mue. Les feuilles de ce repas sont mouilles au pinceau avec quelques gouttes d'eau dans lesquelles on a broy un petit ver corpusculeux. On s'assure que tous les vers mangent bien ce repas. Le 18, on trouve un ver mort-flat. Il ne prsente pas de corpuscules mme dans la tunique interne de l'intestin; il est vrai qu'elle est trs opaque et trs fragile, comme cela arrive gnralement dans les cas le flacherie, et que l'tude en est difficile. La monte la bruyre commence le 19 et finit le 21 midi. Les cocons sont trs beaux et trs forts. Le 20, on examine 15 chrysalides. Voici le tableau des observations : 1. 2 corpuscules par champ. 9. Pas de corpuscules. 2. Pas de corpuscules. 10. 3. 1 corpuscule par champ. 11. 2 corpuscules par champ. 4. 1 12. Pas de corpuscules. 5. Pas de corpuscules. 13. 6 Vu 1 dans 10 champs. 14. 1 corpuscule par champ. 8. Pas de corpuscules. 15. Pas de corpuscules. TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE 113 Ainsi, aprs quinze jouis de contagion (celle-ci ayant eu lieu le second jour aprs la quatrime mue), nous trouvons 40 pour 100 de chrysalides corpusculeuses. Le il mai, nouvel examen de 15 autres chrysalides : 9. 1 corpuscule par champ. 10. 2 11. 5 12. 5 13. 20 14. 1 7. 15. 2 (') .S. j corpuscule par champ. C'est, aprs vingt jours de contagion, 80 pour 100 de chrysalides corpusculeuses. La sortie des papillons commence le 15 juin. Ils ont belle appa- rence; un seul est duvet noir; on a examin 15 de ces papillons sans choix : 100 corpuscules par champ. 1. cor puscule >ar haiiip. 2. 3. 'i. i l 5. Pas de c orpi seul es. 6. ) 1. 100 2. 1.000 3. 000 4. 500 5. 100 6. 500 7. 500 8. 1.000 9. ti00 corpuscules par champ 10. 500 il. 200 12. 100 13. 100 14. 500 15. 200 Le lot tmoin a donn 95 pour 100 de papillons exempts de cor- puscules. Cinquime exprience. Le 12 mai, je prlve sur un lot de vers sains, race jaune de pays, 50 vers que je contagionne au huitime repas aprs la quatrime mue au moyen d'un petit ver corpusculeux (-). 1. Par ces fractions ji r> on entend que sur l'exploration de 2, de 5 champs, un seul a montr un ou quelques rares corpuscules. 2. Tous les lots de vers sains qui ont servi aux expriences de contagion de ce chapitre et des chapitres suivants provenaient de graines pondues par des papillons exempts le cor- puscules. Les expressions de vers sains, vers exempts de maladie, ducations saines ont t employes maintes fois par divers auteurs avant le commencement de mes recherches, mais le plus souvent c'tait tort, parce qu'on n'avait pas de critrium pour reconnatre la sant des vers. Il ne suffit pas du tout qu'un ver fasse son cocon pour qu'il soit dclar sain. Un \ir sain, on, pour prciser davantage, un ver exempt de pbrine, est un ver qui non seulement [ail son cocon, mais dont la chrysalide et le papillon sont, en outre, exempts de l'organisme cause del pbrine, c'est--dire des corpuscules. On sait galement que, si le ver est malade, l'intensit du mal peut se mesurer, jusqu' un certain point, par l'poque plus ou moins ancienne de l'apparition des corpuscules dans la larve, la chrysalide ou le papihon. En d'autres termes, c'est depuis mes recherches qu'on a pu instituer rellement des expriences comparatives, sans lesquelles la maladie serait probablement reste longtemps encore enve- loppe d'obscurit. TCDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE. 8 114 UVRES DE PASTEUR La monte la bruyre a commenc le 18, comme dans le lot normal servant de terme de comparaison, et s'est termine le 21. Le 26, on drame et on examine 15 des chrysalides au microscope : Pas de corpuscules. 1. Pas de corpuscules. 2. ^ de corpuscule par champ. 3. Pas de corpuscules. 4. 20 corpuscules par champ. 5. 800 6. Pas de corpuscules. 7 . 9. 10. 11. 1 corpuscule par champ. 12. Pas de corpuscules. 13. 14. 15. En ne tenant pas compte de la chrysalide 800 corpuscules par champ dont l'infection tait videmment antrieure la contagion, c'est un total de 25 pour 100 de chrysalides corpusculeuses aprs qua- torze jours de contagion. Le 1 er juin, nouvel examen de 15 chrysalides : 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 1 corpuscule par champ. Pas de corpuscules. 1 corpuscule par champ. 2 corpuscules Pas de corpuscules. 9. 5 corpuscules par champ 10. 10 11. 20 12. 2 13. 14. 5 20 15. 2 Cela fait 95 pour 100 de chrysalides corpusculeuses aprs vingt jours de contagion (*). 1. L'examen des vers et des chrysalides jeunes peut donner lieu une cause d'erreur, contre laquelle il faut tre en garde. Les tubes de Malpighi renferment, l'ordinaire, des cristaux. Ces derniers ont parfois la forme et les dimensions des corpuscules. 11 faut craindre de confondre ces deux productions. L'habitude des observations microscopiques ne tarde pas veiller les doutes de l'oprateur. Il est facile de les lever en ajoutant la prparation une trs petite quantit d'un acide minral qui dissout sur le champ les cristaux, mais ne dtruit pas les corpuscules; un autre moyen, encore plus simple, consiste faire voyager douce- ment les petits corps ovodes. Le corpuscule, en tournant sur lui-mme autour de son grand axe, ne change pas de forme; il se projette suivant un cercle quand il tourne autour de son petit axe. Si l'on a affaire des cristaux, ceux-ci, en tournant sur eux-mmes, se projettent suivant une ligne droite. La figure ci-contre est une photographie de ces cristaux lenticulaires, au grossissement de 300 diamtres, pris dans un ver prs de se chrysa- lider. Leur dimension et leur forme sont, comme on le voit, trs semblables celles des corpuscules. Ces faits ont donn lieu plusieurs Cristaux lenticulaires ayant la forme et les dimensions des corpuscules. ETUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE 115 Le 14 juin, la sortie des papillons a commenc; on en a examin ultrieurement 15 : 1. 500 corpuscules par champ. 9. 1 .000 corpuscules par champ. 2. 200 n 10. 200 3. 1.000 H- 500 4. 1.000 12. 1.000 5. 800 13. 100 6. 1.000 14. 200 7. 500 15. 500 8. 500 Tous taient donc chargs de corpuscules. Sixime exprience. Le 10 mai, 5 heures du soir, on conta- gionne 75 vers trs sains, race blanche de pays, avec un ver corpus- culeux. Les vers vont bientt monter la bruyre. Dans les premiers instants ils ont de la peine se mettre manger, mais ils finissent par absorber toute la feuille corpusculeuse ('). La monte commence le 18 vers 5 heures du matin, c'est-- dire trente-six heures aprs la contagion. Elle est termine le 20 3 heures. Le 26, on examine 15 chrysalides : 1. Pas de corpuscules. 9. Pas de corpuscules. 2. n 10. 3. 11. l - de corpuscule. 4. 12. Pas de corpuscules. 5. >i 13. 6. n n 14. 7. 15. 8. Soit, aprs dix jours, 6 pour 100 de chrysalides corpusculeuses. Le 31, nouvel examen de 15 chrysalides : mprises, et je prsume que c'est pour les avoir mal interprts que certains observateurs ont prtendu que les corpuscules taient une matire minrale cristalline. J'ai prsent ces observations au Comice agricole d'Alais, dans sa sance du 26 juin 1866. [Voir, p. 436-448 du mt volume : Nouvelles tudes sur la maladie des vers soie.] 1. Ce sont des vers issus de la graine de slection des ducations faites Paris par le marchal Vaillant, el qui a donn un rsultat si satisfaisant, aux Tuileries, dans le cabinet du Marchal. Cette graine ne s'est pas moins bien comporte Mais, dans ce centre qui passe pour lis infect. C'est qu'il n'existe pas de pays infect dans le sens que l'on donne ordinai- rement ce mot ; il n'y a pas de milieu pidmique dltre auquel il soit impossible de sous- traire les ducations. Voir la Lettre du marchal Vaillant relative l'ducation de la graine dont il s'agit. [Rsultat de deux petites ducations de vers soie provenant de graines tudies par M. Pasteur. Lettre M. Pasteur. Comptes rendus de l'Acadmie des sciences, sance du 19 juillet 1869, LX1X, p. 160-163, et p. 375-378 du prsent volume.] 116 UVRES DE PASTEUR 1. Pas de corpuscules. 9. Pas de corpuscules. 2. i de corpuscule. 10. :!. Pas de corpuscules. 11. 4. 12. 5. 13. 6. 14. 7. 15. 8. Soit, aprs quinze jours de contagion, 6 pour 100 de chrysalides corpusculeuses. Le 5 juin, nouvel examen de 15 chrysalides; les ufs commencent tre distincts et durs chez les femelles : 1. '- de corpuscule par champ. 9. ; corpuscule par champ. 2. Pas de corpuscules. 10. 1 >> .'i. 1 corpuscule par champ. 11. 2 4. ' de corpuscule 12. 2 5. 1 13. Pas de corpuscules. 0. Pas de corpuscules. 14. f de corpuscule par champ. 7. 1 corpuscule par champ. 15. 1 C'est, aprs vingt jours de contagion, 80 pour 100 de chrysalides corpusculeuses. Le 10, la sortie des papillons commence. Ils ont belle apparence; l'un d'eux est duvet noir. On en a examin 15 : 1. 15 corpuscules par champ. 9. 40 corpuscules par champ. 2. 20 10. . 50 13. 20 6. 50 14. 40 7. 50 15. 50 8. 50 Soit 100 pour 100 de papillons corpusculeux. Le lot tmoin compos de 36 vers a fourni 32 cocons, et 2 vers paraissant morts-flats ; il y a eu 2 vers voyageurs perdus la monte. Les 32 cocons ont donn 32 papillons trs beaux, dont un seul avait des corpuscules, 50 par champ. Les expriences prcdentes jettent une vive lumire sur la maladie qui nous occupe, et permettent de se rendre un compte exact de sa funeste influence dans les ducations. De tous les elfets du flau que l'observation a pu recueillir dans ces vingt dernires annes, celui qui a le plus excit la surprise et drout les efforts des duca- TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE 117 teurs, c'est assurment l'impossibilit des grainages productifs dans les dpartements de grande culture. Il n'est pas de localit sricicole, mme parmi les plus prouves, qui n'ait eu enregistrer chaque anne de trs belles russites, des rendements mme suprieurs ceux des plus beaux temps de la prosprit des ducations. Mais, quand on essaye de faire de la graine avec les cocons de ces belles chambres, on constate peu prs infailliblement l'anne suivante que cette semence est tout fait improductive. Comices agricoles, savants, praticiens ont fait ce sujet les preuves les plus multiplies. Il en est rsult dceptions sur dceptions et souvent les mprises les plus prjudiciables. Frquemment des ducateurs honntes ont livr au grainage de trs belles rcoltes parce qu'ils n'avaient observ chez les vers ni taches de pbrine accuses, ni corpuscules, mme l'poque de la mise en bruyre, et que la monte s'tait d'ailleurs electue dans les meilleures conditions. L'anne suivante, au contraire, Us avaient la douleur de voir prir toutes les ducations de ces graines faites sous des auspices trompeurs. Sans insister davantage sur des faits dont tous les ducateurs ont eu sous les yeux de nombreux exemples, je me bornerai renvoyer le lecteur quelques extraits des procs-verbaux des sances du Comice du Vigan, reproduits dans les Notes et Documents de cet Ouvrage p. 613-618J. Il y trouvera les preuves des efforts tents sans succs par divers membres de ce Comice clair, pour lutter contre cette impossibilit presque absolue du grainage indigne. Soins dans les ducations, choix des localits les plus salubres, pratiques diverses dans le but d'loigner les mauvais reproducteurs, rien n'a t pargn, mais tout a t inutile. C'est ainsi que l'industrie sricicole s'est trouve tarie dans sa source et qu'il a fallu recourir au commerce pour procurer la France les semences qu'elle ne pouvait plus pr- parer elle-mme. C'est ainsi, comme je l'ai expliqu dans le chapitre premier de l'Introduction, que l'Espagne, le Portugal, l'Italie ont t mis successivement contribution, et que, ces pays ayant t envahis leur tour par le flau, il a fallu tendre plus loin la recherche et la confection de la graine. Toutes ces circonstances si pnibles, si bien faites pour jeter le dcouragement parmi les ducateurs et donner au flau un caractre mystrieux, trouvent leur explication naturelle dans les faits de conta- gion que nous venons d'exposer. Placez, en effet, l'ducateur le plus habile, mme le micrographe le plus exerc, en prsence de grandes ducations qui offriront les mmes symptmes que nos quatrime, cinquime et sixime expriences, son 118 UVRES DE PASTEUR jugement sera ncessairement erron s'il se borne aux connaissances qui ont prcd mes recherches. Les vers ne lui prsenteront pas la plus lgre tache de pbrine ; le microscope n'accusera pas l'existence des corpuscules ; la mortalit des vers sera nulle ou insignifiante ; les cocons ne laisseront rien dsirer. Notre observateur devrait donc conclure, sans hsiter, que l'ducation est bonne pour graine. La vrit est, au contraire, que tous les vers de ces belles rcoltes sont empoi- sonns et qu' son insu ils portent en eux le germe de la maladie, prt se multiplier outre mesure dans les chrysalides et les papillons pour passer de l dans les ufs et aller frapper de strilit la gnration prochaine. Et quelle est la cause premire de ce mal cach sous des dehors si trompeurs? Dans nos expriences, nous pouvons la toucher du doigt pour ainsi dire : elle est tout entire dans les effets d'un seul repas corpusculeux, effets plus ou moins prompts, plus ou moins dan- gereux, suivant l'poque de la vie du ver laquelle ce repas a t donn. Quant aux grandes ducations industrielles, les choses s'y passent trs peu prs de la mme manire. Sans doute l'ducateur n'empoi- sonne pas directement ses, vers, mais nous allons reconnatre, par de nouvelles expriences, que, dans toute ducation o il existe des vers corpusculeux, les tables sont couvertes de poussires contagionnantes et que ce sont tantt les feuilles, tantt les vers qui se chargent de porter le poison dans l'intrieur des [organes. Les effets produits dpendent d'ailleurs de la proportion de ces vers corpusculeux parmi les vers sains, comme aussi des conditions d'levage propres res- treindre ou favoriser la contagion. Dans les ducations diverses d'une mme graine, il ne faut donc pas s'attendre rencontrer rigou- reusement les mmes circonstances ni les mmes rsultats. Toutefois si le nombre des vers corpusculeux l'origine est considrable, par exemple, de 20, .10, 50 pour 100 ou davantage, et quelquefois mme pour des proportions moindres, soyez assur que votre chambre sera dtruite peu prs entirement, car, d'un ct, les vers, corpusculeux ds leur naissance, priront infailliblement, et, d'autre part, ils mul- tiplieront tellement les occasions de la contagion ds le jeune ge, cause de leur grand nombre, qu'il vous sera difficile de faire arriver jusqu' la bruyre un certain nombre de vers en tat de filer leur soie. Nous voyons, en outre, combien il tait illusoire de rechercher la maladie dans les vers soie par le caractre des taches ou par l'exa- men des corpuscules dans une goutte de sang, comme on le faisait gnralement, lorsqu'il s'agissait de dcider si l'ducation serait propre la reproduction. Chrysalides et papillons peuvent tre chargs de TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE m corpuscules et les vers qui leur oui donn naissance ne pas offrir la moindre tache de pbrine, ni dceler le parasite aux yeux les plus exercs. Quant ;i la contagion du mal, non seulement elle est indiscutable, mais ses effets sont immenses, incalculables, car on peut admettre que, dans une ducation quelconque, tous les papillons corpusculeux le sont prcisment par le fait de la contagion. En effet, tout ver cor- pusculeux sa naissance est destin prir avant de pouvoir devenir papillon; d'autre part, tout ver exempt de corpuscules sa naissance restera exempt de corpuscules pendant toute l'ducation et encore l'tat de chrysalide et de papillon, pourvu qu'il fasse partie d'une du- cation o les corpuscules sont absents. On ne saurait en douter quand on considre la marche de nos lots tmoins compare celle des lots infects. Les rares papillons corpusculeux trouvs dans ces lots tmoins doivent tre attribus la contagion, ou mieux l'infection petite distance, comme nous l'expliquerons bientt; mais ils sont assez peu nombreux pour qu'on donne au principe que je viens de poser la plus grande gnralit. En prsence de l'effrayante proportion de chrysalides et de papil- lons corpusculeux dans toutes les ducations actuelles, l'importance de ces dductions exprimentales ne saurait chapper personne. III. Contagion directe par la peau des vers l'aide de piqres. Le 30 mars 1867, on partagea en trois lots une ducation de 60 vers sains, race blanche de pays trois mues (*). Les vers avaient fait, depuis deux jours, leur troisime et dernire mue. Le premier lot fut contagionn avec un repas de feuilles corpus- culeuses; le deuxime, en piquant un un chaque ver sur un des der- niers anneaux et en introduisant dans la blessure une aiguille que l'on venait de tremper dans une goutte d'un liquide charg de corpuscules, avec la prcaution de laver grande eau le corps des vers pour enlever 1. J'ignore l'origine de cette race. Les cocons taient normes. La graine provenait d'une du- cation de M. Desmolles, ancien dput de la Lozre, propritaire dans le Gard. Puisque j'ai l'occasion de parler d'une race trois mues, j'ajouterai que ces races m'ont toujours paru beaucoup moins sujettes prendre la pbrine que les races ordinaires quatre mues, circonstance qu'il faut attribuer, je pense, la moindre dure de la vie des vers. On arrive au mme rsultat en levant la temprature des ducations et en multipliant les repas. J'ai vu une chambre de 20 onces d'une race trois mues, faite Alais, ne donner que des papillons sains. Outre qu'elle tait trois mues, l'ducateur, le sieur Sollier, de Saint- Ambroix, avait pour systme de porter la temprature 26 et 28 degrs Raumur pendant toute la dure de l'ducation; en revanche, il y eut, au moment de la monte la bruyre, une foule de vers atteints de grasserie. 120 UVRES DE PASTEUR les corpuscules qui auraient pu rester adhrents extrieurement et passer de l sur les feuilles ('). Enfin le troisime lot ne reut aucun traitement et servit de lot tmoin. La monte pour les trois lots eut lieu du 2 au 4 mai. Tous les vers firent leurs cocons, mais l'examen microscopique des papillons fut bien diffrent dans ses rsultats pour les trois lots. Dans le lot tmoin, pas un seul des papillons n'a offert la moindre trace de corpuscules. Dans le lot contagionn par la nourriture, tous les papillons, sans exception, furent corpusculeux de 100 200 corpuscules par champ. Enfin, dans le lot contagionn l'aide de blessures infectes, sept papillons seulement offrirent des corpuscules, de 50 200 par champ. La contagion par piqres infectes a donc lieu, mais elle est moins sre que par le canal intestinal, ce quoi il fallait s'attendre, parce que le sang qui sort de la blessure ne laisse pas toujours pntrer les cor- puscules qu'on cherche inoculer (-). Pour comprendre toute la part d'influence que peut avoir, dans la propagation de la pbrine, le mode d'inoculation dont nous venons de parler, il suffit de rappeler les observations que j'ai exposes antrieu- rement dans le paragraphe relatif aux taches sur la peau des vers soie [p. 23-28]. Nous avons reconnu qu'il existait deux espces de taches, les unes occasionnes par le dveloppement des corpuscules dans l'intrieur des organes et particulirement dans le tube digestif : ce sont les taches de pbrine propres seulement aux vers corpusculeux. Les autres, infiniment plus nombreuses, sont dues des blessures que les vers se font en marchant les uns sur les autres. Ces blessures sont faites principalement par l'extrmit des six crochets qui terminent les pattes des anneaux antrieurs de la larve. A l'poque de la monte la bruyre, il est rare de trouver une ducation industrielle dont tous les vers ne portent pas de ces taches de piqres. Je ne reviendrai pas ici sur les preuves premptoires que j'ai donnes dans le paragraphe prcit pour dmontrer que ces taches sont uniquement produites par le fait de la vie en commun des vers. 1. La blessure se cicatrise trs vite; sa place il reste une tache noire. 2. Dans les expriences qu'il fit, en 1837, pour contrler la dcouverte [faite en 1835] du professeur Bassi, de Lodi, concernant la contagion de la muscardine par le botrytis bassiana, le clbre naturaliste Audouin avait dj remarqu un fait de cette nature. [Audouin. Recherches anatoraiques et physiologiques sur la maladie contagieuse qui attaque le< vers soie et qu'on dsigne sous le nom de muscardine. Annales des sciences natu- relles, 2 e sr., VIII (Zool.), 1837, p. 229-243. Nouvelles expriences sur la nature de la maladie contagieuse qui attaque les vers soie et qu'on dsigne sous le nom de muscardine. Tl ri., p. 257-270.] TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE 121 Qu'un ver enfonce les crochets de ses pattes antrieures, ici dans un crottin, l dans un ver corpusculeux ; qu'il aille ensuite, de ces mmes crochets, piquer un ver sain, il n'en faudra pas davantage pour que ce dernier soit conlagionn. Prenez, dans une ducation o rgne la pbrine, des vers quelconques, et lavez dans une goutte d'eau l'extrmit des crochets qui terminent les pattes, la goutte d'eau vous montrera ensuite au microscope un assez grand nombre de corpus- cules. IV. Contagion par les poussires fraches des ducations courantes. Le L" mai 1869, on contagionne 25 vers sains, race jaune de pays (les mmes que ceux de la deuxime exprience du II), en se servant, pour matire contagionnante, de crottins de petits vers corpusculeux clos le 2.") avril. Ces crottins ont t crass et dlays dans quelques gouttes d'eau, puis on a tendu le liquide au pinceau sur la feuille d'un seul repas. On constate que les vers mangent assez bien. Ils taient trois jours de distance de la troisime mue. Celle-ci a eu lieu le 3 mai. Le premier repas aprs la mue a t donn le 4 mai 5 heures du matin. Le 7 mai, on examine deux vers ; le premier offre une petite tache sur la tte. Dans la tunique interne de l'estomac on voit des corpuscules ovodes vieux, pas de piriformes ni de jeunes parois peu distinctes. Dans les glandes de la soie on trouve un centre o les corpuscules commencent se dvelopper. Ils sont trs jeunes et vacuoles. Le deuxime ver ne prsente ni taches, ni corpuscules visibles. Le 8 mai, nouvel examen de deux vers. Le premier n'a ni taches, ni corpuscules, le deuxime a deux petites taches sur le troisime anneau. Dans la tunique interne de l'intestin, on trouve un grand nombre de corpuscules jeunes et vacuoles. Quelques-uns sont piri- formes. Il y a aussi beaucoup de corpuscules vieux commenant former des amas. La tunique externe, les tubes de Malpighi et les glandes de la soie commencent galement tre envahis, car on trouve quelques corpuscules dans le liquide o on les a broys. Le premier repas aprs la mue est donn le 10 mai, 5 heures du soir. Au dlitage du 12 mai, on trouve 20 beaux vers dont les taches n'ont pas encore reparu. L'ingalit commence tre sensible. Elle s'accuse davantage le lendemain. Monte la bruyre le 19 et le 20. La sortie des papillons s'est faite le 11 juin et les jours sui- vants. On a examin 15 de ces papillons : 122 UVRES DE PASTEUR 1. 500 corpuscules par champ. 9. 800 corpuscules par champ. 2. 500 10. 500 3. 1.000 11. Pas de corpuscules. >i. 200 12. 800 corpuscules par champ 800 13. 1.000 >. ii. 100 14. Pas de corpuscules. 7. Pas de corpuscules. 15. 50 corpuscules par champ ('). S. 50 corpuscules par champ. La contagion est donc manifeste, d'autant plus que, dans le lot tmoin dont il est parl page 110, presque tous les papillons taient exempts de corpuscules. S V. Contagion les vers sains par simple association avec des vers malades. Si les vers se contagionnent par un seul repas corpusculeux, s'ils se contagionnent galement en se piquant les uns les autres, lorsque parmi eux se trouvent des vers corpusculeux; enfin, s'il suffit que les corpuscules du repas corpusculeux soient emprunts des crottins de vers corpusculeux, il est de toute vidence que, dans une ducation o il existe des vers corpusculeux, les causes de con- tagion sont naturelles, et pour ainsi dire inhrentes l'ducation. Les crottins des vers corpusculeux tombant sur les feuilles; ces crottins plus ou moins presss sur ces mmes feuilles, quand ils se trouveront placs entre celles-ci et le corps des vers; les corpuscules qui souillent constamment, comme nous l'avons dit, l'extrmit des crochets des pattes : voil autant de circonstances pouvant amener l'introduction de corpuscules dans les vers sains. Ds lors, il doit suffire, pour provoquer la contagion des vers sains, de les associer dans la mme ducation avec des vers malades. Tel est, en effet, le rsultat que l'exprience suivante dmontre : Le 29 avril, 4 heures du soir, on contagionne 50 vers sains, .race blanche de pays (" 2 ) ; le lendemain, 9 heures du matin, on les runit avec 50 vers sains, race jaune, ayant rigoureusement le mme ge. La couleur des cocons a t choisie, comme on le voit, de manire pou- voir servir plus tard reconnatre les deux sortes de vers employs. 1. Il est probable que les papillons [7] 11 et 14 provenaient de vers n'ayant pas mang au repas contagionne. 2. "Vers ns de la graine du marchal Vaillant, la mme que celle dont il est dj question p. 115. [Voir, p. 37-378 du prsent volume : Marchal Vaillant. Rsultat de deux petites ducations de vers soie provenant de graines tudies par M. Pasteur. Lettre M. Pasteur.l TUDES SUR LA MALADIE DES VKRS A SOI!', 123 Les vers sonl entre la seconde et la troisime mue. Cette dernire a commenc pour tous les vers le 3 mai. Le premier repas aprs la mue a eu lieu le 4, 10 heures du malin, et celui aprs la quatrime mue le 10, 5 heures du soir. Ce jour-l, une ingalit sensible commence se produire et elle s'accuse de plus en plus les jours suivants. La monte a lieu le 19, mais elle est trs lente, elle ne se termine que sept jours aprs. Le 26, on trouve 3 chrysalides sans cocons et 1 ver mort. Dans chacun de ces quatre sujets, il y a un nombre immense de corpuscules. Le dcoconnage, t'ait le 29, donne 50 cocons jaunes et 45 blancs. Ces derniers, compars ceux du lot type, sont beaucoup plus faibles en soie. Au contraire, il n'existe pas de diffrence appr- ciable entre les cocons jaunes et ceux du lot tmoin relatif cette race. Le 29, on examine au microscope 15 chrysalides de la race blanche et 15 chrysalides de la race jaune. Voici les tableaux compars des deux sries d'observations : 1. 500 2. 800 3. 1.000 4. 1.500 5. 500 6. 500 7. 200 8. 1.000 500 corpuscules par champ Pas de corpuscules. Cocons blancs. amp. 9. 1.000 corpuscules par champ 10. 500 11. 500 12. 500 13. 1.000 14. 1.000 15. 800 Cocons jaunes. 9. Pas de corpuscules. 10. 40 cor >uscules par champ. 11. Pas de corpuscules. 12. 13. 14. 15. La sortie des papillons commence le 10 juin pour les jaunes et le 1 1 pour les blancs. Ces derniers sont affreux, ailes recroquevilles, la plupart duvet noir, et sans vivacit aucune. Les jaunes, au contraire, sont en gnral assez vifs; trois d'entre eux ont le duvet noir. Aprs la sortie complte des papillons, on en examine 15 de chaque sorte. Voici les tableaux compars des observations : 124 UVRES DE PASTEUR 500 corpuscules par champ. 1. 500 2. 1.000 3. 2.000 4. 1.000 .Y 1.000 6. 2.000 7. 2.000 8. 500 1. 100 corpuscules par champ. 2. 150 3. 50 4. 50 5. 200 6. 200 7. 100 8. 50 Cocons Iil a a c. imp. 9. 1.000 corpuscules par champ 10. 2.000 11. 5.000 12. 2.000 13 5.000 14. 2.000 15. 3.000 Cocons jaunes. ip. 9. 20 corpuscules par champ. 10. 100 11. Pas de corpuscules. 12. 50 corpuscules par champ. 13. 50 14. 500 15. 40 Parmi les papillons blancs un cinquime taient vivants clans le cocon et n'avaient pas eu la force d'en sortir. En outre un dixime des- chrysalides taient mortes. Enfin, dans les lots tmoins des deux races, presque tous les papillons taient exempts de corpuscules. Il rsulte clairement de cette exprience, dont je pourrais pr- senter beaucoup d'autres exemples, que la contagion de la pbrine des vers sains se fait trs facilement par la vie en commun de ces- vers avec d'autres vers corpusculeux. Quant l'intensit de la conta- gion, elle dpend videmment de la proportion plus ou moins grande des vers corpusculeux, relativement celle des vers sains et du degr d'infection des vers malades. VI. Infection ou contagion distance. Puisque des crottins de vers n'ayant que quelques jours de date r comme dans l'exprience du S IV, peuvent provoquer la contagion, il est prsumable que la pbrine doit tre infectieuse, transportable distance par les poussires des ducations. J'ai fait cet gard des expriences concluantes. Placez clans une magnanerie des vers trs sains sur une table loigne de celles de l'ducation principale et prenez les soins ncessaires pour qu'il n'y ait jamais mlange des deux sortes de vers. Si l'ducation principale est malade, soyez assur que vos vers sains l'origine s'infecteront TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIF. 125 tous. Il n'est pas possible le ne pas attribuer la contagion qui a lieu dans cette circonstance aux poussires en suspension dans l'air, que les dlitages, les balayages, les alles et venues des personnes soulvent des labis ou du plancher, et parmi lesquelles se trouvent invitablement des dbris de vers morts ou des crottins de vers malades. Je me bornerai rapporter une seule des nombreuses expriences que j'ai faites sur ce sujet; l'authenticit en a t tablie par des tmoignages publics. Elle a eu lieu en 18G9, dans la magnanerie exprimentale du Comice du Vigan, Sauve. J'ai expos ailleurs que le Comice du Vigan a lev en 1869, Sauve, une once d'une graine qui devait infailliblement prir de la pbrine (*). Elle avait t faite Sauve mme, avec les cocons d'une chambre admirable, qui avait fourni 51 kilogr. 500 de cocons pour une once de graine de 25 grammes. M. le D r Delettre tait charg de la direction de l'ducation. Dsirant le convaincre une fois de plus de la sret des principes que j'avais tablis, je le priai de faire l'exp- rience suivante. Il fut convenu entre nous qu' ct de l'ducation de 25 grammes de la graine condamne, M. Delettre lverait dans la mme pice, mais sur des tables spares, deux grammes d'une graine .saine dont je lui remis en outre une demi-once pour une ducation qui aurait lieu, au contraire, une grande distance de celle du Comice, dans un village loign. Voici, dans ses termes exprs, le pronostic que je portai sur ces trois ducations au mois de mars, par consquent longtemps avant l'poque des ducations : L'once de 25 grammes prira peu jirs intgralement, sans donner un seul cocon. Au contraire, les vers des deux grammes levs dans la mme magnanerie, ainsi que les vers de la demi-once, rus- siront trs bien. Ils n'ont craindre que la flacherie accidentelle. Mais il y aura une diffrence complte entre les chrysalides de l'du- cation des deux grammes et celles de la demi-once. Les chrysalides de la demi-once seront en majeure partie ou en totalit prives de cor- puscules, tandis que toutes celles des deux grammes en offriront ds les premiers jours de leur formation. Le rsultat fut de tout point ce que j'avais annonc. A cte de 1. J'avais port ce jugement par crit dans une lettre au D r Delettre, mdecin Sauvr. l-puque mme du grainage, en 1868. Le Comice du Vigan dcida que, pour mettre mon jugement l'preuve, une once de celte graine srail levi V > h 1869, comme cela avait eu lu -n en 1867 et 1868 avec des graines que j'avais dclares bonnes et qui avaient produit, en 1867, 46 kilogr. 500, et, en 1868, 51 kilogr. 500 de cocons pour une once de 25 grammes. T'o9, M. Duclaux n'a pas rencontr un seul sujet corpusculeux. Dans le courant de la mme anne, M. Breux, dsirant vivement joindre sa race blanche la race jaune, prfre pour sa vigueur, au moins dans certaines localits de la Fiance, fit venir de Monlauban de la graine de cette dernire race, et il se disposait l'lever, conjointement avec sa propre graine T1 DES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE 131 blanche, lorsqu'il fut averti que cette graine jaune tait malade, et qu'en l'associant sa belle et forte race blanche il perdrait celle-ci. M. Breux s'empressa ds lors le jeter cette graine jaune. Au mois de juillet 1869, ayant eu besoin de me procurer une assez grande quantit de graine faite par mon procd de grainage, je priai M. Duclaux d'examiner les papillons de l'ducation de M. Breux et de m'en envoyer la graine s'il y avait lieu. M. Duclaux me rpondit, non sans manifester une grande surprise, que les papillons de M. Breux renfermaient, cette anne, 95 pour 100 de sujets corpusculeux. Cette circonstance me parut d'autan! plus extraordinaire, que nous avions lev .Mais, dans ce centre qui passe pour si infect, une petite quantit de la graine blanche de M. Breux, et que les papillons de nos petites ducations s'taient montrs sains 90 pour 100 au moins, et quelquefois 100 pour 100. Comment se rendre compte de cette apparition, en quelque sorte spontane, des corpuscules dans un dpartement qui n'en avait pas montr depuis 1866 ? Je viens de recevoir de M. Duclaux l'explication complte de ce fait anormal. Parmi les cocons blancs obtenus par M. Breux, on en a trouv deux avant la couleur jaune et tous les caractres de ceux de la graine jaune que M. Breux avait fait venir de Montauban. En d'autres termes, L'insu de M. Breux, il s'tait ml sa graine blanche quelques ufs de la graine jaune qu'il avait cru jeter intgralement. Les vers jaunes, dont deux ont survcu et fait des cocons, ont videmment t la source des corpuscules qui, pour la premire fois, ont infect la petite ducation d'Aurillac. S VII. La pbrine ne peut dans aucun cas dtruire V ducation industrielle d'une graine issue de papillons sains. Parmi les questions que soulvent l'existence et la nature de la pbrine, il n'en est peut-tre pas de plus intressante que celle qui est rsolue par le titre de ce paragraphe. Dans les premiers mois de l'anne 1867, peu de temps aprs mon arrive a Alais, o je venais n'installer pour la troisime fois, je reus de Paris une lettre anonyme, courtoise d'ailleurs, crite peut-tre par une personne amie qui me voyait avec peine engag dans des tudes dont les difficults paraissaient inextricables. On m'y reprsentait en substance qu'il n'y avait pas une grande utilit atteindre le but que je poursuivais de dcouvrir un moyen de faire de la graine saine, puisque celle graine deviendrait malade pendant qu'elle serait leve. 132 UVRES DE PASTEUR et que ce serait toujours recommencer sur de nouveaux frais. Celte lettre, et c'est pour ce motif que je la mentionne, trahissait une proccupation qui tait gnrale. Sous l'influence d'ides alors fort rpandues, principalement depuis les publications de M. de Qua- trefages (*), que la maladie des vers soie tait une pidmie , une sorte de cholra , que, dans les centres d'ducations de vers soie, il existait un milieu dltre , on pensait qu'il fallait songer bien plus la dcouverte d'un remde qu' celle d'un moyen prventif du mal. 11 paraissait tous cpie le flau pouvait fondre tout coup sur les ducations les plus saines. Dans le jugement que M. Cornalia a port, en 18(35, sur ma premire Communication l'Acadmie ('-), on retrouve cette proccupation. La voie dans laquelle je m'engageais, pensait-il ( 3 ), ne tendait pas directement la production de la graine saine. Il fau- drait que les ufs sains augmentassent en nombre, mais comment faire si la maladie les atteint '.' Le progrs de mes tudes a heureusement et compltement dissip ces apprhensions. L'ensemble des faits exposs dans le prsent cha- pitre dmontre avec une entire certitude que dans une ducation d'une graine saine, c'est--dire exempte de corpuscules, parce qu'elle sera ne de papillons galement privs de cet organisme, il est impos- sible que les vers issus de cette graine puissent prir en masse avant de faire leurs cocons. Jamais la contagion au contact, jamais la conta- gion distance ne pourront atteindre ces vers assez tt dans leur existence l'tat de larves pour que la pbrine les dcime avant la monte la bruyre. Cela ne pourrait arriver que dans le cas o l'on changerait compltement les conditions actuelles des ducations ; par exemple, si la vie des vers tait prolonge par une diminution du nombre des repas bien au del du terme ordinairement fix par la pratique habituelle. Le principe que j'invoque rsulte clairement de la marche de la contagion, del lenteur du premier dveloppement des corpuscules et de la rsistance la mort qu'offrent les vers envahis par le parasite. Je ne saurais en donner une preuve plus certaine qu'en rappelant l'exprience mentionne au paragraphe prcdent, et relative ces deux grammes d'une graine saine leve dans la chambre du Comice du Yigan, Sauve, au voisinage d'une ducation dont tous les vers 1. QuATREFAQES (A. de). I.OC. cit. 2. Voir. p. 427-431 du prsent volume : Observations sur ta maladie des vers soie. 3. Goknalia (E.). Rapporto dlia Commissione nominata dall' I. R. Istituto lombardo di scienze, letter 1 arti per lo studio dlia malattia dei bachi da seta, 1865. Milan. 1866. [Notes d l dition .) TUDES SUB LA MALADIE DES VERS A SOIE 133 taient trs corpuscule u.\ dj avant la quatrime mue. Mme au milieu de ce centre d'infection o prissait une ducation de 25 grammes de graine sans fournir un seul cocon, La graine saine a donn une 1res belle rcolte eu suie. L est le nud de tout le problme sricicole en ce qui concerne la pbrine. (Test dans la ralit indiscutable de ces rsultats qu'il faul placer le salut des rcoltes et l'loignement des ravages de cette terrible maladie. Faites de la graine saine par le procd que j'indiquerai dans un chapitre ultrieur [chapitre V] et, quoi qu'il arrive, quelles que soient les fautes d'ducation que vous puissiez commettre, mauvaise hygine, association dans les mmes locaux de toutes sortes de graines bonnes ou maux aises, quelles que soient les influences climatriques que vous ayez subir, votre rcolte sera assure contre la pbrine. Cette maladie pourra sans doute vous enlever quelques vers que la contagion ou l'infection auront gagns ds les premiers jours de leur vie, mais la niasse ne pourra cder ces funestes influences avant l'poque del monte. Je ferai, cette occasion, une digression historique, dont les dtails mettront en lumire les ides qu'on se faisait du caractre pidmique de la maladie avant 1865 et dont les hommes les plus instruits ont encore peine se dbarrasser. J'ai rappel antrieurement que M. Cantoni avait tent en 1864 une ducation avec la graine de cent vingt-cinq couples, dont le mle et la femelle taient exempts de corpuscules ('), mais que cette ducation avait pri et que, dcourag par cet insuccs, ce savant professeur avait abandonn la poursuite de ses tudes dans cette direction. M. Cantoni expose ensuite que les rsultats de mes expriences de L866 et de 1867 sur la contagion de la pbrine lui firent prsumer que la graine de ses cent vingt-cinq couples avait d chouer trs pro- bablement parce que la pbrine s'tait empare des vers par infection. L'auteur rapporte alors qu'afin de mieux fixer ses ides sur la cause laquelle il devait attribuer son insuccs de 1864, il contrla en 1867 -' mes observations au sujet de la contagion. Les ayant trouves exactes, M. Cantoni termine en concluant que ses prsomptions sur la cause de son chec de 1864 sont fondes, c'est--dire que la graine de ses cent vingt-cinq couples a pri par contagion accidentelle de la pbrine. 1. Voir, ce sujet : Cantoni (G.)- La pbrine. Reue universelle de sriciculture, n 3. septembre 1867, I. p. 68-72. 2. Gantom (G.). La pbrine des vers soie. Journal d'agriculture pratique, 1867, II, p. 335-336 et p. 551-552. [Notes de l'dition). 134 UVRES DE PASTEUR Cette interprtation de M. Cantoni, dveloppe par lui de nouveau dans diverses Notes en L869 ' , par opposition avec quelques-unes de nies opinions, est entirement controuve. Je rpte qu'il ne peut arriver qu'une graine saine prisse de la pbrine avant la confection des cocons. M. Cantoni ne me parat pas avoir compris, en 18b7, et parat ignorer encore l'conomie et la sret de ma mthode de grai- nage, et j'aurais trs mal rsolu le problme auquel je me suis dvou pendant ces cinq dernires annes, si, tout en donnant un moyen pra- tique de faire de la graine saine, je n'avais pas tabli simultanment que cette graine leve la manire ordinaire fournirait d'abondantes rcoltes qui se trouveraient dans tous les cas l'abri de la pbrine; qu'il n'existait nulle pari de milieux infects, dltres, dans le sens mdical actuel de ces expressions ; qu'enfin on se faisait des ides errones de la cause du flau et de son mode de propagation. On ne saurait trop se persuader que mon procd de confection de la semence saine des vers soie, que j'exposerai dans un prochain chapitre, emprunte son principal mrite cette circonstance, si bien dmontre par les rsultats de mes expriences sur la contagion, que les duca- tions de vers issus d'une graine saine ne peuvent dans aucun cas tre dtruites parla pbrine avant la monte la bruyre. 1. Cantoni (G.)- Expriences sur la dure du pouvoir contagionnant des corpuscules. Journal d'agriculture pratique, 1869, II, p. 307-309 et p. 558-559. (Xote de l'dition.) CHAPITRE III DE LA .NATURE DES CORPUSCULES ET DE LEUR MODE DE GNRATION J'ai rappel, dans la partie historique de cet Ouvrage relative aux corpuscules des vers soie, que le professeur Leydig, de Tbingen, les avait le premier considrs connue une espce du genre psoro- spermie, cr par Jean Millier '\ C'tait indiquer d'une manire gn- rale que cet organisme tait un parasite, et que ce parasite devait se propagera la manire des espces de ce genre ( s ). Les psorospermies 1. Voir p. 35-36 du prsent volume. {Xote de l'dition.) 2. Voir [p. 620-626 du prsent volume] les extraits des divers travaux de M. Leydig sur ce sujet. Ds que j'appris que M. Leydig avait assimil les corpuscules un genre de parasite peu connu, caractris spcialement par un mode tout particulier de reproduction, je m'empressai de me procurer les Mmoires de ce naturaliste, dont le nom fait autorit en Allemagne, et de me mettre en rapport avec lui. Il y avait pour moi un intrt majeur m'assuivr de l'existence du parasitisme de la pbrine, car j'y trouverais une des meilleures preuves de la vrit des principes que je cherchais tablir. M. Leydig eut l'extrme obligeance de devancer mes dsirs. Ayant appris par un libraire allemand que j'avais demand ses travaux sur les psorospermies, il me les envoya lui-mme, avec une lettre dans laquelle il me faisait part de diverses observations au sujet de ces parasites. Je m'empressai de remercier mou savant correspondant et de lui demander ses conseils et les lumires de sa grande exprience dans ces matires. On lira peut-tre avec quelque intrt les extraits suivants des deux dernires lettres que nous avons changes cette occasion : Toutes mes recherches, disais-je M. Leydig, la date du 9 dcembre 1866, pour dcouvrir un mode de reproduction des corpuscules sont restes infructueuses. Les cor- puscules du ver soie me paraissent tre des organites, des lments anatomiques, des corps analogues aux globules du sang, du pus, de la fcule, en un mot tous ces corps de l'orga- nisme animal ou vgtal qui, trs rguliers de formes, sont organiss, mais non susceptible de reproduction par gnration. Vos grandes connaissances en histologie zoologique me faisaient un devoir de me mettre au courant de vos travaux qui, certainement, branlent ma manire de voir. Permettez-moi de vous dire ce que j'ai vu concernant l'origine de ces petits corps. L'appa- rition du corpuscule chez le ver soie me semble procder d'une transformation des tissus. L o ils vont prendre naissance, je n'aperois d'abord qu'une matire amorphe, translucide; tout au plus j'y distingue des granulations confuses; puis, je souponne des formes de cor- puscules ayant dj la dimension des corpuscules adultes, mais sans en avoir le moins du monde la visibilit de contour, ni l'clat, ni la libert d'aller et de venir. La substance se dlimit d'elle-mme, en quelque sorte, sur toute sa surface, par un dessin d >rpuscules d'abord presque invisibles, et peu peu de plus en plus nets dans leurs contours, se tenant les uns aux autres, sans doute par les portions de matires non transformables ou non encore transformes en corpuscules. En d'autres termes, le corpuscule ne m'a point paru du tout 136 UVRES DE PASTEUR son l gnralement des amas de corpuscules plus ou moins volumineux, formant quelquefois des kystes, des tubercules, logs dans la peau, dans les muscles, dans divers organes o ils composent des amas blanchtres. Ce qui caractrise essentiellement ces productions, d'aprs l'illustre physiologiste Mller, c'est l'existence, l'intrieur des cor- puscules, d'autres corpuscules reproducteurs des premiers aprs qu'ils sont sortis de ceux-ci. Voici un des modes de gnration des psorospermies, indiqu par Mller, pour ceux qui forment fr- quemment une sorte d'ruption sur la peau de la tte du Sandre : Sur la peau de la tte du Sandre on trouve une sorte d'ruption con- sistant en pustules blanches, plates, de 1 '! millimtres de large, disperses et l... Le contenu de ces pustules est compos de corpuscules (psorospermies) avec deux vsicules intrieures, [p. 482.] Il est vraisemblable que les vsicules sont des germes de nou- veaux corpuscules. En se dveloppant ces germes se gonflent, se dtachent de leur point d'adhrence, et forment une paire d'ampoules dans l'intrieur du corpuscule, transform en une cellule parois minces. Le corpuscule nouveau acquiert sa forme adulte dans cette tre quelque chose qui grandisse, qui soit d'abord un point et qui grossisse ultrieurement. Ce qui s'accuse et grandit de plus en plus, si je puis m'exprimer ainsi, c'est la nettet de leurs contours et la rfringence plus accuse de leur masse. Existe-t-il une liaison matrielle quelconque entre les corpuscules l'tat adulte et ce substratum de leur premire volution? Je ne l'ai jamais aperue. Enfin, je n'ai pas davantage russi constater les faits de gn- ration par division spontane, observs par le D' Lebert. Je m'attacherai tout particulirement, l'an prochain, suivre votre point de vue, et ce sera avec le plus vif dsir de le confirmer par des faits dcisifs, car le rsultat pratique de mes recherches est que le meilleur moyen de se procurer une graine irrprochable est d'avoir recours des papillons exempts de corpuscules. Or, si votre opinion est fonde, celle-ci le sera par l mme. Le lecteur reconnatra que, dans tout ceci, j'tais proccup de l'ide que le mode de reproduction des corpuscules, dans le cas o l'opinion de Leydig serait exacte, devait pro- cder du corpuscule ordinaire, adulte, brillant; mais c'est prcisment ce qui n'est pas. C'est au moment o le corpuscule est trs jeune, sous des formes indistinctes, qu'il se multiplie. *t le corpuscule brillant serait rellemenl une espce d'organite, impropre se reproduire. Voici ce que me rpondit M. Leydig, la date du 20 dcembre 186G : Je ne puis partager votre ide que les corpuscules seraient des lments histolo- giques de l'animal malade. En me fondant sur toutes mes observations, les corpuscules sont, pour moi, des formations parasites, qu'on les appelle du nom spcifique que l'on voudra. Par cette manire de voir, je n'ai rien objecter sur ce que vous pensez concernant l'origine de ces petits corps; bien plus, je le tiens pour exact et je regrette seulement de n'avoir pas encore publi les observations dont je parle la fin de mon travail de 1803 que je vous ai adress, intitul : Le parasite du ver soie. [Leydig (Fi\). Der Parasit in der neuen Krank- heil der Seidenraupe noch einmal. Archic fur Anatomie ii/id Physiologie, 1803, p. 180- 192]. Je considre cette matire amorphe ou ces granulations confuses dont vous parlez et qui vous parait tre une modification des tissus eux-mmes, pour des parasites et mme pour une matrice le champignons. Pour m'expliquer avec plus de prcision, les masses granuleuses qui se trouvent dans les tissus du ver, je les compare cette matrice de champignons qui existe, par exemple, si gnralement, sur Ppithlium des papilles filiformes de la langue de l'homme. Jusqu' prsent, dans mes cours de microscopie, il ne s'est trouv encore aucun tudiant qui, dans la cavit buccale, ne possde cette matrice de champignons. TUDES SUR I. A MALADIE DES VERS A SOIE 137 cellule-mre dont 1rs parois se rsorbent en laissant libres 1rs cor- puscules qui y sonl contenus '). Les premires notions propres donner raison aux vues de .M. Levdig, et l'aire admettre que les corpuscules sont rellement une espce parasite du genre psorospermie, se trouvent peut-tre dans une publication faite en 1861, par M. Tigri, professeur Sienne( 2 ). Elles ont t beaucoup mieux prcises ultrieurement, par M. Bal- biani en 1866. Voici comment s'exprime ce naturaliste ( 3 ; : Les cor- puscules de la pbrine prsentent, dans leur volution, des phno- mnes trs analogues (trs analogues au mode de propagation des psorospermies des poissons), seulement au lieu de se propager l'aide , b, b des corpuscules de diverses formes, ovales, piriformes, soit pleins, soit avec vacuoles; c sont des cristaux des tubes malpighiens Quelque soin que l'habile dessinateur de ces figures, M. Lacker- bauer, ait mis reprsenter toutes ces formes de corpuscules, il faut craindre que la main de l'artiste ait ajout ou retranch quelque chose la nature; aussi avons-nous essay de fixer par une preuve photo- graphique [2 e fig. de la p. Hl] un des champs d'observation, et de pr- frence un champ cellules ples, d'apparence trs tendres, indis- tinctes mme tel point qu'on les prendrait quelquefois pour une TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOI] 141 Formation et dveloppement les corpuscules. Formation et dveloppement des corpuscules. Cellules et corpuscules jeuues. \'i'2 mai, examen d'un ver. Foule de petites taches sur tout le corps. La tunique interne de l'intestin renferme un nombre consid- rable de corpuscules, environ 50 par champ et de formes diverses. Les moins nombreux sont ovodes. Les autres sont piriformes et pleins, et le plus grand nombre piriformes et double enveloppe. Dans presque tous ces derniers on retrouve le granulin dj f) 0,(1 observ hier. Dans l'un d'eux ce granulin se meut sur yl?9 *' & {4 place avec rapidit, ce qui montre qu'il est libre dans U q'J L/ cette espce de gourde. On le suit de l'il- pendant plusieurs minutes; diverses reprises, il pntre dans la partie effile, mais il en ressort toujours et finit par se fixer sur la paroi interne du corpuscule. A ct, et en dehors, on voit un granulin isol exactement de mme grosseur et du mme degr de rfringence que le granulin plac l'intrieur. Quand ils sont l'un et l'autre sur le mme TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE 145 plan focal, ils deviennent obscurs ou brillants simultanment mesure qu'on abaisse ou qu'on lve l'objectif, en conservant toujours dans leurs aspects respectifs une parfaite identit. Dans la muqueuse externe de L'intestin, pas plus que dans les tubes de Malpighi, on ne dcouvre les corpuscules. Dans les glandes de la soie, en un point de la couche celluleuse qui entoure le tube central, on voit comme une poche pleine de corpus- cules. C'est le premier groupe de cette nature que l'on rencontre depuis le jour o on a contagionn les vers. Jusqu' prsent, dans l'intestin les corpuscules taient dissmins et adhrents la paroi. Ici, au contraire, ils sont runis en un amas, qui, aprs avoir t broy, laisse rpandre dans le liquide environnant des corpuscules de formes 1res diverses. Il y a des corpuscules piriformes double membrane, de grandeurs variables; quelques-uns sont trs petits et, depuis ceux-ci jusqu' la grandeur ordinaire, il y a toutes les transitions. En outre, on voit comme un semis de points brillants dans une matire amorphe. Ces points brillants ont le mme clat et la mme rfringence que les vacuoles des corpuscules piriformes les plus jeunes. Enfin, il y a un nombre considrable de corpuscules vacuoles; les uns n'en ont qu'une, les autres en ont deux. Le corpuscule piriforme dont la paroi parat forme de deux membranes voisines parallles est videmment un corpuscule paroi simple, dont le contour de la vacuole s'est agrandi et est venu se coller contre cette paroi extrieure, de faon la rendre double. Parmi les formes de corpuscules de l'amas dont il s'agit, on aper- oit beaucoup de cellules, les unes rondes, d'autres ovales, d'autres avant la forme de poires, mais mal dlimites; ces cellules sont homo- gnes, en gnral; pourtant on voit nettement dans quelques-unes une partie centrale plus claire. Le 4 mai, examen d'un nouveau ver. Foule de petites taches sur tout le corps. Dans la tunique interne de l'estomac, le nombre des corpuscules est considrable. Ils sont encore tous piriformes, les uns double enveloppe, les autres pleins et homognes. On ne russit pas voir des cellules. Les tubes de Malpighi sont envahis en plusieurs points par des corpuscules et des cellules ; les corpuscules sont presque tous piriformes, les uns double enveloppe, les autres pleins, homognes, assez brillants ; d'autres enfin ont une vacuole l'int- rieur du renflement : les cellules sont rondes, assez volumineuses et granuleuses l'intrieur. L'iode les plisse, et, sous son influence, il se forme, dans la cellule, comme une ou plusieurs cavits dont cha- cune a son granulin intrieur, quelquefois dispos avec une grande TUDES SDB LA MALADIE DE- VERS A SOIE. 10 146 UVRES DE PASTEUR symtrie. Dans les glandes de la soie on trouve deux points envahis qui prsentent les mmes formes de corpuscules en poire que dans la tunique interne de l'estomac, et aussi des cellules, mais en nombre restreint. Le . r > mai, nouvel examen de trois vers. Le premier a deux petites taches, l'une sur la tte, l'autre au premier anneau. Dans la tunique interne de l'intestin, corpuscules piriformes, soit double membrane, Cellules et corpuscules naissants dsagrgs par la solution d'iode. soit homognes, et corpuscules ovales. Dans les tubes de Malpighi, corpuscules piriformes vacuoles et cellules. Dans les glandes de la soie, corpuscules piriformes pleins, double membrane ou vacuoles volumineuses, seulement dans le rendement. En outre, foule de cel- lules, dont les plus petites, rellet mat, paraissent pleines et res- semblent un peu des globules de graisse, et dont les autres sont remplies d'une matire granuleuse segmente. En les traitant par l'eau iode, elles se ratatinent, se dforment, et l'on voit apparatre nettement, dans l'intrieur, un ou plusieurs granulins. La ligure ci-dessus reprsente l'effet de l'iode sur les cellules, leur dsagrgation et le dveloppement considrable des granulations TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE 147 ou autres formes rappelant de trs petits corpuscules ovales, qui taient sans doute en voie de formation dans certaines cellules (). L'eau iode, en agissant sur les corpuscules piriformes vacuoles, met nettement en vidence, dans leur intrieur, un globulin parais- sant coll contre la paroi, observation qui tablit une nouvelle relation entre la cellule et le corpuscule piriforme. Dans le deuxime ver, foule de taches sur tout le corps. Dans la tunique interne du tube digestif, nombre considrable de corpuscules piriformes, double enveloppe et isols les uns des autres. Dans les tubes de Malpighi, un point est envahi et parat form d'un tissu arolaire, dont les aroles sont comme des renflements de corpuscules piriformes, avec vacuoles, n'atteignant pas la partie effile du corpus- cule. On y voit en outre une grande quantit de cellules, d'un aspect mat et trs finement granuleux, mais sans segmentation interne. Sous L'influence de l'eau iode, la matire intrieure se contracte, laisse trois ou quatre espaces vides, et un nombre gal de globulins assez rfringents se montrent a et l dans la cellule qui conserve quelque- fois son aspect rond quand il n'y a pas eu trop d'eau iode ajoute. Dans le troisime ver, fort tach comme les deux autres, la tunique interne de l'estomac montre un grand nombre de corpuscules, distants les uns des autres de plusieurs fois leur longueur. Cependant on com- mence voir se former des amas, et dans ces amas de corpuscules piriformes double membrane, on voit souvent C3^ quelques rares corpuscules ovales. Dans presque tous ces corpuscules on retrouve le granulin intrieur. Avec un fort (\ grossissement et un objectif immersion, ce granulin se montre mriforme sa surface et quelquefois un peu allong, comme s'il tait form de deux ou trois petites masses ajoutes bout bout. On a essay de figurer ces apparences dans le premier des contours ci-joints. L'autre reprsente fidlement un corpuscule avec deux granu- lins intrieurs, et un troisime extrieur vis--vis d'une solution de continuit de la paroi, comme si ce dernier granule tait sorti du corpuscule en cet endroit. C'est le seul exemple de ce genre qu'on ait constat. En observant avec beaucoup d'attention, toujours avec ce mme 1. D'aprs des publications rcentes de MM. Haberlandl [voir Rivista setlimanale di bachicoltura, Milan, 21 mars 1870, p. 45] et Levi, correspondant des faits observs par ces auteurs pendant la campagne sricicole de mai et de juin 1869, l'eau de chlore agirait la manire de l'iode pour dsorganiser les corpuscules. M. Levi a t plus loin : il a dmontr, par des expriences trs bien conduites, qu'aprs l'action du chlore les corpuscules ont perdu leur pouvoir contagionnant. (Voir, dans les numros de janvier et fvrier 1870 de la Rivista settimanale di bachicoltura, publie ;\ Milan, une lettre du D r Alberto Levi M. Cornalia.) 148 UVRES DE PASTEUR fort grossissement, les corpuscules piriformes double membrane, on ne peut s'empcher de les croire percs leur extrmit. La por- tion effile est souvent trs aplatie et peu distincte, et parat se con- fondre avec la matire du milieu environnant. Dans les tubes de Malpighi, encore des corpuscules piriformes mlangs des cellules. Le lecteur remarquera, sans doute, que depuis le jour de la conta- gion, le 24 avril, jusqu'aujourd'hui 5 mai, c'est--dire pendant les onze premiers jours du dveloppement de la maladie, nous n'avons, pour ainsi dire, rencontr que des corpuscules piriformes, des cellules et des granulins, et qu'il y a eu presque absence complte de corpus- cules ovodes ordinaires. D'ailleurs, jusqu' prsent, le dveloppement des corpuscules a t assez peu accus pour qu'il et t extrmement difficile de recon- natre qu'il y avait eu contagion en broyant les vers dans un peu d'eau et examinant ensuite une goutte de la bouillie. Dans tous les cas, l'observateur aurait d rechercher, non des corpuscules ovodes qui taient trs rares, mais bien des cellules et des corpuscules piri- formes. Les choses se passent gnralement comme nous venons de l'exposer, lorsqu'on s'attache suivre la marche de la maladie dans des vers con,tagionns directement. Le dveloppement des corpuscules ne parat donc pas du tout procder de changements qui survien- draient dans les corpuscules ovodes, brillants, ordinaires, comme le suppose M. Balbiani ('), mais bien des corpuscules piriformes, des cellules, et de ce que nous avons nomm granulins, pour ne pas employer l'expression trop dtermine de nucloles. Le 8 mai, on trouve deux vers corpusculeux et flats. Comme les dernires observations faites sont du 5 mai, et qu'il s'agit de vers atteints de flacherie, il y a l deux motifs pour que la contagion y soit trs avance. Je dmontrerai, en eiet, dans un chapitre spcial, que la multiplication des corpuscules est beaucoup plus rapide dans les vers atteints de flacherie ou prdisposs cette maladie que dans les vers vigoureux. Chacun de ces vers a des taches sur le corps. Dans la tunique interne de l'estomac de l'un d'eux, on trouve, outre des corpuscules piriformes double membrane, des corpuscules ovodes, brillants, et d'autres ples vacuoles. Il commence s'y former galement des amas volumineux de corpuscules ordinaires. Les glandes de la soie 1. Balbiani. Loc. rit. {Note de l'dition.) /' Lackerbauer .2 ^ Si 3 r gj fl) T3 T3 09 ri c a) ^ 3 3 g "3 s o* - ~ - - H S-1-5S U "* * o 2 p ES _- U f> O > *u o 0) rt p" m O Ph tfi Cm [fi j O U a> 3 S s ? a Cfi Cm 3C tfi 00 CD tfi tfi 2 S s - a CL - - - p -; o o CS o | -o C' te O O lO tS Cl oo Cfi tfi CD OJ o oo a *i *3 [3 CONTAGION ir un papillo usculeux de 00 cfi = - a S. CL _ _._;-- 5 O o 0) u O O o "d 5 S r o o - iO -eH o Cfi ri Cm ^H /. o Z o ^ ta O a CL Cfl t- M. _ _ _ O aaaRaSSK R ~ s = " ~ R CL O a> U J Cfi o o ETUDES SUR LA MALADIE l>i:s VERS A SOIE 161 Les faits que je viens d'exposer ne permettent pas de douter que les corpuscules perdent compltement leur facult contagionnante par l'exposition et la dessiccation au contact de l'air. Quant l'explication rationnelle de ces faits, il faut l'attribuer, selon moi, la mort des corpuscules jeunes toujours associs avec les corpuscules ovodes gs. Nous rsumerons ces observations en disant qu'il n'y a de corpus- cules pouvant se reproduire et se multiplier, en passant d'une anne l'autre, que ceux qui se trouvent dans l'intrieur mme des ufs. Ni les poussires des magnaneries, quelque charges qu'elles soient de corpuscules, ni les djections de papillons corpusculeux pouvant souiller les graines, ne peuvent communiquer la pbrine aux vers des nouvelles ducations. Ce n'est pas qu'il faille ngliger tous les moyens d'loigner les poussires des ducations antrieures, car aux corpuscules inoffensifs qu'elles renferment se trouvent mls, en nombre plus ou moins grand, les germes d'une autre maladie non moins fatale que la pbrine, germes dont le pouvoir contagionnant persiste indfiniment. Ces germes sont des kystes de vibrions ou d'autres ferments et cette seconde maladie est la flacherie. On trouve partout les germes de ces ferments, mais leur influence se fait sentir d'autant plus qu'ils sont introduits en plus grande quantit dans le canal intestinal des vers: s'ils sont trs peu nombreux, le ver, pourvu qu'il ait un peu de vigueur, les expulse, sans que sa nourriture en soit altre ; mais quand ces germes sont trs multiplis ils entranent la fermentation de la feuille que lever a ingre, et bientt celui-ci prit, parce que ses fonctions digestives sont suspendues ou profondment troubles. On peut encore conclure de ces rsultats qu'il n'existe pas de pays infects, pas de milieu pidmique et dltre, que la maladie renat chaque anne et qu'en consquence, par l'application bien entendue du procd de confection de la semence saine que j'exposerai ultrieu- rement, on arriverait supprimer d'une manire absolue la maladie des corpuscules ou pbrine. J'ai fait part des observations prcdentes l'Acadmie des sciences, la fin du mois de mai 1869 (') ; je les avais dj fait pressentir dans mon Rapport au ministre de V Agriculture, du 5 aot 1868 ( 2 ). Quelques semaines aprs, M. Cantoni, professeur au Muse royal de Turin, cri- 1. Voir, p. 590 594 -lu prsent volume: Rsultats des observations faites sur la maladie des morts-flats. soit hrditaire, soit accidentelle. Lettre M. Dumas. (Alais, le 22 mai 1869.) [Note de l'dition.] 2. Voir ce Rapport [p. 547-070 du prsent volume] et la note 1 de la p. 553. TUDES SLR LA MALADIE DES VERS A SOLE. 11 162 UVRES DE PASTEUR tiqua leurs conclusions (*), en s'appuyant sur les expriences de conta- gion qu'il a faites en 1867, expriences dont j'ai parl antrieurement et qui l'ont conduit une interprtation errone de la cause de certains checs que peuvent prsenter les ducations des semences saines. La nouvelle dduction que ce savant naturaliste essaye de tirer de ces mmes expriences n'est pas plus fonde que celle laquelle je fais allusion et que j'ai dj rfute. Les rsultats invoqus par M. Cantoni sont relatifs des chrysa- lides ges de quatre ans dont les corpuscules se seraient montrs actifs. Je n'ai pas fait d'expriences sur des chrysalides plus ou moins ges, et je veux croire que les expriences de M. Cantoni ont t bien conduites. Mais le rsultat qu'il annonce ne saurait infirmer les conclusions de ma Note du 22 mai (2), conclusions identiques celles des paragraphes prcdents. M. Cantoni aurait d nous dire l'tat de ses chrysalides en 1867. Par exemple, au renouvellement d'une cam- pagne sricicole, les corpuscules des ufs ne sont-ils pas vieux d'une anne ? Leur vitalit se conserve cependant sous la coque de l'uf. Sous l'enveloppe corne des chrysalides dont M. Cantoni a fait usage en 18(17, si par hasard celles-ci avaient conserv un reste d'humidit, les corpuscules ont pu ne pas prir compltement. Je l'ignore, n'ayant pas fait d'expriences dans ces conditions. Postrieurement aux critiques que je viens de mentionner, et pour les corroborer, M. Cantoni a publi dans divers Recueils, notamment dans le numro du 4 septembre 1869 du Moniteur des soies ( 3 ), les rsultats de nouvelles expriences qu'il a tentes, la fin de la dernire campagne, sur des vers japonais, dans le but d'oprer leur contagion avec des corpuscules de chrysalides de six annes de date par compa- raison avec des corpuscules rcents. Les premiers corpuscules auraient fourni 10 pour 100 de sujets corpusculeux et les seconds seulement 6 pour 100. Comment M. Cantoni a-t-il pu asseoir des conclusions sur des faits d'une signification aussi douteuse ? De tels rsultats je prf- rerais conclure que ni les corpuscules frais ni les corpuscules de six ans n'ont produit la contagion; du moins, je m'abstiendrais d'en dduire des consquences absolues. 1. Cantoni (G.). Lettre M. le directeur du Journal d'agriculture pratique. (A propos de la Note de Pasteur M. Dumas, du 22 mai.) Journal d'agriculture pratique, 1869, II. p. 61 et 355. 2. Voir, p. 590-594 du prsent volume : Rsultats des observations faites sur la maladie des morts-flats, soit hrditaire, soit accidentelle. Lettre M. Dumas. (Alais, le 22 mai 1869.) 3. Cantoni (fi.). Les corpuscules vieux et secs conservent-ils oui ou non la facult de pro- pager la iM'lmnc? Moniteur des soies, 4 septembre 1869, p. 5. - Expriences sur la dure du pouvoir contagionnant dos corpuscules du ver soie. Journal d'agriculture pratique, 1869, 11. p. 307 et 558. [Notes de l'dition.) TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE 163 Au surplus, eu prsence des dtails d'expriences dans lesquels je suis entr, je considre qu'il est superflu de m'arrter plus longtemps aux observations de M. Cantoni. L'opinion que j'ai mise au mois de mai 1869 reposait sur des expriences varies et contrles de diverses manires; je ne doute pas que, quand M, Cantoni aura pris la peine de les rpter, il ne reconnaisse les torts de sa critique (*). 1. Une brochure qui a paru Goritz (Basse-Autriche , la lin de juillet 1869, a dj l'ait justice des observations critiques du professeur Cantoni [Voir : Accolito (T.)- Alcune questioni odiertxe..., etc., Gorizia, 1869.) Le D' Haberlandt a publi, en 1869 [IIaberlandt (Fr.). Die Aufgaben und Hilfsmittel der Samenprfungs-Anstalten zur Gewinnung verlsslicher Eier des Maulbeerbaumspinners. I wnne, 1869, 19 p. in-8" (2 flg. . diverses Notes dans lesquelles il s'est rang l'opinion de M. Cantoni sur l'efficacit del contagion de la pbrine par les corpuscules desschs, mais il n'a pas produit d'expriences ce sujet. Je pense que c'tait titre de simple prsomption. CHAPITRE V DES MOYENS DE COMBATTRE LA PBRLNE ET D'EN PRVENIR LE RETOUR I. Mthode de grainage au microscope. Ds l'origine du flau, et aprs quelques hsitations qui furent bientt dissipes, la pratique industrielle dmontra que c'tait au mau- vais tat des graines qu'il fallait faire remonter la cause, tout au moins la cause prochaine, de la plupart des checs des ducations de vers soie, et que leurs succs devaient tre attribus galement, en grande partie, la bonne qualit de la semence. C'est pourquoi l'histoire de la maladie des vers soie, envisage dans ses consquences indus- trielles et commerciales, n'est qu'une longue suite d'explorations loin- taines, dans des contres que le flau n'avait pas visites, ou de tenta- tives individuelles faites sur place, par des moyens divers, dans le but de se procurer des semences non infectes. Aujourd'hui encore, par l'importation des graines du Japon, le commerce a droit toute la reconnaissance des ducateurs. Mais on comprend que ce palliatif a la dtresse de la sriciculture est la fois insuffisant et trs prcaire. De l'aveu de tous, le salut de cette grande industrie ne peut rsulter que de la connaissance de procds capables de rendre aux graines indi- gnes leur qualit d'autrefois. Lesjprincipes exposes dans les chapitres prcdents nous conduisent prcisment la solution de ce problme tant dsir; car il est facile d'en dduire une mthode de confection des graines, applicable sur la plus petite comme sur la plus grande chelle, et propre fournir une semence absolument exemple de la maladie des corpuscules ou pbrine. En effet, nous savons pertinemment : 1" qu'il existe des chrysalides et des papillons de vers soie privs tout ge de la maladie corpusculaire, et cela, dans les contres les plus prouves par le flau; 2 que des ducations entires peuvent prsenter ce TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE 165 caractre ; 3" que, dans aucun cas, de semblables papillons ne donnent un seul uf, un seul ver, l'closion, offrant cette maladie ; 4 nous savons surtout, car c'est l un point capital, que pour des vers, issus de tels ufs, la pbrine ne peut compromettre la rcolte ; en d'autres termes, que ces vers ne peuvent prir en masse de cette maladie avant d'avoir fait leurs cocons, bien qu'elle soit minemment conta- gieuse et infectieuse. Je vais exposer, avec tous les dveloppements qu'elle comporte, la mthode de grainage qui dcoule naturellement de ces principes. C'est une ancienne pratique consacre par l'usage dans tous les pays sricignes de n'utiliser, pour la confection des semences, que les ducations les plus satisfaisantes (*). Des vers qui ont souffert, qui ont prouv une mortalit, par une cause inconnue, ne sauraient donner de lions reproducteurs, alors mme que ces derniers seraient exempts de la maladie des corpuscules. On doit craindre quelque affection cache et hrditaire indpendante de la prsence de ces petits corps. Nous verrons, en traitant de la maladie des morts-flats, que cette der- nire circonstance est assez frquente. Considrons donc une chambre russie et dont la marche n'a rien laiss dsirer; plus tard, nous rechercherons les moyens de multi- plier l'existence de pareilles ducations. Le problme rsoudre est videmment de savoir si la chambre dont il s'agit peut tre livre au grainage en toute scurit, de faon que la pbrine ne puisse dtruire aucune des ducations de la graine qu'on pourra retirer des cocons de cette chambre. On commence par s'enqurir, s'il est possible, du jour de la monte la bruyre; puis, ds qu'on juge que les cocons sont bien forms, ce qui a lieu six jours environ aprs le commencement de la monte^ 2 ), on prlve sans choix sur les tables un demi un kilogramme de cocons ; aprs les avoir mis en chapelets ou fllanes, on les place dans une chambre chauffe nuit et jour par un pole, de faon porter la 1. On lit dans le Trait.'- .le l'ducation des vers soie au Japon, traduit par M. Lon de Rosny [Paris, 1868, in-8, p. 43] : Quand on achte des graines, il faut s'assurer si l'on n'a pas t'ait de failles dans l'duca- tion des vers d'o elles proviennent, et s'ils ont eu suffisamment de mrier manger. Et ailleurs : Si la provenance des graines est mauvaise, il n'y a rien faire. 2. La monte se fait en trois jours au plus dans les bonnes chambres. En prlevant .les cocons six jours aprs le commencement de la monte on peut donc croire que les derniers vers monts filent leurs cocons dj depuis trois jours au moins. Il est d'ailleurs facile, en ineiianl part les retardataires rests sur la litire, de faire en sorte que tous les vers soient monts ta bruyre en quarante-huit heures ou trois jours au plus. Cela donnerait deux lots de cocons; on les tudierait sparment. 166 UVRES DE PASTEUR r m* - temprature de 25 30 Raumur ( f ). Il est bon d'entretenir dans la pice une certaine humidit, en plaant, par exemple, sur le pole, un large vase plein d'eau en vaporation. Dans ces conditions, les cocons peuvent donner leurs papillons quatre et cinq jours au moins plus tt que ceux du lot principal laiss dans la magnanerie ou ailleurs, une temprature de 14, 15 ou 16 Raumur au plus. Aprs avoir pris ces dispositions, on examine au microscope une vingtaine de chrysalides du lot de la chambre chaude, afin d'y recher- cher la prsence des corpuscules. A cet effet, on broie sparment chaque chrysalide dans quelques gouttes d'eau, et on dpose une parcelle de la bouillie sur le porte-objet du microscope. Il est indispensable d'apporter, dans l'observation des chrysalides jeu- nes, le mme soin que dans celle des ufs, car il suffit qu'il y ait seulement quelques corpuscules visibles dans une chrysalide r- cemment forme pour qu'on soit assur d'en rencontrer plus tard un nombre immense. Il importe aussi extrmement de rechercher de prfrence dans ces jeunes chrysalides les formes de cor- puscules autres que la forme brillante ordinaire et dont nous avons parl au chapitre du dve- loppement des corpuscules ( 2 ). I. La mise en filn/tes des cocons est une vieille pratique du grainage dans tes Gvennes. La figure ci-contre en donne une ide. Cette disposition permet de placer une grande quantit de cocons dans un espace restreint. Les papillons s'accouplent natu- rellement. Tous les matins vers 9 heures, on enlve les couples et on les dpose sur des toiles; de 4 6 heures du soir, on retire les mles qui sonl jets, ou conservs dans des cornets de papier, dans un lieu trs sec, afin qu'ils se desschent promptement sans se pourrir. J'ai dit ailleurs qu'il y aurait de grands avantages pouvoir joindre aux lots de graine, au moment de la luise en vente, des chantillons des papillons qui ont produit la graine. 2. Voir, p. 135-154 du prsent volume : De la nature des corpuscules et de leur mode de gnration. [Note de l'Edition.) Le grainage dans les Cvennes. TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE 167 Tous les deux jours on rpte cet examen des chrysalides, ce qui lixe les trois premires observations au sixime, au huitime et au dixime jour aprs le commencement de la monte. Si l'on trouve seulement deux ou trois chrysalides corpusculeuses sur vingt, dans l'une ou l'autre de ces observations, et plus forte raison, si l'on en trouve un plus grand nombre, il faut s'empresser, moins de circonstances toutes particulires et exceptionnelles, de livrer la filature tous les cocons de la chambre. L'exprience dmontre que, dans les circon- siances dont je parle, on voit s'accrotre, pour ainsi dire chaque jour, le nombre des sujets corpusculeux : dans les ufs produits par les papillons de telles chrysalides, montrant des corpuscules dans les dix douze premiers jours de leur formation, on trouve l'anne suivante, au moment de l'closion, 40, GO, 80 pour 100, et mme davantage, de vers corpusculeux. C'est que la multiplication du parasite se fait alors paralllement la formation des ufs dans les chrysalides femelles, de faon que ces ufs se trouvent infects en plus ou moins grand nombre, et quelquefois en totalit. Pour obtenir une graine pouvant donner plus tard des vers exempts de corpuscules, il est donc indispensable que les chrysalides, au moins pendant longtemps, n'offrent aucune trace de ces petits corps. La proportion des ufs corpusculeux dans une graine est beaucoup moindre que dans ce premier cas, lorsque les chrysalides de la chambre chaude ne montrent des corpuscules que vers le quatorzime ou seizime jour aprs le commencement de la monte : encore est-ce la condition qu'il existera un petit nombre de ces mauvaises chrysa- lides. Il faut toujours se dfier de la qualit des cocons sous le rapport de la reproduction, toutes les fois que les chrysalides, mme avances en ge, prsentent un certain nombre de sujets corpusculeux ; on doit craindre que si, dans les premires recherches, on n'a pas aperu de corpuscules, c'tait par erreur d'observation. Il se passe ici quelque chose d'analogue ce qui arrive pour une graine malade dont la pro- portion des ufs corpusculeux parat augmenter beaucoup mesure que l'embryon se dveloppe, tandis que cette proportion, en ralit, est toujours la mme ; seulement, bon nombre des observations faites avant l'incubation sont fautives par la difficult de constater la prsence des corpuscules quand il n'en existe encore qu'un trs petit nombre assez bien forms pour tre reconnaissables. Pour bien saisir le sens et la porte de ces remarques, il faut se souvenir des rsultats des expriences de contagion de la pbrine, et de leur comparaison dans les cas o la contagion a t effectue diverses poques de la vie de la larve. 168 UVRES DE PASTEUR L'examen des papillons se fait, au contraire, avec la plus grande facilit, et on n'a pas craindre, comme dans le cas des ufs et des chrysalides jeunes, que le trop faible nombre des corpuscules empche de bien dterminer la vritable proportion de ceux qui sont corpus- culeux. Le plus ordinairement, le papillon corpusculeux montre beau- coup de corpuscules par champ et toujours avec la forme brillante et nette qui distingue ces petits corps lorsqu'ils sont arrivs leur com- plet dveloppement. Ds que les papillons commencent sortir, on les broie un un, dans un mortier, avec quelques gouttes d'eau; on examine une goutte de la bouillie, et on note l'absence ou la prsence des corpuscules, en indiquant, dans ce dernier cas, le nombre approximatif des corpuscules par champ. La quantit d'eau qu'on ajoute pour broyer chaque papillon est toujours sensiblement gale, si on a la prcaution de laver et d'goutter constamment de la mme manire le mortier aprs chacune des observations, sans ajouter d'autre eau que celle qui reste naturel- lement sur les parois du mortier aptes qu'il a t lav. Il faut exa- miner au moins cinquante papillons, et de prfrence un plus grand nombre, surtout s'il y en a de corpusculeux : on est ainsi plus sr de la moyenne cherche. Si la proportion des papillons corpusculeux ne dpasse pas 10 pour 100 dans les races indignes, on peut livrer toute la chambre au grainage, en ayant seulement le soin, au moment o on met les cocons en filanes, d'loigner ceux qui sont faibles et de rejeter, quand les papillons sortent, ceux qui prsentent des imperfections notoires, suivant la pratique de tous les temps et de tous les pays sricicoles. 11 faut loigner, surtout, avec une grande svrit, tous les papillons dont le duvet du corps est, mme par places restreintes, noir et velout, ce qui est, sans exception, l'indice de la prsence des cor- puscules. La planche ci-jointe reprsente en c un de ces papillons duvet noir qu'il importe de sacrifier avec grand soin dans tous les grainages. Quand il y a un certain nombre de tels papillons, on peut tre assur que le grainage est mauvais, et que les papillons, mme les blancs, sont eux-mmes malades, au moins pour la plupart. Mais il importe beaucoup de ne pas confondre cette couleur noire veloute avec la teinte grise que montre, par exemple, le papillon d. Cette couleur du duvet n'est point un indice de l'existence des cor- puscules. Elle serait plutt propre des races vigoureuses. On la voit particulirement dans les mles. Les figures a et b de la mme planche reprsentent des papillons /' htkerbauer ,ul rutl ptx ' : ILLONS_ RACE INDIGENE. a Femelle, b mle, c Papillon charbonn corpuscu: d Papillon duvet ^ris.mais saii i TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE 169 mle et femelle indignes, race jaune, le bon aspect et [de bonne] conformation. Le paquet des ufs dans les femelles, lorsqu'il est broy avec le restant du corps du papillon, peut gner un peu l'observation des cor- puscules pour les personnes mal exerces; mais il est facile d'carter les ous au moment o on crase le papillon. Il est bon galement de couper les ailes et de les jeter avant de broyer le corps de l'animal, pour que leurs dbris ne se mlent pas la bouillie, ce qui peut tre un embarras dans l'observation. Bien que, pour la confection d'une graine industrielle, on puisse tolrer jusqu' 10 pour 100 de papillons corpusculeux, il n'est pas moins vrai qu'un moindre nombre serait prfrable, et qu'il est mme fort utile que ce nombre soit rduit zro dans le cas o l'on dsire lever une graine en petites chambres, en vue de la reproduction. L'observation dmontre que la graine faite dans les conditions que je viens de prescrire est tout fait exempte de corpuscules, mme son closion, lorsque tous les papillons taient privs de corpuscules, et, dans le cas d'une tolrance de 10 pour 100 de ces derniers, la pro- portion maximum des ufs corpusculeux dpasse rarement 1 ou 2 pour 100, circonstance qui s'explique par ce fait, que les ufs d'une femelle corpusculeuse ne sont pas tous, beaucoup prs, corpus- culeux, gnralement du moins; on remarque galement que, clans une ducation dont la grande majorit des papillons est prive de cor- puscules, ceux qui en offrent proviennent ordinairement de chrysalides o ils se sont dvelopps un ge avanc. Les expriences du cha- pitre II ' sur le caractre contagieux de la pbrine donnent facilement la raison de ce fait. Beaucoup de personnes ont paru surprises, lorsque j'ai fait con- natre pour la premire fois ce procd de grainage, que l'observation de cinquante ou de cent papillons, prcde de celle d'un nombre peu prs gal de chrysalides, pt suffire donner une ide exacte de la valeur des cocons de toute une chambre, cocons dont le nombre s'lve souvent vingt-cinq et trente mille, mme pour une ducation d'une seule once de graine de 25 grammes. Il est bien facile de montrer que ces craintes sont exagres. Qu'on dtermine, en effet, la proportion pour 100 de papillons corpusculeux dans un grainage, soit avec les papillons sortis le premier jour, soit avec ceux qui sortent le second et le troisime, soit enfin avec les 1. Voir, p. 100-134 du prsent volume : Caractre minemment contagieux de la pbrine. [Note de l'dition.) 170 UVRES UE PASTEUR derniers, et on reconnatra sans peine que cette proportion est sensi- blement la mme. Pourtant, on comprend qu'il existe des cas o il n'en soit pas ainsi, el on doit le craindre surtout, lorsque, n'ayant pas vu soi-mme l'ducation de la quatrime mue la monte, on n'est pas sr de son homognit. Mais il faut remarquer que l'examen des chrysalides porte, dans tous les cas, sur les cocons de tous les ges, et qu'il y a l une garantie contre la cause d'erreur que je signale. Pour peu que l'on ail des doutes, il est facile d'observer jusqu'aux derniers les papillons du demi-kilo port la chambre chaude. Le lecteur se convaincra sans peine de l'extrme facilit d'appli- cation de la mthode de grainage que je viens de faire connatre. Quoi de plus simple, lorsqu'une chambre est russie, de s'assurer qu'elle est bonne ou mauvaise pour la reproduction, en tant qu'il s'agit seu- lement de la maladie des corpuscules ou pbrine ! Il suflira de quelques minutes d'observation sur une vingtaine de chrysalides, pour savoir si la graine des papillons qui natront ultrieurement sera corpusculeuse, de faon rendre improductives les ducations de cette graine. Or, ce cas est d'une extrme frquence. Que l'on se reporte aux observations du V, p. 77; que l'on imagine cette profusion de lots le graines, infectes par le parasite, qui inondent tous les pays sricicoles : eh bien, il n'est pas un seul de ces lots dont la confection n'aurait pu tre vite en consacrant quelques instants examiner au microscope les chrysalides des cocons qui les ont donnes. L'obser- vation de vingt chrysalides seulement, faite pour chacun de ces lots, vers le dixime jour aprs la monte la bruyre, aurait offert deux, trois, quatre, cinq, et davantage, de chrysalides corpusculeuses, et tous les papillons se seraient montrs malades au plus haut degr. Qu'elle est norme la masse de cocons excellents perdus pour la fila- ture depuis vingt ans, et livrs au contraire des grainages qui ont port la ruine chez des milliers d'ducateurs! Comme il n'est pas possible d'esprer que les propritaires et les marchands de graine adopteront tous, immdiatement, mon procd de grainage au microscope, il faut s'attendre ce qu'il y ait encore, pendant plusieurs annes, une foule de lots de graines confectionns en suivant les usages ordinaires, et que l'on soit expos rencontrer la fin des ducations un grand nombre de grainages effectus comme autrefois, sans autre garantie que celle d'une bonne russite de la chambre, garantie qui, elle-mme, fait souvent dfaut, lorsque le commerce des graines est pratiqu sans loyaut. L'ducateur qui voudra recourir ces grainages pour faire sa provision de graine devra examiner ou faire examiner les papillons, et n'avoir confiance dans la TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE 171 graine qu'autant que la grande majorit de ceux-ci seront privs de corpuscules. Enfin, s'il s'agil de graines dj faites, et que Fou soit la veille d'une nouvelle campagne sricicole, il ne reste plus qu'un moyen de contrler leur qualit, c'est de recourir la mthode italienne de l'examen des graines et de rejeter toutes celles qui, au moment de l'closion, se montrent corpusculeuses. l'ne pratique excellente que l'on devrait introduire partout, selon moi, consisterait exiger des marchands de graines qu'ils joignissent toujours, aux chantillons de leurs graines, cinquante ou cent des papillons qui les ont produites. Il suffirait, au moment du grainage, de placer des papillons dans un cornet de papier (avec un peu de camphre ou de poivre pour loigner les insectes) et de laisser ces papillons mourir naturellement dans un lieu ar et sec pour viter leur putrfaction. L'examen de ces papillons, confi une personne exerce, comme il en existe aujourd'hui dans tous les pays sricicoles, permettrait d'tre fix facilement sur la valeur de la graine. Sans doute, on pourrait tre tromp par le graineur, si celui-ci avait fait accompagner sa graine de papillons autres que les vrais producteurs. Pourtant, les graineurs ne s'exposeraient pas impunment une pareille fraude, car une expertise facile faire dans la plupart des cas pourrait tablir, dans nombre de circonstances, l'impossibilit que la graine provnt des papillons joints celle-ci. Par exemple, si la graine avait des corpuscules et que les papillons n'en eussent pas, la fraude serait certaine et suffirait pour asseoir un jugement devant un tribunal correctionnel. La mthode de grainage que je viens de faire connatre a t pra- tique pour la premire fois sur une grande chelle par M. Raybaud- Lange, directeur de la ferme-Ecole de Paillerols, membre du Conseil gnral des Basses-Alpes. Cet habile ducateur a prpar, en 1867, 2.500 onces de graines au moyen de dix-sept chambres choisies au microscope parmi plus de quatre-vingts ; aucune de ces chambres de choix n'avait offert, soit dans les papillons vivants, soit dans les papil- lons morts, plus de 10 pour 100 de sujets corpusculeux. Plusieurs mme n'en offraient pas du tout, et la plupart moins de 5 pour 100. Ces dix-sept lots de graines leves en 1808 ont tous donn des russites trs remarquables, aussi bien dans les localits de petite que de grande culture. Enfin pas un de ces lots n'a fourni une seule ducation ayant pri de la maladie des corpuscules. J'avais publi l'avance qu'il en serait ainsi, afin de frapper davantage l'esprit des ducateurs, et loigner les ides si dcourageantes d'pidmie ou de milieux 172 UVRES DE PASTEUR cKltres et infects. La connaissance de ce fait me parait tre un des rsultats les plus importants mettre en lumire; aussi, je ne puis trop le redire, bien que la pbrine soit une maladie contagieuse au plus haut degr, elle ne peut jamais envahir une chambre de faon la dtruire toutes les fois qu'on part d'une graine issue de papillons sains. La flacherie fort dveloppe en 1868, anne exceptionnelle pour sa temprature leve et sa scheresse extraordinaire, a atteint un cer- tain nombre des ducations des graines Raybaud-Lange de 1867, mais ceci n'infirme en rien la valeur du procd suivi pour leur confection, lequel n'a d'autre but que de garantir les vers de la pbrine, maladie essentiellement distincte de celle des morts-flats, comme je le prou- verai ultrieurement. Malgr ces checs par la flacherie, les graines de M. Raybaud-Lange ont fourni dans cette anne 1868, et dans les loca- lits les plus prouves par cette dernire maladie, une moyenne de rendement dpassant 20 kilogrammes de cocons par once de 25 grammes, .moyenne suprieure celle des poques de prosprit, et, l o la maladie des morts-flats n'a pas svi, cette moyenne de rende- ment a dpass 45 kilogrammes. Ces faits ont t tablis dans des Rapports officiels que l'on trouvera dans les Notes et Documents, notamment dans un Rapport de .M. Rendu, inspecteur gnral de l'Agriculture et dans un Rapport de .M. de Lachadende, prsident du Comice agricole d'Alais (*). En mme temps que M. Raybaud- Lange en France, M. le marquis Crivelli et M. Bellotti soumettaient galement mon procd de grainage l'preuve de la grande pratique industrielle, en Italie, l'instigation de M. Cornalia, directeur du Musum d'histoire naturelle de Milan. 11 rsulte des publications faites par M. Cornalia en 1868, et au commencement de l'anne 1869 ( 2 ), que cette preuve a russi au del de toute esprance. Certaines chambres d'une once seulement ont fourni jusqu' 62 kilogrammes de cocons, rsultat qui s'est produit galement dans les Basses-Alpes pour une des chambres de M. Raybaud-Lange. Parmi les personnes qui ont prouv en 1867 et en 1868 la mthode de grainage dont je parle et qui eu oui constat les trs bons effets dans des Communications rendues publiques, je citerai M. le marchal Vaillant, ministre de la Maison de l'Empereur; M. Mares, correspon- dant de l'Acadmie des sciences; M. Vilallongue, prsident de la Socit d'agriculture de Perpignan; MM. de Lachadende et Despey- 1. Voir ces .Jeux Rapports, p. 339-343 et 344-349 du prsent volume. 2. Voir, p. 381-389 du prsent volume : Lettre de il. Cornalia M. Pasteur. {Notes le l'dition.) TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIK 173 roux, membres du Comice agricole d'Alais; M. Jeanjean, maire de Saint- Hippolyte-du-Fort (Gard), au nom du Comice agricole du Vigan; M. le comte de Rodez, membre du Conseil gnerai de l'Hrault; M. Li- gounhe, membre de la Socit d'agriculture de Montauban; M. Ducrot, rptiteur l'Ecole d'agriculture de la Saulsaie (Ain) ; M. Si- rand, pharmacien Grenoble; M. Haberlandt, directeur de l'ta- blissement sricicole de Goritz dans la Basse-Autriche; et beaucoup d'autres dont je ne rapporte pas les noms, parce que leurs obser- vations n'ont pas donn lieu des publications spciales ' . Au moment o j'cris ces lignes, je reois de M. Bellotti une Com- munication que ce savant naturaliste vient d'adresser la Socit des sciences naturelles de Milan, rendant compte d'expriences qu'il a faites pendant la dernire campagne sricicole. Elle est intitule : Application de la mthode Pasteur a la repro- duction de la semence indigne des vers soie (-). Voici ses princi- pales conclusions : 1 La mthode suggre pour la premire fois par Pasteur pour la reproduction de la semence saine des vers soie, et qui consiste destiner a ce but exclusivement les ufs des papillons que le micro- scope montre exempts de corpuscules, est la seule mthode, parmi toutes celles qui ont t publies jusqu' prsent, qui puisse sauver nos prcieuses races de cocons jaunes et faire revenir la sriciculture ce degr de prosprit qui la distinguait avant le dveloppement de la maladie actuelle. 2 Les ducations destines la reproduction doivent tre faites sur une petite chelle, en proportion peu suprieure aux besoins de chacun, avec de la semence prpare selon le systme cellulaire. Ces ducations doivent tre faites dans un local isol et loign le plus possible d'autres ducations; on doit se servir de feuilles de mrier qui par leur position ne soient pas capables d'tre facilement infectes par les poussires des magnaneries voisines. 3 Comme il est diflicile dans beaucoup de pays de se procurer de telles conditions d'isolement des locaux et des mriers, le moyen le plus sr d'obtenir le mme but sera de hter le plus possible la naissance des vers destins la reproduction et de faire en sorte qu'ils montent la bruyre quand, dans la gnralit des ducations indu- 1. On trouve des extraits de toutes ces publications dans les Notes et Documents . p. 338 425 du prsent volume. 2. Bellotti (Christ.). Applicazione del metodo Pasteur per la riproduzione di sementi indigne di bachi da seta e considerazioni in proposito. Atti dlia Societa italiana di ze naturelle. XII. 1869, p. 755t772. 174 UVRES DE PASTEUR strielles clans le mme pays, les vers n'ont pas pass la dernire mue. 4 La cause la plus certaine de l'infection actuelle tant uni- quement la transmission matrielle dans le ver d'lments htro- gnes, des corpuscules ovodes par exemple, on doit abandonner (unies les suppositions de dgnrescence de l'espce du bombyx du mrier. Avec l'extirpation de la cause, les effets disparatront. 5 Le manque d'exprience ou de soins durant l'ducation des vers pourra causer la diminution ou la perte totale de la rcolte, mais ne sera pas une cause de dveloppement de l'infection dominante quand il n'y aura pas eu prexistence de germes dans les ufs ou dans les locaux, ou qu'il n'en sera pas venu du dehors. 6 La nature des corpuscules n'tant pas encore prcise ni la dure de leur facult reproductive, il faudra que, dans les magnaneries pour reproduction, on pratique chaque anne d'abondants et de fr- quents lavages des murs, du sol, du plafond et de tous les autres ustensiles. On recommande aussi les fumigations de chlore, qui sont efficaces pour dtruire les corpuscules. 7 Comme l'infection du mle ne peut exercer d'influence sur les ufs, l'examen microscopique des chrysalides et des papillons pour la semence cellulaire ne devra porter que sur les femelles. 8 Le dveloppement de la maladie dans un seul et mme indi- vidu dj infect tant continu, l'examen des papillons sera plus facile et plus sur quand ils auront cess naturellement de vivre, et pourra se faire a tout ge durant l'automne el l'hiver. 9 La semence prpare selon les rgles donnes plus haut devra toujours tre bien lave et conserve durant l'hiver dans un local froid et sec. Une autre brochure, non moins intressante que celle de M. Bel- lotti, me parvient au moment o je mets la dernire main ce para- graphe. Elle est de .M. le marquis Luigi Crivelli (). On y lit, page 31, que l'auteur a obtenu de 160 onces de graines, races jaunes indignes, faites d'aprs mon procd, une moyenne de 50 kilogrammes l'once. Depuis cinq annes que les recherches que j'expose en ce moment sont commences, j'ai eu subir les contradictions les plus opinitres et les plus injustes. Je me suis fait un devoir de ne conserver dans ce livre aucune trace de ces dbats : qu'il me soit permis du moins de n y pas taire la vive satisfaction que j'prouve la lecture de publi- cations de la nature de celles-ci, et dont le nombre se multiplie en 1. Crivelm (L.). tudes sur la rgnration des vers soie. Traduites par F. F. Lyon, 1870, 48 p. in-8 . INote de l'dition.) TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE 175 Italie et en France, au moment mme o je suis occup runir l'ensemble de mes (Huiles. ('.es rsultais des observations de MM. Bellotti et Crivelli, diriges avec une connaissance parfaite des conditions de la mthode expri- mentale, confirment d'une manire remarquable les principes que j'ai tablis. Ils les tendent sur un point d'une grande importance scien- tifique et pratique, en dmontrant l'impuissance des papillons mles transmettre la pbrine. M. Bellotti rapporte qu'il a fait, en 1868, un grainage cellulaire l'aide de cpiatre cents pontes dont les papillons lui avaient donn pour les mles environ 60 pour 100 de corpuscules et pour les femelles 40 pour 100. Avec 40 grammes de graine ne de ces papillons, en ne donnant aucune attention aux mles et en rejetant seulement les pontes des couples a femelles corpusculeuses, et prenant d'ailleurs toutes les prcautions ncessaires d'isolement de la cham- bre afin qu'elle ne ft pas infecte par les ducations voisines, on a obtenu une trs belle rcolte, dont aucun des pa pillons examins, au nombre de cent trente, n'offrit la moindre trace de corpuscules. Le principe dont il s'agit rsultait dj des observations faites l'anne prcdente, en France, par M. de Rodez (*), et en Italie, par M. Bellotti lui-mme; mais l'exprience nouvelle de M. Bellotti parat plus dcisive que les prcdentes et mrite toute l'attention des du- cateurs. In des plus grands avantages de ma mthode de confection de la graine saine est de se prter des grainages effectus sur la plus vaste chelle avec toute garantie de succs. Le flau dont souffre la sriciculture depuis vingt ans a dvelopp outre mesure le commerce des graines, qui tait peine connu autre- fois, parce que chaque ducateur pouvait faire la graine dont il avait besoin. Ce commerce n'a pas tard donner lieu aux fraudes les plus coupables. Aujourd'hui il est tomb dans un discrdit dont on ne saurait se faire une ide exacte quand on n'a pas habit les dpar- tements sricicoles. Pourtant il n'est pas douteux, selon moi, que le commerce des graines survivra la crise. Aussi il importe extrmement de bien comprendre la vraie cause de la dplorable situation actuelle. Si ce commerce et pu se faire avec des garanties suffisantes, avec la certi- tude de livrer une marchandise irrprochable, il me parat vident qu'il serait arriv pour ce genre de production ce qui a lieu dans 1. Voir, p. 423-424 du prsent volume : Rodez (Comte de). Rapport sur les expriences faites, en 1868 et 1869, la magnanerie exprimentale de Ganges, du systme de M. Pasteur relatif au grainage indigne. IXote de l'dition.) 176 UVRES DE PASTEUR toutes les industries : des maisons honorables se seraient fondes et auraient grandi, appuyant leur rputation sur le succs constant de leurs graines, tandis que les tablissements dont les livraisons auraient donn lieu des checs seraient tombs. Mais il ne servait de rien d'aborder ce commerce avec une entire loyaut. Le mal djouait la prudence des plus sages parce qu'on tait rduit, pour juger de la qualit des chambres sous le rapport de la reproduction,, l'examen des vers au moment de la monte, observation toujours bonne consulter, mais n'offrant aucune garantie srieuse; car c'est un des faits les mieux tablis concernant la maladie actuelle, que les chambres les plus russies comme produits en cocons donnent fr- quemment des graines dtestables. On agissait donc au hasard, livrant la filature d'excellents cocons pour graine, au moment mme o on en gardait d'autres trs dfectueux. Aussi les graineurs- honntes ne se livraient qu'en tremblant des grainages importants, et les propritaires plus craintifs encore opraient bien plus titre d'essai que dans un but industriel. Quoi de plus douloureux, en effet, que de livrer une graine que l'on voyait chouer ensuite chez tous ceux qui relevaient ! Voil pourquoi la confection de grandes niasses de graines indignes ne pouvait gure exister qu'entre des mains coupables. En d'autres termes, ce qui manquait cette industrie, pour la rendre profitable tous, producteurs honntes et consom- mateurs, c'tait la connaissance d'un procd pratique, efficace, per- mettant de rechercher quels sont les cocons bons pour faire de la graine. Les choses sont bien changes aujourd'hui : la confection de la graine sur une grande chelle est possible ; le grainage industriel peut n'tre plus une source de mcomptes. Loin qu'il doive servir comme par le pass, l'entretien et la propagation du flau, on peut y recourir pour vaincre le mal rapidement el srement; les plus honntes gens peuvent s'y livrer avec confiance et ajouter aux avan- tages pcuniaires de cette industrie la considration d'un grand ser- vice rendu aux ducateurs. Il ne saurait y avoir que des graineurs sans moralit qui puissent regretter le progrs d mes recherches. Tous les autres me doivent reconnaissance pour le service que je leur ai rendu en leur faisant connatre un moyen de se confier avec loyaut et toute chance de succs une industrie lucrative. Beaucoup le com- prennent ainsi, car le nombre de ceux qui adoptent mes vues s'accrot chaque jour. La moyenne du rendement des graines japonaises, en 1869, n'a pas dpass, dans les Cvennes, et probablement aussi dans toute la :.-. lumrr ad nui pinjef . h. Cocons iSnes ' TUDES SUR LA MAI. ADN' DIS VERS A SON'. 177 France, 10 12 kilogrammes par 25 grammes de graine. Or, un rendement de 10 12 kilogrammes au prix moyen de 6fr. 50 suffit peine pour payer lous les frais de l'ducation ' . En jetant les yeux sur la planche ci-jointe, on peut se faire nue ide de la supriorit de nos races indignes sur celles du Japon. Il esl vrai que le ver soie indigne qui lle un des cocons a, , /; exige un peu plus de nourri- ture que celui des cocons c et d; mais la diffrence dans le poids de feuilles employes ne compense pas, beaucoup prs, celle des rcoltes et des prix de vente. Le kilogramme des cocons a, a. b, se paye 8 fr. 50, 9 fr. 50 el quelquefois mme 10 francs. En outre, tandis qu'il faut seulement 5 600 de ces cocons au kilogramme, il en faut de 700 a L.000 et plus en cocons japonais. Aussi 1 once de 25 grammes de. graine indigne fournit de 35 50 kilogrammes et plus dans les bonnes russites, tandis que les cartons japonais dpassent rarement 20 30 kilo- grammes dans les mmes conditions de succs. Aujourd'hui que les procds exposs dans cet Ouvrage reoivent l'approbation des sriciculteurs les plus minents et les plus intresss a connatre la vrit, ce serait folie de ne pas recourir leur application pour se dbarrasser progressivement et le plus promptement possible des races japonaises. Dans la Basse-Autriche, ces procds ont donn lieu, en 1800, aux rsultats les plus favorables chez M. Levi, de Villanova, un des plus grands propritaires de mriers de l'Illyrie et du Frioul et dont la rputation d'habilet dans la culture des vers soie est universelle dans ces contres. Voici comment s'exprime M. le D r Gaddi dans une Note adresse la Rivista settimanale di bachicoltiua, publie Milan par M. Franeeschini - : Dans ma relation sur la confection de semences de vers soie laquelle j'ai coopr chez M. Levi, de Villanova, et que vous avez bien voulu insrer dans votre estim journal, je vous ai promis de vous faire connatre le rsultat de l'ducation de ces graines de races indi- gnes prpares suivant les prceptes de M. Pasteur ; Je serai trs bref, sachant que M. Levi a communiqu un Rap- I. Voir, au sujet de ces donnes numriques, te Rapport de M. Jeanjean, secrtaire du Comice du Vigan [p. i0fr410du prsent volume]. >. Numro du 14 fvrier 1870. Cette Note est intitule : De la ncessit do rgnrer les races indignes cocons jaunes, parle D' A. Gaddi. i. La relation don! parle ici M. . P.ellotti. Loc. cit. {Notes de l'dition.) 184 UVRES DE PASTEUR enferme son tour. La figure suivante reprsente cette disposition. Il est trs souhaitable que des personnes soigneuses et intelli- gentes se livrent la confection de la graine cellulaire, c'est--dire forme de la runion des pontes pures. Ce commerce pourrait devenir trs lucratif, parce qu'il n'y aurait aucun inconvnient lever beau- coup le prix de pareilles graines, et cela pour deux motifs : le premier serait justifi par les soins tout particuliers qu'exigerait ce genre d'industrie; le second, par la faible quantit de cette graine de choix dont chaque ducateur isolment aurait besoin, puisque 5 grammes, par exemple, d'une telle graine pourraient donner 8 10 kilogrammes de cocons, et ceux-ci 25 30 onces de graine, nombre d'onces bien suprieur celui que chaque propritaire lve annuellement en moyenne. Les propritaires emploieraient la graine cellulaire des ducations qui leur fourniraient leur provision de graine industrielle, sans avoir besoin de recourir des observations microscopiques. En effet, toute ducation portant sur quelques grammes d'une graine cellulaire dont la marche n'aurait rien laiss dsirer de la quatrime mue la monte, et dans les conditions d'isolement dont j'ai parl, pourrait tre hardiment livre au grainage. Dans ce cas, la russite serait une garantie suffisante pour la reproduction. Le microscope pourrait alors TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIF. 185 ne si' trouver qu'entre les mains de personnes d'autant plus habiles s'en servir qu'elles y seraient plus exerces. La flacherie hrditaire n'est jamais craindre quand on a constat l'agilit et la vigueur des vers la monte, et, d'autre part, une graine cellulaire bien leve ne peut tre envahie par la pbrine une premire fois un degr assez marqu pour offrir un nombre inquitant de papillons corpusculeux, et surtout qui le seraient de faon a donner une graine improductive industriellement. IV . De la prfrence donner /'crnien des papillons relative- ment celui des ufs pour se procurer de la graine exemple de pbrine. Je vais passer en revue quelques propositions qui font connatre toute la supriorit de la mthode de l'examen des papillons relati- vement celui des ufs. 1 Nous savons qu'il existe deux sortes de graines non corpuscu- leuses, les unes issues de papillons non corpusculeux, les autres de papillons corpusculeux. L'tude microscopique de la graine ne peut rien apprendre sur cet tat antrieur des reproducteurs. Or, on ne saurait admettre que la vigueur des vers ne se ressente pas, dans une certaine mesure, de l'tat maladif des parents, indpendamment mme de la prsence effective des corpuscules dans leur gnration. 2 La variation apparente de la proportion des ufs corpusculeux dans une graine, variation qui est souvent considrable avec l'poque des observations, diminue beaucoup dans la pratique la facilit de la mthode d'examen microscopique des graines, en exigeant que celui-ci ait lieu sur des graines l'incubation ou sur des vers clos. Ce n'est que dans les cas o l'on a affaire de trs mauvais lots de graines qu'on peut se dispenser de suivre cette prescription (*). 3 Il y a une extrme diffrence entre la facilit d'observation des corpuscules dans les papillons et dans les ufs. Les papillons n'apparaissent qu'au bout de trois semaines environ aprs la monte la bruyre; il y a donc au minimum trois semaines que le parasite a t introduit dans l'animal, quand on procde l'examen des papillons : aussi, en gnral, le papillon, ds l'instant de la sortie, offre un grand nombre de corpuscules par champ : pareille 1. Il n'est peut-tre pas inutile de donner ici quelques exemples .le la vrit du principe dont il s'agit, principe nonc pour la premire fois, comme nous l'avons vu, par le savant naturaliste Carlo Vittadini. I Voir y. 38-39 'lu prsent volume.] Voici quelques observations faites sur les chrysalides et les papillons d'un loi de "il kilo- 186 UVRES DE PASTEUR chose n'arrive pour les ufs que si l'embryon est dj trs dve- lopp. D'ailleurs il importerait peu, la rigueur, qu'on juget sains des papillons un, deux et trois corpuscules par champ, tandis que des ufs qui montreraient ce petit nombre de corpuscules donneraient lieu des vers extrmement mauvais et propres rendre malades, par contagion, une l'oule de vers sains. grammes, et ultrieurement sur les graines et les vers issus du grainage auquel ces cocons ont donn lieu. La monte la bruyre a eu lieu le 29 et le 30 mai 1868. Le 10 juin les chrysalides montrent 70 pour 100 de sujets eorpusculeux. Tous les papillons lurent trs eorpusculeux. Le 29 aot on a examin un un trente ufs, dont voici les observations : 1. corpuscule ;iar champ. 11. cor mscule par ch dm p. 21. 1 corp uscule par champ. 2. 12. s 22. 1 Il 3. 13. II II 23. 100 Il 11 4. 11. D U 24. 20 Il 11 5. 50 . 15. 1 , 25. Il II 6. d \ 16. II 26. 2 II 7. 10 , ,, 17. Il II 27. ,1 8. . 18. Il 28. II 9. 19. II 29. 50 II 0. 1 20. 5 Il 30. I, Soit 33 pour 100 d'ufs eorpusculeux. Le 3 avril 1869 on a trouv 70 pour 100 d'ufs eorpusculeux. Voici maintenant les observations portant sur les vers rclusion : Le 23, examen de 20 vers, 75 pour 100 de eorpusculeux. 24 85 .. 25 95 26 .. 75 27 70 28 n 70 ii 11 importe de remarquer qu'aprs l'examen de chacune des sries de 20 vers, on rejetait tous les autres vers clos le jour de l'examen. Chacune des sries d'observations a donc port sur des vers de leves successives. Autre exemple. Le 12 avril 1869 on examine une graine corpuseuleuse avec un 1res grand soin : corpuscule par champ. 11. corpuscule par champ. 21. 5 corpuscules par champ 12. 20 .. 22. d . 23. 24. 3 25. >. 26. .. 27. 20 28. > " 29. 2 n ., 30. 30 Voici maintenant l'examen des vers rclusion: comme pour l'exemple prcdent, chaque srie d'observations a port sur la leee du jour : Le 3 mai. examen de 20 vers, 50 pour 100 de eorpusculeux. 4 45 5 .. 55 6 75 7 75 8 85 9 90 10 90 lt et 12 (fin .le rclusion) 85 > 1. 2. 3. i 4. 5. 6. 7. 50 8. u 9. 0. (1 13 14. l) 15. t 5 ni. 1 17. 18. 19. 20. lu botta ad toi del GRAINE EXEMPTE DE CORPUSCULES '' Paris TUDES SUR LA .MALADIE DES VERS A SOIE 187 La planche ci-jointe reprsente un champ de microscope dans l'observation d'un uf sain : placez par la pense, parmi tous les glo- bules de ce champ, un ou deux corpuscules ordinaires, il faudra assu- rmenl une certaine habilet chez l'observateur pour les apercevoir. < >r. je le rpte, l'erreur, sans consquence quand il s'agit du papillon, peut devenir trs prjudiciable s'il s'agit de l'examen d'un uf. 4" J'ai dj l'ait observer que toutes les mthodes de distinction des bonnes et des mauvaises graines avaient le tort grave de prsupposer l'existence de la graine. D'une part, la graine reconnue mauvaise doit tre jete : elle est donc perdue pour l'industrie, ainsi que les cocons qui ont servi la reproduire. L'examen des papillons n'entrane aucune perte. Si, d'autre part, cette graine mauvaise est leve (et on peut ajouter que c'est le cas ordinaire, pour ne pas dire que cela arrive toujours), non seulement il en rsulte des pertes individuelles, plus ou moins considrables, mais le mal est entretenu et propag, puisque ce mal est minemment contagieux. A quoi bon d'ailleurs faire une graine pour rechercher ensuite sa qualit? 11 est mille fois prfrable de pouvoir l'tudier en quelque sorte avant qu'elle soit faite. 5 Si la fabrication des graines ne peut tre faite loyalement que sous la seule garantie de l'examen microscopique avec leur confection et leur mise l'incubation l'anne suivante, c'est un commerce frapp d'impuissance, et ncessairement soumis la tentation continuelle de devenir illicite, parce que le fabricant hsitera toujours dtruire une graine reconnue mauvaise, aprs qu'elle aura t produite. Je l'ai dj dit, et je ne saurais trop y insister, l'application de ma mthode de grainage permet, au contraire, la fabrication de la graine avec toutes les garanties d'un commerce trs loyal LA FLAGHERIE CHAPITRE PREMIER LA MALADIE DES VERS A SOIE SE COMPOSE DE DEUX MALADIES DISTINCTES I. Avant Vanne 18G7, on croyait une maladie unique pouvant revtir des formes diverses. Lorsque je me rendis pour la premire fois dans le midi de la France, en 1865, l'pizoojtie des vers soie tait universellement rap- porte a une seule maladie, dont les symptmes et les caractres, taient si mal dfinis qu'on discutait encore sur le nom qu'il fallait lui attribuer. Pour le plus grand nombre, elle n'avait pas de dnomi- nation prcise. C'tait la maladie; c'est--dire un flau mystrieux, insaisissable dans sa nature et dans ses origines, prt svir partout et sur toutes les ducations; quoi qu'il advnt, quelle que ft la cause de ruine d'une chambre, on accusait constamment la maladie d'avoir provoqu le dsastre. J'ai voulu rappeler ces circonstances quand j'ai donn au prsent Ouvrage le titre d'Etudes sur la maladie des vers soie. On avait bien distingu des formes multiples dans le flau, et nous avons vu M. de Quatrefages supposer mme que toutes les maladies- des vers soie, dcrites par les auteurs bacologues, se rencontrent habituellement aujourd'hui dans les ducations, mais titre d'effets obligs d'un mal unique, la pbrine, svissant pidmiquement et dterminant chez le ver une dgnrescence qui le rend accessible toutes les maladies de son espce. Cette opinion a t partage par la plupart des ducateurs dans les annes qui ont suivi les publications de M. de Quatrefages ( l ). Elle peut s'expliquer facilement par l'absence 1. Tous les ducateurs, dit M. Jeanjean dans l'ouvrage que j'ai dj cit, se sont aperus que la pbrine se montre rarement seule dans une chambre et qu'elle est accompagne, le TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE 189 7, sur seize pontes provenant de parents non corpusculeux, quinze russirent, mais la seizime prit presque entirement entre la quatrime mue et la monte la bruyre. Les vers mouraient tout coup aprs avoir montre la plus belle apparence; 1. Voir m* Lettre M. Dumas, date d'Alais. le 30 avril 1861 [p. 500-508 du prsent volume]. ETUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE 193 dans une ducation de cenl vers, je relevais chaque joui- dix, quinze, vingt morts qui devenaient noirs et pourrissaient avec une rapidit extraordinaire, souvent dans l'intervalle de vingt-quatre heures. (Quel- quefois aprs la mort, ils taient mous, flasques, pareils un boyau vide el pliss. La figure ci-contre est la reproduction photographique de trois vers fhits ayant cet aspect, d'o est venue l'expression vulgaire de maladie des tripes dans quelques localits. J'avais beau rechercher dans ces vers la prsence des corpuscules, il m'tait impossible d'en rencontrer la moindre trace; on n'y voyait l'ordinaire que les vibrions de la putrfaction ('); enfin ces vers ne montraient jamais les vraies taches de la pbrine. En consultant les auteurs qui avaient crit sur la maladie des vers soie, je ne pouvais douter que j'eusse sous les yeux un exemple caractris de la maladie des niorts-flats. Jusque-l il n'y avait rien qui dt paratre bien extraordinaire. C'tait la vrit une ponte issue de parents privs de corpuscules qui avait montr ce genre de mortalit, mais la maladie avait pu se dclarer accidentellement; rien n'obligeait croire une affection hrditaire et indpendante. Toutefois je commenai avoir des doutes sur la relation ncessaire de la pbrine et de la flacherie, doutes qui ne firent que s'accrotre quand, aprs avoir observ les quelques papil- lons ns de l'ducation dont je parle, je les trouvai exempts de cor- puscules. Ces premiers soupons sur l'indpendance possible des deux mala- dies se transformrent pour moi en une conviction motive lorsque, dans mes nombreuses ducations d'avril et de mai de la mme anne, je rencontrai de nouveaux exemples de flacherie semblables au prc- dent dans les diverses races dont j'avais prpar en 1866 de nom- breuses pontes issues de parents privs de corpuscules. C'taient toujours les mmes caractres : graines, vers, chrysalides, papillons exempts du parasite, concidant avec une grande mortalit par la flacherie, gnralement de la quatrime mue la monte la bruyre. 1. La prsence des vibrions d;ms des vers malades a t signale pour la premire fois, par M. Joly, professeur la Facult des sciences de Toulouse, dans un Mmoire intitul : Sur les maladies des vers soie et sur la coloration des cocons par l'alimentation au moyen du chica , Mmoire lu [par extraits] l'Acadmie des sciences dans la sance du 30 aot 1858 [et publi in extenso dans le] Journal d'agriculture pratique et d'conomie rurale pour le midi de la France, 3" sr., IX, 1858, p. 381-394 (13 fig.). [Dans la note 1, p. 385], M. Joly donnait ces vibrions le nom de vibrio aglaiae. Ce fait a t observ de nouveau en 1801, par M. de Plagniol, maire de Chomrac (Ardche), qui considrait en outre le vibrion comme li aux corpuscules et pouvant le reproduire par oviparit, tromp sans doute par les petits corps brillants que l'on voit souvent dans l'intrieur des vibrions, et qui ont peu prs la forme et 1rs dimensions des corpuscules de la pbrine. [Voir le travail de M. de Plagniol. Rapport relatif des expriences microscopiques sur des graines de vers soie. Bulletin de la Socit d'agriculture de V Ardche, 1801, p. 113-127.] TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE. 13 194 UVRES DE PASTEIR Bien plus, il tait sensible que certaines ponles, prises clans un mme grainage, avaient une prdisposition marque tre atteintes de cette maladie, ce qui veillait naturellement l'ide qu'elle pouvait tre hrditaire. Sur le point principal de l'indpendance de la pbrine et de la flacherie, l'incertitude n'tait plus possible. Car les ducations atteintes, mme au plus haut degr, par la maladie des morts-flats sans la moindre apparence de pbrine taient propres des graines nes de parents exeni])ts de corpuscules et qui conduisaient des reproducteurs galement privs de cet organisme. Si l'on pouvait la rigueur conjecturer que la flacherie tait une consquence de l'affai- blissement graduel des races sous l'influence de la pbrine, il tait, dans tous les cas, impossible de mettre en doute une indpendance de fait entre les deux affections. 11 ne sera pas sans intrt d'opposer ici dans tous leurs dtails les rsultats de deux ducations, l'une saine, l'autre malade, prises parmi celles dont je parle. La premire a t excellente puisqu'elle a donn quatre-vingt-onze cocons pour cent vers compts l'closion, tandis que celle du deuxime tableau a pri presque en totalit par la fla- cherie, sans manifester la moindre atteinte de la pbrine. Elle n'a donn que trente-cinq cocons faibles pour cent vers. PONTE DU 13 JUIN 18(36 RACE JAPONAISE Mle. Pas de corpuscules, i lion aspect des ufs. Teinte Femelle. Pas de corpuscules. J gnrale : gris-verdtre OBSERVATIONS Leve du 1 er avril 1867, midi. 106 vers compts. 1" mue 103 Tous les vers morts re- trouvs dans la litire ont t examins au microscope. Aucun d*eux n'tait corpus- culeux. Sur 76 papillons qui ont t examins, 5 seulement ont montr des corpuscules. -\- 1 qui n'a pas mu. -|- 2 avec peau serre aux derniers anneaux. Total. . . 106 2 e mue 103 3 mue. . . 103 i' mue. 101 -\- 1 mort, pourri, noir. Total. . . 102 -j- 1 ver perdu. Le 9 mai, 2 morts (vers petits qui n'ont pas grossi aprs la 4 e mue. | Le 11 mai, 1 mort. La monte s'est acheve le 11 mai. On a dcoconn le 22 mai. 11 y avait 87 cocons excel- lents, dont 7 doubles, ce qui donne un total de 94 vers ayant fil. C'est 91 cocons pour 100 vers compts l'closion, ce qui est une trs belle russite. Il est mme probable que des vers ont voyag et se sont gars pendant la monte. TUDES SUR I.A MALADIE I > I : S VERS A SOIE 195 ponte DO 14 juin 18G6 Mle. Pas de corpuscules. ) Bon aspect des ufs. Teinte Femelle. Pas de corpuscules. ) gnrale : gris-verdtre. Leve du 2 avril 1867. midi . 150 vers comptes 1 mue 150 2 e mue 150 3 e mue 149 1 mort tripe avec il- jections humides. Total. . . 150 mue isuppression des repas le 30 avril 5 heures du matin! + + + Total. . . 138 3 en mue mauvais. 5 morts non en mue. 4 perdus. 150 Le 6 mai. au deuxime dlitage, aprs la 4 e mue, on trouve 12 vers morts, de bonne teinte, mais trs mous, et dont plusieurs ont le crottin humide. Aucun de ces 12 vers ne renferme trace de corpuscules. Parmi les vers vivants, bon nombre ont les derniers anneaux mous et rtrcis. Ces vers, videmment malades, vont sur les bords du panier, mangent trs peu ou pas. et linissent par demeurer la mme place jusqu' leur mort. Le 8 mai, 9 vers morts; pas trace de corpuscules. Le 9 mai, 23 vers morts ou mourants, avec djections humides. Pas un n'otfre des corpuscules. Tous les vers restants sont languissants : du reste, gros et assez fermes. Ils ne mangent presque plus. Le 10 mai, on relve 11 morts. Le 11 mai, encore 5 morts, plus 17 d'une langueur extrme. On les dirait morts. Plusieurs vers sur la bruyre sont sans mouvement. Toujours pas trace de corpuscules dans les vers morts. Le 23 mai, on dcoconne ; on trouve 8 vers morts, noirs, pourris sur la bruyre, et 52 cocons sur lesquels 22 trs faibles. C est un total de 35 cocons sur 100 vers compts lclosion. Sur 24 papillons examins, un seul avait des corpuscules. OBSERVATIONS Les vers morts examins an microscope n'offrent pas de corpuscules. Vibrions constats dans plu- sieurs des vers morts sans qu'on rechercht particulire ment ces organismes. A celte poque de mes tudes, j'igno- rais la signification qu'il fal- lait attribuer leur prsence. Je ne l'ai reconnue qu'en 1S68. Je pourrais prsenter un grand nombre d'ducations semblables celles des tableaux prcdents et non moins propres dmontrer l'indpendance de la flacherie et de la pbrine. Je m'empressai de complter ces observations par la visite et l'tude attentive d'une multitude d'ducations industrielles pour y rechercher la part d'influence de la nouvelle maladie. Il me fut bientt dmontr que les rsultats de mes expriences de laboratoire avaient un caractre 1rs gnral, et que, contrairement l'opinion commune, deux maladies distinctes se partageaient les causes de tous les malheurs; que la pbrine tait la plus rpandue, mais que la flacherie lui tait associe 1% UVRES DE PASTEUR dans une proportion considrable; que, toutefois, cet tat de choses tait seulement propre aux dpartements de grande culture : dans les autres, le mal se bornait peu prs exclusivement aux ravages de la pbrine ('). C'est alors que j'adressai M. Dumas, la date du 21 mai 1867, la Lettre suivante, qui fut insre dans les Comptes rendus de V Acadmie des sciences du 3 juin de la mme anne ( 2 ) : Alais. le 21 mai 1867. Dans ma Lettre du 30 avril dernier ( 3 ), je vous ai fait connatre les rsultats de mes essais prcoces et de l'examen de tous les papillons qui les avaient fournis. Joints ceux de mes observations antrieures, ces rsultats donnent la connaissance, presque aussi complte qu'il est possible de le dsirer, de la maladie des corpuscules, puisqu'ils nous montrent qu'il est aussi facile de la prvenir que de la faire apparatre volont. J'ai ajout, contrairement l'opinion gnrale, que cette Vnaladie des corpuscules n'tait pas tout le mal dont souffrait la sriciculture, qu'elle tait associe une autre affection confondue tort avec elle, mais qu'il faut soigneusement en distinguer, parce que, dans un grand nombre de circonstances, ces deux maladies n'ont pas de rapport, au moins direct. Cette maladie, nouvelle quant aux ides que l'on se fait de l'tat des chambres depuis vingt annes que svit le flau, me parait tre, vous allez en juger tout l'heure, la maladie connue anciennement sous le nom de maladie des morts-blancs ou des morls-flats. J'ai peut-tre tort de me servir d'une expression vulgaire dont la dfinition donne lieu bien des variantes, mais cela importe peu. C'est sur la ralit de l'existence d'une maladie, trs distincte de celle des corpuscules, que je veux insister dans cette lettre. Je supposerai que nous visitions ensemble une chambre o rgne, comme on dit, la maladie, c'est--dire une chambre o l'on observe une grande mortalit chez les vers, sans que d'ailleurs il y ait matire blmer l'du- cateur dans son travail ou la disposition du local. 1. En Autriche, comme en France et en Italie, tout le mal a t rapport la pbrine seule, jusqu' l'poque de mes observations relatives la maladie des morts-flats, c'est--dire jusqu'en 1867 et en 1868. La preuve de ce fait se trouve dans le texte suivant, d'une proposi- tion de prix fond par le Gouvernement autrichien pour rcompenser l'auteur du meilleur remde ou prservatif d'une apjilication gnrale et capable d'empcher la pbrine. Le ministre de V Agriculture, en Autriche: Considrant les ravages considrables causs depuis plus de dix ans dans l'Empire il' Autriche par l'pidmie qui a frapp les vers soie: Considrant que les pertes qui en sont rsultes constituent un des principaux obstacles au dveloppement de la sriciculture, en Autriche; D'accord avec les rsolutions arrtes par le Congrs des sriciculteurs, runi Vienne en 1867, et sur la proposition de la- Commission de sriciculture ; A dcid de dcerner un prix de 5.000 florins d'Autriche celui qui aura russi dcouvrir un remde ou prservatif efficace, d'une application gnrale, et capable d'empcher la pbrine, maladie pidmique svissant actuellement sur le ver soie (bombyx mori). (Publication du Consulat gnral d'Autriche, Paris, 1868.) [Le prix fut dcern Pasteur. Voir p. 742-746 du prsent volume.] 2. Pasteur (L.). Sur la maladie des vers soie. Lettre M. Dumas. Comptes rendus de l'Acadmie des sciences, sance du 3 juin 1867, LXIV, p. 1113-1120. {Note de l'dition.) i. Voir, p. 500-03du prsent volume : Sur la maladie des vers soie. Lettre M. Dumas (Ahiis, lu MO avril 1867). [Note de l'dition.) TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIK l'.r Afin de mieux fixer les ides, j'admettrai que les vers aient franchi leur quatrime mue, car c'est le moment vraiment critique. L'aspect de la chambre diffrera du tout au tout, suivant qu'elle sera sous l'influence de l'une ou de l'autre des deux maladies dont je parle. Si c'est l'affection corpusculeuse qui- dtruit la chambre, les tables seront couvertes de vers avant, pour ainsi dire, toutes les tailles, depuis celle du ver qui vient de muer ou qui va muer de la quatrime mue, jusqu'au ver prt filer son cocon, ou qui parat devoir le filer sans peine ; en outre, bon nombre de vers ('o-alement de toutes les tailles) sont tendus morts sur la litire dans un tat de putrfaction plus ou moins avance. On peut classer ces vers dans trois catgories distinctes : 1 Au moment o les vers ont fait en grand nombre leur quatrime mue, beaucoup d'entre eux n'ont pu s'endormir : il est facile de les recon- natre, soit h leur teinte verdtre, soit leur museau, soit cet aspect un peu luisant des vers qui vont bientt se mettre en mue. Observs la loupe, et mme l'il nu, ils sont frquemment couverts de taches plus ou moins accuses. 2 Parmi les vers qui ont pu faire leur quatrime mue, un trs grand nombre ne mangent pas, ou peine, et conservent plus ou moins, pour ce motif, la teinte rouille que possdent les vers bons ou mauvais, au sortir de la quatrime mue. 3 Un certain nombre de vers se nourrissent convenablement, deviennent chaque jour de plus en plus gros, blanchissent... Ce sont les moins mauvais parmi les vers de la chambre, ceux qui ont au moindre degr subi l'influence du mauvais tat des papillons producteurs de la graine, ou les moins atteints par la contagion au voisinage des vers morts ou mourants. Dans ces trois catgories de vers, dans la troisime comme dans les deux premires, mais principalement dans ces deux-ci, bon nombre prissent chaque jour. De l l'existence de vers de toutes les tailles que l'on remarque chez les vers morts. Observons maintenant au microscope les vers de ces diverses catgories. Ceux de la premire qui n'ont pas mu sont chargs de corpuscules, qu'ils soient morts ou vivants. Prenez-les au hasard, broyez-les sparment avec quelques gouttes d'eau, et la plupart d'entre eux vous offriront l'examen microscopique des centaines et des milliers de corpuscules par champ. Tous leurs tissus en sont comme imprgns : quelquefois le sang qui sort 1 ar une blessure faite la peau est laiteux au lieu d'tre limpide, tant il est charg de corpuscules. Ici le grand nombre des taches est une cons- quence de l'intensit de la maladie des corpuscules. L'examen microscopique des vers rouilles de la seconde catgorie prsente des rsultats de mme ordre: beaucoup d'entre eux sont chargs de corpuscules. Au contraire, parmi les vers de la troisime sorte qui mangent, grossissent et ont la teinte normale de leur ge, c'est tout fait exceptionnellement qu'ils offrent un seul sujet corpusculeux. Mais tous sont empoisonns, car, si vous attendez qu'ils aient fait leurs cocons et que \nns les observiez l'tat de chrysalides ou de papillons, pas un seul de ceux-ci ne sera exempt de corpuscules. Bien plus, cause de la gravit 198 UVRES DE PASTEUR que je suppose en ce moment la maladie, dj les chrysalides jeunes se montreront corpusculeuses. La graine issue des papillons d'une telle chambre serait dtestable ; personne ne songerait s'en servir, et nanmoins les principes que j'ai tablis sont si rigoureux qu'il serait facile d'utiliser cette graine, si cela tait ncessaire, pour rgnrer la race et la rendre aussi saine qu'au temps de la prosprit des ducations. Deux ducations successives, avec le mode de slection des papillons que j'ai indiqu, conduiraient srement ce rsultat. Ce sont l les caractres de la maladie des corpuscules considre aprs la quatrime mue. dans une chambre o elle provoque une grande mortalit, telle, par exemple, qu'une once de graine fournisse, 1, 2, 3 kilo- grammes de cocons... Vous auriez les mmes symptmes, mais seulement avec une intensit moindre, si la mortalit, toujours par le fait de la maladie des corpuscules, permettait d'obtenir le tiers, la moiti ou les trois quarts d'une rcolte normale. Je veux dire qu'on observerait toujours les mmes catgories de vers, et qu'ils seraient corpusculeux en plus ou moins grand nombre. Il y aurait galement absence de corpuscules chez les vers capables de monter la bruyre ; mais les papillons seraient encore tous corpusculeux ou presque tous: il y aurait seulement des diffrences dans l'poque laquelle les corpuscules auraient apparu dans la chrysalide. .le n'aurai pas le loisir de vous parler plus longuement de la maladie des corpuscules en l'envisageant d'autres priodes de l'ducation, ni d'insister nouveau sur ce qu'il y a d'alatoire dans l'examen microsco- pique des graines ; j'ajouterai seulement, pour complter ce qui prcde, que si nous avions observ notre chambre malade depuis le moment de l'closion de la graine, nous aurions reconnu toutes les poques l'existence de vers retardataires plus ou moins corpusculeux. Enfin toutes les chambres provenant de la mme graine qui a Fourni notre mauvaise chambre auraient galement chou. J'arrive maintenant aux symptmes extrieurs de la nouvelle maladie : c'est le principal objet de cette Lettre. Si c'est elle qu'il faut attribuer la destruction de la chambre, l'aspect gnral de celle-ci, au moment ou nous y pntrerons, sera tout autre que celui dont je viens de parler, et les diflrences n'auront pas t moins accuses dans les phases antrieures des deux ducations : 1 11 arrivera le plus ordinairement que la mortalit n'aura pas t de plus de 2 3 pour 100 dans l'ensemble des diverses mues, ce qui est insignifiant ; 2" En examinant au microscope les vers petits qui ne muent pas en mme temps que les autres, les rares vers morls trouvs dans les litires, pas un seul d'entre eux n'offrira de corpuscules ; 3 Toutes les mues, notamment la quatrime, se seront opres avec un ensemble parfait, si peu que l'ducateur connaisse son mtier ; 4 Les papillons producteurs de la graine d'o la chambre est issue auront t tous, ou au moins la trs grande majorit d'entre eux, privs de corpuscules. Malgr ces circonstances et en dpit des esprances qu'elles faisaient concevoir l'ducateur, la litire (la bruyre galement, si l'ducation en E TV DIS SUR E A M A I , A D I E 1) E S Y E R S A SOI E 199 csi l est rouverte de vers avant tous la grosseur qui convient leur ge : niais, chose trange ! ces vers sont morts ou mourants. Ils sont si languissants (|ue leurs mouvements sont peine sensibles, et pourtant leur aspect extrieur est si satisfaisant qu'il faut toucher les morts et les manier pour s assurer qu'ils ne sont plus vivants. Si dj quelques-uns sont monts sur la bruvre, ils s'allongent sur les brindilles et y restent sans mouvement jusqu' leur mort, ou bien ils tombent, pendus et retenus seulement par quelques-unes de leurs fausses pattes, comme le montre la figure ci-contre ('). Dans ces positions, ils deviennent mous en un temps plus ou moins long, qui est quelquefois trs court, puis ils pourrissent en prenant une couleur noire dans l'intervalle de vingt-quatre ou quarante-huit heures. Leur corps n'est plus alors qu'une sanie brun - noirtre , remplie de vibrions dont les premiers ont apparu dans les matires dont le canal intes- tinal au moment de la mort tait gonfl et comme obstru quelque distance de son extrmit postrieure. Que l'on observe par centaines des vers morts dans ces conditions, pas un seul ne sera corpusculeux. Il v a plus : les papillons des cocons forms en plus ou moins grand nombre ne montreront pas davantage le moindre corpuscule, dernire et convaincante preuve que la mortalit de la cham- bre n'a eu aucun rapport direct avec la maladie des corpuscules. Si maintenant nous consultons les nombreux auteurs qui ont crit sur les maladies du ver soie, vous recon- natrez, je pense, qu'il faut appliquer la maladie dont je viens de parler l'expression de maladie des morts-Rats. Il vous suffira de lire cet gard le petit ouvrage de Nysten (-), et surtout une note du traducteur de l'ouvrage de Dandolo ainsi conue : Dans la maladie des morts-blancs ou morts- flats, le ver conserve tant mort son air de fracheur et de sant. Il faut le toucher pour reconnatre qu'il est mort ( 3 ). D'aprs ce qui prcde, la maladie des morts-flats peut exister, sans 1. Cette figure n'a pas t insre dans les Comptes rendus de l'Acadmie des sciences. 2. Nysten P. -H.). Recherches sur les maladies des vers soie et les moyens de les prvenir : suivies d'une instruction sur l'ducation de ces insectes. Paris, 1808, Imprimerie impriale, 188 p. in-8. 3. Daxdolo (Comtei. De l'art d'lever les vers soie. Traduit de l'italien par Fontaneilles. Paris, Lyon et Montpellier. 1819. xvi-402 p. in-8 (2 tahl. et 2 pi. avec 29 fig.). M. Rigaud de Lisle. habitant Grest, est, je crois, le premier qui ait distingu cette maladie des 200 UVRES DE PASTEUR tre associe, un degr quelconque, dans une mme chambre avec la maladie des corpuscules. Mais l'inverse n'a peut-tre jamais lieu. Toutes les fois que la maladie des corpuscules existe, elle s'accompagne chez un plus ou moins grand nombre de vers de la maladie des morts-flats (*) . Dans ce cas, cette dernire maladie parait donc lie d'une faon plus ou moins troite avec la maladie des corpuscules. Aussi, bien que dans nombre de circonstances la maladie des morts-flats soit sans relation directe, abso- lument parlant, avec la maladie des corpuscules, il se pourrait que des observations ultrieures vinssent tablir que la frquence de la maladie des morts-flats est due un affaiblissement des races produit par la maladie des corpuscules, et ce qui tendrait le faire croire, c'est que les races indignes m'ont prsent bien plus frquemment que les races japonaises des exemples de la maladie dont je parle. Quant aux causes plus prochaines de cette maladie et aux moyens de la prvenir, comme son existence indpendante de la maladie des corpuscules ne s'est manifeste moi que dans mes tudes rcentes, et alors que j'tais tout occup de mes expriences sur la maladie corpusculeuse, vous comprendrez facilement que leur connaissance appro- fondie m'chappe encore. Pourtant, je crois que la maladie des morts-flats peut tre soit hrditaire, soit produite par des circonstances survenues accidentellement dans l'ducation. Elle serait hrditaire lorsqu'on aurait le tort de faire de la graine avec des chambres dont les vers offrent, aprs la quatrime mue, une mortalit plus ou moins grande de morts-flats, et en gnral toutes les fois que les vers sont mous au toucher, languissants dans leurs mouvements et sans agilit sur la bruyre. Les ducations d'une telle graine peuvent prsenter peu prs gnralement la maladie des parents, si les vers ne se sont pas guris d'eux-mmes, en quelque faon, par les bons soins et les bonnes conditions des ducations. Je suis port croire galement qu'il existe des circonstances l'poque de l'incubation et de Pclosion, mais dont je ne me rends pas encore bien compte, pouvant contribuer l'apparition subsquente de la maladie des morts-flats. Cette maladie serait accidentelle, principalement dans le cas o, soit par suite de la disposition des locaux, soit par l'effet des conditions atmo- sphriques, telles que l'abaissement de pression et l'tat hygromtrique au moment d'un orage, la transpiration si ncessaire au ver soie se trouve arrte pendant, un temps plus ou moins long, surtout au moment o son apptit augmente considrablement, entre la quatrime mue et la monte la bruyre. Alors le ver soie doit assimiler une quantit norme de autres. Le ver, dit-il, tant mort, conserve son air de fracheur et de sant. Il faut le toucher, pour reconnatre qu'il est mort [p. 314]. {Notes de l'dition.) 1. Cette observation est exacte mais mal interprte. Dans une graine industrielle, c'est-- dire faite en assez grande quantit, et corpusculeuse, il se trouve gnralement beaucoup d'oeufs affaiblis par l'tat maladif des papillons producteurs, au point de donner des vers trs prdisposs la flacherie. Voil pourquoi il est trs rare de rencontrer une chambre dcime par la pbrine et n'offrant pas simultanment des vers flats. Mais l'indpendance des deux maladies n'en est pas moins absolue. On peut avoir des ducations exclusivement atteintes de pbrine ou exclusivement atteintes de flacherie. (Entre autres preuves, voir par exemple ma Lettre du 28 mars 1809 la Commission des soies de Lyon [Moniteur des soies, VIII, 18 septembre 1869, p. 3-4] et le Rapport de cette Commission sur ses ducations de 1869 [p. 606-612 du prsent volume] '.) * Cette note m- figure pas dans les Comptes rendus de l'Acadmie des sciences. {Note de l'dition.) TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE 201 nourriture trs aqueuse, et, comme il n'urine pas, il faut de toute ncessit ([ne le grand excs d'eau de ses aliments s'vapore par transpiration cutane. Cela exige un renouvellement continuel de l'air dans lequel il se trouve. Je viens de visiter un grand nombre de magnaneries de Perpignan et de ses environs : beaucoup d'entre elles sont des chambres ordinaires, n'ayant qu'une seule croise, et sans chemine ; si elles sont places sous les toits, le toit est maonn. Il y a donc impossibilit un mouvement de l'air. Heureusement on n'y l'ait jamais de feu, et l'on ouvre assez souvent la fentre; mais que le vent humide et chaud, dit marin, vienne souffler au moment de la monte, rien ne peut plus obvier l'inconvnient si grave, que je viens de signaler, de l'absence de transpiration des vers. Les conditions atmosphriques dont je parle ont exist prcisment pendant quelques jours aprs la quatrime mue clans le dpartement des Pyrnes- Orientales. Aussi ai-je vu de graves insuccs dus cette cause, portant sur des graines d'excellente qualit, et certainement prives d'une faon peu prs complte de la maladie des corpuscules. C'est alors que l'on remarque es faits, si tranges au premier abord, de chambres admirables plus ou moins voisines ou plus ou moins loignes de chambres dont l'chec est absolu, alors mme que ces deux espces de chambres proviennent d'une mme graine, sortie du mme sac. Vous trouverez une exprience trs instructive ce sujet dans l'ouvrage de Nysten, qui fut charg, comme vous le savez, en 1807, par le Gouver- nement, d'aller tudier dans le dpartement de la Drme une pidmie locale le morts-pats. Il rapporte qu'ayant plac 15.000 vers dans un cabinet sans autre ouverture que celle de la porte, laquelle n'tait ouverte que lorsqu'on entrait pour donner manger aux vers et pour les dliter, il a obtenu environ >i.000 morts-flats, tandis que 10.000 des mmes vers, dans des conditions peu prs normales, n'ont fourni que 200 ou 300 vers morts de cette maladie. J'espre pouvoir claircir tous ces faits par de nouvelles expriences que je vous ferai connatre ultrieurement. En rsum, et au point o je me trouve dans l'tude de la nouvelle maladie, je ne vois prsentement d'autres moyens de faire de la bonne graine, et d'une bont durable, qu'en s'adressant des chambres trs bien russies (c'est d'ailleurs la prescription de tous les temps et de tous les pays, mais peu observe souvent par les marchands de graines), dont les vers ont t agiles la monte et dont la grande majorit des papillons est exempte de corpuscules. La maladie des corpuscules, maladie terrible, excessivement rpandue, disparatra srement, et celle des morts-flats ne pourra se dclarer qu'accidentellement, point du tout d'une manire nces- saire, je l'espre du moins, parce que la maladie n'aura pas t commu- nique par hrdit congnitale. Pour viter mme ces cas accidentels de maladie des morts-flats, le remde prventif le meilleur consistera dans l'emploi de magnaneries o le mouvement de l'air est facile et naturel. Si les conditions atmosphriques font nanmoins craindre l'approche du mal, il faudra s'empresser de provoquer le mouvement de l'air, en d'autres termes, la transpiration des vers par des moyens artificiels, tels que des feux clairs souvent renouvels, une chaleur convenable et l'ouverture des trappes, s'il en existe dans le plancher de la magnanerie. Ces dernires 202 UVRES DE PASTEUR prescriptions peuvent se rsumer par cette phrase dont j'emprunte l'expres- sion pittoresque votre Rapport sur le procd Andr Jean (t) : Un air constamment renouvel, comme si les vers taient placs dans une gaine de chemine. Beaucoup de personnes, qui se rendent un compte inexact des principes physiques dont l'application est le plus profitable aux chambres, blment la disposition des magnaneries dans le dpartement du Gard. Je ne vois rien de mieux entendu au contraire que ces ducations sous un toit dont les tuiles ne sont pas runies par du mortier et simplement imbriques les unes sur les autres, surtout lorsqu'il existe des trappes au plancher, ou des ouvertures latrales grillages situes trs bas, si la magnanerie est au rez-de-chausse, et si enfin la magnanerie est trs leve comparativement sa largeur. Ces magnaneries sont, au point de vue phvsique, de vritables chemines : le soleil ne peut pas frapper les tuiles sans qu'un mouvement de l'air de bas en haut ne s'tablisse aussitt, surtout si l'on a le soin de garnir le joint des fentres de bandes de papier ; c'est encore l une de ces pratiques de mtier que bien des personnes ont le tort de blmer, mon sens. De mme qu'une chemine tire moins bien quand on fait un trou dans sa hauteur, de mme les ouvertures aux fentres peuvent ralentir le tirage d'une magnanerie. Mais il y a des circonstances atmosphriques o tout ;i coup, par un abaissement considrable de la pression de l'air, la magnanerie-chemine dont je parle ne tire plus, et o le mouvement de l'air tend se faire en sens inverse du mouvement naturel qui lui est ordinaire, tout comme on voit la flamme d'un pole sortir en langue de feu par l'ouver- ture de la porte du foyer, au moment d'un brusque changement dans la pression atmosphrique. Alors se trouve arrt subitement tout mouvement d'air dans la magnanerie, c'est--dire toute transpiration chez le ver, et en quelques heures apparat la maladie caractrise des morls-flals. Ce sont des effets de ce genre qu'il faut viter autant que possible, principalement dans les cas o les vers ont, par hrdit ou par affaiblis- sement progressif, certaine prdisposition cette maladie des morts-flats, sur laquelle j'appelle toute l'attention des ducateurs. L'immense dsastre del sriciculture depuis vingt annes est tout entier dans cette maladie et dans celle des corpuscules, bien plus rpandue que celle des morts-flats et plus irrmdiable une fois qu'elle est dclare, mais trs facile prvenir en suivant les indications que j'ai donnes. La publication de cette Lettre produisit une vive motion dans nos dpartements sricicoles. Les rsultats qu'elle signalait l'attention des ducateurs, au sujet de la ilacherie et de sa malheureuse influence, taient si vrais que beaucoup de personnes en exagrrent les cons- quences, tel point qu'elles furent portes attribuer tout le mal la prsence des morts-flats. A les entendre, la Ilacherie tait seule redoutable, et, jusque dans ces derniers temps, sous l'empire de ces 1 Di UA.S. Rapport sur le Mmoire de M. Andr Juan, relatif l'amlioration des races de vers s,, ie. Comptes rendus de l'Acadmie des sciences, XLIV, 1857, p. 276-314. (Note de l'Edition.) TUDES SUR LA MAI, ADN' DES VERS A SOIK 203 opinions errones, on a vu soutenir les propositions les plus tranges touchant la maladie des corpuscules ou pbrine. In mdecin de Lyon alla jusqu' prtendre qu'une graine renfermant quatre-vingts ufs corpusculeux sur cent avait donn une rcolte splendide (*). S 111. l.a pbrine et la flacherie composent tout le mal. Les auteurs bacologues, depuis Olivier de Serres jusqu' .M. Cornalia, onl dcrit un grand nombre d'affections dont on trouve la nomen- clature complte dans divers ouvrages, notamment dans les Etudes de M. de Quatrefages -' , qui a reproduit la liste donne par M. Cornalia dans sa Monographie du ver soie, publie Milan en 1856 ( 3 ). Je crois qu'on exagre beaucoup et qu'on a exagr de tout temps le nombre des maladies auxquelles sont sujets les vers soie, du moins celles qui peuvent prendre un assez grand dveloppement pour causer la ruine totale d'une ducation. Aux divers ges de l'insecte, une mme maladie revt des formes qui n'ont entre elles aucune analogie apparente. Il en est rsult naturellement, dans le langage usuel des magnaneries, une foule de dnominations qui ont fait admettre l'existence de maladies imaginaires. J'ai donn beaucoup d'attention cet objet, et je dois dire que je ne connais gure que quatre maladies bien caractrises chez les vers soie. Ce sont la grasserie, la muscardine, la flacherie et la pbrine. Toutes les autres nie paraissent rentrer dans celles-ci. L'apoplexie, VJiydropisie, Y atrophie, l'tisie, la ngrone, les passis, les ar pians, peut-tre mme les luzettes, ne sont que des formes de la flacherie ou de la pbrine ' . J'ai dj l'ait observer que la muscardine n'intervient pas du tout dans le flau; la grasserie est ce qu'elle a toujours t, plutt diminue qu'accrue. Je regarde donc comme certain que les 1. o Un sriciculteur digue de la confiance la plus illimite, M. Buisson, m'affirmait, il y a deux jours, qu'une graine corpusculeuse 80 pour 100 examine par il. Pasteur lui-mme avait donn une rcolte splendide. {Moniteur des soies, numro du 11 juillet 1869, p. 8.) Aprs des explications catgoriques, mais pniblement obtenues, il fut reconnu que, dans aucune circonstance, je n'avais tudi une telle graine pour M. Buisson, cl que la semence qui, d'aprs cet ducateur, avait donn exceptionnellement une belle rcolte n'avait t soumise qu' un examen microscopique drisoire. (On peut voir, ce sujet, la polmique que j'ai sou- tenue dans le Moniteur des soies de juillet [juin] . septembre lisiiit.) f Voir. p. 096-tiO du prsent volume, les lettres adresses au directeur du Moniteur des soies.] 2. Quatrefages V. de). tudes sur les maladie, actuelles du ver soie. Paris, 1859, in-4\ p. 88-92. [Note de l'dition.) 3. Cornalia E. . Monografia del borabi tel gelso. Milan, 180, in-4, p. 54-87 : Biblio- grafia del bombice del gelso. [Note de l'dition.) i. Je connais peu la maladie des courts. J'en ai rencontr des exemples isols: jamais je n'ai eu l'occasion de yoir prir une chambre entire sons cette forme. 204 UVRES DE PASTEUR dsastres de la sriciculture doivent tre attribus uniquement deux maladies, la pbrine et la llacherie. Elles composent tout le mal, et il m'est arriv trs rarement, soit dans ma magnanerie expri- mentale, suit dans les magnaneries industrielles, de rencontrer une grande mortalit qui ne ft pas la consquence de la maladie des corpuscules ou de celle des morts-flats. Cinq ou six l'ois j'ai eu occasion de voir des chambres atteintes de muscardine, et une fois seulement j'ai vu Ja grasserie dtruire une ducation. Aujourd'hui, comme autrefois, on rencontre assez souvent des vers gras au moment de la monte la bruyre, mais la perte qui en rsulte est, en gnral, de peu d'importance. Il est mme des ducateurs qui ne voient pas, sans quelque satisfaction, la grasserie svir un faible degr dans leurs chambres, prtendant que cette circonstance est une garantie de bonne rcolte. CHAPITRE II NATURE DE LA MALADIE DITE DES MORS-FLATS OU FLACHERIE Lorsque les vers sont atteints de cette maladie d'une manire appa- reille, qu'ils ne mangent plus, ou trs peu, qu'ils se montrent tendus sur les bords des claies, ou lorsqu'ils viennent de succomber, les matires qui remplissent leur canal intestinal renferment des productions organises diverses. Ces organismes sont : 1 des vibrions, souvent trs agiles, avec ou sans noyaux brillants dans leur intrieur; 2 une monade mouvements rapides; 3 le bacterium termo, ou un vibrion trs tnu qui lui ressemble; 4 un ferment en chapelets de petits grains, pareil d'aspect certains ferments organiss, que j'ai rencontrs maintes fois dans mes recherches sur les fermentations. Ces productions sont runies, dans le mme ver, d'autres fois plus ou moins spares. Celle qui offre le plus d'intrt est ce ferment en chapelets llexibles, de deux, trois, quatre, cinq... grains, sphriques ou un tant soit peu plus longs que larges, et quelquefois lgrement trangls, la manire du mycoderma aceti naissant. Ce ferment, ou une production toute semblable, est dcrit et dessin dans plusieurs de mes Mmoires relatifs aux fermentations ( J ). Le diamtre des grains est peu prs d'un millime de millimtre. On peut le dduire de la longueur d'un chapelet form de plusieurs grains, divise par le nombre de ces grains. La mesure ainsi faite, et qui comprend l'inter- valle de deux grains, outre le diamtre de ces grains, est gale le plus souvent 0,0015 environ. Les vers sains ne m'ont jamais montr d'organismes soit pareils au prcdent, soit d'une autre nature. On ne peut douter que la prsence de ces ferments animaux et vgtaux n'altre profondment les fonctions digestives, et que la mort ne soit habituellement la consquence du dveloppement de ces tres micro- scopiques. Si les fonctions de nutrition ont une importance de premier ordre chez tous les animaux, leur parfaite rgularit doit tre surtout ncessaire dans un animal dont le poids, dans l'intervalle de trente 1. Notamment dans le Mmoire sur la fermentation actique, p. 23-77 du tome III des CEi vres de Pasteur. {Note de l'dition.) 206 UVRES DE PASTEUR trente-cinq jours d'existence, devient huit dix mille fois plus grand qu'il n'tait sa naissance. En jetant les yeux sur la planche ci-contre, on sera frapp de la rapidit d'accroissement de volume et de poids du ver soie dans un temps trs court. Cette planche reprsente, dans sa grandeur naturelle, ii h ver de race indigne l'closion et aux poques des ses quatre premires mues ('). Tandis que le poids du ver l'closion est compris entre \ et 1 milligramme, il est des vers qui psent, la fin de leur vie, l'tat de larve, 6, 7 et 8 grammes et plus. Lorsqu'on pntre dans une magnanerie dont les vers prissent de la flacherie. on peroit une odeur aigre, dsagrable, due aux acides gras volatils qui se dgagent des vers malades, acides forms prcis- ment par la fermentation des matires contenues dans le canal intes- tinal P 2 ). Une ducation d'une centaine de vers seulement, atteints de flacherie. suffit pour rpandre autour du panier qui la contient une odeur trs prononce, surtout si l'on flaire de prs la litire, et alors mme qu'on loigne sans cesse tous les vers au moment de leur mort, circonstance qui dmontre que l'odeur dont je parle est propre aux vers encore bien vivants. Tour se convaincre que, dans les cas de flacherie, la mort est due essentiellement une altration des fonctions digestives survenant la suite d'une fermentation, il est utile de comparer l'tat des matires contenues dans le canal intestinal des vers malades avec celui que prsente la feuille de mrier triture et abandonne elle-mme, dans un vase plus ou moins bien clos, la temprature des mois de mai et le juin. On reconnat alors, facilement, que dans les vers flats, le canal intestinal se comporte la manire d'un tube fait de matire minrale, de verre, par exemple, o on aurait introduit de la feuille de mrier broye. De part et d'autre, ce sont les mmes organismes ; de part et d'autre, galement, on trouve, tantt une seule des productions dont nous avons parl, tantt plusieurs associes, avec dgagement de gaz, en plus ou moins grande abondance. Parfois, lorsqu'on ouvre un ver atteint de flacherie, sans endommager les tuniques du tube 1. J'ai signal ailleurs {voir p. 15 de l'Introduction) la teinte noirtre des vers corpus- ouleux. On voit dans la planche quoi elle est due. Elle ne rsulte pas d'une plus grande abondance des poils, mais de la teinte de la peau des anneaux et des tissus sous-jacents. La planche reprsente par opposition deux vers sortant de leurs coques, l'un corpusculeux, l'autre sain, au grossissement de * Outre la teinte, noirtre de la partie antrieure du corps dans le ver corpusculeux, la figure fait voir que ce ver est plus grle que le ver sain. 2. Les acides dont il s'agit sont saturs en partie par les matires alcalines qui accom- pagnent toujours la digestion normale chez les vers sains, ou parles ammoniaques composes que dgage la putrfaction des vers morts du mourants. ... ' ver corpitsculfK 8 :- tain Veoson m&** .. . , -, (osin , , ...... .: . . -bauer tui nai . . . . Picart . TUDES SIK LA MALADIE DES Vins A SOIE 207 digestif, on voil sous l'enveloppe distendue et translucide de ce tube, se rassembler continment de petites bulles de gaz, qui s'lvent, comme elles feraient du fend d'un vase o fermenterait de la feuille de mrier. La figure ci-contre reprsente quelques-unes des diverses varits Vibrions de la flacherie. de vibrions que l'on rencontre dans le canal intestinal des vers malades de la flacherie : a, dbris de feuille, traches, etc.; b, c, r/, e, f, chane de vibrions : les lignes ponctues simulent la marche ondule de ces chanes ; g, h, vibrions avec corpuscules brillants : dans quelques-uns, on a figur la rsolution de la matire environnant ces points brillants, lesquels sont libres en m, ; dans ce cas, ils ressemblent assez des corpuscules de pbrine. Les chrysalides mortes dans leurs cocons, noires, pourries, don- nant lieu ce qu'on appelle des cocons- flou/us, sont ordinairement remplies de vibrions immobiles, ou rduits ces espces de kystes, g, h. k, ... semblables aux corpuscules de pbrine. 208 UVRES DE PASTEUR Les vibrions sont rares dans les chrysalides el les papillons vivants. Leur prsence est au contraire extrmement frquente dans les yers atteints de flacherie. On peut mme dire qu'elle n'y l'ait pour ainsi dire jamais dfaut, quand c'est sous la forme de chenille qu'ils meurent de cette maladie. Lorsque les vibrions abondent dans les matires du canal intestinal, les fonctions digestives se trouvent sus- pendues, et les parois du canal ne tardent pas s'altrer. Perdant promptement leur lasticit et leur rsistance, ces parois se com- portent bientt comme de la matire organique morte : elles pour- rissent et se perforent sous l'action des vibrions qui se rpandent alors dans tout le corps de l'insecte, lequel noircit progressivement. La planche ci-aprs reprsente en G un ver mort de llacherie, dont la mort tait toute rcente; on dirait un ver vivant ; son canal intestinal est rempli de nourriture non digre, o pullulent des vibrions. Sous leur influence, cette matire se liqufie et le ver s'affaisse sur lui- mme, sa peau se plisse; c'est ce que reprsente la figure F. Bientt les tuniques de l'intestin se perforent, et les vibrions se rpandent dans tout le corps. C'est alors que le ver devient noir, que tous ses tissus pourrissent et qu'il est impossible de le toucher sans qu'il se rsolve en une sanie infecte o les vibrions fourmillent en nombre extraordinaire. La figure E montre ce progrs de la putrfaction. C'est quanti des effets de cette nature se produisent dans les chrysa- lides qu'on trouve des cocons fondus; aussi l'abondance plus ou moins grande de pareils cocons est-elle l'indice d'une ducation qui a t atteinte de la maladie des morts-flats, moins que la grasserie, ce qui arrive quelquefois, n'ait t cause de la prsence des fondus. J'ai dit que les vibrions pouvaient exister dans les chrysalides, et mme dans les papillons. Cette circonstance s'explique aisment : que les vibrions commencent se montrer dans le canal intestinal des vers seulement au moment o ceux-ci sont prts filer leur soie, la trans- formation en chrysalide pourra avoir lieu, c'est--dire que la multipli- cation et les ravages des vibrions n'auront pas le temps de se pro- duire au degr ncessaire pour faire prir le ver avant qu'il devienne chrysalide. Par la mme raison on conoit que, dans ces conditions, la mort de la chrysalide puisse tre retarde plus ou moins, et que le papillon lui-mme puisse se former: ce cas se prsentera lorsque la multiplication des vibrions aura t suffisamment lente, et telle est l'explication de la prsence possible des vibrions jusque dans le papillon ('). Mais, je le rpte, dans les cas de llacherie, surtout quand 1 Je parle ici, liien entendu, de papillons qui montrent des vibrions tant encore pleins V .* V;| illflj 4* '4-]A$ft&* ^^rr y "^ .''.//-y /// //,j. . TUDES Sl'R LA MALADIE DES VERS A SOIK 209 le mal est trs accus, c'est dans le ver encore sur la litire, ou sur la bruyre, que les vibrions pullulent el de faon amener la mort avant qu'il s'enferme dans son cocon. Les choses se passent tout autrement el comme l'inverse de ce qui prcde lorsqu'on a affaire au ferment en chapelets de grains figure; dans la planche qui suit la page 212. Alors il est rare que la fermen- tation des matires contenues dans le canal intestinal entrane la mort du ver, surtout si le petit ferment dont il s'agit ne s'est dve- lopp que dans les derniers jours de la vie de la larve avant la monte la bruyre ('). La maladie des vers se traduit dans ce cas par nu tat languissant, par une grande lenteur de mouvements lorsqu'ils montent sur la bruyre ou qu'ils commencent filer leur soie. Nan- moins ils peuvent faire leurs cocons, se transformer en chrysalides, celles-ci en papillons et ces papillons avoir mme le plus bel aspect. Dans ces conditions, la rcolte en soie peut s'lever 40, 5(1 et 55 kilogrammes par once de 25 grammes, puisqu'il n'y a pas de mor- talit sensible chez les vers; mais l'tat des chrysalides et des papillons laisse beaucoup dsirer sous le rapport d'une bonne reproduction. Bien que les vers soient atteints de flacherie un degr assez faible pour qu'ils ne prissent ni l'tat de vers, ni l'tat de chrysalides, ils sont affaiblis. Or, il arrive frquemment que cet affaiblissement se traduit dans leur gnration prochaine par une prdisposition plus ou moins prononce la flacherie, et plus ou moins difficile gurir par des soins hyginiques. Plusieurs circonstances peuvent servir reconnatre l'affaiblisse- ment dont nous parlons, et par suite le danger que l'on court en livrant au grainage une chambre place dans les conditions prc- dentes. Un des meilleurs critriums consiste dans une observation de vie ; je laisse de ct le cas de papillons conservs morts dans un lieu humide, ou, ce qui revient au mme, runis en masse paisse dans un lieu quelconque. Les papillons peuvent alors pourrira la manire de toutes les substances organiques mortes, et se trouver remplis de vibrions. C'est l une putrfaction ordinaire, et ces vibrions ne peuvent tre compars aux vibrions de la flacherie, ni avoir la signification que nous venons d'attribuer ces organismes dans les conditions prcites. 1. Cependant j'ai vu des exemples de cette mortalit sur la plus grande chelle. Dans un.' magnanerie situe sur la montagne, place au nord-est de notre habitation du Pont-Gisquet, prs d'Alais, au quatorzime repas aprs la quatrime mue, on donna, aux vers d'une duca- tion de neuf onces, de la feuille mouille par un brouillard intense du matin. En moins de vingt-quatre heures, les vers, jusque-l admirables, cessrent de prendre de la nourriture, et la mortalit commena. Le canal intestinal de ces vers tait rempli de feuille et distendu par une matire spumeuse. L'examen microscopique ne dcelait pas trace de vibrions, mais une grand.- abondance du ferment en chapelets de grains. En incisant la peau des vers, le canal intestinal sortait en bourrelets, et l'on voyait se rassembler sous la tunique transparente de petites bulles de gaz produites par la fermentation de la feuille renferme dans le tube digestif. TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE. 14 210 UVRES DE PASTEUR attentive des vers lorsqu'ils montenl la bruyre. Tout ducateur un peu exerce qui a le sentiment de la vigueur propre aux bons vers l'poque de la monte n'aura pas besoin de recourir au microscope, p.mr s'assurer de l'tat maladif de sa chambre. La monte est lente, elle dure plusieurs jours, les vers restent des heures entires immo- biles sur les brindilles, dont ils garnissent quelquefois le pied comme s'ils hsitaient aller plus avant. C'est alors que nos vieux magna- niers brlaient de l'encens, du thym, des parfums, faisaient des feux de flamme ou levaient de plusieurs degrs la temprature de la magnanerie, afin de ranimer les vers, car alors le moindre accident, la moindre circonstance nuisible peut entraner la perte de la cham- bre. Ce serait une grande imprudence que de faire de la graine avec les papillons d'une ducation qui a prsent ces symptmes un degr plus ou moins marqu, quelle que ft d'ailleurs sa russite comme produit en cocons. Combien de fois n'arrive-t-il pas que cette obser- vation des vers au moment de la monte la bruyre est compltement laisse de ct par l'ducateur qui ne prend conseil, l'ordinaire, que de l'abondance de la rcolte ou de la beaut des cocons, pour savoir s'il doit ou non livrer ceux-ci au grainage ! Bien plus, il fait grainer le plus souvent des cocons qu'il n'a point obtenus lui-mme, et l'anne suivante il s'tonne de voir la flaclierie dcimer ses ducations; alors il accuse la maladie, sa mystrieuse influence, et demande des remdes des maladies que par ngligence il a fait natre, en prenant pour reproducteur des papillons affaiblis. Si j'tais ducateur dk vers a SOE, JE NE VOUDRAIS JAMAIS LEVER UNE GRAINE NE DE VERS QUE JE N'AURAIS PAS OBSERVS A MAINTES REPRISES, DANS LES DERNIERS JOURS DE leur vie, afin de constater leur vigueur, c'est--dire leur agilit au moment de filer leur soie. Servez-vous de graines provenant de papillons dont les vers sont monts avec prestesse a la bruyre, sans offrir de mortalit par la flaclierie de la quatrime mue la monte, et dont le microscope aura dmontr la sanit au point de vue des corpuscules, et vous russirez clans toutes vos ducations, si peu que vous connaissiez l'art d'lever les vers soie. Quand ces observations pratiques sur l'tat des vers destins a la reproduction n'ont pu avoir lieu, comment se renseigner sur la qualit des cocons pour graine, sous le rapport de la prdisposition possible a la flaclierie par hrdit ? Dans ce cas, il importe de ne livrer au raiiiae-e que des cocons dont les chrysalides auront t tudies au microscope, et qui ne prsenteront pas le ferment en chapelets de grains dont j'ai parle prcdemment (ou des vibrions), car il est facile de reconnatre que l'tat languissant des vers au moment de la monte P Lackerbauer ad nat-pinoe* Ticarl f se chrysalider_ Chrysalides __ Chrysalides ouv< p. s. norhc stomacale ;p C.pochc ttvcale TUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIK 211 es! prcisment d ce que les dernires portions de feuille ingre fermentent dans le canal intestinal sous l'influence de ce ferment ('). Cet examen microscopique n'offre pas de difficult} srieuse ; il ne demande qu'un peu d'exercice. La planche reprsente : A une chrysalide vue de dos, C une chrysalide vue du ct de l'abdomen, D et E des chrysalides ouvertes de manire mettre nu les organes internes. Dans la chrysalide, l'intestin considrablement rduit, par rapport a ce qu'il tait dans la larve, offre essentiellement sur son parcours deux renflements ou poches, que l'on peut dsigner sous les noms de poche stomacale (p. s.) et de poche caecale (p. c. . Celle-ci est destine recueillir le liquide que les papillons rejettent avant ou aprs l'accou- plement, liquide ordinairement troubl par une poussire de sels uriques, peu solubles dans l'eau, mais solubles dans les acides et les alcalis. Voici la marche suivre pour s'assurer de la prsence ou de l'absence du petit ferment en chapelets de grains dans le canal digestif de la chrysalide, et pour conclure par suite, rtrospectivement, la prsence ou l'absence d'un tat de fermentation de la feuille dans le ver au moment de la monte la bruyre : coupez en deux la chrysa- lide avec des ciseaux lins la hauteur de la ligne rnn, un peu au-des- sous des extrmits des ailes, puis dcoupez la paroi du thorax, de faon mettre nu la boule p. s. comme dans les figures D et E, retirez ensuite cette boule avec de petites pinces. La portion fortement atrophie du tube digestif, qui runissait les deux poches p. s. et p. c, a t coupe par les ciseaux. La poche stomacale ne tient donc plus au corps de la chrysalide que par l'extrmit antrieure du tube digestif, mais celle-ci cde au moindre effort. Dposez alors la petite boule sur une lame de verre, grattez-en l'enveloppe graisseuse, trs molle, qui enferme son contenu, dont vous prendrez un trs petit fragment, de la grosseur, par exemple, d'une tte d'pingle, que vous dlayerez dans une goutte d'eau en un endroit propre de la lame de verre, puis, recouvrant d'une lamelle, observez au microscope avec un grossissement de 400 diamtres environ. La moindre habitude donne 1. Toutefois il me paratrait tmraire d'affirmer que l'affaiblissement hrditaire d'une graine prdisposant les vers la Ilacberie est constamment occasionn par une fermentation de la feuille dans les larves des papillons producteurs de celle graine, bien que, jusqu'ici, je n'aie pas de motifs srieux de croire que la flacherie par hrdit ait d'autres causes que celles que j'indique. 212 UVRES DE PASTEUR ce travail une grande clrit. Il est bon d'extraire de suite une vingtaine de ces poches, prises dans un pareil nombre de chrysalides, et que l'on dpose sur autant de lames de verre. On peut mme laisser scher le contenu de ces poches pour en dtacher plus tard de petils fragments qui sont examins loisir. Lu dessiccation ne nuit pas une tude microscopique ultrieure. D'ailleurs ce contenu des poches stomacales, de nature plus ou moins rsineuse, est imputrescible, de telle sorte que les constructeurs de microscopes pourront facilement, s'ils le veulent, f